dimanche 23 juin 2024

22-23 juin 2024 - BETONCOURT-LES-MENETRIERS - LE PONT DE PLANCHES - 12ème dimanche TO - Année B

Jb 38, 1.8-11 ; Ps 106 ; 2Co 5, 14-17 ; Mc 4, 35-41
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous sommes impressionnés par cet épisode de la tempête apaisée. Certainement que, lorsque cet événement est arrivé, sur le lac de Tibériade, les disciples ont vraiment eu peur, et ont été vraiment impressionnés. Mais, à l’époque, ils ne pouvaient pas comprendre que c’était une prophétie de la mort et de la résurrection de Jésus. En effet, si l’on comprend qu’il faut lire ces deux événements en parallèle, ou plutôt en les superposant, alors tout s’éclaire dans notre évangile de ce dimanche. Suivons le texte pas à pas.
 
« Ce jour, là, le soir venu », c’est le jeudi saint, où Jésus annonce à ses disciples que son Heure est venue : « Passons sur l’autre rive » - dans le texte araméen, il est écrit précisément : « Passons vers au-delà. »

Les disciples emmènent Jésus « comme il était », dans la barque. La mention « comme il était » est bien curieuse ; mais on la retrouve au second livre des Rois : « Au crépuscule, les Araméens s’étaient mis en route et avaient pris la fuite, abandonnant leurs tentes, leurs chevaux et leurs ânes, en un mot, le camp tel qu’il était ; ils s’étaient enfuis pour sauver leur vie. » Si saint Marc l’a bien fait exprès, il dit entre les lignes, de manière voilée, que ce n’est pas tant les disciples qui emmenèrent Jésus « tel qu’il était » mais plutôt qu’eux-mêmes l’abandonnèrent « tel qu’il était », entre les mains des soldats du Temple, pour sauver leur vie.

D’ailleurs, survint une « violente tempête ». Et comment ! Il s’agit du jugement, de la Passion et de la mort de Jésus sur la Croix. Et la barque des disciples se remplissait d’eau : la mer, pour les Hébreux, c’est la mort. La mort gagnait sur eux. Et nous savons combien ils avaient peur, terrorisés, enfermés au Cénacle après la mort de Jésus. C’est bien ce que saint Marc nous dit : « Jésus dormait » - il était mort ; reposant « sur le coussin », ou plutôt la couche, sur la pierre du tombeau.

Le cœur des disciples crie : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Souvenez-vous de cette interpellation, nous l’avons entendue ailleurs ; on croirait entendre Marthe : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Ces deux sœurs avaient interpellé Jésus avec la même parole : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » C’était à propos de la mort de Lazare. Jésus avait été bouleversé aux entrailles et il avait ressuscité Lazare.

Justement, dans la barque, Jésus est maintenant « réveillé » - en langage chrétien : il est ressuscité. Il interpelle le vent et la mer. Au premier il dit « silence ! » La traduction est ici la version la plus soft qu’on puisse trouver. Un exégète a noté que l’expression employée par Jésus est – je cite – « sans doute une locution énergique populaire »… à la seconde, il dit « tais-toi ! », c’est-à-dire qu’il la muselle, comme il a muselé les démons à d’autres occasions. Jésus est plus puissant que la mort et les enfers. C’est pourquoi « il se fait un grand calme ». Ici, saint Marc fait référence à la Genèse. En araméen, ce « calme » correspond au repos du Seigneur, au septième jour de la Création, repos du Shabbat, et le même que celui qui se fit à la fin du Déluge, quand l’arche de Noé se posa enfin sur le Mont Ararat. À travers ce « calme » saint Marc fait allusion à la présence nouvelle de Jésus ressuscité, premier-né d’entre les morts, nouvel Adam, nouveau Noé, dont l’Église est l’Arche.

Et ce sont bien les mêmes paroles que Jésus dit à ses disciples au moment de sa première apparition : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » ; « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! »

Voilà pourquoi, en présence de Jésus disant ces paroles les disciples – qui avaient peur – maintenant sont « saisis d’une grande crainte ». Il s’agit ici d’une terreur sacrée, que les hommes n’éprouvent qu’en présence de Dieu, en présence de l’Ange du Seigneur – ici Jésus ressuscité.

Et vient la question finale : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » La réponse est dans le psaume, que saint Marc a également utilisé en filigrane, et que nous avons lu : « Dans leur angoisse, ils ont crié vers le Seigneur, et lui les a tirés de la détresse, réduisant la tempête au silence, faisant taire les vagues. » Celui qui réduit la tempête au silence et fait taire les vagues, c’est le Seigneur et c’est Jésus : c’est le même. La réponse à la question des disciples est : « Jésus est Dieu, qui était mort et est ressuscité, et qui a pouvoir sur la mort et sur les démons. »
 
On terminera en revenant sur la parole de Jésus : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Le contraire de la foi, ce n’est pas le doute, ni le scepticisme, c’est la peur… Lorsque nous sommes confrontés à l’adversité, à l’inconnu, nous sommes tentés par la peur. Mais Jésus nous dit : « N’ayez pas peur, c’est bien moi » ; « Je suis là. »

dimanche 16 juin 2024

16 juin 2024 - GRAY - 11ème dimanche TO - Année B

Ez 17, 22-24 ; Ps 91 ; 2 Co 5, 6-10 ; Mc 4, 26-34
 
Chers frères et sœurs,
 
Alors que nous traversons des temps troublés, l’enseignement de Jésus est de nature à nous rassurer, à nous apporter la paix dont nous avons besoin, et dont le monde a besoin autour de nous. En effet, le règne dont parle Jésus est l’œuvre de l’Esprit Saint, œuvre tout aussi invisible qu’efficace, puisque, au bout du compte, l’Esprit arrive à ses fins : la semence devenue du blé est moissonnée, signe d’abondance, ou bien elle a suffisamment grandi pour devenir un abri pour les oiseaux du ciel. L’Esprit saint travaille donc avec certitude à notre vie et à notre protection. Tout le monde peut comprendre cela.
 
Mais nous voyons aussi qu’il existe un enseignement mystérieux, voilé, dont la compréhension est réservée aux seuls disciples de Jésus. Nous aimerions bien en savoir un peu plus, n’est-ce pas ? Pour nous justement, qui sommes des disciples, nous pouvons entrer dans cette compréhension comme Jésus nous a appris à le faire, c’est-à-dire à la lumière des Écritures – de l’Ancien Testament, et de sa vie même – l’Évangile.
 
Mais saint Marc qui rapporte les paroles de Jésus, sait bien que nous ne pouvons pas comprendre les paraboles s’il ne nous donne pas aussi quelques indications. Celles-ci sont semées dans le texte, comme des informations anodines, mais qui pourtant nous en donnent la clé.
Par exemple, le règne de Dieu, comme la semence, grandit « il ne sait comment ». Immédiatement cette remarque doit nous rappeler cette phrase de Jésus à Nicodème : « Le vent souffle où il veut : tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi pour qui est né du souffle de l’Esprit. » C’est pourquoi j’ai dit précédemment que le règne de Dieu était l’œuvre de l’Esprit Saint, qui donne vie, ordonne et conduit toute chose à sa fin.
Autre exemple, « D’elle-même » la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, etc… Or dans l’Écriture, quand la terre produit seule son fruit, « d’elle-même », c’est qu’il s’agit d’une année sabbatique, une année de grâce offerte par le Seigneur. Jésus nous indique ainsi que la croissance du règne de Dieu est un effet de sa grâce, une œuvre de Dieu, qui saisit tout la création et l’homme, presque malgré eux.
Il n’aura pas échappé aux disciples de Jésus que la Loi de Moïse interdit aux hommes de moissonner durant une année sabbatique, pourtant c’est bien ce que fait l’homme de la parabole, avec sa faucille. C’est donc que cet homme est Dieu lui-même.
Mais la mention de la « faucille » renvoie directement à une prophétie du Livre de Joël, qui sera reprise dans le Livre de l’Apocalypse : « Lance ta faucille et moissonne : elle est venue, l’heure de la moisson ». Le simple usage du mot « faucille » annonce donc que l’Heure du jugement est venue, c’est-à-dire de la disparition du monde ancien et de la naissance du monde nouveau : le règne caché jusqu’alors apparaît au grand jour, dans la gloire.
Cependant – et saint Irénée de Lyon l’interprète bien ainsi – si la faucille est synonyme de mort, annonçant la Passion de Jésus et aussi la nôtre qui marchons à sa suite, la moisson est faite en revanche pour l’offrande du pain eucharistique, l’ascension de Jésus ressuscité au ciel, le sacrifice d’Action de grâce par excellence. Ainsi, l’œuvre de l’Esprit qui donne vie au monde, fait fructifier celui-ci en abondance, revient et présente blé et raisins, pain et vin, Jésus ressuscité et toute l’Église qui lui est unie, au Père, pour sa joie.
En définitive, par petites touches impressionnistes, Jésus nous enseigne le secret de sa mission : étendre le règne de Dieu dans le monde comme un filet de pêche est lancé dans la mer, pour en ramener une multitude de poissons.
 
