dimanche 28 avril 2024

27-28 avril 2024 - THEULEY - VALAY - 5ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 9, 26-31 ; Ps 21 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous entendons ces paroles de Jésus, nous ne devons pas oublier à quel moment ni en quel lieu il les a dites. C’était après le repas de la Cène, au moment de partir vers Gethsémani. En chemin, Jésus et ses disciples ont dû passer dans des vignes. Jésus sait que Judas va le livrer et que les autres disciples vont s’enfuir et se disperser.
 
Ainsi nous comprenons que le sarment qui ne demeure pas en Jésus, qui est sec, qui va être jeté dehors et bientôt brûlé au feu, c’est Judas. Et les sarments qui demeurent en Jésus, qui portent déjà du fruit mais vont être purifiés par l’épreuve de la Passion de Jésus, et qui porteront bientôt davantage de fruit encore, ce sont les disciples.
 
Être disciple, c’est donc être un sarment uni à la vigne véritable, Jésus Christ. En dehors de lui, il n’y a ni chemin, ni vérité, ni vie. Par cette union à la vigne véritable, c’est-à-dire par la communion avec Jésus – « celui qui demeure en moi, et moi en vous » dit Jésus – par cette communion à la vigne véritable, le sarment peut porter du fruit.
Or c’est vraiment ce qu’attend le Père : comme dans la parabole du Vigneron, le Maître attend la récolte, le fruit de la vigne, … pour en faire du vin ! Car c’est en buvant le vin qu’on entre dans la joie. Et cette joie est inséparable de la gloire de Dieu, de l’Esprit Saint. Nous avons un Dieu qui aime la joie et qui veut nous faire communier à sa joie.
 
Cependant, pour qu’un sarment donne plus de fruit – donc plus de vin et plus de joie, il est taillé, « purifié ». Or Jésus explique qu’il a déjà purifié ses disciples par la parole qu’il leur a dite. Cette parole, c’est l’Évangile, c’est Jésus lui-même, son enseignement et ses actes. Ainsi donc est purifié celui qui reçoit l’Évangile, qui reçoit Jésus, qui croit en Jésus, qui a foi en Jésus. Il est alors en communion avec lui, et par cette communion, recevant la vie de la Vigne véritable, il porte beaucoup de fruit.
 
Mais pourquoi lisons-nous cet épisode de l’Évangile pendant le temps des apparitions alors que, chronologiquement, il a eu lieu au début de la Passion ? Pour deux raisons.
 
La première est que lors de ses apparitions, Jésus a rappelé à ses disciples ce qu’il leur avait enseigné auparavant, en lien avec les Écritures. C’est ce qu’il dit lors de son apparition le soir de Pâques au Cénacle : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » En quelque sorte, Jésus et les disciples font une relecture de la vie de Jésus, de sa naissance à sa résurrection. Mais alors, pourquoi lire aujourd’hui plus particulièrement l’enseignement donné par Jésus au moment de la Cène et après ?
Parce que les apparitions ne durent que quarante jours. Elles vont se terminer à l’Ascension, où Jésus va vraiment quitter ses disciples pour monter s’asseoir à la droite du Père. Jésus est donc sur le départ, comme au moment de la Cène, il était sur le départ de sa vie humaine. Dans les deux cas, Jésus livre en quelque sorte son testament, l’essentiel de son enseignement, et ce que les disciples devront dire et faire à l’avenir, en son absence, mais cette fois-ci avec le secours de l’Esprit Saint.
 
Pour nous aujourd’hui, les paroles de Jésus demeurent d’actualité, et c’est la seconde raison de la lecture de cet enseignement. Car c’est bien pour que nous soyons purifiés à notre tour que les Apôtres et les Évangélistes nous ont transmis l’Évangile. Parce que c’est toujours le même Jésus qui, dans ses paroles et dans ses actes, continue de purifier ses sarments, pour qu’ils puissent porter toujours plus de fruit pour la plus grande gloire et la plus grande joie de son Père et de notre Père. Dans ses paroles, en écoutant et recevant en nous l’Évangile, et dans ses actes, en recevant ses sacrements, particulièrement celui de l’Eucharistie, où nous sommes en communion avec lui.
 
Par l’Esprit Saint, Jésus nous est proche et il continue chaque jour et à toute heure, à purifier les cœurs, pour que monte vers le ciel la louange de Dieu et que l’Évangile continue à se propager dans le monde.

dimanche 21 avril 2024

21 avril 2024 - VELLEXON - 4ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 4, 8-12 ; Ps 117 ; 1Jn 3, 1-2 ; Jn 10, 11-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous sommes au cœur de l’Évangile. Toute la vie de Jésus – j’entends ici la vie intérieure, profonde, personnelle, de Jésus est dans ces quelques mots. Et par conséquent, il s’agit aussi de la vie intérieure, profonde de l’Église, et de chacun d’entre nous qui sommes baptisés. Il s’agit du cœur de notre vie spirituelle et de notre vie tout court, de notre vocation chrétienne. Essayons d’expliquer.
 
