dimanche 28 décembre 2025

27-28 décembre 2025 - FRASNE-LE-CHÂTEAU - CHAMPLITTE - La Sainte Famille - Année A

 Si 3, 2-6.12-14 ; Ps 127 ; Col 3, 12-21 ; Mt 2, 13-15.19-23
 
Chers frères et sœurs,
 
En préparant mon homélie, je m’interroge toujours : « Pourquoi l’évangéliste a-t-il choisi de nous raconter tel épisode, ou tel détail de la vie de Jésus ? Quelle était son intention ? » Aujourd’hui, la fuite en Égypte permet à saint Matthieu de montrer comment la Loi et les prophètes annonçaient Jésus de manière prophétique. Je ne peux pas ici tous les donner, mais les liens sont très nombreux : le texte est comme tissé de références à l’Ancien Testament. Donc le message premier pour saint Matthieu est de nous prouver, prophéties à l’appui, que Jésus est bien le Messie annoncé et attendu.
 
Lorsqu’on creuse un peu le texte, en essayant de s’adapter à la mentalité antique et orientale de l’évangéliste, on découvre encore d’autres détails significatifs. Par exemple, il faut avoir l’œil exercé pour s’apercevoir que le nom d’Hérode est cité à neuf reprises, autant de fois que le mot « enfant » pour parler de Jésus. Autrement dit, saint Matthieu met en concurrence les deux royautés et, bien sûr, c’est la royauté de Jésus qui est la seule légitime. Ceci est d’autant plus vrai que si l’on ajoute la mention des « enfants de Rachel », qui se trouve dans le petit passage supprimé par notre édition liturgique… – on se demande pourquoi. Si donc, on ajoute les « enfants de Rachel », cela monte le nombre de citations à 10, qui est le chiffre de Dieu. Jésus est donc non seulement le roi légitime, mais il est aussi Dieu.
Faisons un pas de plus avec la mention de l’enfant. En araméen, « enfant » se dit « t.àlyâ’ ». Ce que nous se savons pas, ordinairement, c’est que ce mot est aussi employé pour dire « agneau ». Un enfant est un petit agneau : c’est bien connu, tous les parents le savent ! Mais bien sûr, pour nous chrétiens, ce lien entre « enfant Jésus » et « agneau » nous renvoie à la Pâque, où Jésus est l’Agneau de Dieu offert en sacrifice pour le pardon des péchés. Il y a là un jeu mystérieux entre les agneaux – la multitude des saints innocents – sacrifiés par Hérode pour tenter de sauvegarder son pouvoir en voulant en réalité tuer Jésus, qui est Dieu ; et d’autre part Jésus, le véritable Agneau pascal, qui sera sacrifié pour le pardon des péchés de la multitude des hommes. On voit à l’œuvre le mouvement du démon qui veut tuer les innocents pour garantir son pouvoir usurpé et factice, et le mouvement de Dieu qui donne lui-même sa vie, par amour pour ceux qu’il aime.
 
Saint Joseph s’inscrit parfaitement dans le mouvement de Dieu. En définitive, il sacrifie tout ce qu’il a pour l’accueil, la protection et l’éducation de Jésus. Il sacrifie d’abord son bien-être personnel et même son orgueil en reconnaissant comme sien Jésus, fils de Marie et fils de Dieu. Cela n’avait rien d’évident, comme l’intervention de l’ange l’a montré. Mais Joseph qui était juste a obéi à la parole de l’ange. Un ange dit toujours la Parole de Dieu. Ensuite, Joseph, qui devait bien avoir quelques affaires professionnelles en cours, doit s’enfuir en Égypte. Certes, la nécessité d’aller à Bethléem pour le recensement était un contre-temps, mais cela n’a rien à voir avec le devoir de refaire sa vie à l’étranger. Là encore, l’ange intervient pour avertir Joseph du danger et de la nécessité de fuir. Et là encore, Joseph écoute la Parole de Dieu. Enfin, c’est encore l’ange qui dans un songe l’invite à quitter l’Égypte et à remonter en Israël. Il faudra un second songe, pour préciser le lieu, qui sera Nazareth, selon l’antique prophétie d’Isaïe. À chaque fois, Joseph écoute la Parole et la met en pratique. Et pourtant, cela voulait dire qu’il lui fallait tout recommencer... Mais il le fait.
Il y a une particularité dans la version syriaque de l’évangile. Dans notre édition, nous avons : « Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée », quand le syriaque dit : « Et il vit en songe qu’il devait aller dans un lieu de Galilée. » La particularité est l’emploi du mot « lieu », qui signifie en fait « sanctuaire ». Il n’y a pas de Temple à Nazareth, mais nous savons qu’il y a une synagogue importante. Le choix de Nazareth est motivé d’une part parce qu’il s’agit d’un village où réside un rameau du clan de David – on est donc en famille – et d’autre part, parce que c’est manifestement un lieu, qui est comme un sanctuaire, où l’on peut faire de bonnes études religieuses. Voilà qui explique les conflits rencontrés ultérieurement par Jésus à Nazareth, tant avec sa parenté qu’avec ses maîtres. Ceci dit, Joseph a choisi de s’installer dans un lieu qui assure aussi bien la sécurité de Jésus que son éducation, sa formation religieuse.
Ainsi nous est donnée à travers ces évocations de Joseph, la figure d’un merveilleux père de famille qui, par obéissance à la Parole de Dieu, a donné sa vie et tout ce qu’il avait pour ceux qu’il aime : Marie et Jésus.
 
Bien sûr, on pourrait continuer notre exploration de l’évangile : il y a tant de choses à dire, notamment sur le fait que Joseph est guidé par les anges. Il est donc lui aussi un prophète. Mais je crois que je vais m’arrêter là, en me souvenant que si Hérode a maintenu son pouvoir en tuant des enfants – y compris les siens à une certaine époque – Joseph au contraire a donné sa vie pour son enfant, qui est aussi son Seigneur et son Dieu.

jeudi 25 décembre 2025

25 décembre 2025 - BUCEY-lès-GY - Nativité du Seigneur - Messe du Jour

 Is 52, 7-10 ; Ps 97 ; He 1, 1-6 ; Jn 1, 1-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Le Prologue de l’évangile selon saint Jean est vraiment un texte extraordinaire, d’une densité spirituelle inégalée. Comment un pauvre prédicateur peut-il s’aventurer à le commenter ? Mais il le faut bien : c’est son métier ! Pourvu que ce soit avec une grande humilité !
 
La première chose à observer est que le texte nous décrit l’histoire du Salut : saint Jean expose d’abord Dieu, qui par son Verbe – par sa Parole de Vie et de Lumière – crée toutes choses. Parole de Lumière, c’est-à-dire qu’elle est intelligible, compréhensible : c’est une parole de Vie et de Sagesse. Saint Jean dit : « Le Verbe était la vrai lumière qui éclaire tout homme. » Cela veut dire que nous les hommes, nous avons été créés de manière à comprendre la Sagesse de Dieu. Nous avons la capacité d’être éclairés, illuminés, par la Sagesse de Dieu.
Malheureusement, « le monde ne l’a pas reconnu » : quelque chose a fait que nous n’avons pas été capables de reconnaître la Sagesse de Dieu dans ses œuvres, dans sa création. Plus encore, le Verbe de Dieu est venu dans le monde, mais « les siens ne l’ont pas reçu. » La Parole de Dieu s’est manifestée dans le monde par les prophètes, dont le plus grand est Moïse : la Parole de Dieu, qui est Sagesse, s’est donnée dans les Écritures, dans la Loi de Moïse. Mais « les siens ne l’ont pas reçu » : les prophètes ont été persécutés. La Sagesse de Dieu dérange trop les hommes déchus. Au fond, elle est trop éblouissante pour eux.
Pourtant à certains il a été « donné de pouvoir devenir enfants de Dieu ». Ce sont les prophètes et les justes. Être « enfant de Dieu » est un cadeau : « Eux qui croient en son nom, ils ne sont pas né du sang, ni d’une volonté charnelle, ni d’une volonté d’homme, ils sont nés de Dieu. » Être « enfant de Dieu » est un cadeau de Dieu. Au cours de l’histoire, Dieu suscite donc chez les hommes certains qui sont capables de le reconnaître, de le recevoir, et même de le voir.
C’est alors que le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, vient prendre chair humaine dans sa propre création : il se rend humainement visible. « Et le Verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité. » Rendez-vous compte : qui a vu Jésus a vu le Verbe de Dieu !
Mais saint Jean, en disant que les « Enfants de Dieu », qui sont « nés de Dieu », ont vu la gloire du Verbe de Dieu, de Jésus qui est né, a enseigné, soigné et pardonné, a souffert, est mort et est ressuscité pour entrer dans sa gloire. Bien sûr, ces enfants, ce sont aussi les baptisés « au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Ceux-là, comme les prophètes et les justes, ont accès au Royaume des cieux : « Tous, nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce. » Il s’agit d’une ascension spirituelle jusqu’à la pleine connaissance de Dieu : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, lui qui est Dieu, lui qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître. »
Ce que saint Jean nous dit, c’est que le but ultime de l’homme, sa vocation, c’est de « connaître » Dieu, non pas intellectuellement seulement, mais par tout son être. On appelle cela la communion. Dieu nous a créés par sa Parole de Vie et de Lumière, sa Sagesse, pour que nous entrions dans sa communion. Et cela est rendu possible par le baptême qui fait de nous des enfants de Dieu.
 
