dimanche 12 juillet 2026

12 juillet 2026 - PESMES - 15ème dimanche TO - Année A

 Is 55, 10-11 ; Ps 64 ; Rm 8,18-23 ; Mt 13, 1-23
 
Chers frères et sœurs,
 
Ce dimanche, nous retrouvons Jésus dans son activité de prédicateur et d’enseignant. Dans un premier temps, il s’adresse aux foules. Saint Matthieu nous dit qu’il leur parla en « paraboles ». On devrait traduire ici en « langage symbolique », langage suffisamment hermétique pour que les foules ne puissent pas comprendre le sens véritable de ses propos. D’ailleurs, à la fin de son discours, Jésus les provoque en s’exclamant : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »
Nous sommes comme les disciples : nous attendions de Jésus qu’il s’exprime avec d’autant plus de simplicité et de clarté qu’il s’adresse à une multitude de gens ayant a priori peu de connaissances ; il n’est pas en présence d’une foule composée de scribes et de pharisiens… « Pourquoi donc leur parles-tu en paraboles ? » C’est le deuxième temps.
 
Jésus répond qu’il accomplit la prophétie d’Isaïe, laquelle n’est pas n’importe quelle prophétie : c’est la vocation du prophète. Dans le Temple, celui-ci a la vision du Seigneur assis sur son trône de gloire. De là, le Seigneur envoie son prophète proclamer en Israël une parole de purification. Cette purification est redoutable car, ne comprenant pas le message, les habitants du pays durcissent leur cœur et refusent de se convertir. Par conséquent le pays est ravagé et la population décimée. Même le petit reste survivant – annonce le Seigneur – sera détruit, abattu comme le chêne et le térébinthe, dont il ne restera plus qu’une souche. La purification est radicale ! Mais, dit la prophétie, « Cette souche est une semence sainte. » C’est la promesse d’un renouveau.
Donc, en s’adressant aux foules comme le prophète Isaïe devait s’adresser à Israël jusqu’à ce que tout soit détruit, jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une souche semence sainte, Jésus montre que la situation générale n’a pas changé : les foules sont toujours incapables d’entendre la Parole de Dieu et de se convertir. Elles et leur pays sont donc voués à la perdition. Mais, par-delà ce jugement sévère, il demeurera une semence sainte, c’est-à-dire ceux qui ont entendu la Parole, qui l’ont comprise et l’ont mise en pratique jusqu’à porter du fruit : ce sont les disciples de Jésus. « Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles entendent ! » leur dit-il.
On pourra se souvenir qu’au moment où Jésus est abandonné de tous lors de sa Passion, il ne reste pratiquement plus personne à lui demeurer fidèle. Le véritable jour où tout est rasé et où il ne reste plus qu’une souche – Jésus dans son tombeau – est le samedi saint. Mais à l’aube du jour nouveau, des saintes femmes vont visiter ce tombeau, d’où renaît la vie comme d’une semence, semence d’Église et de vie éternelle.
 
Dans l’explication de cette prophétie qu’il donne à ses disciples, Jésus laisse entendre qu’il est donné à un petit nombre de connaître les Mystères du royaume de cieux, mais pas à tous. Il y a une élection divine, qui est aussi une illumination de l’intelligence puisqu’elle permet de voir et d’entendre, de comprendre les Mystères divins. De fait, rappelons-nous que, lorsqu’il envoie ses disciples dans les villes et villages, Jésus ne leur dit pas que leur prédication sera automatiquement bien reçue, mais elle le sera seulement par ceux qui, en leur cœur, sont déjà en attente de cette prédication. Autrement dit, c’est le Seigneur lui-même qui prépare les cœurs. Soit le message prophétique répond à leur attente, et dans ce cas la terre est bonne et la semence peut grandir ; soit le message prophétique est incompris, il en devient d’autant plus embarrassant et finit par être rejeté. Dans ce cas, la terre est parsemée de rochers et de ronces, et la semence dépérit.
Nous autres, chrétiens, ne devrions pas nous inquiéter de savoir si nous sommes élus ou pas. Dès lors que nous sommes baptisés, nous le sommes. Le baptême est une élection et une illumination du cœur et de l’intelligence : il fait de nous de la bonne terre apte à recevoir la semence de la Parole de Dieu. Il nous donne à l’entendre, et plus encore qu’à la voir : à y communier.
 