La seconde parabole commence par une allusion au Livre du prophète Isaïe, où l’expression suivante revient de manière similaire à plusieurs reprises : « À qui pourriez-vous comparer Dieu, quelle forme lui donneriez-vous ? » Cette simple mention rappelle immédiatement aux disciples cette autre parole de Dieu qui se lit aussi en Isaïe : « Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins ». Le règne de Dieu est pour nous totalement nouveau, et au stade où nous sommes, parfaitement incompréhensible.
Alors Jésus prend l’image de la graine de moutarde qui devient une plante si grande que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre, rappel direct – nous l’avons entendue en première lecture – de la prophétie d’Ézéchiel : « elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. » Elle, c’est-à-dire la tige prise au sommet du grand cèdre, plantée sur la haute montagne d’Israël. Elle, c’est-à-dire Jésus, fils de David roi d’Israël, planté en croix à Jérusalem, les bras étendus.
C’est dans le prolongement de cette croix vivifiante que se développe l’Église de la terre et du ciel, le Corps glorieux du Christ, à l’ombre duquel tant et tant de pécheurs ont pu, peuvent et pourront toujours trouver le réconfort, la guérison et l’abri, la vie éternelle, la lumière et la paix dont ils ont tant besoin. La Demeure de Dieu.
 
En définitive, puisque Jésus nous enseigne le règne de Dieu par deux paraboles complémentaires, on comprendra que l’offrande eucharistique conduit à cette vie éternelle, et que cette eucharistie en est déjà la réalité vivifiante offerte pour nous aujourd’hui.  

dimanche 2 juin 2024

02 juin 2024 - CHAMPLITTE - Solennité du Saint-Sacrement - Année B

 Ex 24, 3-8 ; Ps 115 ; He 9, 11-15 ; Mc 14, 12-16.22-26
 
Chers frères et sœurs,
 
Pour entrer dans la compréhension des lectures et de l’Évangile que nous avons entendus, la première chose à considérer est qu’il y a deux mondes : d’un côté notre monde, le monde des hommes, la création, qui est limité, marqué par le péché et par la mort, que l’on appellera « la terre » – et de l’autre le monde de Dieu, que Jésus appelle le Royaume des Cieux, auquel nous sommes appelés pour une vie éternelle, dans la paix, la joie et la lumière, que l’on appellera « le ciel ». Il y donc la terre et le ciel. Or, il n’est possible de passer de la terre au ciel qu’en faisant une offrande à Dieu, le Roi du ciel. Et si le Roi accepte l’offrande qu’on lui présente, alors il donne sa bénédiction et nous pouvons entrer dans le ciel pour être en communion avec lui.
 
C’est pour enseigner cela au peuple d’Israël – la séparation du ciel et de la terre, et l’offrande pour avoir accès au ciel – que Dieu a donné ordre à Moïse d’établir le Temple et le rituel du Temple.
Ainsi le Temple était séparé entre l’esplanade et le Temple lui-même, et encore dans le Temple, il y avait une séparation entre une première zone réservée aux lévites, et derrière un rideau, le Saint-des-Saints où se trouvait la Présence de Dieu, où seul le Grand Prêtre entrait une fois par an, pour la célébration du Grand Pardon. Il y avait donc une séparation entre la terre (l’esplanade) et le ciel (le Saint-des-Saints), avec une zone intermédiaire réservée à ceux qui étaient consacrés à Dieu.
Et le rituel du Temple était essentiellement un geste d’offrande. Nous voyons dans le livre de l’Exode le sacrifice et l’offrande des taureaux, pour que l’alliance des hommes avec Dieu soit agréée par Dieu. Pour indiquer que cette offrande était effectivement agréée, on aspergeait d’un côté l’autel et de l’autre le peuple lui-même. Cette aspersion était le signe de la bénédiction de Dieu, le signe de la communion avec lui.
 
La Lettre aux Hébreux nous explique que Jésus lui-même a accompli ce rite à notre bénéfice, mais à une tout autre dimension. Avec Jésus, nous sommes dans la réalité tout entière : pour que nous les hommes, et la création avec nous, à laquelle nous appartenons – c’est-à-dire la terre – nous puissions accéder au Ciel, au Règne de Dieu, à la nouvelle alliance, pour y être renouvelés, alors il faut un sacrifice spécial et une offrande particulière. Ce sacrifice, c’est celui de Jésus sur la croix, et l’offrande c’est celle qu’il fait de lui-même dans sa chair ressuscitée à l’Ascension, justement, quand il passe de la terre au Ciel. Le sang que Jésus présente à Dieu son Père, c’est son propre sang, et c’est aussi l’Esprit Saint, son Esprit. Or le signe que le Père a agréé l’offrande de Jésus, c’est qu’il répand le même sang, le même Esprit Saint, sur les disciples, à la Pentecôte. Et c’est pourquoi la Pentecôte est une nouvelle alliance, scellée dans le sang de Jésus. C’est la bénédiction de Dieu, la communion avec lui dans le monde nouveau. L’Église est la manifestation de ce monde nouveau.
 
On pourrait donc dire que Jésus a accompli le rituel du Temple, en grand. Mais ce n’est pas exactement ainsi qu’il faut voir les choses. Jésus n’a pas été obligé de se conformer à une Loi préétablie, puisqu’il est lui-même celui qui a énoncé cette Loi. Le rituel du Temple a été indiqué par Dieu à Moïse parce que c’est par la Croix de Jésus et l’offrande de lui-même, que l’humanité est sauvée. Le rituel du Temple est une anticipation, une préparation, au geste réel, total, définitif et unique accompli par Jésus. C’est important d’avoir vu cela pour comprendre maintenant ce que fait Jésus au Cénacle avec ses Apôtres, et nous après eux, lors de chaque messe.
 
Dans l’Évangile, Jésus commence par distinguer entre la terre et le Ciel. Il fait du Cénacle, le Ciel. C’est pour cela que saint Marc dit que la salle – la salle haute – doit être « aménagée » et « prête ». Aménagée, c’est-à-dire qu’elle est équipée de tapis, et de coussins. Prête, c’est-à-dire en araméen : être « rendue bonne », c’est-à-dire consacrée à Dieu. Le Cénacle n’est donc pas une simple salle de restaurant, c’est un lieu de culte, qui représente le Ciel. Cette préparation était nécessaire pour que Jésus puisse y présenter le sacrifice et l’offrande qu’il devait faire à son Père. Le sacrifice, c’est l’agneau pascal – et c’est son Corps, qui va être sacrifié à Pâques – et l’offrande, c’est le vin qui est aussi son Sang, qui sera remis à son Père, son Esprit, et qui sera bientôt répandu à la Pentecôte, vin nouveau auquel les Apôtres peuvent déjà communier dans la joie, lors de la sainte Cène.
 
Et maintenant nous avons compris, puisque Jésus a demandé que l’on fasse cela en mémoire de lui, qu’à chaque messe nous reproduisons le Temple et le rituel du sacrifice et de l’offrande. L’Église, comme le Temple ou le Cénacle, est un espace séparé qui représente le Ciel sur la terre, dans lequel il y a une seconde séparation entre la nef et le sanctuaire. Comme dans le Temple de Jérusalem, l’espace intermédiaire est bien celui des lévites de la nouvelle alliance, là où se trouvent les baptisés consacrés à Dieu. Et dans le sanctuaire, le ciel véritable, se trouve la Présence réelle du Seigneur, où seul l’évêque comme Grand Prêtre, ou le prêtre ordonné par lui, représentant Jésus, peut entrer pour faire l’offrande. À l’intérieur de ce Temple, justement, on offre le pain et le vin, Corps et Sang de Jésus, en mémoire de sa Pâque et de sa résurrection, pour communier à notre tour, aujourd’hui, par son Esprit, à l’alliance nouvelle, au Règne de Dieu. 
Sans jamais oublier ce qui donne tout son sens à l’ensemble : que le sacrifice de Jésus, qui est aussi le nôtre, n’est autre que celui du plus grand amour : donner sa vie pour ses amis.

dimanche 26 mai 2024

26 mai 2024 - CHOYE - Sainte Trinité - Année B

Dt 4, 32-34.39-40 ;  Ps 32 ; Rm 8, 14-17 ; Mt 28, 16-20
 
Chers frères et sœurs,
 
L’extrait de l’Évangile que nous venons d’entendre est la finale de l’Évangile de saint Matthieu. Il exprime, en quelques lignes un message très dense : presque chaque mot compte. Mais nous pouvons souligner quelques points essentiels.
 
Lors de son apparition aux saintes femmes venues au tombeau le matin de la résurrection, Jésus leur demande d’annoncer aux Apôtres qu’ils doivent se rendre – ou plutôt se rassembler – en Galilée. Et c’est là qu’ils verront Jésus ressuscité. C’est donc ce qu’ils font : ils se rassemblent, mais non pas en Galilée : au Cénacle, où leur apparaît Jésus. La « Galilée » fonctionne ici comme un nom de code, de la même manière que « Dalmanoutha » ou « Gérasa ». D’ailleurs, en Galilée, il n’y a pas de montagne, mais des collines. Or la « Montagne », dans l’Évangile et notamment celui de Matthieu, c’est le lieu de la révélation de la Parole de Dieu : c’est l’Horeb, ou le Mont Sinaï.
Donc, la Montagne où il faut se rassembler pour y voir la Parole de Dieu vivant, c’est le Cénacle. Et c’est bien là que ceux qui virent Jésus ressuscité se prosternèrent pendant que d’autres – et nous savons que c’est saint Thomas – eurent des doutes : « Mets ta main dans mon côté, et sois croyant » devra lui dire Jésus. Ce n’est pas pour rien que Matthieu précise ensuite que « Jésus s’approcha d’eux » pour leur adresser la parole : le corps joue toujours un grand rôle dans les apparitions. Observons aussi que les Apôtres qui se sont rendus au point de rassemblement, agissent comme les Rois mages ou les bergers qui se sont rendus à Bethléem, et ils se prosternent devant Jésus, aujourd’hui premier-né d’entre les morts. Dans certains manuscrits, il est écrit : « ils l’adorèrent ». Mais « se prosterner » et « adorer », c’est la même chose. Ainsi, comme les Mages, les Apôtres reconnaissent Jésus en tant que Dieu.
 
