samedi 4 avril 2026

03 avril 2026 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit. Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne vont pas l’un sans l’autre.
 
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi, même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages, assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des gestes, des observations physiques.
 
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des « Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes des juifs qui croyons en Jésus.
 
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien : c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques. Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps, par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle extraordinaire !
 
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique, est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus, mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ; le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance, deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin : celui du Paradis.
 
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est pourquoi nous la vénérons.

vendredi 3 avril 2026

02 avril 2026 - GY - Jeudi Saint - Mémoire de la Cène du Seigneur - Année A

 Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Le jeudi saint est un moment important pour nous tous, baptisés, et plus particulièrement pour les prêtres. Comme vous le savez, lorsque Jésus célèbre la Cène avec ses Apôtres, il veut célébrer avec eux la Pâque comme font les Juifs tous les ans depuis la sortie d’Égypte, et encore aujourd’hui bien sûr. Nous avons entendu dans la première lecture de quoi il s’agit : toute la famille doit se rassembler pour manger ensemble un agneau avec des pains sans levain et des herbes amères. Le repas se fait de nuit, tout le monde étant prêt à partir au lever du jour. Cependant, vous avez entendu qu’il y a en même temps un rite spécial : on doit marquer du sang de l’agneau les montants des portes de la maison pour que ses habitants soient protégés du fléau qui va frapper – cette nuit-là – tous les premiers-nés d’Égypte. C’est cela, la Pâque du Seigneur.
 
Donc, comme font des milliers de Juifs à leur époque, Jésus et ses Apôtres sont montés en pèlerinage au Temple de Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Cependant, Jésus apporte à son repas pascal trois changements importants, qui se comprennent ensemble.
En premier lieu il y a un changement de calendrier. Quand Jésus célèbre le repas pascal avec ses Apôtres, il le fait deux jours avant la Pâque officielle célébrée au Temple. Cela pose deux problèmes : d’une part, ils n’ont pas d’agneau – puisque les agneaux sont sacrifiés le jour de la Pâque ; et d’autre part, ils ne sont pas au Temple, mais dans une maison particulière. Comment Jésus va-t-il donc faire pour pouvoir célébrer vraiment la Pâque ?
Deuxième changement : Jésus va transformer la maison où ils sont en Temple… en lavant les pieds de ses disciples. La raison est très simple. Pour pouvoir entrer dans le Temple, il faut que chaque pèlerin soit purifié : qu’il se soit baigné les jours précédents et que juste avant d’entrer dans le Temple, il se soit lavé les pieds. C’est ainsi que Jésus et les Apôtres se sont déjà lavés, mais pas encore les pieds. Or voilà que Jésus dépose son vêtement et se revêt d’un linge, en tissus de lin précise l’évangile en araméen, et il lave les pieds de ses disciples au moyen d’un bassin que saint Jean identifie par l’emploi du même mot au bassin des ablutions des prêtres dans le Temple. Saint Pierre n’a rien compris : il pense que Jésus s’abaisse comme un esclave pour lui laver les pieds. Humainement c’est exact, d’autant plus que Jésus est aussi son Maître et son Dieu ! Mais Pierre n’a pas compris immédiatement que Jésus, habillé comme un prêtre, lui fait les ablutions réservées aux prêtres. C’est ainsi que Jésus a fait des Apôtres des prêtres et a transformé le Cénacle en Temple ; pour qu’ils puissent ensemble célébrer le sacrifice de la Pâque là où ils sont, deux jours avant la date officielle.
Mais il manque l’agneau, l’agneau qui doit être sacrifié le jour de Pâque. Ici Jésus, fait encore plus fort – si je puis dire. C’est le troisième changement. En prenant le pain, il dit : « Ceci est mon Corps ». Et prenant le vin, il dit : « Ceci est mon Sang, livré pour vous. » En disant cela, Jésus a fait que l’Agneau de Pâque, c’est lui. Le corps de l’agneau c’est son Corps ; le sang de l’agneau c’est son Sang. Et il a dit cela en prenant du pain et du vin. Mieux encore, il l’a réalisé vraiment, puisque lui, l’Agneau de Dieu, meurt en croix, au moment même où les agneaux de Pâque sont sacrifiés au Temple. Donc, les Apôtres, en communiant au pain et au vin communient en réalité au Corps et au Sang de Jésus, qui est lui-même l’Agneau de Pâque véritable.
Maintenant rappelez-vous du rituel de la nuit en Égypte : le sang de l’agneau sert à protéger la maison contre le fléau de l’ange exterminateur. Hé bien, de la même manière, le Sang de Jésus protège les Apôtres (et nous aussi) de la condamnation encourue par nos péchés, et il nous en libère. Ce Sang, c’est l’Esprit Saint dont l’Église est vivifiée depuis la Pentecôte, ce pour quoi Jésus a dit que le mal ne prévaudrait pas contre elle. Le Sang de Jésus protège son Église et lui communique la vie éternelle. L’Église, c’est-à-dire nous, bien entendu.
 