Cependant, Jésus insiste sur un point très important : « D’autres sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit. » Le point déterminant pour que la semence accomplisse sa mission, est bien entendu qu’elle porte du fruit, à raison de cent, de soixante ou de trente pour un – peu importe, mais qu’elle porte du fruit. Nous connaissons dans l’évangile plusieurs séquences où Jésus insiste sur cette nécessité que la vigne ou le figuier portent du fruit. Nous pouvons aussi penser à l’histoire du maître qui part en voyage après avoir confié des talents à ses serviteurs ; il en attend les dividendes à son retour. Alors, il fustige celui qui s’est contenté d’enterrer l’unique talent qu’il avait reçu ; il le lui retire et le donne à celui qui en a déjà dix : « À celui qui a, on donnera, et il sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. »
Donner à la semence de grandir et de fructifier n’est pas de notre ressort – cela provient de sa propre puissance interne, de l’Esprit Saint ; mais ce qui nous revient, c’est de lui offrir la bonne terre en laquelle elle pourra développer ses racines, terre débarrassée de cailloux et de ronces, figures de dureté de cœur et d’attachements indus et contre-productifs. Au contraire, la bonne terre est faite d’humilité et d’obéissance à la volonté du Seigneur. C’est ainsi que, serviteurs de la Parole, nous sommes transfigurés en elle-même et, par l’Esprit, nous devenons à notre tour semence. 

dimanche 5 juillet 2026

05 juillet 2026 - VALAY - 14ème dimanche TO - Année A

 Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30
 
Chers frères et sœurs,
 
L’enseignement de Jésus est court ce dimanche, mais il n’en est pas moins très dense, comme nous allons le voir. Comme dimanche dernier, nous pouvons relever deux leçons majeures.
 
La première leçon concerne la connaissance du Mystère de Dieu quant à son contenu et à la manière d’y accéder. Jésus délivre cette sentence mystérieuse : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Dans cette phrase, il y a trois temps. Le premier est celui de l’Ancien Testament : les hommes connaissent Dieu mais ne connaissent pas son Fils – que seul le Père connaît. Il demeure caché, voilé. Le deuxième temps est celui de Jésus : c’est lui qui connaît et révèle le Père. Nul ne connaît le Père sinon son Fils. Jésus est le dévoilement du Mystère de Dieu Père. Le troisième temps est celui de l’Esprit Saint et aussi le nôtre, celui de l’homme : la connaissance du Père et du Fils, du mystère de Dieu Trinité, est révélée à l’homme par l’Esprit de Dieu. Ainsi, ce qui est caché aux sages et aux savants, c’est le mystère de la Sainte Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit Saint.
Jésus explique aussi comment ce Mystère est dévoilé et à qui. Nous avons vu que ce dévoilement se fait au cours de l’histoire sainte, en trois temps. Mais ce sont aussi trois étapes spirituelles qui peuvent être parcourues par tout homme, y compris les hommes de l’Ancien Testament. Ces hommes bénis sont les prophètes qui accèdent à la vision du mystère de Dieu. Ainsi sont les « tout-petits ». L’expression employée par Matthieu renvoie en araméen aux enfants prophètes du temps de Nabucodonosor : Daniel, Ananias, Azarias et Misaël : « À ces quatre jeunes gens, Dieu accorda science et habileté en matière d’écriture et de sagesse. Daniel, en outre, savait interpréter les visions et les songes. » Dans la traduction grecque, l’expression « tout-petits » renvoie aussi au Psaume 8 : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte. » Nous comprenons que l’accès au Mystère de Dieu est donné, selon la volonté du Père et du Fils, par l’Esprit Saint, à ceux qui sont innocents et humbles et qui sont élevés par sa grâce à la connaissance prophétique. Il ne s’agit pas d’une sagesse humaine, mais d’une sagesse divine qui peut être donnée même (et d’abord) à des enfants : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » a dit aussi Jésus.
Alors Jésus s’incline devant la volonté du Père : « Tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » Il s’agit d’une expression de profonde révérence et gratitude lorsqu’on reçoit un décret du roi : « qu’il soit fait selon ta volonté. » ; « qu’il me soit fait selon ta parole » avait dit la Vierge Marie à l’Ange.
 
