jeudi 14 mai 2026

14 mai 2026 - MEMBREY - Ascension du Seigneur - Année A

 Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20
 
Chers frères et sœurs,
 
L’Ascension de Jésus au ciel est toujours un événement un peu mystérieux pour nous. Est-ce donc que Jésus s’est élevé comme un lama tibétain dans Tintin ? Ou bien est-ce pour les évangélistes une manière un peu ésotérique de parler ? Je répondrai tout simplement : l’un n’empêche pas l’autre.
 
D’un point de vue factuel, depuis sa résurrection et jusqu’à sa dernière apparition au 40ème jour, Jésus a forcément disparu autant de fois qu’il est apparu. Ainsi en a-t-il été pour les disciples d’Emmaüs : « ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » L’Ascension est donc la dernière disparition, à propos de laquelle les disciples savent que Jésus se trouve désormais à la droite du Père, dans les cieux. Jésus disparaît et « s’élève donc dans les cieux ». 
Pour autant, nous sommes étonnés de cette faculté corporelle de Jésus d’apparaître et de disparaître, pourquoi pas dans un mouvement de lévitation. Mais nous devons être bien conscients que Jésus apparaît dans son corps ressuscité, qui bénéficie de facultés physiques nouvelles et pour nous inhabituelles. Souvenons-nous que Jésus peut se rendre présent dans des pièces fermées, tout en y mangeant du poisson ; il apparaît tout en n’étant pas reconnaissable, sauf à certaines caractéristiques – peut-être sa voix, ses gestes ou d’autres signes évidents pour ceux qui l’ont connu avant sa Passion.
Je plaide donc pour le réalisme des apparitions et des disparitions, et donc de l’Ascension de Jésus au ciel.
 
Pour autant, la compréhension de cet événement peut et doit se faire à la lumière des Écritures. C’est ainsi que Jésus a ouvert les yeux des disciples d’Emmaüs : à la lumière des Écritures.
Or il est fondamental de comprendre que le quarantième jour évoqué par saint Luc dans les Actes des Apôtres n’est pas un jour quelconque. Selon la Loi de Moïse, un garçon premier-né doit être circoncis au huitième jour et un sacrifice pour la purification de sa mère doit être offert au quarantième jour. Jésus étant considéré comme le « premier-né d’entre les morts », la Loi s’applique donc aussi dans ce cas. Le jour de l’Ascension de Jésus doit être compris à la lumière de l’offrande qui doit être faite au Temple le quarantième jour.
 
De quelle offrande s’agit-il alors le jour de l’Ascension ? Par quel prêtre, et pour quel bénéfice ?
L’offrande d’abord. Jésus, dans son ascension au ciel présente à son Père son propre corps : l’offrande n’est pas celle « d’un couple de tourterelles ou deux petites colombes » mais celle de son humanité transfigurée par la résurrection. Quand Jésus monte au ciel dans son corps, il présente son et notre humanité commune à son Père : en Jésus le fils prodigue est de retour à la maison.
Le prêtre qui présente cette offrande est Jésus lui-même.
Et le bénéfice, c’est-à-dire le résultat de l’acceptation par le Père de l’offrande de Jésus et de son corps ? C’est la sanctification de la mère qui l’a mis au monde, de l’humanité maternelle de Jésus. Nous vérifions cette sanctification le jour de la Pentecôte, quand la bénédiction de Dieu est répandue sur l’Église mère de tous les nouveau-nés du baptême, quand elle est sanctifiée et vivifiée par l’Esprit. Lorsque nous regardons les icônes qui représentent ce mystère de la Pentecôte, nous y voyons Marie en bonne place au milieu des Apôtres, au centre, car c’est elle en tant que Mère de l’Église qui est d’abord concernée.
Comprenons que l’Église – et nous en elle – n’aurait jamais reçu l’Esprit Saint, bénédiction reçue du Père, si Jésus ne lui avait pas préalablement fait l’offrande de son Corps à l’Ascension. Les deux, Ascension et Pentecôte, vont ensemble, comme un château de cartes.
 