Dans son exposé, saint Jean évoque à deux reprises saint Jean-Baptiste. Il apparaît d’abord comme témoin de la Lumière, puis comme témoin de Jésus, en précisant : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. » Jean est le plus grand des enfants des hommes – d’une certaine manière, il est aussi le plus grand des prophètes. Car il a connaissance de la Lumière de Dieu, de la Sagesse de Dieu, et c’est pourquoi, quand il voit Jésus de Nazareth au bord du Jourdain, il est capable de dire : « c’est lui la vraie lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde. » Il pourrait s’enfler d’orgueil pour cette capacité, mais non, il s’efface : « Celui qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était » ; « Je ne suis pas digne de défaire la courroie de ses sandales. » La grandeur de Jean est redoublée par son humilité. Il parle comme Marie s’est adressée à l’Ange Gabriel : « Je suis la Servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. »  Le prophète est et n’est qu’un humble serviteur. Pourquoi insister ici sur Jean-Baptiste, sur sa connaissance de la Lumière, sur son témoignage pour désigner Jésus comme le Verbe de Dieu, sur son humilité ? Parce que c’est la vocation des enfants de Dieu dans le monde. Si ils connaissent Jésus par la communion, si ils ont la capacité de contempler sa gloire, alors ils ont aussi mission d’en témoigner, tout en s’effaçant dans l’humilité pour que les autres hommes puissent le connaître à leur tour en toute intimité.
 
A la fin de la messe, où nous allons contempler Jésus et communier à Lui, nous allons chanter : « Les anges dans nos campagnes ont entonné l’hymne des cieux ». Souvenons-nous alors que les anges, c’est nous. Nous, qui aujourd’hui avons connu la Sagesse de Dieu, avons contemplé sa Lumière et communié à sa Vie, nous sommes les témoins et les serviteurs de Dieu, pour que le monde croie.  

24 décembre 2025- VELLEXON - Nativité du Seigneur - Messe de la nuit - Année A

 Is 9, 1-6 ; Ps 95 ; Tt 2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
 
Chers frères et sœurs,
 
Savez-vous ce qu’est une poupée gigogne ? On appelle aussi ces poupées des poupées russes ou des Matriochkas. C’est une grande poupée en bois, qu’on ouvre, dans laquelle se trouve une autre poupée presque identique, plus petite, que l’on peut ouvrir elle aussi, et dans laquelle se trouve encore une autre poupée plus petite, jusqu’à trouver une toute petite poupée grosse comme un petit doigt. Eh bien, une matriochka est une excellente illustration de la réalité du Royaume des cieux, de l’univers de Dieu. Prenons un exemple : la naissance de Jésus à Bethléem.
 
Tout d’abord, dans l’ancien temps, celui des prophètes, Isaïe a déclaré : « Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! » C’est comme si il voyait la crèche, mais 800 ans à l’avance. Isaïe n’a pas vu que la crèche, il a vu les bergers aussi : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » Et il a annoncé la grande joie de la naissance de Jésus : «  Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. » On croirait déjà voir les rois mages apportant de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Donc, la première poupée de la matriochka, c’est la vision du prophète Isaïe.
 
La deuxième poupée, c’est ce qui s’est vraiment passé à Bethléem. Saint Luc nous l’a raconté, dans son Évangile. Marie et Joseph, tous les deux descendants du roi David, se sont rendus dans leur ville d’origine pour se faire recenser. Notez que saint Luc dit qu’ils sont montés de Galilée en Judée, plus précisément dans la terre de Juda. Je reviendrai sur ce petit détail. Arrivés à Bethléem, il n’y a pas de place au caravansérail ; ils vont donc se réfugier dans une grotte qui sert d’étable pour les animaux. Mais c’est aussi un lieu plus discret, pour ne pas dire plus secret, qui convient mieux pour un accouchement. Les bergers – dont saint Luc nous précise  qu’ils « vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs », comme Isaïe avait vu le « peuple qui marchait dans les ténèbres », sont alors prévenus par l’ange du Seigneur de la nouvelle naissance. Il dit : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » En fait, l’Ange fait un jeu de mots qui nous échappe un peu : en hébreu « Sauveur » se dit « Ieshoua ». Il dit donc aussi : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Jésus qui est le Christ, le Seigneur. » On comprend que cela fait sourire les bergers et qu’ils s’en réjouissent ! L’Ange ajoute : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Bien sûr, c’est pour eux un signe de reconnaissance, mais si saint Luc nous donne ce signe à nous aussi, dans son évangile, c’est qu’il doit aussi marcher pour nous. Nous y reviendrons. Et enfin : « Il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. » Nous retrouvons la joie et l’allégresse dont avait déjà parlé le prophète Isaïe. Bien sûr saint Luc est plus précis qu’Isaïe, parce qu’il écrit la véritable histoire de Jésus, que Marie a pu lui raconter : la seconde poupée de la matriochka est plus grande et plus détaillée que la première.
 
Mais voilà maintenant la troisième poupée. Comme Marie et Joseph étaient montés de Galilée à Bethléem, dans la terre de Juda, de même le prêtre est entré en procession dans l’église. La Galilée, c’est nos maisons ; l’enclos de l’Église c’est la terre de Juda ; l’église, c’est Bethléem. C’est l’heure du recensement : les cloches ont sonné pour la messe. À Bethléem, Marie et Joseph se réfugient dans une grotte pour la naissance de l’enfant, comme dans l’Église, le prêtre entre dans le sanctuaire, le lieu plus secret ou le plus sacré, pour la célébration du grand mystère. Dans ce lieu sacré, on trouve donc, disposé sur l’autel, un linge, comme sur la mangeoire, des langes, pour y recevoir l’enfant, le Sauveur, Jésus, le Corps et le Sang du Christ, réellement présent. Maintenant vous comprenez pourquoi saint Luc avait rapporté dans son Évangile la parole de l’ange aux bergers : « Voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. », parce que c’est le signe qui désigne le Corps de Jésus, qui se trouve dans l’Église : « Aujourd’hui, dans la ville de David – Bethléem, l’Église – vous est né un Sauveur – Jésus, qui est le Christ, le Seigneur. »
Alors vous avez aussi compris qui sont les bergers : c’est vous. C’est vous qui avez vu et entendu l’Ange du Seigneur vous annoncer la naissance de l’enfant, qui êtes venus dans l’Église, à Bethléem, jusqu’à la grotte, le sanctuaire, pour y voir Jésus emmailloté et couché sur la mangeoire, sur le linge, sur l’autel. Et c’est tellement vrai que c’est vous aussi qui avez chanté, comme « la troupe céleste innombrable qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime ! » Nous avons chanté ce chant tout à l’heure.
 
Vous voyez bien, chers frères et sœurs, comment les poupées de la Matriochka s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres ! Je pourrai encore faire la description d’une ou deux poupées supplémentaires, mais je crois que les enfants s’endormiraient. La plus grande poupée, c’est quand la terre de Juda sera le ciel, que Bethléem sera le Paradis, que nous y retrouverons Jésus dans sa gloire, entouré de tous les saints et de tous les anges, tous ceux que nous aimons, et que nous y chanterons, pour l’éternité, notre immense et éternel bonheur. Joyeux Noël !

dimanche 21 décembre 2025

20-21 décembre 2025 - SEVEUX - LAVONCOURT - 4ème dimanche de l'Avent - Année A

 Is 7, 10-16 ; Ps 23 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24
 
Chers frères et sœurs,
 
Au Ier siècle comme aujourd’hui, on s’interroge sur l’identité réelle de Jésus. Pour certains, il est un homme exceptionnel que ses disciples ont indûment élevé au rang de Dieu. Dans ce cas, Marie sa mère l’a enfanté comme le font toutes les femmes. Elle l’a naturellement conçu de Joseph, son époux, ou bien elle l’a eu d’un autre homme, avec toutes les insinuations malveillantes possibles. Pour d’autres, Jésus est Dieu et, à ce titre, il est impossible qu’il ait été en contact d’une manière ou d’une autre avec la chair humaine, nécessairement mauvaise. Ainsi, certains en ont conclu que l’humanité de Jésus n’était qu’apparente, qu’il n’était pas réellement homme. Par conséquent, Marie n’était au mieux qu’une couveuse, et certainement pas sa mère charnelle.
Nous voyons, dans ces deux conceptions extrêmes – Jésus entièrement homme et non pas Dieu, ou Jésus entièrement Dieu et non pas homme – des positions soit rationalistes, soit gnostiques, qui toutes deux ne correspondent pas à la réalité du mystère annoncé par les prophètes et dont témoignent les Apôtres et les évangélistes. Il aurait été plus facile pour eux d’adopter une des deux positions précédentes, mais non, ils ont annoncé et témoigné de l’extraordinaire naissance de Jésus, fils de l’homme et fils de Dieu.
 
Le mystère a d’abord été annoncé par le prophète Isaïe qui, comme nous l’avons entendu en première lecture, répond au roi Acaz en disant : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel (c’est-à-dire : Dieu-avec-nous). » Dans cette prophétie, l’enfant est appelé « Dieu avec nous », c’est-à-dire qu’il est Dieu – Dieu est son père. Pour garantir et authentifier cette paternité divine, la mère de l’enfant est vierge. Pour autant, l’enfant qui naît d’elle naturellement, de sa chair, est aussi entièrement humain. Nous avons dans cette prophétie qui date du VIIIe siècle avant Jésus toutes les indications correspondant exactement à son cas particulier.
C’est ainsi que l’Ange du Seigneur qui se manifeste à Joseph reprend exactement cette prophétie d’Isaïe. Il explique à Joseph que son épouse demeurée vierge porte en son sein l’enfant qui vient de Dieu, qui est Dieu. L’impensable – la réalisation de la prophétie – lui est tombé dessus. Humainement, Joseph se plaçait dans la première conception qui consistait à penser que Marie avait forcément conçu d’un homme inconnu. Mais en même temps – parce qu’il était juste – il savait que ce n’était pas la vérité : il savait Marie innocente. Ce pourquoi il avait voulu la renvoyer dans sa famille. Mais l’ange l’oblige à assumer la vérité et la réalité : il doit – pour que les prophéties s’accomplissent entièrement – reconnaître la paternité de l’enfant afin qu’il soit reconnu par tous comme « fils de David ». La maternité de Marie, également de la lignée de David, n’aurait pas suffi aux yeux des légistes.
 