Je m’arrête ici une seconde pour vous faire remarquer qu’à la messe c’est pareil. Nous sommes convoqués par Jésus « en Galilée », c’est-à-dire à l’Église, en Église rassemblés. Là, nous sommes sur la « Montagne », pour y écouter la Parole de Dieu. Et même voir le corps de Jésus ressuscité, et l’adorer, dans l’Eucharistie, et même y communier physiquement. Nous sommes les Rois mages ou les bergers, nous sommes les Apôtres, et Jésus, le Verbe de Dieu, est toujours vivant et présent devant nous dans son corps ressuscité.
 
Ici Jésus dit deux choses à ses Apôtres.
La première est que « tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ». Il s’agit ici de l’annonce de la réalisation de la prophétie de Daniel, où le Fils de l’Homme est monté au ciel, s’asseoir à la droite de Dieu et recevoir de lui la Royauté sur le ciel et la terre. Cela veut dire que l’offrande que Jésus fait de lui-même pour le salut du monde, est agréée par le Père. Si donc cette offrande est agréée, alors l’Esprit Saint peut être répandu sur le monde. C’est le pouvoir dont parle Jésus. Voyez ici l’œuvre du Dieu-Trinité : le Fils s’offre à son Père, qui répand l’Esprit sur le monde. Mais Père, Fils et Esprit sont inséparables : ils sont un seul Dieu. D’ailleurs, nous allons le voir et les voir à l’œuvre.
C’est la seconde chose que Jésus dit à ses Apôtres : « Faites des disciples, baptisez-les, apprenez-leur à observer ce que je vous ai commandé. » Il y a ici trois ordres, très différents, mais inséparables. « Faites des disciples », c’est une action prophétique d’annonce de la Parole, de l’Évangile ; « Baptisez-les », c’est une action liturgique, sacerdotale, une action de Dieu par le moyen des sacrements, et « Apprenez-leur à observer ce que je vous ai commandé », c’est une action morale, une manière de vivre de manière juste, sainte, une action royale. Vous avez reconnu les traits de tous les baptisés au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui sont consacrés à Dieu comme prêtre, prophètes et roi par l’onction du Saint-Chrême. Et les actes d’annoncer, célébrer et gouverner sont les actes propres des Évêques, successeurs des Apôtres.
Qu’est-ce que cela veut dire ? Que l’action de l’Esprit Saint répandu dans le monde se manifeste, se rend presque visible et même palpable, par les actions des Évêques et de tous les baptisés, par l’action de l’Église qui évangélise, qui célèbre la liturgie et les sacrements et qui enseigne à vivre en ce monde une vie droite, une vie sainte. Et c’est bien pour cela que Jésus dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », car là où est l’Église, – là est l’eucharistie où l’on annonce la Parole, où l’on adore Dieu présent, dans une vie sainte et pour mener une vie sainte, – là est le Christ Jésus vivant.
 
Chers frères et sœurs, c’est là, qu’on s’aperçoit que notre Dieu n’est pas un Dieu qui nous soit étranger, extérieur. Jésus nous a appris qu’il y avait en lui un mouvement, une vie, entre trois personnes : le Père qui engendre son Fils dans l’Esprit ; le Fils qui offre sa vie (l’Esprit qu’il a reçu) à son Père ; pour que nous nous puissions recevoir du Père ce même Esprit qui fait de nous des fils… et nous retrouver ainsi nous-mêmes comme en communion dans cette vie divine, dont nous témoignons dans le monde par l’Évangile que nous annonçons, les sacrements que nous célébrons et la vie sainte que nous menons, selon notre baptême au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. 

dimanche 19 mai 2024

19 mai 2024 - VALAY - Solennité de la Pentecôte - Année B

 Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; Ga 5,16-25 ; Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15
 
Chers frères et sœurs,
 
La Pentecôte, le don de l’Esprit Saint sur les Apôtres, sur l’Église, est en même temps un aboutissement et un commencement.
 
Un aboutissement, parce que depuis ce qu’on appelle la « chute » d’Adam et Eve, l’humanité a perdu la communion avec Dieu et est en attente, en espérance, de pouvoir la retrouver, ce qui arrive justement à la Pentecôte. C’est en vue de ce jour tant attendu que Dieu a d’abord missionné par son Esprit Saint les prophètes, puis dans les derniers temps son propre Fils Jésus, afin de rétablir cette communion.
 
On observera à propos que le don de l’Esprit Saint est une grâce, obtenue par la prière de Jésus, prière d’autant plus puissante qu’elle est l’offrande de lui-même à son Père par amour pour nous. La grâce de la communion par le don de l’Esprit Saint est le signe que le Père a agréé l’offrande de son Fils.
Ce geste d’offrande à Dieu, préalable au don de la grâce, a été prophétisé par le rituel de la Tente de la Rencontre puis du Temple de Jérusalem, que Moïse a instauré pour le peuple d’Israël, selon ce qu’il avait reçu dans une vision et sur ordre de Dieu. Mais ce qu’il a vu, c’est le geste même de Jésus s’offrant lui-même à son Père, par sa croix et surtout lors de l’Ascension, pour que l’Esprit Saint soit répandu sur le nouveau peuple de l’Église.
Lors de la messe, nous nous inscrivons dans ce même geste, quand le prêtre présente au Père l’offrande du Corps et du Sang du Christ, durant la prière eucharistique, pour que la communauté puisse recevoir aujourd’hui-même la sainte communion. La messe conduit toujours, à la suite de Jésus, à la communion.
 
La messe nous conduit donc, nous aussi, à l’aboutissement de la Pentecôte. Mais on s’aperçoit aussitôt que ce n’est pas encore un aboutissement total : l’Esprit Saint n’a pas encore été répandu sur la création tout entière. Nous sommes dans un entre-deux : la Pentecôte a en quelque sorte indiqué que la communion était de nouveau réellement possible : Jésus d’abord, par sa résurrection, puis ses disciples, par le don de l’Esprit, puis l’ensemble des membres de l’Église par le baptême et la confirmation, dans l’attente que toute la création soit renouvelée par l’Esprit Saint. Ce sera à la fin du monde, quand tout sera renouvelé, régénéré, pour inaugurer le monde nouveau.
 
On peut donc voir les choses de deux manières : l’aboutissement complet de la Pentecôte n’est pas encore arrivé, et nous l’attendons dans la foi ; et en même temps, cet aboutissement complet est déjà commencé puisque l’Esprit Saint a été répandu sur les Apôtres et l’Église naissante à la Pentecôte.
 
Si l’on s’attarde un peu maintenant sur ce commencement, on doit considérer d’une part qu’il contient déjà tout de son aboutissement : entre-deux, ce n’est qu’une question d’intensité et de temps. Mais tout est déjà donné au départ : il n’y a qu’un seul Esprit Saint vivifiant, qui est le même hier, aujourd’hui et demain. Si donc il a été donné à la Pentecôte, tout est déjà donné en germe à ce moment.
D’autre part, ce qui est touché et transformé par l’Esprit Saint à la Pentecôte : les Apôtres et l’Église naissante, font d’eux des hommes et des femmes appartenant déjà au monde nouveau qui arrivera totalement à la fin des temps. Ainsi l’Église, et tous les baptisés qui lui appartiennent, sont des réalités nouvelles dans un monde encore ancien, en attente de transformation.
Cette particularité de l’Église explique sa structure de communion, autour de l’Évêque assisté des diacres et entouré des prêtres, pour le service de Dieu et du peuple de Dieu, et surtout elle explique le langage des sacrements. Les sacrements sont des gestes et des paroles qui appartiennent au monde nouveau transformé par l’Esprit Saint, et il font passer les hommes de ce monde au monde nouveau, pour le moment sous le régime de la foi.
Voilà qui explique pourquoi nous n’arriverons jamais dans ce monde à rendre l’Église et ses sacrements, ses rituels, complètement intelligibles et compatibles avec les concepts et les valeurs du monde – parce que l’Église, ses sacrements, ses rituels, sont l’œuvre de l’Esprit Saint et des réalités qui appartiennent au monde nouveau.
 
Et nous, chers frères et sœurs, nous avons un pied sur la terre – nous sommes des humains comme les autres, en attente de la transformation totale du monde par l’Esprit Saint – et nous avons un pied au ciel, puisque nous sommes baptisés et confirmés dans l’Esprit Saint, que nous avons accès à la communion dans l’Église et que nous participons à sa vie nouvelle. Nous sommes donc des gens enrichis par l’Esprit et rendu par lui incompréhensibles à nos contemporains qui n’ont pas reçu ce don merveilleux. C’est notre gloire et notre croix, notre action de grâce et notre témoignage en ce monde. 

mardi 14 mai 2024

11-12 mai 2024 - CHARCENNE - NEUVELLE-lès-LA CHARITE - 7ème dimanche de Pâques - Année B

 Ac 1, 15-17.20a.20c-26 ; Ps 102 ; 1Jn 4, 11-16 ; Jn 17, 11b-19
 
Chers frères et sœurs,
 
Les paroles de Jésus sont pour nous un peu énigmatiques, surtout après deux ou trois couches de traductions successives. Mais, comme d’habitude, le contexte nous donne une bonne porte d’entrée pour comprendre le sens de l’Évangile.
 
