dimanche 12 avril 2026

12 avril 2026 - GRAY - 2ème dimanche de Pâques et de la Divine Miséricorde

 Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
 
Chers frères et sœurs,
 
Les lectures de ce dimanche nous donnent à voir les fondements et caractéristiques essentielles de l’Église. Dans l’Évangile d’abord, nous retrouvons les Apôtres enfermés au Cénacle par peur des Juifs. Ils craignent une persécution violente. Mais ils sont également meurtris : n’ont-ils pas abandonné Jésus durant sa Passion ? Comment peuvent-ils soutenir le regard de Marie, elle qui est restée jusqu’au bout, au pied de la croix ? En fait, la situation des Apôtres est celle de tout homme pécheur, confronté à sa misère personnelle et confronté à la mort. La première Église est donc composée d’hommes et de femmes, comme tous les autres. Ni pires, ni meilleurs.
 
Tout à coup, Jésus « vint au milieu d’eux ». Trois observations : nous sommes dit saint Jean « le premier jour de la semaine » ; il évoque en réalité le « jour un » qui est le premier jour de la création. La résurrection de Jésus est une nouvelle création. Ensuite, Jésus n’a aucun geste ni parole de condamnation à l’égard de ses disciples. Au contraire, de même qu’il a prié en croix « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », il dit maintenant : « La paix soit avec vous » qu’on peut comprendre : « Le pardon soit avec vous. » Enfin, Jésus se manifeste dans un corps glorieux – il peut apparaître en tous lieux – mais qui conserve son aspect physique – ses blessures sont apparentes et nous savons qu’il peut manger du poisson. Devant ce phénomène, contemplant le corps de Jésus marqué par les stigmates de la Passion, les disciples le reconnaissent et sont remplis de joie.
Ainsi l’Église, dans son ADN, est-elle cette communauté d’hommes pécheurs reconnaissant Jésus vivant, glorieux et physiquement présent, authentifié par les marques de sa Passion ; Jésus vivant qui ne condamne pas mais annonce la paix de Dieu. L’Église est cette communauté nouvelle apparue au premier jour d’une nouvelle création à la fois humaine et divine. De même qu’Adam fut modelé puis animé par le souffle de Dieu, de même l’Église est-elle modelée par la reconnaissance de Jésus crucifié et vivant et par le pardon reçu de lui, puis animée par le souffle de Dieu, l’Esprit Saint. Adam avait reçu la vocation d’être fécond et de se multiplier sur la terre ; l’Église a la vocation de se développer et de porter le témoignage de la Bonne nouvelle jusqu’au bout du monde, dans l’espace et dans le temps. Telle est donc la nature fondamentale de l’Église, qui rappelons-le, est une communauté joyeuse !
 
Mais voilà que Thomas n’était pas là. Thomas nous rend bien service, parce qu’il réagit comme nous, comme tout homme qui reçoit l’annonce de la Bonne nouvelle : d’abord il n’y croit pas. Thomas veut un témoignage sensible : il ne veut pas seulement entendre ; il veut voir et toucher. Jésus va satisfaire sa demande tout en l’appelant à la foi. Il en va de même pour nous : les sacrements de l’Église renvoient à des réalités visibles et matérielles, à considérer dans la foi : l’eau, l’huile, le pain, le vin, et… l’évêque – ou le prêtre qui en dérive – configurés à Jésus. On comprend donc que chaque eucharistie du dimanche est aussi le « jour un » de la Création qui régénère sans cesse l’Église. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’entrée du prêtre en procession dans l’Église pour y célébrer l’eucharistie est aussi réelle et miraculeuse, humaine et divine, que l’apparition de Jésus au Cénacle pour y donner son Corps glorieux à voir et à toucher. L’Église et sa liturgie n’ont pas d’autre raison d’être que de manifester les réalités célestes et d’appeler à y participer jusqu’à la communion parfaite.
Nous comprenons donc pourquoi, dans les Actes des Apôtres, saint Luc nous dit que « les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». L’enseignement des Apôtres, c’est le témoignage sur la vie, la Passion et la Résurrection de Jésus ; la communion fraternelle, c’est la communauté fondée sur le pardon et la paix de Dieu ; la fraction du pain, la messe, c’est la vision et la communion au Corps et au Sang de Jésus vivant, la réception de son Esprit de vie ; et les prières, ce sont en même temps la veille dans l’attente de la venue de Jésus, l’offrande de soi et de toute sa vie et l’exercice de la charité à l’égard du prochain. On voit comment, comme une plante l’Église se développe et prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui depuis l’apparition de Jésus au Cénacle, en passant par l’expérience de Thomas et la vie de la première communauté.
 
Il y a deux choses que nous ne pratiquons pas aujourd’hui, semble-t-il : la mise en commun des biens et la fréquentation du Temple de Jérusalem. Le partage des biens était pratiqué dans l’imminence de la venue de Jésus : il est le signe de sa venue toute proche. Aujourd’hui, il est pratiqué dans les monastères qui maintiennent le témoignage des origines. De manière plus lointaine, la quête à la messe et le Denier du Culte appartiennent au geste du partage des biens. Le Temple de Jérusalem a été détruit en 70 par les Romains. Relevons que sa fréquentation ne posait aucun problème aux Apôtres, aux premiers chrétiens et même à saint Paul. Mais il se trouve que Jésus, lorsqu’il a instauré l’eucharistie le Jeudi Saint, a également élevé le lieu du Cénacle à la dignité du Temple, ce qui fait qu’aujourd’hui tout lieu où les chrétiens sont réunis au nom de Jésus peut également être élevé à cette dignité, particulièrement les églises. Les Apôtres et les premiers chrétiens fréquentaient « assidûment » le Temple. Il était comme un poumon de prière : matin, midi, soir on y entendait la lecture des Écritures et le chant des psaumes. Ainsi sont les églises monastiques ; telles devraient être nos églises paroissiales, basiliques et cathédrales…
 