Nous avons là la raison pour laquelle Jésus, tout en quittant ses disciples et s’élevant auprès du Père, leur demande d’évangéliser le monde entier. Car en s’élevant il acquiert pour eux auprès du Père la force de l’Esprit pour évangéliser. Soyons conscients que Jésus ne cesse jamais d’intercéder pour nous ; qu’il ne cesse jamais d’offrir son Corps d’humanité à son Père ; et que jamais le Père ne cesse de répandre l’Esprit Saint sur l’Église, afin qu’elle ne cesse jamais d’évangéliser. Jusqu’à la fin du monde.
 
Enfin, pour terminer, observons dans la prière eucharistique que le geste d’offrande du Corps et du Sang de Jésus fait par le prêtre, dans lequel s’inscrit la prière du Notre Père, trouve son accomplissement dans la communion de l’assemblée et son envoi pour évangéliser. Le geste d’ascension de l’offrande trouve son accomplissement dans le don du Pain de vie qui vient du Ciel, don par lequel nous sommes remplis individuellement et collectivement de la puissance de l’Esprit Saint. La communion, c’est la Pentecôte.

dimanche 10 mai 2026

10 mai 2026 - GRAY - 6ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65 ; 1P 3,15-18 ; Jn 14,15-21
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque Jésus donne à ses apôtres l’enseignement que nous venons d’entendre, il est en train de célébrer la Cène, le repas de la Pâque, tout en les préparant à son départ. Il leur annonce le don de l’Esprit Saint, qui sera pour eux un Défenseur, pourvu qu’ils gardent ses commandements. La présence en eux de ce Défenseur leur permettra de voir Jésus vivant et d’être en communion avec lui.
Évidemment, au moment même où Jésus leur annonce cela, les Apôtres ne comprennent pas. Ils ne pourront comprendre qu’à la résurrection de Jésus, quand il soufflera sur eux, où à la Pentecôte quand l’Esprit sera répandu sur toute l’Église. C’est la raison pour laquelle nous lisons ce passage de l’évangile après la résurrection de Jésus et dans l’attente du don de l’Esprit Saint, à la Pentecôte.
 
Ceci dit, les paroles de Jésus demeurent quelque peu énigmatiques. Certes, quand Jésus dit qu’en gardant ses commandements ses disciples acquerront un nouveau Défenseur, nous savons qu’il s’agit de nous aimer les uns les autres, de donner notre vie pour ceux qu’on aime, de pardonner à ceux qui nous ont offensés, d’offrir le Corps et le Sang de Jésus et d’y communier comme il nous a dit de le faire. De fait, nul ne peut faire cela s’il n’a pas l’Esprit de Jésus en lui.
Mais la question qui se pose alors est celle d’un signe de la présence réelle de Jésus, et de son Esprit Saint, comme garants en quelque sorte de la fidélité de Jésus après son départ jusqu’à ce qu’il vienne.
Jésus dit en effet : « Je ne vous laisserai pas orphelins… vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » De quoi parle-t-il concrètement ? Il précise : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous » ; et plus loin : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père, moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Il est donc question de communion et de vision, comme signe que Jésus est toujours présent et fidèle à ses disciples.
 
Il se trouve que ce problème de la présence de Dieu à son peuple a déjà été soulevé au moment de l’Exode. Voici le dialogue entre Dieu et Moïse à ce sujet, au chapitre 33 : Moïse dit : « À quoi donc reconnaître que moi j’ai trouvé grâce à tes yeux – et ton peuple également ? N’est-ce pas au fait que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons différents de tous les peuples de la terre. Le Seigneur dit à Moïse : « Même ce que tu viens de dire, je le ferai, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. » Moïse dit : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » Le Seigneur dit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : le seigneur. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. »
Moïse s’inquiète de la présence et de la fidélité de Dieu, et Dieu lui répond qu’il le connaît par son nom, qu’il est en communion avec lui, et qu’il va se manifester à lui, dans sa tendresse. Vient ensuite la manifestation de Dieu au mont Horeb.
 