Que peut-on en conclure au XXIe siècle, à l’heure de la physique quantique et de la biochimie ? Pas plus qu’au Ier siècle, on n’aura l’explication scientifique de la réalisation physique de ce mystère. Nous sommes obligés de considérer le phénomène comme appartenant à celui de la création : il s’agit d’un acte créateur de Dieu. De la même manière que la résurrection de Jésus d’entre les morts est aussi un acte créateur. Et que le pain et le vin deviennent le Corps et le Sang de Jésus dans la célébration eucharistique est encore un acte créateur.
Ne serait-il pas incohérent, pour un croyant, d’interdire au Dieu créateur du Ciel et de la Terre d’exercer son pouvoir créateur où, quand, et comment il le veut ? Si au contraire nous croyons en Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, alors ne pouvons-nous pas lui accorder cet espace mystérieux où, tout en demeurant Dieu, il agit dans l’univers que lui-même a créé ? Et qui peut lui interdire de s’y manifester lui-même, en réalisant le signe donné au roi Acaz ? Cette reconnaissance de la toute-puissance de Dieu correspond exactement à la réponse de la Vierge Marie faite à l’archange Gabriel : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
Le rationaliste nie la réalité de Dieu et le gnostique nie la réalité de l’homme. Le signe donné à Acaz réconcilie Dieu et l’homme, grandit Dieu dans son abaissement jusqu’à l’homme pour sa rédemption, et grandit l’homme dans son élévation à la dignité de Dieu, par son humble accueil de la grâce.
 
Ceci signifie, chers frères et sœurs, que non seulement le chemin entre terre et ciel ouvert par Dieu en la Vierge Marie, ne l’est pas uniquement pour Jésus mais aussi pour nous tous, et encore que ce chemin est actuel : dans nos vies – qui que nous soyons – Dieu peut intervenir réellement contre toute logique humaine, en vertu de sa toute-puissance divine, lui qui est créateur du ciel et de la terre. La naissance de Jésus ouvre une brèche dans l’impossible qui enferme trop souvent nos vies, nos conceptions, nos représentations, nos mentalités, qui ressemblent parfois à des prisons ou à des tombeaux. Dans les ténèbres diverses qui sont les nôtres, la naissance de Jésus est la lumière qui change tout. Puissions-nous la reconnaître avec joie en nous exclamant avec saint Thomas touchant de ses doigts le corps de Jésus vivant : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

dimanche 14 décembre 2025

14 décembre 2025 - PESMES - 3ème dimanche de l'Avent - Année A

 Is 35, 1-6a.10 ; Ps 145 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Pouvons-nous mettre notre foi en Jésus ? Telle est la question que les habitants de Galilée et de Judée devaient se poser autrefois ; telle est la question qui se pose à tous les hommes en tous lieux et en tous temps, depuis l’annonce de la Bonne Nouvelle à la Pentecôte. Sur quels appuis solides pouvons-nous nous appuyer pour pouvoir y répondre et confesser notre foi : « Je crois en toi, Seigneur ! » ?
 
Jean-Baptiste a envoyé ses disciples poser cette question à Jésus, mais avec une condition particulière, qui permet à Jésus d’authentifier sa réponse : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Traduisons : « Es-tu bien le Messie de Dieu ? », la question que tous se posent. Mais il l’exprime en disant : « Es-tu celui qui doit venir ? » Car le Messie de Dieu a déjà été annoncé par les prophètes. Et il n’est vraiment le Messie de Dieu que si et seulement si il correspond aux prophéties le concernant. Le premier critère d’authenticité du Messie de Dieu est les prophéties de l’Ancien Testament. Voilà le premier appui solide sur lequel nous pouvons et nous devons nous appuyer pour pouvoir confesser notre foi : notre foi chrétienne s’enracine dans la foi des prophètes d’Israël.

Jésus a compris la question 5 sur 5 ; il répond : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. » Ces affirmations répondent directement à diverses annonces du prophète Isaïe – nous en avons entendu une en première lecture. Il est capital d’observer que Jésus ne renvoie pas la question à des paroles mais à des actes : les prophéties, pour être validées authentiquement, doivent correspondre à la réalité des faits. Ce qui répond aux prophéties, c’est le témoignage de la réalité de la vie de Jésus, de sa prédication et de ses actes, de sa mort et de sa résurrection, et de l’envoi du Saint-Esprit. Par conséquent, le second appui solide sur lequel nous pouvons et nous devons nous appuyer pour pouvoir confesser notre foi en Jésus, c’est le témoignage des Apôtres : l’Évangile, et son résumé, le Credo. Notre foi chrétienne s’enracine dans le témoignage des Apôtres, lequel répond directement à celui des prophètes.

Ainsi le visage de Jésus que nous sommes appelés à contempler, « la gloire du Seigneur, la splendeur de notre Dieu » comme dit Isaïe, est celui qui nous est annoncé par les prophètes et décrit par les Apôtres. Et c’est tout. Par l’action de l’Esprit Saint, nous sommes amenés chacun selon des modes différents et à des degrés divers à voir dans nos cœurs ou à travers notre prochain le visage du Seigneur. Mais jamais ce visage ne peut être différent de celui qui nous est dessiné par les prophètes et les Apôtres. Si quelque chose ne correspond pas, alors, nous avons encore un peu de chemin à parcourir dans la connaissance de la Parole de Dieu et de sa mise en pratique.
 
En envoyant à Jésus ses disciples – et avec eux les foules qui venaient se faire baptiser au Jourdain – Jean-Baptiste, désigne donc encore une foi Jésus comme « celui qui doit venir », comme « Messie de Dieu » : il accomplit totalement sa vocation prophétique. Tout prophète authentique, habité par l’Esprit de Dieu, ne parle et agit que pour annoncer le Christ, et lui seul.

Mais en retour, Jésus aussi authentifie Jean-Baptiste, et à travers lui tous les prophètes qui l’ont précédé. Non seulement en montrant que les prophéties se réalisent – ce qui est un fait – mais aussi en révélant leur identité profonde : Jean, comme tous les prophètes, est habité comme Élie par l’Esprit de Dieu. 
Jean est-il un roseau agité par le vent – on dirait aujourd’hui une girouette ? Non, Jean était connu pour son intransigeance doctrinale et morale jusque devant les rois. Il le payera de sa vie. 
Jean était-il un homme habillé de manière raffinée ? La question sous-entendrait que Jean ait pu être corrompu, servile, parvenu, ou sensible aux facilités humaines. Non, Jean ne vivait pas dans la  compromission : il était tout entier, âme et corps donné à l’action de l’Esprit Saint en lui : il était un authentique serviteur de Dieu : il était un vrai prophète. 
Jean était-il un prophète, insiste Jésus ? Oui – confirme-t-il, « et bien plus qu’un prophète ». En effet, Jean est appelé « messager », il est élevé à un rang angélique, qui est aussi ici un rôle de prêtre : « J’envoie mon messager en avant de toi » ; pour « préparer le chemin devant toi », c’est-à-dire restaurer, rétablir, accomplir l’obéissance à la Loi : l’amour exclusif de Dieu et du prochain comme soi-même, et présenter cet amour en sacrifice. Souvenez-vous : « Il faut qu’il grandisse et que je diminue. » Jean est en même temps et tout à la fois, prophète, ange et prêtre.

Jésus souligne la grandeur de Jean le Baptiste : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que lui ». Et pourtant, Jésus ajoute : « le plus petit  dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. » Et qui est ce « plus petit » ? C’est chacun de nous, qui est baptisé au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, qui a été élevé au rang de prêtre, prophète et roi, devenu enfant et ami de Dieu. Comment ne mettrions-nous pas notre foi en celui qui a tant fait pour nous, hier, aujourd’hui et demain ? Amen.

dimanche 7 décembre 2025

07 décembre 2025 - SAVOYEUX - 2ème dimanche de l'Avent - Année A

 Is 11,1-10 ; Ps 71 ; Rm 15,4-9 ; Mt 3,1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Bienvenue dans le monde des prophètes ! Un prophète, dans notre tradition judéo-chrétienne, est un homme ou une femme, qui est habité par l’Esprit de Dieu et par qui la Parole de Dieu s’adresse aux hommes. Il en est institué témoin et messager.
 
Dans la première lecture, le prophète Isaïe rapporte la vision qu’il a du monde nouveau, que nous appelons le ciel, ou le Royaume des Cieux. Dans ce ciel se trouve le rejeton de David, le juste juge. Il est également dit fidèle, c’est-à-dire qu’il est Dieu. Il n’y a que Dieu qui soit vraiment juste et fidèle. Isaïe dit de lui : « Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure. » Bien sûr nous savons qu’il s’agit de Jésus, dressé sur l’étendard de la croix, appelant au baptême les hommes de toutes les nations, et demeurant dans la Gloire de Dieu, au ciel.
Dans l’évangile, nous sommes mis en présence de Jean-Baptiste. Ce n’est pas pour lui donner une petite touche d’exotisme que saint Matthieu nous dit qu’il est habillé d’un « vêtement de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ». Le 2ème livre des Rois nous apprend que le prophète Élie était habillé exactement de la même manière. Le message est très clair, et saint Matthieu le dit explicitement au chapitre 17 de son évangile : saint Jean-Baptiste, c’est Élie de retour. Non pas sa réincarnation, mais avec le même esprit.
En quoi cela est-il important ? Parce que selon le prophète Malachie, Élie doit revenir « avant que vienne le jour du Seigneur, jour grand et redoutable ». Nous comprenons pourquoi Jean-Baptiste proclame avec insistance : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Elie-Jean-Baptiste annonce la venue de Jésus, le juste juge et fidèle, qui, sous le signe de la croix, va rassembler toutes les nations dans la demeure de sa Gloire, au Ciel.
 