Que le Seigneur ne cesse de souffler son Esprit Saint sur son Église, afin qu’elle demeure aujourd’hui comme hier la communauté humaine et divine, signe du Royaume des cieux et témoin joyeux de la résurrection de Jésus Christ, jusqu’à ce qu’il vienne.

mardi 7 avril 2026

05 avril 2026 - CHAMPLITTE - Saint Jour de Pâques - Année A

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Seq. ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
Le texte de l’évangile que nous lisons à la messe est une traduction en français du texte grec officiel. Mais il existe également une autre version très ancienne en araméen – la langue de Jésus et des Apôtres. Il y a des chances pour que cette seconde version puisse nous apprendre beaucoup de choses.
 
Ainsi, dans l’évangile d’aujourd’hui, j’ai appris que, lorsque nous lisons en français : « Le premier jour de la semaine », l’araméen nous donne : « Le jour un de la semaine. » Cette manière de parler n’est pas simpliste, mais elle renvoie directement au premier jour de la création, dans le livre de la Genèse : le « jour un », est celui – vous le savez bien – de la création de la lumière que Dieu sépara des ténèbres.
Ainsi, le jour de la résurrection de Jésus est-il celui d’une nouvelle création à laquelle l’humanité à vocation à participer : il s’agit de la lumière d’une vie nouvelle séparée des ténèbres de la mort.
 
Un peu plus loin, nous lisons en français que, Jean étant arrivé le premier au tombeau, « en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ». La version araméenne nous dit : « Et il observa ; il vit les tissus de lin qui étaient mis là. » Le verbe « observer » qui a été utilisé se retrouve un peu plus loin, quand Marie-Madeleine pleure assise au bord du tombeau : « elle observait le tombeau » Or, ce même verbe est employé dans le Cantique des Cantiques pour signifier le regard amoureux du bien-aimée et de la bien-aimée.
Ainsi, que ce soit Jean – dont nous savons qu’il est le disciple bien-aimé de Jésus – ou que ce soit Marie-Madeleine, dont nul ne doute de l’affection pour Jésus, tous entretiennent avec lui une relation qui passe davantage par le cœur que par le cerveau. C’est une leçon pour nous : si nous voulons connaître Jésus vivant, il nous faut d’abord apprendre à l’aimer. Alors lui-même se révélera bientôt à nous, comme il le fera juste après pour Marie-Madeleine, et pour Saint Jean avec les autres Apôtres, au Cénacle.
 
Un peu plus loin, notre évangile dit que Pierre « s’aperçoit que les linges sont posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus ». Dans l’araméen, le terme qui a été traduit en français par « suaire » est le même que celui qui désigne le voile dont Moïse se couvrait la face après s’être entretenu avec le Seigneur tant au Mont Horeb que dans la Tente de la Rencontre. Il cachait son visage car il devenait rayonnant – comme à la Transfiguration. Il était éblouissant. Cela est raconté au Livre de l’Exode.
Ainsi nous apprenons que pour les chrétiens les plus proches de la réalité historique, les chrétiens de langue araméenne, ce suaire était marqué par le visage rayonnant de Jésus. Lorsqu’on connaît les caractéristiques d’exposition de l’image du Saint-Suaire de Turin et du Voile d’Oviedo, on est d’autant plus invité à observer ce mystère avec le cœur. Et pourquoi pas avec l’intelligence également.
 
Je pourrai continuer à faire des comparaisons entre nos deux versions de l’Évangile. Mais ces trois exemples suffisent pour ce que je veux dire maintenant. La foi chrétienne est fondée d’une part sur les Écritures – l’Ancien Testament – ici la Genèse, le Cantique des Cantiques et l’Exode, et d’autre part sur la réalité historique. L’Évangile de Jean n’est pas un roman, ni une fiction, ni une légende, mais un témoignage qui se veut véridique, pour que nous qui sommes éloignés dans l’espace et le temps, nous puissions croire à notre tour en Jésus ressuscité. Et bien sûr, la foi chrétienne est un don de Dieu, qui nous transperce le cœur et l’intelligence quand Jésus vivant se fait connaître à nous et que nous comprenons que l’Écriture et l’Évangile disent vrai.
 
Évidemment, si la résurrection de Jésus est une réalité, qui a même une dimension physique – et c’est bien le cœur de notre foi chrétienne – alors notre perception de l’univers et de nous-mêmes change radicalement. Et nous comprenons, et nous savons, que tous les sacrements sont des actes réels de Jésus vivant aujourd’hui. Le baptême fait vraiment entrer dans sa vie nouvelle ; la confirmation est vraiment une purification et une consécration qui nous permettent d’accéder à Dieu, et l’eucharistie est vraiment une communion au Corps et au Sang de Jésus, c’est-à-dire à la vie divine. Tel est le cadeau inestimable que les parents de Lise veulent lui offrir aujourd’hui : bénis soient-ils !

dimanche 5 avril 2026

04 avril 2026 - GY - Vigile Pascale - Année A

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;  Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps 18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
 
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
 
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus. La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
 
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles. C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse de Dieu. Et nous en faisons partie.
 
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du monde.

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