Il est intéressant de savoir qu’à l’époque de Jésus, le peuple de Dieu s’inquiétait toujours de la présence et de la fidélité de Dieu à son égard. Pour garantir cette promesse, il y avait au Temple, tous les sabbats, et particulièrement aux grandes fêtes de Pâques, Pentecôte et des Tentes, l’ostension au peuple des douze pains de la présence qui étaient posés sur la table d’or qui se trouvait dans le sanctuaire du Temple. L’ostension de ces pains, où il était proclamé : « Voici l’amour de Dieu pour vous ! », était la preuve pour ainsi dire matérielle de la Présence de Dieu dans le Temple, c’est-à-dire de sa présence actuelle et de sa fidélité au peuple d’Israël.
Hé bien, voyez-vous, chers frères et sœurs, quand le prêtre présente Jésus-Hostie à l’assemblée en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ; voici celui qui enlève les péchés du monde », il fait exactement la même chose. Il est remarquable alors que la présence et la fidélité de Jésus sont assurées et données dans son Corps, sous la forme du pain de la Présence réelle ; que c’est un pain de communion et qu’il nous est rendu physiquement visible.
 
Cependant, ce pain de la Présence réelle, ce pain de communion, ne s’achète pas au supermarché. Le don de l’Esprit Saint est nécessaire, non seulement pour que par le prêtre et sa prière le pain et le vin deviennent Corps et Sang de Jésus et soient offerts au Père, mais aussi pour que l’assemblée des baptisés réunie au nom de Jésus confesse sa foi en disant « Amen ! » C’est dans l’Esprit que toute l’Église peut reconnaître Jésus présent et fidèle dans son Corps sous la forme du pain de la Présence réelle, pain de communion pour chaque jour.
Et pour finir, nous comprenons pourquoi Pierre et Jean imposent les mains aux Samaritains qui ont été baptisés mais n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint. Il leur fallait des prêtres, pour communier, pour voir et avoir le Seigneur Jésus présent et fidèle tous les jours, avec eux. 

dimanche 3 mai 2026

03 mai 2026 - DAMPIERRE - 5ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 6, 1-7 ; Ps 33 ; 1P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons vocation à entrer dans la communion de Dieu, dans le Royaume des cieux. Bien évidemment, pour nous, humains, c’est une réalité qui nous est difficile à comprendre. C’est la raison pour laquelle, quand Jésus enseigne cela à ses disciples, il prend une image. Il dit : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. »
 
Dans cette petite phrase, Jésus nous apprend plusieurs choses. La première est que la communion de Dieu est comparable à une maison, ou plus exactement pour Jésus et ses disciples, à un temple. Justement, le Temple est vraiment le lieu de l’assemblée du peuple de Dieu et le lieu où réside la Présence de Dieu. C’est aussi le lieu où l’assemblée présente ses offrandes et le lieu où Dieu donne sa bénédiction. On voit que la communion de Dieu est un lieu où avec lui se trouvent tous les saints, dans un échange perpétuel de marques d’affection mutuelle. C’est un lieu d’amour, un lieu vivant.
Jésus dit que dans ce Temple de Dieu, il y a « de nombreuses demeures ». Cela veut dire que si dans le Temple se trouve l’assemblée des saints, il ne s’agit pas d’une assemblée uniforme – où tout le monde est pareil, comme des Playmobils. Chacun a sa « demeure ». C’est-à-dire que chacun est dans le Temple selon sa vocation, selon ses dons particuliers, selon sa personnalité, selon sa vertu aussi. Nous avons chacun des noms différents, il y a au Ciel, dans la communion de Dieu, pour chacun une place différente – où nous sommes bien. Chacun sera intensément heureux d’être enfin et pour toujours à sa place, une place unique, une place merveilleuse. Et en même temps, c’est une place qui est en harmonie avec l’ensemble, comme un instrument dans un orchestre.
« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. » Nous comprenons : dans la communion de Dieu, communion d’amour et de vie, chacun a sa place, selon sa vocation, pour son bien et celui de tous.
 