Pour les juifs de Judée et de Jérusalem, à l’époque, il s’agit donc de se convertir et, pour en manifester l’intention sincère, de se faire baptiser dans l’eau du Jourdain par Jean. Par nature, si je puis dire, les Juifs sont déjà convertis : en vertu de l’Alliance du Dieu fidèle, ils appartiennent au Peuple de Dieu. En quoi doivent-ils se convertir ? Il en est du temps de Jean-Baptiste comme du temps d’Élie, comme de tous les temps ici-bas : il faut renoncer à l’idolâtrie pour revenir à l’amour exclusif de Dieu et du prochain. Quand Jean-Baptiste dit, reprenant une parole prononcée par le prophète Isaïe, « Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers », nous voyons l’image mais n’en comprenons pas vraiment le sens. Pour un juif, il s’agit clairement de l’étude de la Loi de Moïse et de sa mise en pratique. Donc, la conversion attendue pour la venue du Messie, c’est l’abandon des idoles et le retour à la pratique de la Loi de Moïse, et le signe de cette démarche en est le baptême dans le Jourdain. De fait, pour entrer en Terre Promise et monter à Jérusalem, au temps de Josué, il faut d’abord franchir les eaux du Jourdain.
Aujourd’hui, les Juifs attendent toujours le retour d’Élie et les plus pieux sont évidemment très attachés à l’étude de la Loi et à sa mise en pratique, comme à de nombreux bains de purification rituelles.
 
Cependant, Jean-Baptiste a ajouté à son appel à la conversion : « Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » « Celui qui vient » est Jésus, nous le savons. Il est « plus fort » que Jean, c’est-à-dire que si Jean est humain, Jésus est divin. Car Celui qui est « fort », c’est Dieu. On comprend pourquoi Jean n’est pas digne de lui retirer ses sandales : Jésus est le Dieu fort. Et c’est lui qui baptisera « dans l’Esprit Saint et le feu ».
Par rapport au judaïsme traditionnel, Jean-Baptiste fait ici une « percée conceptuelle » : le vrai baptême n’est pas dans l’eau du Jourdain, mais « dans l’Esprit Saint et le feu ». Cela veut dire que la Terre Promise et Jérusalem ne sont plus la Terre Sainte matérielle et la ville actuelle de Jérusalem, mais il s’agit du Ciel, du Royaume des Cieux, de la Gloire de Dieu. Josué et Jésus portent exactement le même nom, mais si l’un fait entrer dans une terre, l’autre fait entrer dans le ciel. Le juste Juge, qui est Dieu fidèle, n’est pas un roi de la terre, mais son Trône est dans les cieux. Le baptême n’est plus d’eau seulement, mais il est au « Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Et le feu, c’est celui du Don de l’Esprit, l’Esprit de Pentecôte qui fait l’Église par la communion de tous. C’est ainsi, d’ailleurs, que les baptisés deviennent eux-mêmes prophètes, par l’Esprit Saint qui habite en eux.
La conversion attendue demeure la même qu’au temps d’Élie, d’Isaïe, de Malachie et de Jean-Baptiste : renoncer aux idoles, aimer Dieu seul et son prochain comme soi-même, et le mettre en pratique. Et, lorsqu’on est baptisé, vivre déjà sur la terre de la vie du ciel, par la communion au Corps et au Sang de Jésus, lui qui est Dieu fort, Dieu juste, Dieu fidèle, hier, aujourd’hui et demain, en attendant son retour, comme il nous l’a promis. Amen. 


dimanche 23 novembre 2025

22-23 novembre 2026 - SEVEUX-VALAY - Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l'Univers - Année C

2S 5, 1-3 ; Ps 121 ; Col 1, 12-20 ; Lc 23, 35-43
 
Chers frères et sœurs,
 
La fête de notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’Univers nous donne l’occasion de méditer sur notre vocation humaine et chrétienne.
 
Dès le commencement Jésus est « Roi de l’Univers » parce qu’il est le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, par qui tout a été fait. « C’est par lui que tout est venu à l’existence, et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui » a écrit saint Jean :  tout dans l’Univers porte son empreinte. C’est encore plus vrai pour ce qui nous concerne, dès lors que Dieu nous a créés en disant : « Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance. » C’est ainsi que l’homme et tout l’Univers sont pleinement eux-mêmes selon leur vocation, selon le plan de Dieu, lorsqu’ils accueillent le Christ Jésus comme principe existentiel et vital de tout leur être, en reconnaissant Jésus comme « Roi de l’Univers ».
 
Cependant l’homme n’a pas reconnu cette royauté et, dans sa chute, il a entraîné l’Univers dans les ténèbres. Ainsi l’humanité et la création tout entière ont été assujetties au péché et à la mort. Mais, comme le Seigneur notre Dieu est fidèle, il ne nous a pas abandonnés à cet esclavage. En premier lieu, il s’est suscité un peuple prophétique ayant à sa tête un roi, images de l’humanité sauvée ayant Dieu lui-même à sa tête comme roi. C’est ainsi et en second lieu que, réalisant cette promesse, le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, Jésus s’est fait chair en Marie, descendante du roi David. Jésus, vainqueur en sa Passion et sa résurrection des tentations et de la mort dans lesquels Adam était tombé, fut élevé au ciel et reconnu « Seigneur ». En lui l’humanité et la création ont été, non seulement libérées, mais aussi recréées comme humanité et création nouvelles. C’est ainsi que le peuple prophétique annonçait l’Église, peuple nouveau dont la constitution n’est pas terrestre mais céleste et dont le chef hier, aujourd’hui et demain est toujours l’unique et même Seigneur Jésus-Christ, le « Roi de l’Univers ».
Cette royauté, ou plutôt ce règne de Jésus s’applique déjà pour nous, baptisés, qui sommes encore en pèlerinage dans ce monde, au plan social et au plan individuel.
 
Au plan social, nous devons distinguer ce qui est de l’ordre terrestre, ce qui est « à César », et ce qui est de l’ordre céleste, ce qui est « à Dieu ». Avez-vous remarqué, dans l’évangile de ce jour, que Jésus est interpellé par trois fois de la même manière : « Sauve-toi toi-même ! », d’abord par les chefs d’Israël, ensuite par les soldats romains, et enfin par le mauvais larron. Ces trois tentations de Jésus rappellent celles qu’il avait déjà vaincues au désert. Ici, tentations de se proclamer lui-même Messie, Roi et Christ en désobéissant à la volonté de son Père, contre tentations de changer les pierres en pains, de régner sur tous les royaumes de la terre en adorant Satan, et de se jeter au bas du Temple en mettant Dieu en demeure de le sauver. Jésus a été tenté de régner dans l’ordre terrestre, au prix de trahir son Père au profit de Satan. Mais il a choisi de boire la coupe de sa Passion : il a fait la volonté de son Père, et c’est ainsi qu’il a reçu de lui le règne véritable, dans l’ordre céleste.

De la même manière que Jésus, nous baptisés, nous sommes tentés de faire du règne céleste du Christ un règne terrestre. Lorsque nous luttons pour un monde « plus juste et plus fraternel », un monde « de justice et de paix », ou bien pour le « règne du Christ » dans le monde, de quoi parlons-nous ? Si il s’agit d’une justice et d’une fraternité humaine aux prix de compromissions morales et du sacrifice de la vérité de l’Évangile ; si il s’agit d’arrangements diplomatiques et d’une paix fondée sur des intérêts particuliers ; si il s’agit d’une chrétienté politique niant toute liberté de conscience, alors nous faisons fausse route. Car le règne de Dieu n’est juste qu’en sainteté, fraternel qu’en communion dans l’amour de Dieu ; il n’est règne de paix que de la Paix de l’Esprit Saint qui vient de Dieu seul. Le Règne du Christ pour nous se manifeste dans l’écoute et l’obéissance à la Parole de Dieu, dans l’amour de Dieu et du prochain, dans la célébration des mystères du ciel, les sacrements, surtout l’Eucharistie. L’Église est donc pour nous ici-bas le règne de Dieu, dans l’attente de sa transfiguration totale dans la Gloire.
 
Pour finir, et j’en viens au plan individuel, le Règne de Dieu n’est pas seulement extérieur à nous : il nous est aussi intérieur. Il rejoint notre vocation intime : l’amour que Dieu nous porte, l’amour auquel il nous invite, dans une vie sainte. Le Seigneur Jésus veut régner en nos cœurs ; il veut habiter en nous comme Dieu demeure dans son Temple. Pour cela, il a besoin de nous : que nous soyons comme une petite Église personnelle, nourris par sa Parole et ses sacrements, adorant Dieu seul et soignant notre prochain ; et que nous chassions les marchands du Temple, nos gros péchés et nos petites manies, tout ce qui s’oppose à sa volonté. Ce Règne de Dieu n’est pas inaccessible, comme dit le Seigneur à ses fils bien-aimés : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. » 

dimanche 16 novembre 2025

16 novembre 2025 - FEDRY - 33ème dimanche TO - Année C

Ml 3, 19-20a ; Ps 97 ; 2Th 3, 7-12 ; Lc 21, 5-19
 
Chers frères et sœurs,
 
Comme dimanche dernier, nous trouvons Jésus au Temple de Jérusalem. Dans les deux cas, il en annonce la destruction. Mais dans son esprit, il s’agit aussi et surtout d’une annonce de sa Passion imminente : car le Temple véritable – dont celui de Jérusalem est l’image – est son Corps. Et il ne s’agit pas seulement de son propre corps charnel, mais aussi de son corps spirituel qu’est l’Église – dont nous sommes membres par notre baptême.
C’est bien ce que nous lisons dans notre évangile : la discussion démarre sur la beauté transitoire du Temple de Jérusalem, puis elle se poursuit sur le mode de sa destruction et de la destruction du monde, au cours duquel Jésus annonce les persécutions et les martyres : « certains d’entre vous seront mis à mort » dit-il. Mais ce faisant il parle aussi et d’abord de lui-même puisqu’il décrit le déroulement de sa Passion : « on portera la main sur vous – au Jardin des Olivier – et l’on vous persécutera – on vous giflera ; on vous livrera aux synagogues – devant le Sanhédrin – et aux prisons – dans la maison du Grand-Prêtre, on vous fera comparaître devant des rois – le roi Hérode – et des gouverneurs – Ponce Pilate. Nous comprenons donc que la Passion de Jésus jusqu’à la croix, et les persécutions jusqu’au martyre, ne sont pour Jésus qu’une seule et même réalité, puisqu’il s’agit du même corps, de son corps.
C’est la raison pour laquelle les chrétiens ont toujours honoré les saints martyrs, car ayant imité le Christ Jésus au plus près par leur vie et par leur mort, nous croyons qu’ils se trouvent d’autant plus près de lui dans la vie éternelle.