La seconde leçon n’est pas moins précieuse que la première. Il s’agit d’une sorte de paraphrase et d’explication d’un passage du livre de Ben Sira le Sage : « Approchez-vous de moi, vous qui n’avez pas d’instruction, prenez place dans mon école. Pourquoi dire que vous manquez de sagesse, pourquoi vos âmes ont-elles si grande soif ? J’ouvre la bouche et déclare : « Faites-en l’acquisition sans rien payer ; placez votre cou sous le joug, et recevez l’instruction. » On la trouve tout près de soi. Constatez-le de vos yeux : en prenant peu de peine, j’ai trouvé beaucoup de repos. »
Ben Sira le Sage parle de la Sagesse, qui pour lui est la Torah, la Loi du Seigneur. Mais Jésus s’y substitue : il est lui-même la Sagesse. La Torah est comparée à un joug ; nous l’interprétons comme un esclavage, mais c’est un contresens : pour les rabbins et pour Ben Sira le Sage, le joug est porté à deux : Dieu et l’homme tirent en même temps la charrue. Porter le joug, c’est partager avec Dieu le travail de l’instruction, de la découverte de la Sagesse. Ainsi, porter le joug de Jésus, c’est partager avec lui l’effort de sa vie. Quand il dit « mon joug est facile à porter », il faut comprendre en araméen que son joug est « agréable, suave et parfumé » ; et en grec il est « bienfaisant et bien adapté ». Le joug de Jésus, c’est l’Esprit Saint. C’est pourquoi il est si léger.
Et qu’apprend-on en portant le joug de Jésus ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » On pourrait traduire aussi « que je suis clément, miséricordieux, en mon cœur. » Le cœur de Jésus, c’est aussi la volonté de son Père, la volonté de Dieu. Ce passage est le seul dans l’évangile à évoquer le cœur de Jésus : voyez comme il est précieux ! C’est un cœur doux, clément, miséricordieux.
Et c’est pourquoi Jésus dit : « vous trouverez le repos pour votre âme. » Le repos, pour un Juif, c’est le Shabbat, quand Dieu se repose de son travail des six jours de la création. C’est un repos béni, tout baigné de lumière, de connaissance de Dieu, d’amour et de paix. Jésus nous dit donc que pour accéder à son repos, il faut se mettre sous son joug, le joug de l’Esprit Saint, à l’école de son cœur miséricordieux, tel qu’il s’est manifesté aux hommes dans son Incarnation où il a donné sa vie pour le pardon de leurs péchés. Alors tout homme blessé, errant dans les ténèbres depuis Adam, celui qui descendait de Jérusalem à Jéricho, le fils prodigue, l’aveugle-né, le paralytique ou le lépreux, retrouvera enfin le repos, la paix, la joie et la lumière dans la communion de Dieu.
 
Tel est donc l’enseignement de Jésus : par l’Esprit Saint, le connaître dans son humble et miséricordieuse humanité ; c’est aussi connaître son Père, et c’est entrer dans le repos de Dieu, la joie des bienheureux, avec tous les saints et les prophètes, les « tout-petits » !

dimanche 28 juin 2026

28 avril 2026 - GRAY - 13ème dimanche TO - Année A

 2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42
 
Chers frères et sœurs,
 
Par l’enseignement que nous venons d’entendre, Jésus clôt l’ensemble des instructions qu’il a voulu donner à ses disciples au sujet de leur mission d’annonce du Règne de Dieu. Cet enseignement comporte deux points.
 