Quand Jésus fait cette prière à son Père, il est à Gethsémani, alors que Judas est en train de le trahir et que les autres disciples sont là à l’attendre dans le jardin, plus ou moins en train de s’endormir. Jésus sait qu’il va entrer dans sa Passion qui va le conduire à la mort sur la croix, et que les disciples terrorisés seront bientôt dispersés. Mais il sait aussi que sa mort n’est pas la fin de l’histoire, car la résurrection est proche, et avec elle, la naissance du monde nouveau.
 
Aussi bien, dans sa prière, Jésus dit à son Père que jusqu’à présent, dans sa vie terrestre, il a gardé ses disciples, comme le bon berger a gardé ses brebis. Tous, sauf un – Judas – qui trahit pour que les Écritures soient accomplies. Dès lors que par sa mort Jésus va quitter ce monde, il prie son Père d’être à son tour le bon berger des disciples, en leur donnant sa joie, de telle sorte qu’ils en soient comblés. Nous comprenons qu’à la prière de Jésus, notre Père nous garde aujourd’hui en son nom – c’est-à-dire dans son amour – par l’Esprit Saint qu’il nous donne, et qui nous comble de joie. L’objectif de cette prière de Jésus est que nous recevions l’Esprit Saint, pour que nous demeurions dans l’amour de Dieu.
 
Ce faisant Jésus observe que comme le monde l’a « pris en haine », il prendra aussi « en haine » les disciples. « Prendre en haine » est une expression hébraïque. On pourrait traduire par « refuser » ; « récuser », « rejeter » : comme le monde a rejeté Jésus, il rejettera aussi les disciples. Car – dit Jésus de lui-même : « Je n’appartiens pas au monde. » En effet, Jésus sait d’où il vient : il est la Parole de Dieu, le Verbe de Dieu, par qui le Père a tout créé. Il est le créateur, et le monde la créature. Or, par le baptême dans l’eau et l’Esprit Saint, les disciples de Jésus portent en eux-mêmes comme en germe la Parole créatrice : du coup, il y a quelque chose en eux qui n’est pas du monde, mais qui vient de Dieu. Et comme le monde a refusé Jésus qui est la Parole de Dieu, il refuse aussi ceux qui portent en eux la Parole de Dieu.
Du coup, Jésus demande à son Père de les protéger : « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. » En soit, le monde n’est pas mauvais – il est toujours la création de Dieu – mais le Mauvais, le Satan, qui veut étendre sa domination sur le monde, est évidemment en lutte ouverte contre Dieu, contre sa Parole et contre ceux qui portent sa Parole.
 
Jésus ne demande pas à son Père de nous retirer du monde, mais de nous sanctifier dans la vérité, comme Jésus se sanctifie lui-même pour que nous soyons, nous aussi, sanctifiés dans la vérité. Qu’est-ce que cela veut dire ?
« être sanctifié dans la vérité » peut être compris comme « être rendu saint, être consacré à Dieu par la vie qu’on lui donne en offrande, par amour pour lui-même ou pour notre prochain ». Souvenez-vous des commandements : « aimer Dieu, et aimer son prochain » ; et « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ». Toute la vérité de notre Dieu est dans cette manière d’aimer et de vivre. Or qui offre sa vie par amour – comme Jésus – est consacré à Dieu et sanctifié par lui.
Dans sa prière Jésus dit donc que, dans sa Passion, il va faire l’offrande de sa vie par amour pour son Père et par amour pour nous tous. Il va donc être consacré dans l’amour ; et le signe de sa sanctification sera sa résurrection et la joie qui va l’auréoler. De même, Jésus prie son Père que ses disciples qui sont comme lui dans le monde, n’en soient pas désolidarisés, mais au contraire suivent son propre chemin : que par amour pour Dieu et pour leur prochain, ils offrent leur vie à leur tour, afin de recevoir comme Jésus la sanctification, la vie nouvelle, c’est-à-dire l’Esprit Saint.
 
En définitive, Jésus a une idée fixe dans la tête quand il prie son Père : que par l’offrande de sa vie, ses disciples et tous ceux qui écouteront leur témoignage, c’est-à-dire nous tous, nous soyons sanctifiés, nous recevions l’Esprit Saint.
 
Reste à comprendre pourquoi nous lisons ce passage de l’Évangile au moment de l’Ascension, alors que Jésus a prononcé ces paroles juste au début de sa Passion ? Parce que, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une prière de Jésus tandis qu’il s’éloigne physiquement de ses disciples : à Gethsémani, Jésus s’est mis à part ; lors de son Ascension, il monte au ciel. Mais dans les deux cas, il prie son Père – et désormais il prie son Père en permanence, en ce moment même – qu’il nous garde et nous comble de son Esprit Saint, afin qu’en suivant ses pas, en offrant notre vie par amour pour Dieu et notre prochain comme lui, nous lui soyons consacrés et sanctifiés. Alors nous serons dans la plénitude de l’amour et de la gloire de Dieu, de sorte que notre joie à tous soit parfaite.
 
 

jeudi 9 mai 2024

09 mai 2024 - CHARGEY-lès-GRAY - Ascension du Seigneur - Année B

Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 4, 1-13 ; Mc 16, 15-20
 
Chers frères et sœurs,
 
On ne peut pas comprendre ce que signifie l’Ascension de Jésus si on ne commence pas par prendre au sérieux – et pour ainsi dire en détail – le témoignage des Apôtres tel qu’il nous a été transmis par les évangélistes.
Saint Luc lui-même est très clair : « Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel. » Voilà le témoignage des Apôtres : ce sont des faits et des enseignements de Jésus. Avoir la foi, c’est avoir la certitude que ce témoignage est véridique, qu’il n’est pas inventé ou romancé, mais qu’on doit le prendre comme on prend l’attestation d’un témoin lors d’un procès, promettant de dire « toute la vérité et rien que la vérité ».
 
Saint Luc, qui aime bien semer des petits cailloux dans son évangile, a donné une indication chronologique : « pendant quarante jours, il leur est apparu. » L’Ascension de Jésus se situe donc quarante jours après sa résurrection – et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous la fêtons un jeudi, quarante jours après Pâques. Or selon la Loi de Moïse, le quarantième jour après la naissance d’un premier-né est celui où ses parents doivent le présenter au Temple pour le consacrer au Seigneur et faire un sacrifice en offrande. Saint Luc rapporte d’ailleurs cet épisode pour l’enfant-Jésus dans son évangile. Et précisément, le jour de l’Ascension est celui où Jésus, premier-né d’entre les morts se présente dans le Temple du ciel, pour que son corps ressuscité soit consacré et présenté en offrande à Dieu son Père. C’est pour cela que saint Marc dit : « Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fût enlevé au ciel, et s’assit à la droite de Dieu. » En effet, il s’agit de l’accomplissement de la prophétie de Daniel, où le Fils de l’Homme, Jésus, monte dans les cieux et est intronisé par Dieu et comme Dieu, à sa droite. En quelque sorte, ici, l’offrande de Jésus est bien agréée par le Père.
 
Saint Marc aime aussi semer des petits cailloux dans son évangile. En voici un : « Jésus leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs. » La traduction de « leur reprocha », est un peu légère… en fait, il leur donne une bonne avoinée : la parole de Jésus est vraiment incisive, et vous allez comprendre pourquoi. Voyons la suite. Pourquoi répéter « manque de foi » et « dureté de leurs cœurs ». N’est-ce pas la même critique, puisque pour un hébreu, le lieu de l’intelligence – de la foi – se trouve dans le cœur ? Non, il y a une précision, donnée exprès : un petit caillou. Ce que nous traduisons par « dureté de leurs cœurs » à partir du grec « sklèro-kardia » provient de l’hébreu « arelat leb », c’est-à-dire « prépuce de leurs cœurs ». Évidemment, nous qui sommes des païens d’origine, nous ne comprenons pas de quoi saint Marc veut nous parler. Mais pour un hébreu, la circoncision du cœur, c’est la véritable conversion à Dieu, la mort du vieil homme et la naissance de l’homme nouveau, l’alliance véritable. D’ailleurs, selon la Loi de Moïse, la circoncision d’un premier-né a lieu au huitième jour. Et nous savons que lorsque Jésus apparaît aux onze Apôtres réunis – c’est-à-dire quand saint Thomas est là pour qu’il croie enfin en la résurrection de Jésus – c’est justement au huitième jour. Pour saint Marc aussi la chronologie donnée par la Loi est déterminante pour comprendre la signification des apparitions de Jésus – surtout celle du huitième jour – et de son Ascension au quarantième jour.
 
Ici, nous avons le choix. Soit nous disons que saint Marc et saint Luc se sont mis d’accord pour que l’histoire de la résurrection de Jésus corresponde à la Loi de Moïse, quitte à tordre un peu les événements historiques pour qu’ils entrent dans le moule. Ou bien nous disons que saint Marc et saint Luc, indépendamment l’un de l’autre, ont rapporté des événements qui ont vraiment eu lieu aux dates correspondant à la Loi, en accomplissant la Loi. Comme si la Loi avait été donnée comme prophétie de ces événements et comme véritable clé d’interprétation pour en comprendre le sens. Évidemment, un homme de foi choisit la seconde solution.
 
Chers frères et sœurs, Jésus, premier-né d’entre les morts, par sa parole a circoncis le cœur de ses Apôtres au huitième jour, pour qu’ils aient foi en lui. Au quarantième jour, il s’est présenté lui-même en offrande au Père, accomplissant en même temps la prophétie de la Loi de Moïse et la prophétie de la montée du Fils de l’Homme annoncée par Daniel. Et pourquoi cela ? Parce qu’il fallait que le cœur des Apôtres soit pur pour recevoir l’Esprit de Dieu répandu sur eux par le Père en signe d’agrément du sacrifice de Jésus lors de son Ascension. Si il n’y a pas le huitième jour – la circoncision du cœur, ni le quarantième jour – l’Ascension ou la Présentation de Jésus au Ciel, il ne peut pas y avoir le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte.
 