Ceci dit, d’un point de vue purement humain, le programme annoncé par Jésus n’est pas très réjouissant : il annonce la Passion de l’Église et même sa mort sociale ou civile, d’une certaine manière. Cela est effectivement arrivé dans bien des endroits, dans le passé : en certains lieux l’Église, tellement persécutée, a disparu, ou n’est plus aujourd’hui qu’un mince petit troupeau. Pensons aux Églises d’Orient, ou à l’Église russe durant la période communiste, ou même ici, pendant la Révolution. Nous avons eu des vrais martyrs, même en Haute-Saône – on les a un peu oubliés, malheureusement.
Cependant, vous le comprenez bien, si nous sommes ici pour en parler, c’est que l’Église n’a pas totalement disparu : elle n’est pas morte. Car l’Église-Corps de Jésus a les promesses de la vie éternelle. Quand bien même elle s’éteindrait en certains lieux, elle demeure éternellement vivante au ciel dans les saints qui en sont originaires, et sur terre dans les chrétiens résidants dans les autres contrées du monde faisant mémoire de leurs frères, avec lesquels ils savent qu’ils sont en communion. Car Jésus est ressuscité ; Jésus est vivant, éternellement ; et son corps avec lui, inséparablement.
 
Ainsi, si persécutés nous sommes, nous avons la promesse de la sainteté puisque notre passion épouse celle de Jésus ; et nous sommes en communion dans son Corps avec les saints dans le ciel et nos frères et sœurs par toute la terre. Notre espérance doit donc être forte. Mais Jésus nous invite à adopter deux attitudes dans ces moments de souffrance.

La première est de nous garder des faux prophètes : ceux qui se proclament eux-mêmes Messies, ou bien ceux qui annoncent une fin du monde toute proche. C’est l’attrape-nigaud par la carotte et le bâton : promesses providentielles et gouvernement par la peur. Le chrétien doit se garder sur la réserve : le salut ne vient que de Dieu seul, et notre Dieu gouverne par l’amour.
Précisons ici que la « crainte de Dieu » dans les Écritures ne doit pas être traduite par la « peur de Dieu ». Ceux qui « craignent Dieu », les « craignant-Dieu », sont ceux qui ont été les bénéficiaires de la miséricorde de Dieu, d’une marque d’amour de Dieu : le don de cet amour est si grand pour eux, qu’ils en sont comme écrasés de confusion et de reconnaissance. Comme le lépreux samaritain guéri, qui revient vers Jésus et se prosterne devant lui : ce faisant, il « craint Dieu » ; mais il est en même temps rempli de joie et de reconnaissance. Telle doit être l’attitude constante du chrétien, après avoir reçu le don immense de la vie éternelle par son baptême et dans la sainte communion. Le « craignant Dieu » est immunisé contre les faux prophètes et leurs artifices.

La seconde attitude à laquelle nous appelle Jésus est celle de la « persévérance ». Comme souvent, le terme français ne correspond pas entièrement au terme grec ou araméen d’origine. Il faut entendre cette persévérance comme une « patience » ou une veille. Jésus nous invite à être patients. Cela veut dire trois choses : la première est qu’on se remet entièrement à Dieu, avec tous nos soucis : on les lui confie. La seconde est qu’on ne compte pas les jours : « un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour » aux yeux du Seigneur. Le Jour de Dieu peut arriver maintenant, ou demain, comme l’éclair, comme il peut arriver « on ne sait pas quand ». On remet donc tout à Dieu, et on lui laisse la direction de l’agenda. Mais, et c’est la troisième chose : on ne reste pas les bras ballants ; on prie et on travaille ; on vit paisiblement, on cherche à s’améliorer en sainteté, à se réconcilier avec Dieu et avec son prochain, on gère ses affaires et ses biens de manière responsable et juste. On attend la venue du Seigneur, dans la paix. Et en fait, par moments, on s’aperçoit qu’il est déjà là, avec nous.

lundi 10 novembre 2025

09 Novembre 2025 - AUTREY-lès-GRAY - Fête de la Dédicace de ND de Latran - Année C

 Ez 47, 1-2.8-9.12 ; Ps 45 ; 1 Co 3, 9c-11.16-17 ; Jn 2, 13-22
 
Chers frères et sœurs,
 
Jésus, aujourd’hui dans saint Jean, monte au Temple de Jérusalem pour la première fois : il s’attend à y trouver le parfait culte de Dieu, la parfaite justice exercée par des grands prêtres saints, eux-mêmes entourés de prêtres et de lévites angéliques. En effet, selon le livre de l’Exode, le Temple, son personnel et sa liturgie sont institués et organisés selon la vision que Moïse avait eue de la Jérusalem céleste, où les anciens siégeaient sur douze trônes, entourés des anges et des archanges, pour y juger les âmes des justes.
Mais, voilà, en lieu et place des grands-prêtres, il trouve des changeurs ; d’anges et d’archanges, des troupeaux de brebis et de bœufs. Pour Jésus, le Temple qui est l’image de la Jérusalem céleste est scandaleusement profané par ceux-là mêmes qui devraient au contraire veiller à sa sainteté.

Alors Jésus réagit comme autrefois réagit Mattathias : il exerce la violence pour chasser les impies, images des démons. Ce n’est pas pour rien que Jean rappelle cette citation de l’Écriture : « L’amour de ta maison fera mon tourment. » L’amour dont il est question est un amour zélé, un zèle ardent, celui-là même qui motiva la révolte des Juifs à l’époque où le Temple fut profané par le roi Antiochus IV Épiphane et ses sbires, lesquels voulaient mettre la religion d’Israël au diapason des dieux grecs et des mœurs grecques de leur temps, avec la complicité coupable de bon nombre d’Israélites eux-mêmes. Ce fut la révolte des frères Macchabées.
La réaction des Juifs, dans l’évangile, est embarrassée. En effet, Jésus a bien agi comme avait agi autrefois Mattathias, leur père. Il a agi comme un zélote, comme eux-mêmes revendiquent d’en être les héritiers. Du coup, Jésus suscite l’inquiétude des grands prêtres et de leurs partisans saducéens, ici appelés « les Juifs », mais il s’attache immédiatement la foule des pharisiens et des zélotes de son temps qui attendaient et espéraient la venu d’un messie purificateur, libérateur, pourquoi pas un peu musclé. N’oublions pas que parmi les Apôtres, il y a Simon le zélote, et saint Pierre portait sur lui une épée.
 
« Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » - c’est-à-dire : « Avec quelle autorité fais-tu cela ? » La question n’est pas un piège : elle est ouverte. Mais la réponse de Jésus dépasse leur capacité de compréhension. Elle est d’abord provocatrice : « Détruisez ce sanctuaire »… la destruction du sanctuaire est toujours le fait des impies, des nations païennes qui veulent imposer leurs dieux. Jésus mets ses interlocuteurs devant le choix radical de revenir à la véritable adoration de Dieu ou bien d’être relégués au rang des destructeurs, des traîtres quand il s’agit d’israélites. « … et en trois jours je le relèverai ». Jésus peut faire ici référence à la parole du prophète Osée : « Venez, retournons vers le Seigneur ! il a blessé, mais il nous guérira ; il a frappé, mais il nous soignera. Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors, nous vivrons devant sa face. » Le troisième jour est aussi traditionnellement celui des noces, bref, celui de la fête, celui de la liturgie céleste. Tous les auditeurs pensent que Jésus parle du Temple de pierre, mais il parle de son corps.
 
L’incompréhension grandit lorsque les sadducéens répliquent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire… » Ici saint Jean ajoute du mystère au mystère. En effet, 46 ans, c’est peut-être un détail pour vous, mais pour Jean, cela veut dire beaucoup : à cette époque, c’est à peu de choses près, l’âge de la Vierge Marie. Marie a l’âge du Temple. De même que dans le Temple réside la présence de Dieu, en Marie le Verbe de Dieu s’est fait chair. La chair de Marie est le Temple véritable du Dieu fait homme.
Mais il n’y a pas seulement cela : il y a aussi une question de calendrier qui travaille tous les prêtres et tous les zélotes, à chaque génération. Ils savent que Marie et Zacharie ont été visités par l’ange Gabriel, annonçant pour eux et pour le peuple de Dieu une bonne nouvelle. Or l’ange Gabriel n’est venu qu’une seule fois auparavant dans tout l’Ancien Testament, dans toute l’histoire du monde depuis la Création : pour donner au prophète Daniel la chronologie du temps accordé à Israël pour faire cesser la perversité à Jérusalem, pour se convertir et exercer un culte saint avant la venue d’un messie et la dévastation de la Jérusalem terrestre, et du temple. Or ce temps correspond, selon la manière que l'on compte, à celui de la venue de Jésus. Pour les chrétiens, l’ange Gabriel est revenu annoncer à Zacharie et à Marie que le temps de la réalisation de la prophétie confiée autrefois à Daniel était venu.
Par conséquent, Jésus annonce la destruction du Temple de Jérusalem – dont il accuse par provocation les sadducéens d’en être eux-mêmes les destructeurs par leur impiété et leur hypocrisie – mais que le véritable Temple, image de la Jérusalem céleste, apparaît mystérieusement en Marie. Elle est la manifestation de cette Jérusalem céleste en laquelle Dieu se complaît, la Femme couronnée d’étoiles du livre de l’Apocalypse : le véritable Temple n’est pas de pierre, il est de chair. Et mieux encore, le véritable accomplissement est manifesté quand cette chair est ressuscitée, transfigurée, illuminée par la puissance de l’Esprit.
 