Maintenant vous avez compris ce que nous faisons ce soir. Nous faisons ce que Jésus a demandé à ses Apôtres de faire après sa résurrection et son ascension au ciel : nous nous réunissons et le prêtre fait ce que fait Jésus : il se purifie et purifie l’assemblée avec lui – ce soir avec le lavement des pieds – pour que tous soient réunis dans le Temple de l’église, prêts à célébrer la Pâque ; puisque le pain et le vin – devenus selon ses paroles le Corps et le Sang de Jésus, l’Agneau véritable – soient offerts à son Père et partagés en communion. Ainsi tous remplis de l’Esprit Saint, nous sommes en même temps libérés et protégés, pardonnés et vivifiés dans l’amour de notre Dieu.
Chers frères et sœurs, n’oubliez pas : nous avons tous été baptisés au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; nous avons été conformés à Jésus prêtre, prophète et roi. Dans l’eau du baptême, nous avons été purifiés et pardonnés pour que nous puissions célébrer l’eucharistie, offrir le sacrifice comme le fait une assemblée de prêtres, et y communier. Ce mystère est grand. Puissions-nous comprendre un peu à quelle dignité nous avons été élevés. Et rendons grâce au Seigneur notre Dieu.

dimanche 29 mars 2026

29 mars 2026 - MEMBREY - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année A

 Mt 21, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous bénissons les rameaux et nous entrons en procession dans l’église pour nous rappeler et nous faire les contemporains de Jésus faisant son entrée royale à Jérusalem, non pas comme des spectateurs, mais comme des acteurs.
 
À l’époque, Jésus avait une grande réputation de guérisseur et beaucoup avaient compris qu’il était le Messie, celui qui allait sauver le peuple et lui rendre sa liberté en Terre promise, occupée par les Romains. Lorsqu’il fait sa montée à Jérusalem, assis sur un âne et acclamé par la foule, il reproduit le rite d’intronisation des rois d’Israël : on comprend la joie des gens ! Jésus est bien le Messie ! Mais on comprend aussi la crainte des pouvoirs en place, que Jésus les renverse, ou bien qu’il déclenche une violente répression de la part des Romains, et la dévastation de Jérusalem. C’est pour ce motif que Jésus sera condamné.
 
Cependant, Jésus ne veut pas prendre le pouvoir sur la terre, mais l’acquérir au ciel. Sa montée à Jérusalem est l’actualisation d’une prophétie. Le prophète Daniel a annoncé que le Fils de l’Homme montera dans les cieux acclamé par les anges pour vaincre les démons et s’asseoir sur son trône à la droite du Père. Ainsi, en montant à Jérusalem, acclamé par les foules, après avoir chassé les marchands à coups de corde, Jésus va faire son entrée dans le Temple de Dieu, son Père. Il affirme ainsi publiquement que le Fils de l’Homme dont il est question dans la prophétie de Daniel, c’est lui. Mais sa véritable montée dans les cieux pour s’asseoir à la droite du Père, après avoir détruit le mal, c’est l’Ascension.
 