Maintenant, retournons la chaussette. Jésus a pris l’image du Temple pour nous faire comprendre la Communion de Dieu. Oui ? Alors cela veut dire que le Temple est l’image de la Communion de Dieu. Quand nous regardons une église en pierre, nous devons nous dire : « c’est une image de la Communion de Dieu. » Dans cette église, il y a une assemblée – nous aujourd’hui. Nous sommes l’image de l’assemblée du peuple de Dieu qui est dans la Communion de Dieu. Nous voyons bien que nous ne sommes pas les uns sur les autres, tous identiques, comme des Playmobils. Nous sommes différents : le prêtre, la chorale, l’organiste, des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes… tous différents mais tous ensemble. Chacun à notre place nous sommes chacun dans notre « demeure », dans la Communion de Dieu. L’Église, chers frères et sœurs, est l’image du Ciel sur la terre. C’est la raison pour laquelle il y a pleins de symboles et de rites : parce que la vie du Ciel est bien différente de la vie de la terre.
 
Donc Jésus dit qu’il nous « prépare une place » dans la Maison de son Père, et : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas est bien embêté, car il ne sait pas quel est ce chemin. Et Jésus répond : « Moi, Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Dimanche dernier Jésus avait déjà appris à ses disciples qu’il était la « porte des brebis ». En fait, Jésus est la porte qui fait entrer dans le Temple de Dieu, dans le Ciel. Cette porte c’est : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Souvenez-vous, il a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez vous les uns les autres » et « Ceci est mon corps, livré pour vous. Vous ferez cela en mémoire de moi. » Ce ne sont pas simplement des mots : nous savons que Jésus lui-même les a mis en pratique en donnant sa vie pour nous sur la croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » ; « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Si nous voulons entrer dans la communion de Dieu, nous devons mettre en pratique comme lui les commandements qu’il nous a donnés. C’est un combat de tous les jours, jusqu’à notre dernier souffle.
 
Vous le savez bien, nombreuses sont les occasions de nous décourager, de nous rebeller ou d’avoir peur. Mais contre ces sentiments, Jésus qui a dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », nous apprends encore une dernière chose : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Cette fois-ci, c’est Philippe qui ne comprend pas. Voir le Père est comme l’objectif à atteindre. Si nous voyons le Père, c’est que nous sommes dans sa Communion. C’est la raison pour laquelle Philippe dit : « Montre-nous le Père, cela nous suffit. » Mais Jésus va plus loin. Une chose est de voir le Père de ses yeux – et de rester extérieur à lui. Autre chose est de « connaître » le Père – et d’être en communion intérieure avec lui. Jésus ne veux pas que nous en restions à voir – comme des étrangers s’observent l’un l’autre – mais il veut que nous entrions en communion : être en communion c’est se « connaître ». Jésus dit qu’il connaît le Père et que le Père le connaît : ils sont en communion l’un avec l’autre. Ce que pense l’un, l’autre le pense ; ce qu’il fait, l’autre le fait. C’est pourquoi Jésus dit : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. » Ce que fait Jésus, c’est ce que le Père fait à travers lui. Jésus rend visible le Père qui est invisible. Si on a compris cela et si on a foi en Jésus, alors on peut aussi comprendre que si on est en communion avec lui, alors il pense et il agit en nous, et les œuvres qu’il fait, nous les faisons en son nom : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. » Quand les chrétiens agissent au nom du Christ, conformément à ses commandements, en communion avec lui, alors ce n’est plus eux qui agissent, c’est Jésus lui-même qui agit en eux. Il n’y a ni temps ni espace, ni mort dans la communion de Dieu, il n’y a que de l’amour, que de la vie éternelle. Ce remède au désespoir ou à la peur a un nom : c’est l’Esprit Saint. 

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