Application pratique : si on ne commence pas par purifier son cœur au début de la messe, par la confession de ses péchés ou par l’aspersion ; et si le prêtre ne fait pas l’offrande du Corps et du Sang de Jésus au Père (« Par lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout Puissant… »), alors il ne peut pas y avoir de communion à la fin.
 
 

dimanche 5 mai 2024

05 mai 2024 - DAMPIERRE - 6ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 10,25-26.34-35.44-48 ; Ps 97 ; 1Jn 4,7-10 ; Jn 15,9-17
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous poursuivons la lecture de l’Évangile de dimanche dernier. Comme nous le savons, lorsque Jésus prononce ces paroles, il se trouve avec ses Apôtres en chemin entre le Cénacle, où ils viennent de partager la dernière Cène, et Gethsémani, où Jésus va accepter la vocation qui est la sienne de donner sa vie pour le salut du monde.
Il y a plusieurs points à souligner pour bien comprendre l’enseignement de Jésus.
 
Le premier est que, sous le verbe « aimer » ou le mot « amour », en français, il y a deux verbes différents en araméen ou en grec. En grec, il y a le verbe « agapao », qui signifie l’amour de charité, l’amour divin, et le verbe « philéo » qui signifie l’amitié, un amour d’affection plus humain. Or dans notre évangile, l’amour qui existe entre Jésus et son Père, est bien sûr l’amour le plus élevé, l’amour de charité, mais on voit que Jésus emploie également ce verbe pour qualifier l’amour dont lui-même aime ses disciples et avec lequel il leur demande de s’aimer les uns les autres. Il n’y a que s’ils entrent dans l’amour de charité qu’ils pourront recevoir la joie que Jésus leur promet, qui est la marque de l’Esprit Saint.
 
Évidemment, on n’atteint pas à l’amour de charité comme cela. L’amour de charité, qui est divin, est bien supérieur à l’amour d’amitié, qui est un amour humain. Jésus en donne la clé : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Ici, très clairement, Jésus explique que le don dont il est question est très exactement un geste d’offrande à Dieu effectué par un prêtre. Ainsi donner sa vie pour ses amis, est un geste d’offrande sacerdotal où l’on s’offre soi-même à Dieu pour ceux qu’on aime, pour que eux reçoivent la grâce – la vie – accordée par Dieu.
Jésus donne le sens de son sacrifice sur la croix : c’est le plus grand geste d’amour qui soit, puisque lui qui est Dieu donne sa vie divine pour que nous les hommes – encore pécheurs – nous puissions recevoir la vie, c’est-à-dire l’Esprit Saint. À Gethsémani, Jésus va accepter de manière humaine ce qu’il sait de manière divine et qu’il vient d’enseigner à ses disciples. Il est très important de noter que ce geste est un geste de prêtre. Jésus est en même temps l’offrande, l’agneau de Dieu, et le grand prêtre qui présente cette offrande à son Père, pour le salut du monde.
 
La leçon est extrêmement importante pour les Apôtres, car Jésus leur demande de faire ce qu’il va faire : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». C’est-à-dire : « offrez votre vie à Dieu par amour pour les autres. » C’est un acte de prêtre. Tout baptisé – dont on rappellera qu’il est configuré par le saint Chrême à Jésus prêtre, prophète et roi – … tout baptisé qui donne sa vie par amour pour son prochain accomplit cet acte. C’est pourquoi les martyrs sont immédiatement assimilés à Jésus par l’acte même de leur martyre, et nous les considérons comme des saints. C’est pourquoi aussi un prêtre catholique véritable, ordonné à Jésus-Christ, est un homme qui a vocation à donner sa vie par amour pour ses brebis. C’est inséparable de son ordination sacerdotale et c’est ainsi que le prêtre se sanctifie.
D’ailleurs, Jésus ajoute la phrase suivante : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » C’est-à-dire : « vous êtes saints, si vous offrez votre vie par amour pour vos amis. »
 
Cette phrase contient également un enseignement évident, qu’on ne remarque pas assez. L’amour dont il est question n’est pas du tout une question de sentiments. Jésus dit : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » L’amour de charité n’est pas un sentiment : c’est un acte. C’est bien ce que va vivre Jésus : sa Passion est réelle, elle n’est pas fictive ou simulée. La passion des martyrs est réelle, elle n’est pas du théâtre. De même, si nous voulons entrer dans l’amour de Jésus, nous sommes appelés à mettre en pratique l’amour de charité dont il nous parle : faire de notre vie une offrande à Dieu, par amour pour lui et pour notre prochain. Ce n’est pas une partie de notre cerveau, de notre cœur, ou de notre vie qui est concernée par l’offrande, c’est toute notre vie. On n’est pas chrétien à 15, 25 ou 75%, Jésus nous attend à 100% - autant qu’on peut, avec la grâce de Dieu.
 
Pourquoi lisons-nous cet évangile ce dimanche, alors que nous sommes dans le temps de Pâques ? Parce que durant ses apparitions, Jésus ressuscité rappelle à ses disciples l’enseignement qu’il leur a donné auparavant. Nous avons aujourd’hui ce geste d’offrande, qui est celui d’un prêtre. Or cette offrande va être consommée dans l’Ascension de Jésus auprès de son Père où il va s’offrir lui-même avec son humanité blessée et ressuscitée, et en même temps où il va réaliser le geste d’offrande que refait tout prêtre lors de chaque eucharistie, présentant au Père le Corps et le Sang du Christ : « Par Lui, avec Lui et en Lui, à Toi, Dieu le Père tout Puissant, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles », accomplissant liturgiquement et sacramentellement la parole de Jésus : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. »

dimanche 28 avril 2024

27-28 avril 2024 - THEULEY - VALAY - 5ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 9, 26-31 ; Ps 21 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous entendons ces paroles de Jésus, nous ne devons pas oublier à quel moment ni en quel lieu il les a dites. C’était après le repas de la Cène, au moment de partir vers Gethsémani. En chemin, Jésus et ses disciples ont dû passer dans des vignes. Jésus sait que Judas va le livrer et que les autres disciples vont s’enfuir et se disperser.
 
Ainsi nous comprenons que le sarment qui ne demeure pas en Jésus, qui est sec, qui va être jeté dehors et bientôt brûlé au feu, c’est Judas. Et les sarments qui demeurent en Jésus, qui portent déjà du fruit mais vont être purifiés par l’épreuve de la Passion de Jésus, et qui porteront bientôt davantage de fruit encore, ce sont les disciples.
 
Être disciple, c’est donc être un sarment uni à la vigne véritable, Jésus Christ. En dehors de lui, il n’y a ni chemin, ni vérité, ni vie. Par cette union à la vigne véritable, c’est-à-dire par la communion avec Jésus – « celui qui demeure en moi, et moi en vous » dit Jésus – par cette communion à la vigne véritable, le sarment peut porter du fruit.
Or c’est vraiment ce qu’attend le Père : comme dans la parabole du Vigneron, le Maître attend la récolte, le fruit de la vigne, … pour en faire du vin ! Car c’est en buvant le vin qu’on entre dans la joie. Et cette joie est inséparable de la gloire de Dieu, de l’Esprit Saint. Nous avons un Dieu qui aime la joie et qui veut nous faire communier à sa joie.
 
Cependant, pour qu’un sarment donne plus de fruit – donc plus de vin et plus de joie, il est taillé, « purifié ». Or Jésus explique qu’il a déjà purifié ses disciples par la parole qu’il leur a dite. Cette parole, c’est l’Évangile, c’est Jésus lui-même, son enseignement et ses actes. Ainsi donc est purifié celui qui reçoit l’Évangile, qui reçoit Jésus, qui croit en Jésus, qui a foi en Jésus. Il est alors en communion avec lui, et par cette communion, recevant la vie de la Vigne véritable, il porte beaucoup de fruit.
 
Mais pourquoi lisons-nous cet épisode de l’Évangile pendant le temps des apparitions alors que, chronologiquement, il a eu lieu au début de la Passion ? Pour deux raisons.
 
La première est que lors de ses apparitions, Jésus a rappelé à ses disciples ce qu’il leur avait enseigné auparavant, en lien avec les Écritures. C’est ce qu’il dit lors de son apparition le soir de Pâques au Cénacle : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » En quelque sorte, Jésus et les disciples font une relecture de la vie de Jésus, de sa naissance à sa résurrection. Mais alors, pourquoi lire aujourd’hui plus particulièrement l’enseignement donné par Jésus au moment de la Cène et après ?
Parce que les apparitions ne durent que quarante jours. Elles vont se terminer à l’Ascension, où Jésus va vraiment quitter ses disciples pour monter s’asseoir à la droite du Père. Jésus est donc sur le départ, comme au moment de la Cène, il était sur le départ de sa vie humaine. Dans les deux cas, Jésus livre en quelque sorte son testament, l’essentiel de son enseignement, et ce que les disciples devront dire et faire à l’avenir, en son absence, mais cette fois-ci avec le secours de l’Esprit Saint.
 