Chers frères et sœurs, avec vos rameaux, vous êtes les foules de Jérusalem, vous êtes les anges du ciel, qui acclament Jésus faisant son entrée dans la Maison de son Père, lui qui chassera les marchands du Temple et les démons, pour s’asseoir en juste juge, bon berger et roi véritable, sur le trône de sa gloire.
 
Et maintenant, acclamons avec joie Jésus, notre roi et notre Dieu !
 

 
Is 50,4-7 ; Ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Mt 27,11-54
 
Chers frères et sœurs,
 
La Passion de Jésus, c’est Dieu qui passe au tribunal des hommes. Tribunal religieux d’abord, chez les grands prêtres : il est accusé de se prétendre le Fils de Dieu, mais ils ne le croient pas. Tribunal politique ensuite, chez Pilate : il est accusé de se prétendre roi d’Israël, mais personne ne croit que son Royaume n’est pas de ce monde. Tribunal populaire enfin : il est méprisé, frappé, crucifié, moqué, mais personne ne voit qu’à cet instant même, c’est lui Jésus qui les juge tous au tribunal de la croix.
 
Le tribunal de la croix, frères et sœurs, c’est la réalité de ce que nous sommes. Judas, un apôtre, a vendu Jésus pour de l’argent. Quand il a compris que Jésus était innocent, il s’est fait justice lui-même. Pierre et les Apôtres disaient : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Pierre, qui était armé, l’a renié trois fois devant une petite servante – la honte – et les autres se sont enfuis ; on ne les a pas revus de la soirée. Oui, Pierre, tu pouvais pleurer amèrement devant ton orgueil déchu, devant ta faiblesse ! Les grands prêtres, gardiens des Écritures et de toute la connaissance de Dieu, incapables de reconnaître Jésus, le suppliant « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ! » ; et dans leur incapacité à prendre leurs responsabilités, dans leur lâcheté, de passer Jésus à Pilate pour qu’il fasse lui-même le « sale boulot ». Pilate, le sommet du « en même temps », qui d’un côté se lave les mains – geste qui en droit romain scelle une condamnation à mort – tout en déclarant « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Quelle hypocrisie méprisable ! Et la foule, qui hier acclamait Jésus avec des palmes, aujourd’hui lui crache dessus. Et ajoutant la bassesse à l’infidélité, se moque de lui alors qu’il est en train d’agoniser en croix. Voilà la réalité. Voilà la réalité des hommes, de la foule, de Pilate, des grands prêtres, et même des Apôtres. Il n’y en a pas un pour rattraper les autres.
 
À vrai dire, si, il y en a quelques-uns : Marie la Mère de Jésus, quelques femmes pieuses, saint Jean, qui ont assisté à tout, qui ont supporté tout, qui ont encaissé tout, avec Jésus, en silence. Ils n’ont pas dit un mot. Simplement ils étaient là, juste là. Grâce à leur foi et à leur courage, il y avait quand même une lumière dans les ténèbres.
 
Mais, concernant les hommes, voilà la sentence rendue par Jésus, Fils de Dieu, du haut du tribunal de sa croix – c’est l’évangile de Luc qui nous l’apprend : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » Le jugement de Dieu, chers frères et sœurs, c’est son pardon. Pour notre manque de foi, pour nos reniements, pour nos lâchetés, pour nos hypocrisies, nos infidélités et nos bassesses. Bientôt, le jour de Pâques, la première parole de Jésus à ses Apôtres sera : « La paix soit avec vous. » Et pourquoi cela ? Parce que, jusqu’à en mourir sur une croix, Dieu nous aime et, qui que nous soyons, il veut nous combler de son amour. La seule chose qui peut nous condamner vraiment, c’est de refuser cet amour.

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