samedi 21 février 2026

18 février 2026 - CHANCEY - Mercredi des Cendres - Année A

 Jl 2, 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5, 20 - 6, 2 ; Mt 6,1-6.16-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Le Seigneur a besoin de nous pour nous sauver. Il a besoin que nous coopérions à sa grâce pour bénéficier de plus de grâce encore, jusqu’au bonheur suprême : la communion d’amour dans la vie éternelle. Avez-vous observé, dans les textes que nous avons entendus, les deux mouvements qui les animent ?
 
Le premier mouvement est particulièrement bien exposé dans le psaume : « renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit » ; « ne me reprends pas ton esprit saint » ; « Rends-moi la joie d'être sauvé ». Ici, le priant se souvient de la grâce dont il bénéficiait avant son péché. Il fait mémoire des jours heureux où l’Esprit Saint habitait dans son cœur. De même, le prophète Joël se plaint des insultes des païens : « Où donc est leur Dieu ? », parce qu’il éprouve aujourd’hui l’absence du Seigneur et la faiblesse du peuple en raison de son péché, alors qu’hier, Dieu était présent et protégeait son peuple, lui donnait la force nécessaire pour vivre.
Dans cette situation où le péché a tout détruit : absence de Dieu, de son Esprit Saint, perte de la force de vivre, soumission aux puissances étrangères, l’homme prie et fait pénitence. Pour deux raisons : la première est qu’en se souvenant des jours heureux il espère qu’il pourra les revoir un jour – il croit que le Seigneur peut faire cela pour lui ; et la seconde raison, c’est que l’Esprit Saint lui-même, de manière invisible et pour ainsi dire insensible, le pousse intérieurement à la prière et à la pénitence. Or le Seigneur a besoin, il attend, cette espérance de la réconciliation et cette foi inspirée par l’Esprit Saint, pour accorder sa miséricorde, son pardon – et avec lui la communion retrouvée. Souvenez-vous du fils prodigue : « Père, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils… » ; mais voilà que le père le couvre de baisers et le revêt du plus bel habit : « Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. »
 
Le second mouvement est évoqué par Jésus. Il n’est pas ici question de souvenir de jours heureux, de péché et de réconciliation, mais de « devenir des justes ». Bien entendu, « devenir juste » suppose qu’on ne l’est pas – qu’on est pécheur – et que l’on souhaite la réconciliation avec Dieu, la « justice de Dieu ». Mais on peut aussi comprendre que – pour des disciples de Jésus qui a priori n’ont pas besoin de réconciliation – il s’agit de « monter plus haut » en désirant devenir des saints. Ainsi Jésus, à ceux qui désirent « devenir des justes », promet-il une « récompense, pour vous, auprès de votre Père qui est aux cieux. » Comprenons que la récompense n’est pas un acquis parce qu’on est disciple de Jésus, mais qu’elle est le fruit d’une prière et d’une vie conformes à l’attente du Seigneur.
Jésus décrit cette prière et cette vie en termes d’aumône, de prière et de jeûne – dans le secret. En effet, l’homme pécheur qui espère une réconciliation n’est généralement pas très orgueilleux quand il mendie son pardon... En revanche, celui qui désire devenir juste risque fort de pécher par orgueil. Il obtiendrait ainsi l’inverse de ce qu’il souhaite : la chute plutôt que la gloire ! L’homme pécheur a cette force en lui qui est celle de l’humilité, laquelle risque fort de manquer à celui qui veut devenir juste.
Le remède à ce risque est donné par Jésus : l’aumône sans calcul ; la prière dans le secret ; le jeûne caché. L’aumône est un acte extérieur, qui engage nos moyens, nos richesses, petites ou grandes, à notre mesure. La prière est un acte intérieur qui engage notre âme, notre esprit et notre intelligence. Elle est mémoire des dons reçus de Dieu et espérance de ses promesses. Et le jeûne est un don de tout nous-mêmes : corps et âme. Sommes-nous prêts à tout donner – jusqu’à nous-mêmes, toute notre vie – au Seigneur notre Dieu ? Ce n’est pas si évident, à bien y réfléchir.
Cependant le Seigneur n’attend pas que nous fassions de grandes choses en matière d’aumône, de prière et de jeûne : qui serait assez fou d’orgueil pour prétendre acheter les dons de Dieu avec des moyens humains ? Mais le Seigneur voit les intentions du cœur. Le roi David a voulu construire un Temple pour le Seigneur ; le Seigneur lui a donné bien plus en récompense : une royauté éternelle. Sainte Thérèse de Lisieux enseignait la petite voie de Jésus, où un petit acte ordinaire fait avec amour, obtient de la part du Seigneur une réponse extraordinaire – pas tant pour soi que pour le monde pour lequel nous prions.
 