Il y a une relation vitale entre Jésus et son Père, qui est une relation d’amour. Pour en parler, Jésus utilise le verbe « connaître », comme des époux se connaissent l’un l’autre dans l’amour. Il veut dire par là que la communion entre lui et son Père est totale et que c’est une communion d’amour. Cette communion est réelle en ce sens que la vie que Jésus reçoit de son Père, il lui la donne en retour : il la lui offre, comme une offrande. Et le Père la lui rend à nouveau comme une grâce. Et ainsi de suite, éternellement et toujours plus intensément. Cette vie, c’est l’Esprit Saint.
Dieu aurait pu être narcissique et se complaire dans cette communion éternelle entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint, comme dans un cercle fermé. Mais non, il s’est ouvert pour l’homme, pour que l’homme puisse lui-aussi entrer dans cette communion d’amour éternelle et vivifiante. C’est le dessein de Dieu et la vocation de l’homme : vivre éternellement dans la communion d’amour de Dieu.
Pourtant, l’homme concret, la créature de Dieu – la brebis – n’avait pourtant pas grand-chose pour plaire. Il était aveugle et nu, pécheur et possédé par des esprits impurs. Il était malade de son absence de foi en Dieu, et meurtri de ses nombreuses et mortelles blessures. Et divisé avec lui-même et ses semblables, en guerre perpétuelle… Bref : la catastrophe.
Mais Jésus se fait pour l’homme, pour les brebis, le bon berger. « Bon », il n’y a que Dieu qui soit réellement « bon ». Le Bon berger est annoncé par tous les prophètes : c’est Abel, Abraham, Moïse, David… tous ont été des bergers. Mais Jésus est le vrai berger : parce qu’il est celui qui donne sa vie pour ses brebis, parce qu’elles comptent pour lui. Il les aime d’un amour divin.
 
Nous retrouvons ici le jeu du plus grand commandement, celui de l’amour de Dieu, d’abord ; et celui qui lui est semblable : celui de l’amour du prochain. Ainsi Jésus ne cesse pas de recevoir sa vie de son Père et de la lui offrir en retour. C’est le premier commandement : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». C’est un mouvement éternel. Mais voilà qu’il l’ouvre aussi à ses brebis, en imitant à notre égard, le geste que fait son Père à son égard : voilà qu’il offre sa vie à ses brebis, pour ses brebis. C’est le commandement qui est semblable au premier : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
Voilà ce que ne fait pas le berger mercenaire, le faux berger. Il veut garder la vie reçue de Dieu pour lui-même, sans s’ouvrir, sans l’étendre à ses brebis. Le faux berger est fondamentalement égoïste et il a peur qu’en s’ouvrant il perde ce qu’il a reçu comme un trésor. Mais ce faisant, il perd ce trésor, il tarit l’eau qui coule en lui-même, il s’assèche et se voue à la mort éternelle. Car qui refuse l’Esprit de Dieu est condamné éternellement. Mais Jésus, le bon berger, s’est ouvert – son côté s’est ouvert – et il a offert sa vie à ses brebis, pour ses brebis.
 
Là, il y a deux genres de brebis, comme il y a deux genres de bergers. Il y a un premier genre de brebis, celles qui écoutent la voix du bon berger et qui vont se mettre à le suivre. Concrètement qui vont se mettre à vivre comme vit le bon berger : aimer Dieu, aimer son prochain et elles aussi, se mettre à donner leur vie pour d’autres brebis. Et il y a un second genre de brebis, qui n’écouteront pas la voix du berger, et donc continueront à errer dans le monde, dans une vie insensée et mortelle.
 
Il est à noter deux choses. La première, que Jésus évoque les brebis qui sont de « cet enclos » - il veut dire l’enclos du Temple, c’est-à-dire les brebis d’Israël, les juifs qui observent la Loi de Moïse ; et les brebis « qui ne sont pas de cet enclos », c’est-à-dire les brebis de l’extérieur, c’est-à-dire des nations païennes. Toutes ont un seul et même berger.
Et la seconde, que Jésus appelle et donne sa vie non pas pour « sa » brebis, mais « ses » brebis. Il est notre berger beaucoup plus collectivement qu’individuellement. Jésus vient sauver le peuple d’Israël et non pas tel ou tel juif en particulier ; il vient sauver les nations et non pas tel ou tel barbare en particulier. Bien sûr, le salut est individuel, car chacun d’entre nous est libre d’écouter la voix du bon berger, mais cela se fait toujours solidairement avec les autres brebis. C’est l’Église.
 