Chers frères et sœurs, cela donne un peu le tournis : c’est normal. Jésus nous apprend que son corps, sa chair ressuscitée, c’est l’Église dont Marie est la figure parfaite. Par le baptême, nous entrons dans la communion de ce corps glorieux, comme une pierre s’ajuste parfaitement dans la construction d’une église magnifique. Dès lors, par l’Esprit nous faisons partie du saint peuple de Dieu, qui adore Dieu dans le Ciel, en présence des Anciens, patriarches et apôtres, des anges et des archanges, et de tous les saints, et c’est très exactement cette réalité divine que notre liturgie rend présente aujourd’hui, dans l’église d’Autrey, à la manière d’une icône humaine.

dimanche 2 novembre 2025

02 novembre 2025 - CHARCENNE - Commémoration des fidèles défunts - Année C

 Sg 3,1-9 ; Ps 26 ; 1Co 15,51-57 ; Jn 6,37-40
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsqu’un homme s’interroge devant la mort et l'au-delà, plusieurs options lui sont présentées.
 
Certains pensent qu’il n’y a strictement rien : l’homme s’est fait à partir d’atomes et il retournera à l’état d’atome. Pourquoi pas, mais ces gens-là ne nous disent pas d’où viennent les atomes, et encore moins la vie qui peut les animer.
D’autres pensent que l’homme provient d’une certaine vie dans l’univers et qu’il y retournera, noyé, dilué, dans le grand tout. Si le chrétien croit, lui, qu’il retrouvera aussi une vie nouvelle dans la gloire de Dieu, il sait en revanche que sa personnalité n’y disparaîtra pas, mais qu’elle y sera au contraire exaltée : car son nom est inscrit dans les cieux.
D’autres pensent qu’ils se réincarneront en quelqu’un d’autre ou dans un animal, et ils s’en félicitent déjà. Les asiatiques et les indiens qui ont importé chez nous cette idée, en revanche, eux sont consternés par la réincarnation : pour eux c’est un échec, qui renvoie l’âme à un nouveau cycle de souffrance et d’errance dans le monde. Pour eux, il faut absolument en sortir. Comme les grecs, il réduisent l’homme à son âme – qui peut ainsi passer d’un corps à l’autre, ou qui trouve une autre vie dans un autre corps ou sans corps. Telle n’est pas la foi des chrétiens, qui – comme les juifs – savent qu’ils ne font qu’un : âme et corps. Et donc la réincarnation, pour un chrétien ou un juif, est impossible ; la résurrection concerne autant son âme que son corps. Même si ce dernier est transformé, transfiguré, illuminé, revivifié, c’est toujours le même.
 
Au bout du compte, on s’aperçoit que, dans la diversité des opinions sur la mort et l’au-delà, les juifs et les chrétiens sont les plus optimistes : il ont foi en la promesse de Dieu que tout eux-mêmes, leur âme et leur corps, leur nom, ne seront pas perdus dans un univers matériel ou même spirituel anonyme ; ils ne seront pas condamnés à des cycles de souffrance infinis, mais qu’après avoir été purifiés dans le feu de l’amour de Dieu, par l’Esprit Saint, ils seront exaltés, glorifiés dans le bonheur extrême d’une communion d’amour, vie éternelle.
C’est ce que dit le Livre de la Sagesse : « Au temps de sa visite, ils resplendiront » ; le Psaume : « J’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants » ; saint Paul : « les morts ressusciteront, impérissables, et nous, nous serons transformés » ; et Jésus : « Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
 
Certains diront : quelles belles promesses ! Qui peut dire, qui peut certifier que ces publicités religieuses ne sont pas mensongères ? Qui peut prouver qu’elles correspondent à la réalité ? Et que notre foi, la foi des juifs, et la foi des chrétiens, n’est pas vaine ?
Hé bien, pour nous les chrétiens, c’est plus facile que pour les juifs : car nous nous croyons que Jésus qui était mort, est vraiment ressuscité, et qu’il est apparu à ses Apôtres à plusieurs reprises, avant de disparaître avec la promesse de revenir bientôt. Si Jésus n’était pas apparu vivant à ses Apôtres, le christianisme n’aurait jamais existé : ils en seraient restés à l’espérance juive. Mais comme Jésus leur est apparu vivant, les Apôtres ont témoigné jusqu’au sang de sa vie, de sa mort et de sa résurrection.
C’est pourquoi, nous aujourd’hui, les chrétiens, nous recevons leur témoignage : il nourrit notre espérance et notre vie, il constitue notre foi. Et nous le transmettons à d’autres pour qu’ils le transmettent à leur tour, car il est la promesse non seulement de la vie éternelle, mais aussi de notre résurrection en elle, avec notre âme et notre corps. Nous ne disparaîtrons pas : nous serons transfigurés, illuminés, comme Jésus ressuscité. Notre nom ne sera pas effacé : mais il est déjà inscrit, à notre baptême, dans le Livre de Vie. Et dans la bienheureuse communion de Dieu, avec tous les saints, le cœur purifié des scories inutiles, nous nous retrouverons.
 
C’est ainsi, chers frères et sœurs, que notre foi chrétienne ne repose pas sur des hypothèses plus ou moins scientifiques sur une vie future ou pas. Elle ne repose pas sur une philosophie, ni même une expérience ou une illusion spirituelle ; elle repose sur un fait historique : la résurrection et les apparitions de Jésus à ses disciples. On peut ne pas y croire, certes, mais pourquoi les Apôtres auraient-ils mentis ? Pourquoi les Apôtres sont-ils morts martyrs en défendant la vérité de leur témoignage, si celui-ci est une invention ? Tout simplement parce que la résurrection de Jésus et ses apparitions ne sont pas des inventions, et que cette nouvelle est tellement extraordinaire pour nous, les hommes, qu’il vaut le coup de donner sa vie pour la transmettre.

01 novembre 2025 - DAMPIERRE - Solennité de Tous les saints - Année C

 Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous aimons entendre l’enseignement des Béatitudes. À travers elles, Jésus nous dit qu’il y a une espérance : espérance de dépasser les bassesses et les obscurités de ce monde. Il nous dit qu’il y a une autre vie possible : la vie du ciel, la vie des saints.
Prenons donc au sérieux l’existence de cette vie du ciel, sa réalité. Si elle est telle que Jésus nous le dit, et parce qu’elle est éternelle, alors elle est la seule réalité solide et véritable que nous devons prendre en compte. En regard, la vie de ce monde est non seulement défaillante mais aussi transitoire. Nous le savons bien : autour de nous les hommes meurent, les civilisations meurent, les galaxies elles-mêmes disparaissent, à l’échelle de l’espace. Si la vie du ciel est dans la pleine lumière, la vie de ce monde est au mieux dans le brouillard, oscillant entre ténèbres et éclaircies.
 
La religion des Juifs et des chrétiens est fondée sur deux révélations fondamentales.
La première est que, par son Esprit Saint, le Dieu qui est a donné à des hommes la grâce de voir, de connaître, de comprendre la réalité de la vie du ciel. Ces hommes sont les Patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, et les prophètes : Moïse, Elie, Ézéchiel, Jérémie, Zacharie… et bien d’autres comme eux. Grâce à la vision qu’ils ont eue, ils ont appris non seulement que le ciel existait, mais surtout qu’il leur était promis – qu’il était promis au Peuple de Dieu, pourvu que celui-ci obéisse à ses commandements.
La seconde révélation est que, par l’Esprit Saint ayant couvert la Vierge Marie de son ombre, le Verbe de Dieu, le Fils de Dieu, s’est fait homme en Jésus-Christ, pour que par ses actes et ses enseignements, par son sacrifice sur la croix, sa résurrection et le don de son Esprit à la Pentecôte, le chemin qui mène de la vie du monde à la vie du ciel, soit praticable. Dans un sens et dans l’autre. Cette seconde révélation, non seulement dévoile davantage aux hommes la vie du ciel, mais les y fait également participer, réellement.
Comment cela ? Voir Jésus, c’est voir Dieu – nous en avons la description dans les évangiles. Connaître les apôtres et les disciples de Jésus, les saints et les saintes, qui sont habités et vivifiés par l’Esprit Saint, c’est aussi connaître à travers eux une part de la vie du ciel. Et recevoir les sacrements, les célébrer dans la liturgie, c’est participer mystérieusement, spirituellement mais aussi physiquement à cette vie. Les symboles et les rites si particuliers de la liturgie n’ont de sens que parce qu’il rendent présent ici et maintenant la vie du ciel. Le Corps et le Sang de Jésus dans l’eucharistie, parce qu’ils sont par excellence la vie éternelle, sont donc plus réels et véritables que n’importe quel autre objet périssable dans le monde.
Donc, pour faire bref, la religion des Juifs affirme qu’il existe la terre et le ciel, avec la promesse qu’un jour les portes du ciel seront ouvertes ; et la religion des chrétiens dit qu’en Jésus le Dieu du ciel est venu sur la terre, pour que depuis la terre toute l’humanité puisse être élevée jusqu’au ciel, puisse y entrer : par Jésus, les portes sont ouvertes. Et dans tous les cas, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint.
 