Le premier concerne la radicalité de vie qu’il attend de ses apôtres. Il s’agit qu’ils le choisissent prioritairement à toute personne proche, au prix d’humiliations et de persécutions éventuelles, ceci jusqu’au don de leur propre vie. Cette radicalité ne peut être exigée que par Dieu lui-même.
De fait, en plaçant l’amour de lui-même au-dessus de l’amour des parents, Jésus se positionne comme Dieu. Dans la Loi de Moïse, le premier commandement est celui de l’amour de Dieu « de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit » ; le commandement « tu honoreras ton père et ta mère » n’arrive qu’en quatrième position.
Nous trouvons une bonne illustration de cette priorité dans l’appel du prophète Élisée par le prophète Élie. Avant de partir à sa suite, Élisée voulut d’abord aller embrasser son père et sa mère, mais Élie lui a répondu vertement : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Dès lors, Élisée s’est immédiatement débarrassé de ses biens et, après avoir offert un bon repas aux gens – on ne sait pas si ses parents en ont fait partie – il s’est mis à la suite d’Élie. C’est une condition du prophétisme hébreu que de tout quitter pour se mettre au service du Seigneur.
Jésus ne cache pas que ce service implique – comme pour tout prophète qui se respecte – des contradictions et des persécutions. Jésus lui-même n’échappe pas à la règle, qui devra subir la violence de sa Passion. Mais la condition de possibilité de ces arrachements et de cette patience dans l’épreuve est le don intégral de soi à Dieu : « Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » Ce que nous traduisons par « vie » se dit en hébreu nephesh qu’on traduit aussi par « âme ». Jésus désigne ici l’intime et l’intégralité de la personne. Il s’agit de tout donner et soi-même au Seigneur.
Nous pouvons nous souvenir ici des deux derniers dons que Jésus a fait alors qu’il était en croix : il a donné la personne la plus précieuse à ses yeux à son disciple Jean : sa mère : « Voici ta mère » ; puis il a donné sa propre vie à son Père : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Jésus ne nous demande rien qu’il n’ait d’abord lui-même mis en pratique.
 
Après avoir mis sur la table la radicalité qu’il attend de ses apôtres, sachant que cela ne concerne qu’un petit nombre, Jésus se tourne ensuite vers la majeure partie de ses autres disciples. C’est le second point. Jésus demande aux disciples d’offrir l’hospitalité aux apôtres, car qui accueille un apôtre accueille Jésus lui-même et Celui qui l’a envoyé, c’est-à-dire le Père. Les mentions du « prophète » et du « juste » sont propres à l’évangile de Matthieu, elles concernent les missionnaires de l’Évangile aux premiers temps de l’Église. C’est une extension du devoir d’hospitalité exigé pour l’accueil des Apôtres.
Jésus insiste sur le fait que les Apôtres n’ont pas la qualité ni l’apparence de personnes savantes ou nobles : ce sont des « petits ». Certains groupes chrétiens, aux premiers temps de l’Église, étaient justement qualifiés avec mépris en hébreu de minim, c’est-à-dire de « petits ». Il s’agit donc de les accueillir et de leur offrir au moins le minimum : un verre d’eau fraîche. Mais vous aurez bien compris, chers frères et sœurs, qu’à une personne qui traverse l’épreuve du désert, l’eau fraîche a le goût et le prix de la vie. C’est une manière de parler aussi de l’Esprit Saint.
Par conséquent, aux Apôtres qui quittent tout pour suivre Jésus, Jésus promet l’accueil et le réconfort, le soutien de tous les autres disciples, de toute l’Église. Et à ces disciples qui eux n’ont pas tout quitté pour suivre Jésus, il leur promet « une récompense de prophète », « une récompense de juste », pour tout verre d’eau fraîche offert à l’un de ses envoyés, qui lui ressemble, lui qui est envoyé par le Père. En fait, Apôtres et disciples sont inséparables : ils ont besoin les uns des autres et la récompense des uns est aussi celle des autres, c’est la même : l’Esprit de vie éternelle.
Nous voyons ceci parfaitement illustré dans la rencontre entre le prophète Élisée et la riche sunamite. Celle-ci reçoit Élisée en tant que prophète du Seigneur et lui offre le refuge dans sa maison. En raison de cela Élisée lui obtient auprès du Seigneur le don magnifique de la vie en elle : un enfant.
 
Quand on voit ce qui est arrivé à Élisée, l’appel radical reçu d’Élie et l’accueil chaleureux offert par la sunamite, on peut se dire que Jésus n’a rien inventé dans son enseignement aux disciples. De fait, le Dieu des Juifs et le Dieu des chrétiens est le même. Il n’a pas changé. La différence peut-être est que le prophète chrétien sait qu’il porte en lui-même le Christ Jésus, qui se rend là où son apôtre se rend. L’honneur reçu est d’autant plus exigeant à porter, l’humilité requise l’est d’autant plus : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Mais il sait pouvoir compter sur le soutien des amis de Dieu.

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