Voilà donc chers frères et sœurs ce que tentait d’expliquer Jésus aux pharisiens qui l’écoutaient dans le Temple de Jérusalem. Aujourd’hui, il leur a livré le secret de l’Évangile : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force », et « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis ».

dimanche 14 avril 2024

13-14 avril 2024 - FEDRY - GRAY - 3ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 3, 13-15.17-19 ; Ps 4 ; 1Jn 2, 1-5a ; Lc 24, 35-48
 
Chers frères et sœurs,
 
Le passage de l’évangile que nous avons entendu est déterminant pour notre foi en Jésus-Christ. Saint Luc s’adresse à une ou des personnes qui n’ont pas connu Jésus et qui culturellement sont grecques ou romaines. C’est-à-dire que leur compréhension de la réalité est fondée sur l’usage de la raison. Nous en sommes intellectuellement les héritiers. L’évangile est donc écrit pour nous aussi.
 
Il y a deux points très importants à souligner. Le premier est la réalité physique du corps de Jésus ressuscité. Saint Luc insiste très lourdement : « Ils croyaient voir un esprit » Jésus n’est pas un fantôme. « Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, comme vous constatez que j’en ai. » Jésus a un corps physique réel, palpable, résistant. Mais ils n’osaient pas encore y croire. Et Jésus ajoute : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Et il mangea le poisson grillé devant eux. Preuve est faite que le corps ressuscité de Jésus, s’il peut apparaître et disparaître à volonté, peut aussi absorber des choses substantielles, matérielles.
Un esprit doté d’une raison saine a compris que Jésus de Nazareth, mort en croix à Jérusalem, non seulement a repris vie, mais a reçu des facultés de vie nouvelle supra-ordinaires. Et c’est le même homme Jésus de Nazareth qui est vivant. Saint Luc nous annonce un fait brut, difficilement acceptable à un esprit matérialiste, mais indubitable pour ceux qui en ont été les témoins, sauf à se déclarer eux-mêmes fous.
La foi chrétienne est donc fondée sur cet événement, qui résiste à la raison, mais qui n’en est pas moins raisonnable puisqu’il est réel. Saint Paul le dit aux Corinthiens : « Si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu. »
 
Le second point est justement l’explication, le sens, de cet événement. Qu’est-ce que cela veut dire que Jésus de Nazareth, descendant du roi David, messie accrédité par l’Esprit de Dieu au moment de son baptême par Jean, condamné et crucifié comme un paria, est maintenant ressuscité dans une vie nouvelle ? La seule source possible de compréhension donnée par Jésus est celle des Écritures juives : la Loi de Moïse – c’est-à-dire la Torah – les Prophètes et les Psaumes. C’est-à-dire pour nous l’Ancien Testament. On ne peut pas comprendre Jésus si on ne connaît pas les Écritures, si on ne va pas y chercher l’explication. Car les Écritures annoncent Jésus et Jésus accomplit les Écritures : ils sont inséparables. Et cela est d’autant plus important à faire comprendre à des Romains ou à des Grecs qui ne sont pas Juifs. Leur foi serait incomplète ou fragilisée si ils ne font pas l’effort d’assimiler les Écritures, ou plutôt de s’y assimiler – de les faire aussi les leurs. Ainsi, dans leur bibliothèque, avec Platon et Aristote, Cicéron et Tacite, ajouter la Loi, les Prophètes et les Psaumes. C’est déjà la civilisation européenne… mais c’est une autre histoire.
 
Par conséquent, la foi d’un disciple du Christ debout, c’est-à-dire raisonnable, s’appuie sur deux pieds : premièrement, la réalité historique de Jésus de Nazareth mort et ressuscité corporellement dans une vie nouvelle ; deuxièmement, la connaissance des Écritures qui annoncent ce Jésus de Nazareth, qui les rend d’autant plus crédibles qu’il les accomplit réellement. Si on perd l’un de ces deux pieds ou qu’on en ajoute un troisième, il y a des chances pour qu’on se trompe.
Les Apôtres, qui sont les premiers à être mis debout sur leurs deux pieds, qui sont les témoins oculaires de Jésus ressuscité et à qui il a enseigné comment lire les Écritures à la lumière de sa vie et de sa résurrection – et qui ont donc une expérience unique – sont constitués par Jésus comme « témoins ». C’est un acte juridique. Nul ne peut être « témoin » à part eux. C’est ainsi que ce que nous appelons la « foi des Apôtres » ou la « tradition apostolique » correspond exactement à ce témoignage : nul ne peut l’amender, le corriger, y ajouter ou y enlever, sans perdre la foi en Jésus Christ, la foi catholique.
 