Chers frères et sœurs, l’Esprit Saint n’a jamais cessé et ne cesse jamais son ouvrage. Le simple fait que nous soyons ici réunis ce matin pour célébrer l’eucharistie est aussi son œuvre : parce qu’il nous a inspiré de venir dans cette église et parce que nous y célébrons la liturgie, apparition de la vie du ciel sur la terre, pour que nous puissions communier à cette vie réellement, maintenant.
Ainsi, nous sommes nous-mêmes les gens « vêtus de robes blanches » dont parle le livre de l’Apocalypse : il s’agit du vêtement blanc de notre baptême. L’autel est le trône de Dieu, l’Agneau est l’Hostie, présence réelle de Jésus vivant. De même, les bougies sont le Buisson ardent, lumière de la Gloire de Dieu, perceptible aussi bien au Mont Sinaï, dans le Temple de Jérusalem, à la Transfiguration que lors des apparitions de Jésus ressuscité. Cette même lumière que virent Moïse et Elie, Ézéchiel et tous les prophètes, Pierre, Jacques et Jean, et tous les Apôtres, jusqu’à sainte Marguerite-Marie lorsqu’elle vit le Sacré-Cœur de Jésus à Paray-le-Monial, et saint Séraphim de Sarov lorsqu’il fut lui-même rendu rayonnant. L’Esprit Saint ne cesse pas d’illuminer les saints et les saintes de Dieu. Et c’est pourquoi il nous est donné un cierge de lumière lors de notre baptême.
Doutons-nous de la puissance de l’Esprit Saint qui imprègne les fils et les filles de Dieu, comme il les a imprégnés par l’onction du Saint-Chrême, lors de leur baptême ici encore ? Si l’Esprit de Dieu cessait d’imprégner les hommes et la nature, de les vivifier, tout disparaîtrait immédiatement, comme on éteint une lampe électrique. On est tellement habitués à la présence de l’Esprit Saint qu’on ne le voit même plus – non pas en lui-même, il est invisible – mais dans ses œuvres. Or son œuvre la plus parfaite est de faire de nous des saints. L’Esprit agit particulièrement au baptême, puis ils nous configure à la ressemblance de Jésus : humbles et pauvres, pleurant pour le monde pécheur, doux comme des agneaux, affamés de la sainteté et de la paix de Dieu, généreux en pardon, cœurs purs, hommes et femmes de paix à l’égard de tout prochain.
 
Voilà pourquoi l’enseignement des Béatitudes nous touche si profondément au cœur : elles nous rappellent que nous avons été faits pour le ciel, que nous avons été baptisés pour en faire partie et en vivre déjà maintenant en ce monde, et que nous sommes appelés à y communier pour l’éternité, configurés à la ressemblance de Jésus, avec tous les saints, pour notre plus grand bonheur.

dimanche 26 octobre 2025

26 octobre 2025 - VALAY - 30ème dimanche TO - Année C

Si 35,15b-17.20-22a ; Ps 33 ; 2Tm 4,6-8.16-18 ; Lc 18,9-14
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque Jésus raconte une parabole, ce n’est pas une petite histoire inventée sur le coup, mais un véritable enseignement où chaque mot est pesé, où la composition même de la parabole est soigneusement réfléchie : rien n’est laissé au hasard. Ainsi, lorsque nous lisons ou écoutons la parabole de ce dimanche, une leçon très riche nous y est donnée.
 
Un premier point extrêmement important est à souligner avant tout commentaire. Dans notre langue française, nous employons les mots « justice » et « paix » pour désigner la justice et la paix dans le monde. Nous pensons à une justice nationale ou internationale, à des organisations comme la Cour européenne des droits de l’homme, la Cour internationale de justice, qui sont censées garantir, avec des institutions comme l’ONU, la paix dans le monde. Mais ce n’est, ni de cette justice, ni de cette paix dont parle Jésus. Quand il parle de justice il parle en réalité de sainteté, et quand il parle de paix, il parle d’une profonde paix du cœur, sa paix, donnée par l’Esprit Saint. 
Ainsi, celui qui se croit juste est celui qui se croit saint. Celui qui revient à la maison justifié est celui qui a été sanctifié par Dieu, et qui, par conséquent, redescend chez lui dans une très grande paix intérieure. Il faut faire très attention, quand les Écritures ou l’Évangile parlent de justice et de paix, il y a deux sens possibles : la justice et la paix du monde, qui sont des arrangements politiques entre les hommes, et la justice-sainteté et la paix du cœur qui sont donnés gracieusement par Dieu.
Dans sa parabole, Jésus nous propose donc un enseignement sur la sainteté : comment acquiert-on la sainteté ?

On a d’abord le pharisien, qui se tient debout et prie en lui-même. L’expression n’est pas facile à traduire. En fait, Jésus dit que le pharisien se tient à l’écart des autres priants dans le Temple, pour souligner sa particularité religieuse : le mot « pharisien » veut dire en effet « séparé », attitude typique de ceux qui se considèrent comme purs et ne veulent avoir aucun contact avec les autres qu’ils jugent impurs. Ce pharisien fait une longue prière, en exposant tous ses mérites, qui sont réels. Il se félicite de ne pas tomber dans les tentations communes aux hommes : voleurs, injustes – il aurait mieux valu ici traduire par iniques – ou adultères. Nous retrouvons les trois tentations capitales : celles de l’argent, du pouvoir et du désir idolâtre, qui font que l’on choisit la fidélité à Dieu ou pas.
En regard, le publicain, lui se « tient à distance », exactement comme les dix lépreux se « tenaient à distance » de Jésus. Si la prière du pharisien était longue, celle du publicain est très courte : « Ô Dieu, fais miséricorde à moi, le pécheur ! » On retrouve la brièveté du cri de Bartimée : « Jésus, Fils de David, prend pitié de moi, pécheur ! », qui a donné dans notre liturgie : « Seigneur, prend pitié » ou « Kyrie Eleison » ! En fait, la prière du publicain est surtout une prière d’attitude, intérieure et corporelle, toute faite d’humilité. Elle rappelle l’attitude du fils prodigue quand il revient chez son père. Et c’est elle, plus que les paroles, qui change tout. 
On s’aperçoit ici que la prière la plus profonde, la plus efficace, est celle qui vient du cœur plus que du cerveau. Beaucoup de gens prient sans le savoir, parce qu’ils sont remués dans leur cœur, alors qu’ils ne savent pas leurs prières.
 
Jésus continue sa parabole en expliquant que le publicain revient chez lui justifié, c’est-à-dire sanctifié. Il semble, d’après notre traduction, que cela ne soit pas le cas du pharisien. Mais en fait, il y a deux traductions possibles. La seconde dit que le publicain est descendu à sa maison justifié « bien plus » que l’autre. Cette traduction est moins dangereuse que la première et plus conforme à l’enseignement habituel de Jésus. La traduction qui dit que le pharisien n’est pas justifié, n’est pas sanctifié, est la porte ouverte à sa condamnation, et c’est exactement sur ce type de jugement que s’est développé l’antijudaïsme qui a conduit à toutes les atrocités. Cette traduction est donc dangereuse. Au contraire, celle qui dit que le publicain est sanctifié « bien plus » que le pharisien, signifie que le pharisien a quand même reçu une part de justification, une part de sanctification, mais beaucoup mois que le publicain. C’est exactement comme avec le fils prodigue : le père l’habille, le réhabilite dans sa dignité de fils et fait tuer le veau gras, mais cela ne lèse en rien son frère aîné, qui est toujours héritier de la maison de son père. Dans notre parabole, le publicain, c’est le fils prodigue, et le pharisien, c’est le frère aîné.
 
Pour terminer, Jésus termine par la sentence : « Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaisse sera élevé ». Il faut être conscient que le terme traduit par « abaissé » renvoie immédiatement à l’expression « humble de cœur » et à la béatitude « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ». Saint Irénée en a tiré l’enseignement suivant, que nous pouvons faire nôtre : « le publicain surpassa le Pharisien dans sa prière et reçut du Seigneur ce témoignage qu’il était justifié de préférence, parce que, avec grande humilité, sans orgueil ni jactance, il faisait à Dieu l’aveu de ses péchés. »
 

dimanche 19 octobre 2025

19 octobre 2025 - CUGNEY - 29ème dimanche TO - Année C

Ex 17,8-13 ; Ps 120 ; 2Tm 3,14-4,2 ; Lc 18,1-8
 
Chers frères et sœurs,
 
Jésus a raconté la parabole que nous venons d’entendre au cours d’une discussion avec les pharisiens et ses disciples au sujet de la venue du Règne de Dieu. Aux premiers, Jésus dit : « Le Règne de Dieu est au milieu de vous », ce qui est une manière de leur dire que lui, Jésus, s’il est bien un homme visible, il est également le Dieu invisible : il est Emmanuel, « Dieu avec nous ». Là où est Jésus, là est le Règne de Dieu. Aux seconds, c’est-à-dire aux disciples, Jésus précise : « Comme l’éclair qui jaillit illumine l’horizon d’un bout à l’autre, ainsi le Fils de l’homme quand son jour sera là. » Jésus, nous le savons, va leur être retiré, d’abord par sa mort, puis après sa mort et sa résurrection, par son ascension au ciel. Ainsi le jour et l’heure de son retour sont imprévisibles. Mais quand le moment sera venu, celui-ci sera aussi soudain que l’éclair. Nous comprenons donc bien, déjà, pourquoi dans la parabole d’aujourd’hui, Jésus demande à ses disciples de prier sans cesse, sans se décourager. En effet, le retour de Jésus est certain, et il peut arriver à tout instant.
Dans la parabole du juge inique et de la veuve Jésus développe son propos : il dévoile la raison cachée de son retour à la fin des temps et l’importance de la prière. Pour comprendre, interrogeons-nous tout d’abord sur l’identité du juge et de la veuve.
 