On mesure donc, chers frères et sœurs, combien le Seigneur a besoin de nous, que ce soit pour nous accorder son pardon si nous sommes pécheurs, ou que ce soit pour nous donner, et donner au monde, des grâces extraordinaires, la justice, si nous avons le désir d’une sainteté plus grande. Dans les deux cas, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint en nous qui nous pousse à monter vers la maison de notre Père qui est aux cieux, et nous fait ressembler à Jésus qui donne tout et sa vie même pour le salut du monde. Puissions-nous, durant ce temps de carême, être attentifs et réceptifs à l’action de l’Esprit Saint dans nos cœurs, pour mieux aimer Dieu et nos frères. 

dimanche 15 février 2026

15 février 2026 - SAINT-GAND - 6ème dimanche TO - Année A

 Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Paul oppose la sagesse de ceux qui dirigent ce monde à la sagesse du mystère de Dieu. Peut-on d’ailleurs encore parler de « sagesse » pour les dirigeants de ce monde, quand on en voit les résultats pratiques ? C’est catastrophique... Mais saint Paul nous rappelle que l’Évangile est la proclamation de la sagesse du mystère de Dieu et – dit-il – « c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. » L’Esprit Saint nous donne accès à la sagesse du mystère de Dieu. Et saint Paul assoie son affirmation sur une citation de l’Écriture, une citation du prophète Isaïe, pour nous rappeler également que l’Écriture – la Loi et les prophètes – sont empreinte et rayonnement de cette sagesse.
 
Dans l’Écriture, on trouvera par exemple le livre de Ben Sira le Sage, dont nous avons lu un extrait en première lecture. Celui-ci nous enseigne que pour trouver la sagesse cachée, il faut commencer par faire un choix : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » Cela signifie que la recherche et la connaissance de la sagesse de Dieu ne sont pas matière à option : c’est toute notre vie, à 100%, qui doit y être engagée. Pas de demi-mesure possible. Ben Sira le Sage parle comme Jésus : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » L’un et l’autre parlent bien de la même sagesse.
Cependant ce choix est une réponse à un appel préalable venant du Seigneur. L’appel se trouve déjà dans notre existence même : le simple fait que nous soyons nés, que nous existions. Nous avons été créés pour Dieu, pour vivre de sa sagesse, qui est notre vrai bonheur. Ensuite l’appel se trouve dans le témoignage d’Israël, dépositaire des Promesses, de la Loi de Moïse et des témoignages prophétiques. Tous ces signes de Dieu nous sont adressés à nous aussi. Plus encore, l’appel se trouve à la suite de la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ, dans notre baptême. Il est déjà participation, communion, à la gloire de Dieu, et avec ce baptême nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet d’en avoir connaissance. Enfin, il est réservé à chacun d’entre nous tel ou tel don de l’Esprit, qui est sa vocation particulière, où le Seigneur l’appelle au plus profond de son cœur. Ainsi donc, par ces appels plus ou moins personnels, plus ou moins profonds, le Seigneur nous attire et il attend notre réponse : « veux-tu, avec l’aide de l’Esprit Saint, marcher sur le chemin de ma sagesse, oui ou non ? »
 
Ben Sira le Sage qualifie de « ceux qui le craignent » - « ceux qui craignent le Seigneur », tous ceux qui répondent « oui » à l’appel du Seigneur. Il ne faut pas se tromper : la plupart du temps dans l’Écriture, la « crainte de Dieu » ne doit pas être comprise comme une « peur de Dieu », mais plutôt comme un esprit d’humilité et de gratitude à l’égard de Dieu qui nous a fait un don exceptionnel. Celui qui « craint Dieu », c’est celui qui a déjà eu connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu à son égard et qui veut lui rendre grâce. C’est aussi celui qui a entendu l’appel de Dieu au plus profond de lui-même, dans son cœur et son intelligence, et qui veut le connaître davantage. Celui qui « craint Dieu », dans l’Écriture, est déjà un sage : ses yeux sont ouverts et ses oreilles entendent.
 
