1R
3,5.7-12 ; Ps 118 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13,44-52
Chers frères et sœurs,
Comme dimanche dernier et celui d’avant, Jésus ne ménage pas ses disciples, et nous avec ! Parlant en énigmes aux foules, il tâche d’exercer les siens au discernement, à la sagesse du Royaume des cieux. Aujourd’hui, c’est l’examen final : « Avez-vous compris tout cela ? » « Oui ! », répondent les disciples ; ils ont bien de la chance, car l’enseignement de Jésus nous reste un peu mystérieux quand même... Essayons de comprendre quelque chose.
Tout d’abord… commençons par la fin ! Jésus dit que le scribe disciple du Royaume des cieux « tire de son trésor du neuf et de l’ancien ». Ici notre Seigneur assimile ses disciples à des scribes – non pas à des écrivains ou à des notaires – mais plutôt à de fins connaisseurs des Écritures, qui aiment à en déchiffrer les mystères. Il ne s’agit pas de n’importe quelle connaissance : non pas celle tirée de la raison, de la philosophie, mais plutôt celle plus large ou plus profonde qui vient du cœur. N’oublions pas, en effet, que dans l’évangile de Matthieu Jésus dit : « là où est ton trésor, là est ton cœur » et aussi « L’homme bon, de son trésor qui est bon, tire de bonnes choses ; l’homme mauvais, de son trésor qui est mauvais, tire de mauvaises choses. » Le trésor, c’est le cœur. Donc, le scribe disciple du Royaume, c’est l’homme qui lit les Écritures avec son cœur, parce qu’il aime Dieu, il aime sa Parole, sa Sagesse. Justement, Salomon avait demandé au Seigneur « un cœur attentif » pour gouverner son peuple et savoir discerner le bien et le mal.
Maintenant, revenons aux paraboles. Il y en a trois. Pour chacune d’entre-elles, le Royaume des cieux est comparable à quelque chose de différent : il est d’abord le trésor caché dans le champ, ensuite il est le négociant qui cherche des perles fines, et enfin il est le filet qu’on jette dans la mer.
Commençons par la parabole du filet, c’est la plus facile. Notre traduction a gommé quelques reliefs utiles pour mieux la comprendre. Le grand filet jeté dans la mer du monde « rassemble des poissons de chaque espèce », « de toute langue » dit saint Éphrem. Comme l’arche de Noé recueille des animaux de chaque espèce, le filet rassemble des poissons de toutes les nations. C’est l’œuvre de la prédication évangélique, de l’Église. L’Église qui rassemble dans l’unité est le Royaume. Jésus dit lui-même que lorsque le filet est rempli, les anges œuvrent comme des pêcheurs : ils ramènent le filet et trient les poissons. Ce tri est comme celui d’un collectionneur de pièces rares, qui les ordonne et les range, et qui écarte celles qui sont de mauvaise qualité. Notons que les anges sont à la recherche des poissons les plus précieux - les plus savoureux… (Sommes-nous donc beaux aux yeux des anges ?) Dans la parabole du filet, nous pouvons aussi retenir que nous autres chrétiens, nous travaillons avec les anges pour que les poissons provenant de toutes les nations soient pris dans le filet-Église et qu’à la fin ils soient choisis.
La deuxième parabole, celle du négociant, s’adresse justement aux croyants. Le croyant qui cherche une perle fine est déjà une première expression du Royaume des cieux. Mais qu’est-ce que la perle fine ? Le livre des Proverbes nous en donne la définition : « De l’or, il y en a ; des pierres précieuses, il n’en manque pas ; mais la parole intelligente, c’est perle rare ! » La Parole intelligente, le Logos en grec, le Verbe de Dieu dirait saint Jean : voilà la perle rare. Le négociant est un scribe qui scrute les Écritures en y cherchant la Sagesse, la Parole de Dieu. Et quand il l’a trouvé en Jésus, il abandonne tout, y compris son statut social dans le judaïsme à l’époque de saint Matthieu, pour se faire chrétien. N’oublions pas que la recherche du scribe est une recherche par le cœur plus que par le raisonnement. « Pierre, dit Jésus : est-ce que tu m’aimes ? – Oui, Seigneur, tu sais bien que je t’aime. – Sois le berger de mes brebis. » Tel est le négociant qui a trouvé la perle fine. Il vend tout ce qu’il a pour en faire l’acquisition. « Pierre prit la parole et dit à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre : quelle sera donc notre part ? » ; « Vous qui m’avez suivi, vous siégerez vous aussi sur douze trônes pour juger les douze tribus d’Israël. Et celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle. » Voilà ce qui est promis à celui qui a trouvé la perle et qui en a fait l’acquisition.
Il reste la première parabole. Cette fois-ci le Royaume n’est plus celui qui cherche, le négociant, mais ce qu’il trouve : le trésor. Curieusement Jésus ne donne pas l’identité de l’homme qui trouve le trésor. Dans les vieux manuscrits araméens, il ne parle même pas d’un homme mais de « Celui » qui a découvert le trésor. Or quand un Juif parle ainsi, c’est qu’il parle de Dieu. Dieu a découvert un trésor, un cœur, dans un champ. Nous savons déjà que le champ, c’est le monde. Quand Dieu a découvert un cœur, il le cache, il le protège, il en prend soin, mais aussi, en le remettant en terre, il le plante pour qu’il fructifie, comme une semence de blé. Et que fait Dieu ? « Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède et il achète ce champ-là. » Dieu donne tout ce qu’il a – son Fils unique ; tout ce qu’il est – son amour, sa vie, sa miséricorde, pour racheter ce champ dans lequel se trouve son trésor : il rachète ce monde dans lequel se trouve son Église en laquelle il trouve l’amour de son cœur.
Et voilà que le cercle des trois paraboles est bouclé : le trésor bien-aimé caché dans le champ, c’est l’Église, c’est le filet. Mais ce filet, c’est aussi concrètement le cœur de tout scribe, de tout croyant qui aime Dieu et qui a découvert la perle rare, son Seigneur Jésus. Dans tous les cas tout se fait dans l’amour. Telle est l’œuvre de l’Esprit Saint, l’Esprit du Royaume des cieux.