Je termine par… le commencement de l’apparition de Jésus, lorsqu’il se présente à ses apôtres en leur disant : « La paix soit avec vous ! » En français nous n’avons qu’un seul mot « paix » pour deux mots ou deux réalités différentes en hébreu « shyna » et « shelma » (qui a donné schalom ou Jérusalem) : « Shyna » évoque un jardin, la tranquillité, la prospérité, en fait un arrangement humain ; et « shelma » est une paix intérieure profonde, un profond repos, un apaisement complet, une paix donnée par Dieu. Or c’est « shelma » que donne Jésus à ses Apôtres – c’est déjà un avant-goût de l’Esprit de Pentecôte. Autrement dit, pour les Apôtres comme pour tout disciple de Jésus, la foi est aussi une grâce reçue de Dieu qui est une immense paix, et c’est en elle que l’on peut recevoir le témoignage des Apôtres et prendre leur relais, par une connaissance tout aussi intérieure que réelle de Jésus, dont cette paix et une grande joie sont les marqueurs. Car Jésus – figurez-vous, chers frères et sœurs – est bien vivant !

dimanche 7 avril 2024

07 avril 2024 - SEVEUX - 2ème dimanche de Pâques - Année B

Ac 4, 32-35 ; Ps 117 ; 1Jn 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31
 
Chers frères et sœurs,
 
La vie de Dieu, celle qu’il veut communiquer à l’homme, c’est l’Esprit Saint. Une des marques de l’Esprit Saint est la joie. Il y a aussi la paix – une paix profonde – et l’intelligence, c’est-à-dire la compréhension réelle des choses spirituelles et des choses de ce monde. Ce que Dieu veut donc communiquer à l’homme, c’est son Esprit Saint. Il nous en a donné le moyen, si nous l’acceptons : par la foi en Jésus Christ. La foi en Jésus Christ est la clé pour recevoir la vie de Dieu, dans la joie. C’est ce que dit saint Jean à propos des signes rapportés dans son évangile : « Ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom. » Le problème, pour nous, est donc d’avoir foi en Jésus Christ. Cela n’a rien d’évident, nous en avons la preuve par saint Thomas.
 
Au cours des apparitions rapportées par saint Jean, nous avons d’abord celle de Jésus au Cénacle en présence des disciples – Thomas étant absent.
Le premier point important est que les portes de la maison où ils se trouvaient étaient verrouillées. Ainsi Jésus est comme surgi de rien, quand bien même il leur montre son corps de chair ressuscité – et nous savons par ailleurs qu’il mange du poisson sous leurs yeux. Ils n’ont pas besoin de toucher Jésus, la vision suffit. Mais le phénomène physique d’un corps échappant aux lois naturelles tout en étant un corps réel est destiné à affermir leur foi.
Le second point important est la parole qui accompagne ce phénomène : « La paix soit avec vous ! » N’oublions pas que jusqu’à présent, les disciples s’étaient surtout fait remarquer par leur capacité à disparaître au moment de la Passion, à renier Jésus en public, et à douter de la parole des femmes qui leur annonçaient sa résurrection. Ils avaient largement de quoi aller se confesser… Et c’est la raison pour laquelle Jésus leur dit : « La paix soit avec vous ! » Cette parole est tout autant un pardon pour le passé qu’un don de vie nouvelle pour le présent et l’avenir. D’ailleurs cette paix est déjà celle de l’Esprit Saint qui les remplit de joie.
 
Mais Thomas n’était pas là. Thomas, qui nous ressemble tellement, n’est-ce pas ? Il ne veut pas croire s’il ne voit pas, s’il ne touche pas. Et c’est ainsi que Jésus, lors de sa nouvelle apparition, après avoir renouvelé son annonce de paix – qui rappelle qu’il est bien le même qu’au premier jour – va directement au fait et s’adresse à Thomas en l’invitant à toucher et à regarder son corps.
Le premier point important est que le signe – le critère de résurrection – tourne toujours autour de la réalité physique du corps de Jésus. Notre Jésus, celui en qui nous croyons, est le même Jésus de Nazareth, né de Marie, qui a vécu la passion à Jérusalem, mort et ressuscité le même. Ce n’est pas un Jésus philosophique, un Jésus imaginaire, ou un Jésus psychologique : c’est un Jésus historique. Avec toujours ce constat impitoyable que Jésus dans son corps réel échappe maintenant aux lois de la physique de ce monde, ou plutôt, il arrive à les surmonter – il ne les annule pas mais il en use avec une puissance supérieure. Ce que Thomas et les disciples ne peuvent que constater à moins de devenir fous.
Le second point important ici aussi est que le signe du corps est accompagné d’une parole : « Cesse d’être incrédule , sois croyant. » Quand Dieu parle, ce n’est pas pour faire un vœu pieux : c’est pour être efficace. Comme au premier Jour de la création : « Que la lumière soit » - dit-il ; « Et la lumière fut ». La foi de Thomas vient d’être créée en lui par la parole de Jésus : « sois croyant ! » Il a d’abord retiré ce qui faisait obstacle dans son cœur : « Cesse d’être incrédule. » Il a d’abord retiré le caillou. Voilà qui est intéressant pour nous. Nous avons besoin des paroles de Jésus d’abord pour préparer notre cœur, le guérir de notre orgueil, de ce qui nous retient de croire. Et ensuite d’une nouvelle parole pour croire. Ce processus d’écoute des paroles de Dieu peut prendre trois secondes comme pour Thomas, ou de longues années – chacun est différent. Et à chaque fois les paroles accompagnent un signe qui rappelle le corps de Jésus ressuscité. Et quand cela arrive, c’est un « premier jour » ou un « huitième jour », qui comme vous le savez est aussi un « premier jour », puisqu’il n’y en a que sept ! Or le « premier jour », ou le « huitième jour », pour un juif ou un chrétien, est toujours en rapport avec le premier jour de la création. Un « premier jour », c’est toujours le signe d’une création nouvelle. Et c’est toujours un dimanche.

