Mt
21, 1-11
Chers
frères et sœurs,
Nous
bénissons les rameaux et nous entrons en procession dans l’église pour nous
rappeler et nous faire les contemporains de Jésus faisant son entrée royale à
Jérusalem, non pas comme des spectateurs, mais comme des acteurs.
À
l’époque, Jésus avait une grande réputation de guérisseur et beaucoup avaient
compris qu’il était le Messie, celui qui allait sauver le peuple et lui rendre
sa liberté en Terre promise, occupée par les Romains. Lorsqu’il fait sa montée
à Jérusalem, assis sur un âne et acclamé par la foule, il reproduit le rite
d’intronisation des rois d’Israël : on comprend la joie des gens !
Jésus est bien le Messie ! Mais on comprend aussi la crainte des pouvoirs
en place, que Jésus les renverse, ou bien qu’il déclenche une violente répression
de la part des Romains, et la dévastation de Jérusalem. C’est pour ce motif que
Jésus sera condamné.
Cependant,
Jésus ne veut pas prendre le pouvoir sur la terre, mais l’acquérir au ciel. Sa
montée à Jérusalem est l’actualisation d’une prophétie. Le prophète Daniel a
annoncé que le Fils de l’Homme montera dans les cieux acclamé par les anges
pour vaincre les démons et s’asseoir sur son trône à la droite du Père. Ainsi,
en montant à Jérusalem, acclamé par les foules, après avoir chassé les
marchands à coups de corde, Jésus va faire son entrée dans le Temple de Dieu,
son Père. Il affirme ainsi publiquement que le Fils de l’Homme dont il est
question dans la prophétie de Daniel, c’est lui. Mais sa véritable montée dans
les cieux pour s’asseoir à la droite du Père, après avoir détruit le mal, c’est
l’Ascension.
Chers
frères et sœurs, avec vos rameaux, vous êtes les foules de Jérusalem, vous êtes
les anges du ciel, qui acclament Jésus faisant son entrée dans la Maison de son
Père, lui qui chassera les marchands du Temple et les démons, pour s’asseoir en
juste juge, bon berger et roi véritable, sur le trône de sa gloire.
Et
maintenant, acclamons avec joie Jésus, notre roi et notre Dieu !
Is
50,4-7 ; Ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Mt 27,11-54
Chers
frères et sœurs,
La
Passion de Jésus, c’est Dieu qui passe au tribunal des hommes. Tribunal
religieux d’abord, chez les grands prêtres : il est accusé de se prétendre
le Fils de Dieu, mais ils ne le croient pas. Tribunal politique ensuite, chez
Pilate : il est accusé de se prétendre roi d’Israël, mais personne ne
croit que son Royaume n’est pas de ce monde. Tribunal populaire enfin : il
est méprisé, frappé, crucifié, moqué, mais personne ne voit qu’à cet instant
même, c’est lui Jésus qui les juge tous au tribunal de la croix.
Le
tribunal de la croix, frères et sœurs, c’est la réalité de ce que nous sommes. Judas,
un apôtre, a vendu Jésus pour de l’argent. Quand il a compris que Jésus était
innocent, il s’est fait justice lui-même. Pierre et les Apôtres disaient :
« Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Pierre, qui
était armé, l’a renié trois fois devant une petite servante – la honte – et les
autres se sont enfuis ; on ne les a pas revus de la soirée. Oui, Pierre,
tu pouvais pleurer amèrement devant ton orgueil déchu, devant ta faiblesse !
Les grands prêtres, gardiens des Écritures et de toute la connaissance de Dieu,
incapables de reconnaître Jésus, le suppliant « Je t’adjure, par le Dieu
vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ! » ;
et dans leur incapacité à prendre leurs responsabilités, dans leur lâcheté, de
passer Jésus à Pilate pour qu’il fasse lui-même le « sale boulot ».
Pilate, le sommet du « en même temps », qui d’un côté se lave les
mains – geste qui en droit romain scelle une condamnation à mort – tout en déclarant
« Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Quelle hypocrisie méprisable !
Et la foule, qui hier acclamait Jésus avec des palmes, aujourd’hui lui crache
dessus. Et ajoutant la bassesse à l’infidélité, se moque de lui alors qu’il est
en train d’agoniser en croix. Voilà la réalité. Voilà la réalité des hommes, de
la foule, de Pilate, des grands prêtres, et même des Apôtres. Il n’y en a pas
un pour rattraper les autres.
À
vrai dire, si, il y en a quelques-uns : Marie la Mère de Jésus, quelques
femmes pieuses, saint Jean, qui ont assisté à tout, qui ont supporté tout, qui
ont encaissé tout, avec Jésus, en silence. Ils n’ont pas dit un mot. Simplement
ils étaient là, juste là. Grâce à leur foi et à leur courage, il y avait quand
même une lumière dans les ténèbres.
Mais,
concernant les hommes, voilà la sentence rendue par Jésus, Fils de Dieu, du
haut du tribunal de sa croix – c’est l’évangile de Luc qui nous l’apprend :
« Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Le jugement de Dieu, chers frères et sœurs, c’est son pardon. Pour notre manque
de foi, pour nos reniements, pour nos lâchetés, pour nos hypocrisies, nos
infidélités et nos bassesses. Bientôt, le jour de Pâques, la première parole de
Jésus à ses Apôtres sera : « La paix soit avec vous. »
Et pourquoi cela ? Parce que, jusqu’à en mourir sur une croix, Dieu nous
aime et, qui que nous soyons, il veut nous combler de son amour. La seule chose
qui peut nous condamner vraiment, c’est de refuser cet amour.