Pour nous aujourd’hui, les paroles de Jésus demeurent d’actualité, et c’est la seconde raison de la lecture de cet enseignement. Car c’est bien pour que nous soyons purifiés à notre tour que les Apôtres et les Évangélistes nous ont transmis l’Évangile. Parce que c’est toujours le même Jésus qui, dans ses paroles et dans ses actes, continue de purifier ses sarments, pour qu’ils puissent porter toujours plus de fruit pour la plus grande gloire et la plus grande joie de son Père et de notre Père. Dans ses paroles, en écoutant et recevant en nous l’Évangile, et dans ses actes, en recevant ses sacrements, particulièrement celui de l’Eucharistie, où nous sommes en communion avec lui.
 
Par l’Esprit Saint, Jésus nous est proche et il continue chaque jour et à toute heure, à purifier les cœurs, pour que monte vers le ciel la louange de Dieu et que l’Évangile continue à se propager dans le monde.

dimanche 21 avril 2024

21 avril 2024 - VELLEXON - 4ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 4, 8-12 ; Ps 117 ; 1Jn 3, 1-2 ; Jn 10, 11-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous sommes au cœur de l’Évangile. Toute la vie de Jésus – j’entends ici la vie intérieure, profonde, personnelle, de Jésus est dans ces quelques mots. Et par conséquent, il s’agit aussi de la vie intérieure, profonde de l’Église, et de chacun d’entre nous qui sommes baptisés. Il s’agit du cœur de notre vie spirituelle et de notre vie tout court, de notre vocation chrétienne. Essayons d’expliquer.
 
Il y a une relation vitale entre Jésus et son Père, qui est une relation d’amour. Pour en parler, Jésus utilise le verbe « connaître », comme des époux se connaissent l’un l’autre dans l’amour. Il veut dire par là que la communion entre lui et son Père est totale et que c’est une communion d’amour. Cette communion est réelle en ce sens que la vie que Jésus reçoit de son Père, il lui la donne en retour : il la lui offre, comme une offrande. Et le Père la lui rend à nouveau comme une grâce. Et ainsi de suite, éternellement et toujours plus intensément. Cette vie, c’est l’Esprit Saint.
Dieu aurait pu être narcissique et se complaire dans cette communion éternelle entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, comme dans un cercle fermé. Mais non, il s’est ouvert pour l’homme, pour que l’homme puisse lui-aussi entrer dans cette communion d’amour éternelle et vivifiante. C’est le dessein de Dieu et la vocation de l’homme : vivre éternellement dans la communion d’amour de Dieu.
Pourtant, l’homme concret, la créature de Dieu – la brebis – n’avait pourtant pas grand-chose pour plaire. Il était aveugle et nu, pécheur et possédé par des esprits impurs. Il était malade de son absence de foi en Dieu, et meurtri de ses nombreuses et mortelles blessures. Et divisé avec lui-même et ses semblables, en guerre perpétuelle… Bref : la catastrophe.
Mais Jésus se fait pour l’homme, pour les brebis, le bon berger. « Bon », il n’y a que Dieu qui soit réellement « bon ». Le Bon berger est annoncé par tous les prophètes : c’est Abel, Abraham, Moïse, David… tous ont été des bergers. Mais Jésus est le vrai berger : parce qu’il est celui qui donne sa vie pour ses brebis, parce qu’elles comptent pour lui. Il les aime d’un amour divin.
 
Nous retrouvons ici le jeu du plus grand commandement, celui de l’amour de Dieu, d’abord ; et celui qui lui est semblable : celui de l’amour du prochain. Ainsi Jésus ne cesse pas de recevoir sa vie de son Père et de la lui offrir en retour. C’est le premier commandement : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». C’est un mouvement éternel. Mais voilà qu’il l’ouvre aussi à ses brebis, en imitant à notre égard, le geste que fait son Père à son égard : voilà qu’il offre sa vie à ses brebis, pour ses brebis. C’est le commandement qui est semblable au premier : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Voilà ce que ne fait pas le berger mercenaire, le faux berger. Il veut garder la vie reçue de Dieu pour lui-même, sans s’ouvrir, sans l’étendre à ses brebis. Le faux berger est fondamentalement égoïste et il a peur qu’en s’ouvrant il perde ce qu’il a reçu comme un trésor. Mais ce faisant, il perd ce trésor, il tarit l’eau qui coule en lui-même, il s’assèche et se voue à la mort éternelle. Car qui refuse l’Esprit de Dieu est condamné éternellement. Mais Jésus, le bon berger, s’est ouvert – son côté s’est ouvert – et il a offert sa vie à ses brebis, pour ses brebis.
 
Là, il y a deux genres de brebis, comme il y a deux genres de bergers. Il y a un premier genre de brebis, celles qui écoutent la voix du bon berger et qui vont se mettre à le suivre. Concrètement qui vont se mettre à vivre comme vit le bon berger : aimer Dieu, aimer son prochain et elles aussi, se mettre à donner leur vie pour d’autres brebis. Et il y a un second genre de brebis, qui n’écouteront pas la voix du berger, et donc continueront à errer dans le monde, dans une vie insensée et mortelle.
 
Il est à noter deux choses. La première, que Jésus évoque les brebis qui sont de « cet enclos » - il veut dire l’enclos du Temple, c’est-à-dire les brebis d’Israël, les juifs qui observent la Loi de Moïse ; et les brebis « qui ne sont pas de cet enclos », c’est-à-dire les brebis de l’extérieur, c’est-à-dire des nations païennes. Toutes ont un seul et même berger.
Et la seconde, que Jésus appelle et donne sa vie non pas pour « sa » brebis, mais « ses » brebis. Il est notre berger beaucoup plus collectivement qu’individuellement. Jésus vient sauver le peuple d’Israël et non pas tel ou tel juif en particulier ; il vient sauver les nations et non pas tel ou tel barbare en particulier. Bien sûr, le salut est individuel, car chacun d’entre nous est libre d’écouter la voix du bon berger, mais cela se fait toujours solidairement avec les autres brebis. C’est l’Église.
 
Voilà donc chers frères et sœurs ce que tentait d’expliquer Jésus aux pharisiens qui l’écoutaient dans le Temple de Jérusalem. Aujourd’hui, il leur a livré le secret de l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force », et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

dimanche 14 avril 2024

13-14 avril 2024 - FEDRY - GRAY - 3ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 3, 13-15.17-19 ; Ps 4 ; 1Jn 2, 1-5a ; Lc 24, 35-48
 
Chers frères et sœurs,
 
Le passage de l’évangile que nous avons entendu est déterminant pour notre foi en Jésus-Christ. Saint Luc s’adresse à une ou des personnes qui n’ont pas connu Jésus et qui culturellement sont grecques ou romaines. C’est-à-dire que leur compréhension de la réalité est fondée sur l’usage de la raison. Nous en sommes intellectuellement les héritiers. L’évangile est donc écrit pour nous aussi.
 
Il y a deux points très importants à souligner. Le premier est la réalité physique du corps de Jésus ressuscité. Saint Luc insiste très lourdement : « Ils croyaient voir un esprit » Jésus n’est pas un fantôme. « Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, comme vous constatez que j’en ai. » Jésus a un corps physique réel, palpable, résistant. Mais ils n’osaient pas encore y croire. Et Jésus ajoute : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Et il mangea le poisson grillé devant eux. Preuve est faite que le corps ressuscité de Jésus, s’il peut apparaître et disparaître à volonté, peut aussi absorber des choses substantielles, matérielles.
Un esprit doté d’une raison saine a compris que Jésus de Nazareth, mort en croix à Jérusalem, non seulement a repris vie, mais a reçu des facultés de vie nouvelle supra-ordinaires. Et c’est le même homme Jésus de Nazareth qui est vivant. Saint Luc nous annonce un fait brut, difficilement acceptable à un esprit matérialiste, mais indubitable pour ceux qui en ont été les témoins, sauf à se déclarer eux-mêmes fous.
La foi chrétienne est donc fondée sur cet événement, qui résiste à la raison, mais qui n’en est pas moins raisonnable puisqu’il est réel. Saint Paul le dit aux Corinthiens : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. »
 
Le second point est justement l’explication, le sens, de cet événement. Qu’est-ce que cela veut dire que Jésus de Nazareth, descendant du roi David, messie accrédité par l’Esprit de Dieu au moment de son baptême par Jean, condamné et crucifié comme un paria, est maintenant ressuscité dans une vie nouvelle ? La seule source possible de compréhension donnée par Jésus est celle des Écritures juives : la Loi de Moïse – c’est-à-dire la Torah – les Prophètes et les Psaumes. C’est-à-dire pour nous l’Ancien Testament. On ne peut pas comprendre Jésus si on ne connaît pas les Écritures, si on ne va pas y chercher l’explication. Car les Écritures annoncent Jésus et Jésus accomplit les Écritures : ils sont inséparables. Et cela est d’autant plus important à faire comprendre à des Romains ou à des Grecs qui ne sont pas Juifs. Leur foi serait incomplète ou fragilisée si ils ne font pas l’effort d’assimiler les Écritures, ou plutôt de s’y assimiler – de les faire aussi les leurs. Ainsi, dans leur bibliothèque, avec Platon et Aristote, Cicéron et Tacite, ajouter la Loi, les Prophètes et les Psaumes. C’est déjà la civilisation européenne… mais c’est une autre histoire.
 