Chers frères et sœurs, me voyez-vous venir ? Comme les disciples, nous nous réunissons le premier ou le huitième jour, le dimanche, dans la maison-église. Et après que le prêtre a dit sur le pain et le vin les paroles de Jésus : « Ceci est mon corps » et « Ceci est mon sang », vous pouvez le voir et même le manger : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde », le corps de Jésus ressuscité. Comme à l’époque du Cénacle, Jésus défie les lois de l’espace et du temps : il est là, chaque dimanche, chaque premier ou huitième jour, toujours au milieu de ses disciples. Si tu as la foi, tu crois et tu es dans la joie. Si tu ne crois pas, le mystère de l’eucharistie appelle ta foi, pour que tu sois aussi dans la joie. Et c’est pour cela que nous lisons les Écritures dans la première partie de la messe : pour préparer notre cœur à croire.
Thomas était absent à la messe le premier dimanche. Heureusement, avec une petite réprimande de Jésus, il a été rattrapé au second ! Moralité de cette histoire : de la messe le dimanche, les absents ont toujours tort !

mardi 2 avril 2024

01 avril 2024 - AUTREY-lès-GRAY - Saint jour de Pâques - Année B

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; 1Co 3,1-4 ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
La résurrection, personne ne s’y attendait. Certainement pas les grands prêtres : vous savez bien que les saducéens ne croyaient pas à la résurrection des morts. Certainement pas non plus les romains ni les grecs présents à Jérusalem. Lorsque saint Paul évoquera ce sujet à Athènes, il ne s’y attirera que des moqueries. Et nous apprenons, dans l’évangile de saint Jean que les disciples non plus ne s’y attendaient pas : « en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Au bout du compte personne ne s’attendait à la résurrection de Jésus : c’est une surprise totale. Et l’on comprend que plusieurs demeurent incrédules.
 
Saint Jean, l’évangéliste qui donne le plus de détails historiques authentiques, est le premier à comprendre ce qu’il se passe. Pour lui, il lui suffit de voir le linge « posé à plat » sur la table du tombeau où reposait Jésus. Cela l’a tellement frappé, qu’il reviendra par trois fois, dans le passage que nous avons lu, sur le fait que ce linge était « posé à plat ». Comme si le corps de Jésus s’était évanoui, et que le linge était retombé comme un soufflé. Que voulez-vous, chers frères et sœurs, il y a des détails qui ne s’inventent pas. Et quand saint Jean s’est retrouvé face à cette situation, il a compris immédiatement qu’il était arrivé au corps de Jésus quelque chose d’extraordinaire.
 
Nous avons du mal à imaginer ce qu’est la résurrection, surtout la résurrection d’un corps. On peut encore comprendre qu’une âme ressuscite, mais un corps ! Et pourtant c’est bien ce qui est arrivé à Jésus et à son corps de chair. Il est entièrement ressuscité. Ce que nous n’arrivons pas à comprendre, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle étape dans la création de Dieu, comme nous l’avons déjà compris hier soir, quelque chose d’entièrement nouveau qui concerne l’âme, l’esprit et le corps. D’ailleurs, lors de ses apparitions Jésus a pu passer à travers une porte, tout en étant capable de manger du poisson. Son corps a reçu des facultés pour nous inimaginables, qui sont de l’ordre d’un univers nouveau, inconnu jusqu’à présent, que pourtant Jésus a essayé de nous expliquer, quand il parlait de son Royaume.
 
Ce qu’il y a au tombeau de Jésus, cependant, dépasse l’entendement de saint Pierre. Devant les linges « posés à plat », il reste parfaitement incrédule quoique troublé. Il ne comprend pas ce qu’il s’est passé, et il lui faudra attendre que Jésus vivant se manifeste devant lui, dans sa chair de ressuscité. Cela est vrai de saint Thomas aussi, vous le savez bien. Aucun Apôtre – et encore moins saint Paul – n’a cru à la résurrection lorsqu’elle leur fut annoncée. Mais il a fallu que Jésus lui-même vienne à leur rencontre pour qu’ils aient la foi.
 