Le juge, installé dans la ville, est l’image du pouvoir installé à Jérusalem. Il peut aussi bien signifier le pouvoir politique de la dynastie d’Hérode que celle des grands-prêtres. Habituellement pouvoir politique et pouvoir religieux voguent de concert. Or Jésus dit que ce juge « ne craint pas Dieu et ne respecte pas les hommes ». La « crainte de Dieu » est une expression qui traverse les Écritures, l’Évangile et une part de la tradition des Pères de l’Église. On ne doit pas l’interpréter systématiquement par « peur de Dieu », mais plutôt par « piété envers Dieu », piété qui comprend aussi bien l’amour que le respect de Dieu. Autrement dit, le juge de la parabole n’est pas pieux : il n’aime pas ni ne respecte Dieu ; il contrevient au premier précepte de la Loi : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » Par suite logique, ce juge ne « respecte pas les hommes », puisqu’il n’obéit pas non plus au commandement semblable au premier : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Les deux commandements vont toujours ensemble. Nous sommes donc en présence d’un juge légitimement en place mais qui se conduit de manière illégitime puisqu’il n’obéit pas aux commandements qui justifient sa fonction.
La veuve, dans l’Évangile selon saint Luc, est la représentation d’une double réalité : elle est en même temps la Vierge Marie et l’Église. Dans les deux cas, cette femme est privée de son mari et soumise à la précarité de la vie : elle est humainement fragile, mais elle est spirituellement forte car elle a la foi. Or, dans la parabole, la veuve, donc l’Église, demande justice au juge : justice contre les persécutions réelles ou à bas-bruit, inévitables quand on dépend d’un pouvoir politico-religieux qui ne connaît pas Dieu ou se rebelle contre lui. Il est remarquable que le Juge ne sache opposer à la femme que son silence. Mais comme celle-ci sait qu’elle est dans son droit, elle demeure inébranlable et ne lâche rien de ses revendications.
 
Voilà, dit Jésus, que tout à coup, le juge finit par craquer, et il insiste sur la raison : « cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer. » Ici la traduction est faible et en partie inexacte : d’une part, il faut comprendre que la veuve tourmente intérieurement le juge – il a mauvaise conscience, du fait que la femme est dans son droit. Et d’autre part il pressent que sa fin est proche et qu’il encourt lui-même le jugement de Dieu : il ne faudrait pas que l’injustice dont il a fait preuve envers la femme devienne le motif de sa propre condamnation éternelle. Donc, il lui donne satisfaction, et ce faisant se sauve lui-même. Cela est extrêmement important : c’est la raison cachée du temps passé et de la nécessité de la prière incessante de la femme.
Bien sûr, la femme, en premier lieu prie pour que la justice qui lui est due lui soit accordée, mais en réalité aussi, sa prière agit comme une eau souterraine qui vient creuser le cœur de pierre du juge. Au bout du compte, elle obtient, avec la conversion du juge, la justice qu’elle attendait pour elle-même.
Du coup, nous comprenons le sens profond de l’enseignement de Jésus – qu’on retrouve aussi dans la Lettre aux Romains de saint Paul : le retard du retour de Jésus, tout ce temps d’attente, durant lequel l’Église est parfois persécutée jusqu’au sang, est le temps accordé par Dieu aux puissants de ce monde pour se convertir. Pendant ce temps l’Église est appelée à prier sans cesse, d’abord pour entretenir sa foi, ensuite pour obtenir la justice qui lui est due, et en même temps obtenir du Seigneur la conversion de ses persécuteurs, ou de leurs complices par action ou par omission – tous ceux qui ne « craignent pas Dieu ».
 
Jésus termine par une note d’inquiétude : « Le fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » Tant qu’il y aura quelqu’un à la messe le dimanche, le Seigneur Jésus sera rassuré. Et nous aussi, car chaque dimanche à la messe, il est présent. Jésus nous l’a dit à plusieurs reprises : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux » ; « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde. » Par son Esprit Saint et les sacrements qu’il nous donne, le Seigneur Jésus lui-même est la force de notre foi.

dimanche 12 octobre 2025

12 octobre 2025 - GRAY - 28ème dimanche TO - Année C

2R 5, 14-17 ; Ps 97 ; 2Tm 2, 8-13 ; Lc 17, 11-19
 
Chers frères et sœurs,
 
À une ou plusieurs reprises, Jésus s’est trouvé en présence d’un ou plusieurs lépreux dont il a eu compassion et qu’il a guéris. Ce faisant, il leur a offert non seulement une vie sociale nouvelle, mais aussi à tous les témoins un signe de la venue toute proche du Royaume des cieux. Jésus était considéré par la plupart des hommes de son temps comme un guérisseur, et pour plusieurs comme le Messie de Dieu. Il suscitait une immense espérance et sa réputation le précédait.
Dans l’évangile de ce dimanche, saint Luc a développé une de ces rencontres. Il a voulu souligner deux leçons fondées sur la Loi concernant la guérison des lépreux, au chapitre 14 du Lévitique.
 
La première leçon concerne les malades qui étaient guéris. Jusqu’alors exclus de toute société par crainte de la contamination, ils devaient se présenter à un prêtre du Temple pour qu’il constate cette guérison et offre en sacrifice les offrandes nécessaires à la purification et à la réintégration dans le peuple de l’ex-malade.
Nous voyons que les dix lépreux et Jésus se conforment parfaitement à cette Loi : tout d’abord Jésus passe à proximité de leur village, lui-même situé aux confins de la Galilée et de la Samarie, à l’écart des autres villages. Voyant arriver Jésus, les lépreux s’avancent mais restent à distance. Jésus leur enjoint d’aller se montrer aux prêtres, comme si ils étaient déjà guéris, et c’est en obéissant à cette parole qu’en chemin, ils sont miraculeusement guéris, comme Naaman ayant obéi à la parole Élisée, fut guéri au Jourdain.
Ce qui surprend Jésus et les disciples, c’est qu’un des dix lépreux, le samaritain, constatant sa guérison, ne va pas se présenter à un prêtre, mais revient vers Jésus, comme si c’était lui le prêtre. Mieux encore, il considère Jésus comme le Seigneur Dieu lui-même, puisqu’il se prosterne devant lui en rendant grâce : il lui présente pour sa purification et sa réintégration l’offrande de son adoration. De fait, Jésus agit comme le Seigneur Dieu le fait dans le rituel de la Loi ; il lui fait grâce : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ! » C’est-à-dire, que la foi de cet homme a valu offrande et cette offrande a été agréée.
Nous en concluons que tout homme qui suscite la compassion de Dieu par sa prière : « Jésus, Maître, prend pitié de nous », peut recevoir de lui écoute et bonté, miséricorde gracieuse. Le Seigneur cependant lui demande de se convertir, d’entrer dans sa Parole, dans sa Loi, et de la mettre en pratique : tout don reçu appelle action de grâce. Le Samaritain, qui a identifié Jésus comme Dieu, et lui rend à lui l’action de grâce, reçoit bien davantage que la guérison et le retour à une vie sociale normale ; il reçoit en plus l’entrée dans le Royaume : « Ta foi t’a sauvé » lui dit Jésus. La leçon est donc que, pour tout homme, l’obéissance à la Loi vaut pour cette vie, mais la foi en Jésus vaut pour la vie éternelle.
 
La seconde leçon concerne Jésus lui-même. Nous avons vu qu’il agissait comme Dieu, puisqu’il a fait grâce au lépreux guéri, et plus encore : il lui a donné le salut. Mais il l’a fait aussi en tant que prêtre, que vrai prêtre du Royaume des cieux. Nous observons cela à plusieurs détails donnés par saint Luc. En premier lieu, voyant les lépreux venir vers lui, Jésus les regarde. Son regard sur leurs blessures correspond au regard du prêtre qui doit constater la guérison. Chez saint Luc, comme chez saint Jean, le regard de Jésus est un regard pénétrant jusqu’au plus profond des cœurs, et qui agit. C’est par son regard que Jésus a guéri les lépreux. Obéissant à sa parole, les lépreux se rendent au Temple pour accomplir le rituel et, ce faisant, ils obéissent à la Loi : la Parole de Jésus, c’est la Loi. Aussi, celui qui revient, continue d’appliquer la Loi : il vient voir le « prêtre Jésus ». Et c’est bien en tant que prêtre que Jésus peut lui dire : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. » À la différence près que Jésus n’est pas tant un prêtre du Temple qui exprime la grâce de Dieu pour redonner une vie sociale à un homme, mais il est le seul véritable prêtre qui donne directement la grâce de Dieu en plénitude : celle du don de la vie éternelle.
Pour les témoins de cette rencontre et les auditeurs de saint Luc, Jésus n’est donc pas tant un guérisseur ni un messie de circonstance, un prophète comme autrefois, mais il est le seul véritable prêtre et il est Dieu. Par lui, tout homme, fut-il lépreux et samaritain, rebut de la société, peut trouver guérison, pardon, réhabilitation, et mieux encore : le salut, la vie éternelle.
 
Pour nous, les leçons de cet évangile sont toujours valables. Jésus, par son Esprit et dans son Église est toujours présent et il ne cesse d’agir. Il continue d’entendre la prière des désespérés ; il continue de vouloir les relever et de les appeler à la conversion par l’écoute de sa Parole ; il continue d’agir, de réconcilier et de donner la vie éternelle par ses sacrements. N’est-ce pas pour en vivre, dans l’action de grâce, que nous sommes venus ici nous présenter devant lui, ce matin ? 

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