Par conséquent, la foi d’un disciple du Christ debout, c’est-à-dire raisonnable, s’appuie sur deux pieds : premièrement, la réalité historique de Jésus de Nazareth mort et ressuscité corporellement dans une vie nouvelle ; deuxièmement, la connaissance des Écritures qui annoncent ce Jésus de Nazareth, qui les rend d’autant plus crédibles qu’il les accomplit réellement. Si on perd l’un de ces deux pieds ou qu’on en ajoute un troisième, il y a des chances pour qu’on se trompe.
Les Apôtres, qui sont les premiers à être mis debout sur leurs deux pieds, qui sont les témoins oculaires de Jésus ressuscité et à qui il a enseigné comment lire les Écritures à la lumière de sa vie et de sa résurrection – et qui ont donc une expérience unique – sont constitués par Jésus comme « témoins ». C’est un acte juridique. Nul ne peut être « témoin » à part eux. C’est ainsi que ce que nous appelons la « foi des Apôtres » ou la « tradition apostolique » correspond exactement à ce témoignage : nul ne peut l’amender, le corriger, y ajouter ou y enlever, sans perdre la foi en Jésus Christ, la foi catholique.
 
Je termine par… le commencement de l’apparition de Jésus, lorsqu’il se présente à ses apôtres en leur disant : « La paix soit avec vous ! » En français nous n’avons qu’un seul mot « paix » pour deux mots ou deux réalités différentes en hébreu « shyna » et « shelma » (qui a donné schalom ou Jérusalem) : « Shyna » évoque un jardin, la tranquillité, la prospérité, en fait un arrangement humain ; et « shelma » est une paix intérieure profonde, un profond repos, un apaisement complet, une paix donnée par Dieu. Or c’est « shelma » que donne Jésus à ses Apôtres – c’est déjà un avant-goût de l’Esprit de Pentecôte. Autrement dit, pour les Apôtres comme pour tout disciple de Jésus, la foi est aussi une grâce reçue de Dieu qui est une immense paix, et c’est en elle que l’on peut recevoir le témoignage des Apôtres et prendre leur relais, par une connaissance tout aussi intérieure que réelle de Jésus, dont cette paix et une grande joie sont les marqueurs. Car Jésus – figurez-vous, chers frères et sœurs – est bien vivant !

dimanche 7 avril 2024

07 avril 2024 - SEVEUX - 2ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 4, 32-35 ; Ps 117 ; 1Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31
 
Chers frères et sœurs,
 
La vie de Dieu, celle qu’il veut communiquer à l’homme, c’est l’Esprit Saint. Une des marques de l’Esprit Saint est la joie. Il y a aussi la paix – une paix profonde – et l’intelligence, c’est-à-dire la compréhension réelle des choses spirituelles et des choses de ce monde. Ce que Dieu veut donc communiquer à l’homme, c’est son Esprit Saint. Il nous en a donné le moyen, si nous l’acceptons : par la foi en Jésus Christ. La foi en Jésus Christ est la clé pour recevoir la vie de Dieu, dans la joie. C’est ce que dit saint Jean à propos des signes rapportés dans son évangile : « Ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » Le problème, pour nous, est donc d’avoir foi en Jésus Christ. Cela n’a rien d’évident, nous en avons la preuve par saint Thomas.
 
Au cours des apparitions rapportées par saint Jean, nous avons d’abord celle de Jésus au Cénacle en présence des disciples – Thomas étant absent.
Le premier point important est que les portes de la maison où ils se trouvaient étaient verrouillées. Ainsi Jésus est comme surgi de rien, quand bien même il leur montre son corps de chair ressuscité – et nous savons par ailleurs qu’il mange du poisson sous leurs yeux. Ils n’ont pas besoin de toucher Jésus, la vision suffit. Mais le phénomène physique d’un corps échappant aux lois naturelles tout en étant un corps réel est destiné à affermir leur foi.
Le second point important est la parole qui accompagne ce phénomène : « La paix soit avec vous ! » N’oublions pas que jusqu’à présent, les disciples s’étaient surtout fait remarquer par leur capacité à disparaître au moment de la Passion, à renier Jésus en public, et à douter de la parole des femmes qui leur annonçaient sa résurrection. Ils avaient largement de quoi aller se confesser… Et c’est la raison pour laquelle Jésus leur dit : « La paix soit avec vous ! » Cette parole est tout autant un pardon pour le passé qu’un don de vie nouvelle pour le présent et l’avenir. D’ailleurs cette paix est déjà celle de l’Esprit Saint qui les remplit de joie.
 
Mais Thomas n’était pas là. Thomas, qui nous ressemble tellement, n’est-ce pas ? Il ne veut pas croire s’il ne voit pas, s’il ne touche pas. Et c’est ainsi que Jésus, lors de sa nouvelle apparition, après avoir renouvelé son annonce de paix – qui rappelle qu’il est bien le même qu’au premier jour – va directement au fait et s’adresse à Thomas en l’invitant à toucher et à regarder son corps.
Le premier point important est que le signe – le critère de résurrection – tourne toujours autour de la réalité physique du corps de Jésus. Notre Jésus, celui en qui nous croyons, est le même Jésus de Nazareth, né de Marie, qui a vécu la passion à Jérusalem, mort et ressuscité le même. Ce n’est pas un Jésus philosophique, un Jésus imaginaire, ou un Jésus psychologique : c’est un Jésus historique. Avec toujours ce constat impitoyable que Jésus dans son corps réel échappe maintenant aux lois de la physique de ce monde, ou plutôt, il arrive à les surmonter – il ne les annule pas mais il en use avec une puissance supérieure. Ce que Thomas et les disciples ne peuvent que constater à moins de devenir fous.
Le second point important ici aussi est que le signe du corps est accompagné d’une parole : « Cesse d’être incrédule , sois croyant. » Quand Dieu parle, ce n’est pas pour faire un vœu pieux : c’est pour être efficace. Comme au premier Jour de la création : « Que la lumière soit » - dit-il ; « Et la lumière fut ». La foi de Thomas vient d’être créée en lui par la parole de Jésus : « sois croyant ! » Il a d’abord retiré ce qui faisait obstacle dans son cœur : « Cesse d’être incrédule. » Il a d’abord retiré le caillou. Voilà qui est intéressant pour nous. Nous avons besoin des paroles de Jésus d’abord pour préparer notre cœur, le guérir de notre orgueil, de ce qui nous retient de croire. Et ensuite d’une nouvelle parole pour croire. Ce processus d’écoute des paroles de Dieu peut prendre trois secondes comme pour Thomas, ou de longues années – chacun est différent. Et à chaque fois les paroles accompagnent un signe qui rappelle le corps de Jésus ressuscité. Et quand cela arrive, c’est un « premier jour » ou un « huitième jour », qui comme vous le savez est aussi un « premier jour », puisqu’il n’y en a que sept ! Or le « premier jour », ou le « huitième jour », pour un juif ou un chrétien, est toujours en rapport avec le premier jour de la création. Un « premier jour », c’est toujours le signe d’une création nouvelle. Et c’est toujours un dimanche.

Chers frères et sœurs, me voyez-vous venir ? Comme les disciples, nous nous réunissons le premier ou le huitième jour, le dimanche, dans la maison-église. Et après que le prêtre a dit sur le pain et le vin les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang », vous pouvez le voir et même le manger : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde », le corps de Jésus ressuscité. Comme à l’époque du Cénacle, Jésus défie les lois de l’espace et du temps : il est là, chaque dimanche, chaque premier ou huitième jour, toujours au milieu de ses disciples. Si tu as la foi, tu crois et tu es dans la joie. Si tu ne crois pas, le mystère de l’eucharistie appelle ta foi, pour que tu sois aussi dans la joie. Et c’est pour cela que nous lisons les Écritures dans la première partie de la messe : pour préparer notre cœur à croire.
Thomas était absent à la messe le premier dimanche. Heureusement, avec une petite réprimande de Jésus, il a été rattrapé au second ! Moralité de cette histoire : de la messe le dimanche, les absents ont toujours tort !

mardi 2 avril 2024

01 avril 2024 - AUTREY-lès-GRAY - Saint jour de Pâques - Année B

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; 1Co 3,1-4 ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
La résurrection, personne ne s’y attendait. Certainement pas les grands prêtres : vous savez bien que les saducéens ne croyaient pas à la résurrection des morts. Certainement pas non plus les romains ni les grecs présents à Jérusalem. Lorsque saint Paul évoquera ce sujet à Athènes, il ne s’y attirera que des moqueries. Et nous apprenons, dans l’évangile de saint Jean que les disciples non plus ne s’y attendaient pas : « en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Au bout du compte personne ne s’attendait à la résurrection de Jésus : c’est une surprise totale. Et l’on comprend que plusieurs demeurent incrédules.
 
Saint Jean, l’évangéliste qui donne le plus de détails historiques authentiques, est le premier à comprendre ce qu’il se passe. Pour lui, il lui suffit de voir le linge « posé à plat » sur la table du tombeau où reposait Jésus. Cela l’a tellement frappé, qu’il reviendra par trois fois, dans le passage que nous avons lu, sur le fait que ce linge était « posé à plat ». Comme si le corps de Jésus s’était évanoui, et que le linge était retombé comme un soufflé. Que voulez-vous, chers frères et sœurs, il y a des détails qui ne s’inventent pas. Et quand saint Jean s’est retrouvé face à cette situation, il a compris immédiatement qu’il était arrivé au corps de Jésus quelque chose d’extraordinaire.
 
Nous avons du mal à imaginer ce qu’est la résurrection, surtout la résurrection d’un corps. On peut encore comprendre qu’une âme ressuscite, mais un corps ! Et pourtant c’est bien ce qui est arrivé à Jésus et à son corps de chair. Il est entièrement ressuscité. Ce que nous n’arrivons pas à comprendre, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle étape dans la création de Dieu, comme nous l’avons déjà compris hier soir, quelque chose d’entièrement nouveau qui concerne l’âme, l’esprit et le corps. D’ailleurs, lors de ses apparitions Jésus a pu passer à travers une porte, tout en étant capable de manger du poisson. Son corps a reçu des facultés pour nous inimaginables, qui sont de l’ordre d’un univers nouveau, inconnu jusqu’à présent, que pourtant Jésus a essayé de nous expliquer, quand il parlait de son Royaume.
 