Et nous alors ? Nous sommes comme le centurion de Césarée. Nous écoutons, grâce aux évangiles, le témoignage de saint Pierre, de saint Jean, mais aussi de saint Matthieu et de saint Paul, dans ses lettres. Et le centurion croit parce qu’il croit au témoignage de Pierre. Lui ne bénéficie pas d’une vision de Jésus ressuscité, mais il a la vision de Pierre, qui lui raconte ce qu’il a vécu, ce qu’il a entendu et ce qu’il a vu. Et cela lui suffit.
Cela est également vrai pour nous, bien que nous nous soyons bien trop habitués au témoignage des évangiles et à la présence d’un évêque, successeur des Apôtres. Et pourtant ces évangiles qui remontent aux premiers temps de l’Église, comme ces évêques, dont la bénédiction remonte de mains en mains jusqu’aux Apôtres, ce sont des témoignages exceptionnels si l’on veut bien y prêter attention. Nous n’avons pas la vision de l’explosion que représente la résurrection de Jésus, mais nous en avons le souffle et le bruit. Quand on ressent le souffle d’une explosion et qu’on en entend la détonation, on en déduit évidemment qu’il y a eu une explosion, n’est-ce pas ? Alors, en ayant les évangiles et les évêques, nous ne croyons pas à la résurrection de Jésus ? Le centurion n’est pas si compliqué, et pourtant il n’est pas plus stupide que nous : il a écouté attentivement le témoignage de saint Pierre et il a cru que Jésus était vivant.
 
Que le Seigneur nous fasse donc la grâce d’éclairer notre esprit, pour qu’en lisant les évangiles et en considérant attentivement ce qu’est un évêque, nous comprenions toujours plus ce que la résurrection de Jésus signifie concrètement : l’accès pour nous, pauvres pécheurs, à l’univers nouveau du Royaume de Dieu. Cela est déjà vrai aujourd’hui, par les sacrements, et demain, au jour où Jésus nous relèvera, à notre tour, d’entre les morts, pour entrer entièrement, esprit, âme et corps, dans sa joie, sa paix et sa lumière.

30 mars 2024 - ARC-lès-GRAY - Dimanche de Pâques - Veillée pascale - Année B

Gn 1,1-2,2 ; Ex 14,15-15,1a ; Ez 36,16-17a.18-28 ; Rm 6,3b-11 ; Mc 16,1-7

Chers frères et sœurs,

Jésus, que nous avons suivi pas à pas depuis une semaine lors de sa montée royale à Jérusalem, lors des Rameaux, et surtout depuis deux jours – avant-hier lors de la sainte Cène, où il a lavé les pieds de ses disciples faisant d’eux des prêtres, puis hier lors de sa passion où il a donné sa vie pour nous ; notre Jésus, qui était mort, enseveli dans un tombeau, est aujourd’hui vivant.

Les femmes qui viennent au tombeau de grand matin ne sont pas des inconnues. Il y a Marie Madeleine, que Jésus avait délivré de sept démons et qui est depuis toute dévouée à lui. Il y a Marie, Mère de Jacques. D’après d’autres passages des évangiles, cette Marie est la sœur de la Vierge Marie et la femme de Clopas, qui est lui-même frère de saint Joseph. Marie et Clopas ont eu quatre garçons : Jacques, José (ou Joseph), Simon et Jude, ceux-là qui sont appelés les « frères » de Jésus, et qui sont donc en réalité ses cousins. Jacques deviendra le premier évêque de Jérusalem. L’Église l’appelle « Jacques le juste ». Il fut lapidé en 61 ou 62 sur ordre du Grand Prêtre Hanne, le beau-frère de Caïphe. Son petit frère Simon lui succédera. Il sera lui-même crucifié en l’an 108. La dernière femme présente au tombeau s’appelle Salomé, ou plus exactement Marie Salomé. Elle est la femme de Zébédée, pécheur du lac de Galilée. Ils ont deux fils qui sont devenus apôtres : Jacques et Jean, ceux que Jésus appelle les « fils du Tonnerre ». Avec Pierre et André, Jacques et Jean faisaient partie des tous premiers disciples. Ils étaient présents à la Transfiguration de Jésus. Marie Salomé s’était prosternée devant Jésus pour lui demander que ses fils soient à sa droite et à sa gauche à l’avènement de son Royaume. 
Donc, ce matin au tombeau, avec Marie-Madeleine, ce sont des mamans qui sont venues pour parfumer le corps de Jésus. Marie, Mère de Jacques, est tout simplement sa tante. On est en famille.