Nous arrivons à l’Évangile, où nous retrouvons Jésus, assis sur la montagne entouré de ses disciples. Il n’est pas là pour leur donner un cours de morale, mais il leur dévoile la sagesse de Dieu. Autrement dit, pour comprendre, on ne peut pas, on ne doit pas se contenter d’une lecture superficielle : Jésus parle de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, ignorée par les dirigeants de ce monde.
En première lecture, cette sagesse de Dieu est particulièrement exigeante, comme Jésus le montre à propos des commandements sur le meurtre, l’adultère et les serments. D’ailleurs il le dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » À moins d’être spécialement soutenus par l’Esprit Saint, il nous semble impossible de répondre parfaitement à ces commandements. Jésus demande-t-il des choses inaccessibles ?

Comme je ne peux pas parler pendant 15 jours, je vais me limiter au passage qui concerne le commandement sur l’adultère. Lisons l’Évangile avec sagesse, c’est-à-dire pour commencer, en nous appuyant sur l’Écriture. On n’y trouve mention de convoitise, d’œil et de bras que dans le livre du prophète Zacharie. Il s’agit du mauvais berger qui ne se préoccupe pas des brebis blessées, égarées et épuisées, mais qui préfère dévorer « la chair des bêtes grasses », pour assouvir sa convoitise. Malheur à ce berger dit le Seigneur : « Que l’épée s’en prenne à son bras et à son œil droit ! » 
Jésus donc, dans son enseignement à ses disciples, dit en réalité deux choses. Premièrement, que le bon berger – qui est Dieu – n’exerce pas de convoitise sur ses brebis, mais il vient à leur secours. Son œil est juste et bienveillant ; sa main – qui est l’Esprit Saint – est une main de bénédiction. Et bien sûr, le bon Berger, c’est aussi Jésus lui-même. Et deuxièmement, cet enseignement vaut pour ses disciples appelés à être apôtres, à être des "bergers". Si par grâce, ils ont reçu la connaissance de la sagesse de Dieu, l’accès au mystère tenu caché, alors non seulement leur esprit doit en être illuminé mais aussi toute leur vie doit en rayonner, comme de bons bergers qui « craignent Dieu ».
 
Saint Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » Combien avait-il raison, car avec l’Esprit de Dieu, tout est possible.

dimanche 8 février 2026

08 février 2026 - CHAMPLITTE - 5ème dimanche TO - Année A

 Is 58, 7-10 ; Ps 111 ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16
 
Chers frères et sœurs,
 
Dimanche dernier nous avons entendu Jésus enseigner à ses disciples qu’ils seraient persécutés en raison de leur attachement à lui. Cependant en regard de ces épreuves, il leur enseigne aussi d’être pour les hommes, à leur égard, des sources de bonté. Pour Jésus, la bonne réponse à l’insulte, c’est la bénédiction. Dans l’évangile d’aujourd’hui, il nous explique pourquoi.
 
En premier lieu, il apparaît que les hommes sont particulièrement sensibles à la bonté des disciples. Si les disciples sont bons et font des actes bons, alors – dit Jésus – ils sont « salés ». Le sel, dans l’Antiquité n’a que des vertus positives : il permet de purifier et de conserver. C’est ainsi que le sel est devenu un signe d’alliance. Comme il n’y a que Dieu qui soit véritablement bon, tous ceux qui font des actes de bonté, ou qui sont bons par eux-mêmes, expriment à travers eux ou leurs œuvres quelque chose de la bonté de Dieu. C’est bien pourquoi Jésus dit : « Voyant ce que vous faites de bon, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Les hommes identifient donc parfaitement la véritable source de la bonté, qui est Dieu. En revanche, un disciple de Jésus – ou quelqu’un qui se prétendrait serviteur de Dieu – qui ne serait ni bon, ni charitable, serait aussitôt rejeté et « piétiné par les gens », dit Jésus. Cet homme rendrait en effet un contre-témoignage, puisque Dieu est la bonté même.
Donc, un disciple de Jésus doit être « salé » ; il doit émaner la bonté, pour n’être pas rejeté mais au contraire pour que les hommes rendent gloire à la seule source véritable de toute bonté : notre Père qui est aux cieux.
 