Ce qu’il y a au tombeau de Jésus, cependant, dépasse l’entendement de saint Pierre. Devant les linges « posés à plat », il reste parfaitement incrédule quoique troublé. Il ne comprend pas ce qu’il s’est passé, et il lui faudra attendre que Jésus vivant se manifeste devant lui, dans sa chair de ressuscité. Cela est vrai de saint Thomas aussi, vous le savez bien. Aucun Apôtre – et encore moins saint Paul – n’a cru à la résurrection lorsqu’elle leur fut annoncée. Mais il a fallu que Jésus lui-même vienne à leur rencontre pour qu’ils aient la foi.
 
Et nous alors ? Nous sommes comme le centurion de Césarée. Nous écoutons, grâce aux évangiles, le témoignage de saint Pierre, de saint Jean, mais aussi de saint Matthieu et de saint Paul, dans ses lettres. Et le centurion croit parce qu’il croit au témoignage de Pierre. Lui ne bénéficie pas d’une vision de Jésus ressuscité, mais il a la vision de Pierre, qui lui raconte ce qu’il a vécu, ce qu’il a entendu et ce qu’il a vu. Et cela lui suffit.
Cela est également vrai pour nous, bien que nous nous soyons bien trop habitués au témoignage des évangiles et à la présence d’un évêque, successeur des Apôtres. Et pourtant ces évangiles qui remontent aux premiers temps de l’Église, comme ces évêques, dont la bénédiction remonte de mains en mains jusqu’aux Apôtres, ce sont des témoignages exceptionnels si l’on veut bien y prêter attention. Nous n’avons pas la vision de l’explosion que représente la résurrection de Jésus, mais nous en avons le souffle et le bruit. Quand on ressent le souffle d’une explosion et qu’on en entend la détonation, on en déduit évidemment qu’il y a eu une explosion, n’est-ce pas ? Alors, en ayant les évangiles et les évêques, nous ne croyons pas à la résurrection de Jésus ? Le centurion n’est pas si compliqué, et pourtant il n’est pas plus stupide que nous : il a écouté attentivement le témoignage de saint Pierre et il a cru que Jésus était vivant.
 
Que le Seigneur nous fasse donc la grâce d’éclairer notre esprit, pour qu’en lisant les évangiles et en considérant attentivement ce qu’est un évêque, nous comprenions toujours plus ce que la résurrection de Jésus signifie concrètement : l’accès pour nous, pauvres pécheurs, à l’univers nouveau du Royaume de Dieu. Cela est déjà vrai aujourd’hui, par les sacrements, et demain, au jour où Jésus nous relèvera, à notre tour, d’entre les morts, pour entrer entièrement, esprit, âme et corps, dans sa joie, sa paix et sa lumière.

30 mars 2024 - ARC-lès-GRAY - Dimanche de Pâques - Veillée pascale - Année B

Gn 1,1-2,2 ; Ex 14,15-15,1a ; Ez 36,16-17a.18-28 ; Rm 6,3b-11 ; Mc 16,1-7

Chers frères et sœurs,

Jésus, que nous avons suivi pas à pas depuis une semaine lors de sa montée royale à Jérusalem, lors des Rameaux, et surtout depuis deux jours – avant-hier lors de la sainte Cène, où il a lavé les pieds de ses disciples faisant d’eux des prêtres, puis hier lors de sa passion où il a donné sa vie pour nous ; notre Jésus, qui était mort, enseveli dans un tombeau, est aujourd’hui vivant.

Les femmes qui viennent au tombeau de grand matin ne sont pas des inconnues. Il y a Marie Madeleine, que Jésus avait délivré de sept démons et qui est depuis toute dévouée à lui. Il y a Marie, Mère de Jacques. D’après d’autres passages des évangiles, cette Marie est la sœur de la Vierge Marie et la femme de Clopas, qui est lui-même frère de saint Joseph. Marie et Clopas ont eu quatre garçons : Jacques, José (ou Joseph), Simon et Jude, ceux-là qui sont appelés les « frères » de Jésus, et qui sont donc en réalité ses cousins. Jacques deviendra le premier évêque de Jérusalem. L’Église l’appelle « Jacques le juste ». Il fut lapidé en 61 ou 62 sur ordre du Grand Prêtre Hanne, le beau-frère de Caïphe. Son petit frère Simon lui succédera. Il sera lui-même crucifié en l’an 108. La dernière femme présente au tombeau s’appelle Salomé, ou plus exactement Marie Salomé. Elle est la femme de Zébédée, pécheur du lac de Galilée. Ils ont deux fils qui sont devenus apôtres : Jacques et Jean, ceux que Jésus appelle les « fils du Tonnerre ». Avec Pierre et André, Jacques et Jean faisaient partie des tous premiers disciples. Ils étaient présents à la Transfiguration de Jésus. Marie Salomé s’était prosternée devant Jésus pour lui demander que ses fils soient à sa droite et à sa gauche à l’avènement de son Royaume. 
Donc, ce matin au tombeau, avec Marie-Madeleine, ce sont des mamans qui sont venues pour parfumer le corps de Jésus. Marie, Mère de Jacques, est tout simplement sa tante. On est en famille.

Saint Marc précise qu’on se trouve de grand matin, au premier jour de la semaine, au lever du soleil. Pourquoi insiste-t-il ? Parce qu’il fait référence aux sept jours de la Création. Dieu avait commencé à créer l’univers un dimanche. Il commence par séparer la lumière et les ténèbres (premier jour), puis les eaux au-dessus du ciel et les eaux qui sont en dessous (deuxième jour), puis dans les eaux qui sont en dessous, il sépare la mer et la terre, sur laquelle il sème des plantes (troisième jour). Le quatrième jour, il crée le soleil, la lune et toutes les étoiles du ciel. Le cinquième jour il crée tous les animaux, dans la mer, dans le ciel et sur la terre. Au sixième jour, donc le vendredi, il crée l’homme et la femme, Adam et Eve. Or, vendredi saint, c’est le jour où nous voyons Pilate désigner Jésus en disant : « Voici l’homme », et où Marie se trouve au pied de la croix. Ici le côté de Jésus endormi dans la mort est transpercé par une lance laissant s’échapper de l’eau et du sang annonçant le baptême et l’eucharistie sacrements constitutifs de l’Église, rappelant Eve – la vivante – qui avait été tirée de la côte d’Adam dans son sommeil. Au septième jour de la création, Dieu se repose : c’est le jour du sabbat. Justement, le Samedi Saint, Jésus, dans le silence, repose dans le tombeau.
Le matin de Pâques, nous voici donc de nouveau Dimanche, le huitième jour. Et c’est comme si la Création recommençait. Et d’abord par la lumière qui déchire les ténèbres. Voilà pourquoi saint Marc insiste sur le grand matin, le soleil levant, le premier jour de la semaine : la résurrection est une nouvelle création de Dieu. Jésus n’est pas ranimé, il n’est pas restauré : il est l’ultime perfection de la création de Dieu, son aboutissement, son couronnement. C’est pourquoi Jésus montre des facultés bizarres après sa résurrection : il peut apparaître et disparaître ; mais il n’est pas un fantôme : on peut toucher son corps, il peut manger du poisson. Jésus est entré – dirait-on – dans la « quatrième dimension ». Il est le premier homme ressuscité. Le premier-né d’entre les morts, entré dans la vie nouvelle créée par Dieu pour nous tous, par la puissance de l’Esprit Saint.

Voilà pourquoi le jour le plus important pour nous autres chrétiens est le dimanche : parce qu’il est le jour de la résurrection de Jésus, le jour où la création est arrivée à sa perfection, le huitième jour, qui annonce notre propre résurrection.
C’est ainsi que les baptistères des premiers siècles étaient en forme d’octogone : ce sont des bassins à huit côtés. À cause du huitième jour. Parce que l’homme qui est baptisé, passant par la mort et la résurrection de Jésus, est recréé comme lui en homme nouveau. Un baptisé, un chrétien, est un homme du huitième jour, un homme de la « quatrième dimension ». Grâce à Jésus et à son Esprit Saint, il a déjà un pied dans la nouvelle création.
Vous allez me dire : « mais comment savons-nous que nous sommes entrés dans la nouvelle création ? » Par le moyen d’un langage spécial que Jésus nous a laissé en héritage, incompréhensible à ceux qui n’ont pas la foi. Ce sont les sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la réconciliation, le mariage, l’Ordre, et le sacrement des malades. Avec les sacrements, nous appartenons à la nouvelle création et nous en vivons. C’est pourquoi l’Église elle-même n’est pas d’abord une institution humaine qui s’organise et se gouverne comme une institution humaine, car elle vient de Dieu : son organisation et sa vie interne – qui rassemble dans une même communion non seulement les baptisés sur la terre, mais aussi tous les saints du ciel – sont l’œuvre de l’Esprit Saint. L’Église elle-même est un sacrement.

Chers frères et sœurs, saint Marc a raconté ce qui s’est réellement passé, et c’est pourquoi il a indiqué quelle était l’identité exacte des premiers témoins. Ensuite, par le langage de l’Ancien testament, il a essayé de nous expliquer ce qui aujourd’hui encore nous paraît impossible : Jésus est vivant – et nous qui sommes baptisés, nous sommes en communion avec lui !

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