Saint Marc précise qu’on se trouve de grand matin, au premier jour de la semaine, au lever du soleil. Pourquoi insiste-t-il ? Parce qu’il fait référence aux sept jours de la Création. Dieu avait commencé à créer l’univers un dimanche. Il commence par séparer la lumière et les ténèbres (premier jour), puis les eaux au-dessus du ciel et les eaux qui sont en dessous (deuxième jour), puis dans les eaux qui sont en dessous, il sépare la mer et la terre, sur laquelle il sème des plantes (troisième jour). Le quatrième jour, il crée le soleil, la lune et toutes les étoiles du ciel. Le cinquième jour il crée tous les animaux, dans la mer, dans le ciel et sur la terre. Au sixième jour, donc le vendredi, il crée l’homme et la femme, Adam et Eve. Or, vendredi saint, c’est le jour où nous voyons Pilate désigner Jésus en disant : « Voici l’homme », et où Marie se trouve au pied de la croix. Ici le côté de Jésus endormi dans la mort est transpercé par une lance laissant s’échapper de l’eau et du sang annonçant le baptême et l’eucharistie sacrements constitutifs de l’Église, rappelant Eve – la vivante – qui avait été tirée de la côte d’Adam dans son sommeil. Au septième jour de la création, Dieu se repose : c’est le jour du sabbat. Justement, le Samedi Saint, Jésus, dans le silence, repose dans le tombeau.
Le matin de Pâques, nous voici donc de nouveau Dimanche, le huitième jour. Et c’est comme si la Création recommençait. Et d’abord par la lumière qui déchire les ténèbres. Voilà pourquoi saint Marc insiste sur le grand matin, le soleil levant, le premier jour de la semaine : la résurrection est une nouvelle création de Dieu. Jésus n’est pas ranimé, il n’est pas restauré : il est l’ultime perfection de la création de Dieu, son aboutissement, son couronnement. C’est pourquoi Jésus montre des facultés bizarres après sa résurrection : il peut apparaître et disparaître ; mais il n’est pas un fantôme : on peut toucher son corps, il peut manger du poisson. Jésus est entré – dirait-on – dans la « quatrième dimension ». Il est le premier homme ressuscité. Le premier-né d’entre les morts, entré dans la vie nouvelle créée par Dieu pour nous tous, par la puissance de l’Esprit Saint.

Voilà pourquoi le jour le plus important pour nous autres chrétiens est le dimanche : parce qu’il est le jour de la résurrection de Jésus, le jour où la création est arrivée à sa perfection, le huitième jour, qui annonce notre propre résurrection.
C’est ainsi que les baptistères des premiers siècles étaient en forme d’octogone : ce sont des bassins à huit côtés. À cause du huitième jour. Parce que l’homme qui est baptisé, passant par la mort et la résurrection de Jésus, est recréé comme lui en homme nouveau. Un baptisé, un chrétien, est un homme du huitième jour, un homme de la « quatrième dimension ». Grâce à Jésus et à son Esprit Saint, il a déjà un pied dans la nouvelle création.
Vous allez me dire : « mais comment savons-nous que nous sommes entrés dans la nouvelle création ? » Par le moyen d’un langage spécial que Jésus nous a laissé en héritage, incompréhensible à ceux qui n’ont pas la foi. Ce sont les sept sacrements : le baptême, la confirmation, l’eucharistie, la réconciliation, le mariage, l’Ordre, et le sacrement des malades. Avec les sacrements, nous appartenons à la nouvelle création et nous en vivons. C’est pourquoi l’Église elle-même n’est pas d’abord une institution humaine qui s’organise et se gouverne comme une institution humaine, car elle vient de Dieu : son organisation et sa vie interne – qui rassemble dans une même communion non seulement les baptisés sur la terre, mais aussi tous les saints du ciel – sont l’œuvre de l’Esprit Saint. L’Église elle-même est un sacrement.

Chers frères et sœurs, saint Marc a raconté ce qui s’est réellement passé, et c’est pourquoi il a indiqué quelle était l’identité exacte des premiers témoins. Ensuite, par le langage de l’Ancien testament, il a essayé de nous expliquer ce qui aujourd’hui encore nous paraît impossible : Jésus est vivant – et nous qui sommes baptisés, nous sommes en communion avec lui !

29 mars 2024 - ARC-lès-GRAY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année B

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; Hb 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Hier, à l’occasion de la mémoire de la sainte Cène et du lavement des pieds, nous avons vu que Jésus agissait comme un prêtre, s’offrant lui-même à Dieu comme véritable Agneau pascal sacrifié pour le salut de tous les hommes, et qu’il avait fait de ses Apôtres des prêtres semblables à lui, dans l’Esprit de charité. Aujourd’hui, par un détail, saint Jean nous confirme que Jésus est bien le véritable prêtre : en effet, il porte une tunique sans coutures, que les soldats sont obligés de jouer aux dés pour se la partager sans la déchirer. Or, dans la liturgie du Temple, seul le Grand prêtre porte une tunique sans coutures.