Par expérience, nous savons qu’il est parfois bien difficile de rayonner la bonté, d’être bon, en toutes circonstances. Mais Jésus enseigne à ses disciples qu’ils sont « la lumière du monde ». Ils sont, ils ont en eux, la lumière qui est le canal de la bonté : une lumière qu’on ne peut pas éteindre ; une lumière puissance de vie éternelle et d’amour intarissable. C’est la lumière de la création, la lumière de la Transfiguration, la lumière de la résurrection, la lumière de la Présence de Dieu.
Regardons attentivement comment Jésus en parle : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » Dès qu’on parle d’une maison, dans l’Évangile, on doit penser au Temple ; et dès qu’on parle d’une ville – surtout si elle est située sur une montagne – on doit penser à Jérusalem. Donc, la lumière qui est sur le lampadaire, dans la maison qui se trouve dans la ville sur la montagne, c’est la lumière qui se trouve sur le chandelier à sept branches qui éclaire l’intérieur du sanctuaire, lequel rayonne sur Jérusalem et de Jérusalem sur le monde entier. Or, la lumière du chandelier à sept branches, c’est la lumière du Buisson Ardent, c’est la lumière de Pentecôte : c’est le rayonnement de l’Esprit Saint.
Jésus a donc enseigné à ses disciples – et à nous-mêmes – qu’étant illuminés par l’Esprit Saint, forts de sa puissance et de son rayonnement, ils sont capables de bonté en eux-mêmes et dans leurs actes. Et que cette bonté, qui est en partage celle de Dieu, a la capacité de toucher le cœur des hommes au point que, l’ayant perçue, ils sont amenés à rendre gloire à Dieu. Au contraire, il ne mérite effectivement que le mépris, celui qui, ayant reçu le talent précieux de l’Esprit Saint, en vient à l’enfouir dans la boue de sa méchanceté et de ses œuvres mauvaises.
 
Nous avons donc compris, chers frères et sœurs, que rendu semblables à Jésus par le don de l’Esprit Saint, par l’illumination de notre cœur, qui nous donne de rayonner de la bonté de Dieu, nous n’avons pas à craindre, ni les persécutions, ni les persécuteurs. Mais au contraire, à la méchanceté ou à la bêtise, nous devons répondre par la bonté et la générosité – le pardon étant la plus grande marque de bonté.
Mais comment pouvons-nous être vraiment bons comme Dieu est bon ? Relisons le début de la prophétie d’Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Qui est celui qui a faim sinon l’homme affamé et assoiffé de justice, affamé de vie et assoiffé d’amour, auquel Dieu répond en lui partageant son fils, Jésus, pain et vin de la vie éternelle ? Qui est le pauvre sans abri sinon Adam déchu, errant dans les enfers, auxquels Dieu offre le refuge de sa propre maison, l’Église, en Paradis ? Qui est celui qui est sans vêtement, sinon l’homme pécheur, ce même Adam trouvé nu, auquel Dieu donne, par le pardon obtenu par la croix de Jésus et le baptême, d’être revêtu du vêtement blanc et immaculé des saints ?
Oui, dit Dieu à son serviteur par la bouche du prophète Isaïe : « ne te dérobe pas à ton semblable », car ce que le Seigneur te suggère n’est rien d’autre que ce qu’il a déjà fait pour toi en te donnant son Fils : Dieu ne s’est pas dérobé, il s’est donné jusqu’au bout. « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Assurément puisqu’il s’agit de l’aurore de la résurrection et des forces de l’Esprit Saint. C’est-à-dire que, plus on est bon et généreux à l’image de Dieu, plus on devient lumineux et forts de la force de son Esprit, et plus on ressemble à Jésus. C’est un cercle vertueux. Alors bienheureux sommes-nous !

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