De même, dimanche dernier, nous acclamions avec des rameaux Jésus montant à Jérusalem sur un petit âne, accomplissant ainsi le rituel d’intronisation des rois d’Israël, ce qui représentait une véritable provocation pour les pouvoirs politiques et religieux de Judée. Mais c’était surtout la préfiguration de la montée du Fils de l’Homme auprès de Dieu son Père, pour s’asseoir à sa droite sur son trône, montée qui sera accomplie en réalité lors de l’Ascension. Aujourd’hui, par un autre détail, saint Jean nous confirme également que Jésus est bien le véritable roi : en effet, il précise que le poids du mélange de myrrhe et d’aloès, des aromates employés pour l’ensevelissement de Jésus, pesait « environ cent livres », c’est-à-dire 32 kilos. Évidemment Nicodème, qui les offrait, était quelqu’un de très riche, et certainement aussi très généreux. Mais enfin, 32 kilos d’aromates, ce n’est justifié que pour l’enterrement… d’un roi.

Ainsi donc, Jésus est vraiment le roi d’Israël, le descendant de David tant attendu, roi de justice et de paix, bon berger, qui règne pour l’éternité dans le royaume de Dieu son Père, là où il nous attend. Et il est vraiment le Grand prêtre qui offre le seul véritable sacrifice qui sauve l’humanité du péché et de la mort, le sacrifice de lui-même par amour, dans le but de nous faire accéder justement à son Royaume de vie éternelle.
 
Mais nous voyons aujourd’hui que ce roi et Grand prêtre passe par la croix, supplice physiquement intolérable et ignominieux pour tout homme, et particulièrement pour les Juifs. Pourtant, il avait bien été annoncé par les prophètes, ainsi que nous l’avons entendu dans la lecture du Livre d’Isaïe. On peut également relire le Psaume 21 qui correspond parfaitement à la Passion de Jésus. Voilà donc que notre Jésus passe par la souffrance. Était-ce bien nécessaire ? Comment comprendre cette souffrance ?
 
Il est des souffrances multiples : insuffisances vitales, comme la faim ou la soif ; douleurs physiques, blessures ou tortures ; angoisses créées par la peur pour soi ou pour les autres ; mais aussi toutes sortes d’oppressions psychologiques et de déprimes, vécues dans une forme de solitude, à l’occasion du départ d’un être aimé par exemple, ou une rupture. Il n’est pas toujours facile d’ailleurs, d’y mettre des mots, tellement cette souffrance peut être intime et profonde.
Jésus a partagé avec nous toutes ces souffrances, non pas seulement en tant qu’homme, mais aussi en tant que Dieu – car il est l’un et l’autre inséparablement. Non pas qu’il ait voulu souffrir, mais il a souffert comme souffre tout être déchu et séparé de Dieu, exilé dans ce monde blessé par le péché qui conduit à la mort. Et nous comprenons que Dieu a fait sienne la souffrance de l’homme qui aspire à vivre épanoui, aimé et aimant, heureux, profondément heureux, dans la joie, la lumière et la paix. Et elle est sienne la souffrance de celui qui aime l’homme et veut sa vie jusqu’à lui donner la sienne, quand l’homme lui-même, détestant sa propre vie parfois, dans sa folie en vient à vouloir sa propre mort. Terrible douleur, terrible glaive qui vient transpercer l’âme de celui ou celle qui regarde une personne aimée qui souffre, comme Marie aux pieds de Jésus en croix.
 
N'attendez pas de moi que je vous donne un remède à la souffrance. Je n’en connaît pas qui soit infaillible.
On pourrait résumer l’histoire de notre civilisation moderne occidentale, et son effondrement, à une fuite devant la souffrance : jeux, drogues, jouissances diverses, droits multiples toujours plus étendus, franchissement des interdits comme celui de ne pas tuer… Dans ce monde, l’homme du futur, le trans-humain, ne doit connaître aucune souffrance et même ignorer la souffrance ultime de devoir mourir.
En regard notre Jésus n’a fui aucune souffrance et a regardé sa mort en face. C’était son combat à Gethsémani. Il l’a accepté, et il l’a accompli en sa Passion. Pourquoi, et comment ? Par la foi. Foi dans les paroles des Prophètes qui annonçaient que le Messie serait serviteur souffrant. Le chemin de croix est balisé : il n’est pas insensé. Foi dans sa mère et dans ses disciples. Oui, ils souffrent eux aussi, angoissés de ne pas pouvoir agir, et terrifiés par la peur. Mais ils sont proches et Jésus le voit et le sait par le cœur. Il n’est pas seul. Cette présence aimante et priante n’a pas de prix. Et surtout, foi dans son Père et dans la puissance de vie de son Esprit Saint. La souffrance de la croix ne conduit pas à la mort, mais à la vie éternelle. À tel point que, pour nous aujourd’hui, elle n’est plus un signe de malheur mais un signe de victoire. Car elle est devenue la clé si précieuse, qui ouvre la porte du Royaume des cieux.
 
La réponse à la souffrance que refuse le monde d’aujourd’hui, c’est la foi. La foi conduit au Royaume de Dieu, ce Royaume où règne notre Jésus, qui nous en a ouvert les portes par son sacrifice ultime offert par amour pour nous.

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