Si
15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
Chers
frères et sœurs,
Saint
Paul oppose la sagesse de ceux qui dirigent ce monde à la sagesse du mystère de
Dieu. Peut-on d’ailleurs encore parler de « sagesse » pour les
dirigeants de ce monde, quand on en voit les résultats pratiques ? C’est
catastrophique... Mais saint Paul nous rappelle que l’Évangile est la
proclamation de la sagesse du mystère de Dieu et – dit-il – « c’est à
nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. » L’Esprit Saint
nous donne accès à la sagesse du mystère de Dieu. Et saint Paul assoie son affirmation
sur une citation de l’Écriture, une citation du prophète Isaïe, pour nous
rappeler également que l’Écriture – la Loi et les prophètes – sont empreinte et
rayonnement de cette sagesse.
Dans
l’Écriture, on trouvera par exemple le livre de Ben Sira le Sage, dont nous
avons lu un extrait en première lecture. Celui-ci nous enseigne que pour
trouver la sagesse cachée, il faut commencer par faire un choix : « Le
Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu
préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur
est donnée selon leur choix. » Cela signifie que la recherche et la
connaissance de la sagesse de Dieu ne sont pas matière à option : c’est
toute notre vie, à 100%, qui doit y être engagée. Pas de demi-mesure possible.
Ben Sira le Sage parle comme Jésus : « Que votre parole soit
‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du
Mauvais. » L’un et l’autre parlent bien de la même sagesse.
Cependant
ce choix est une réponse à un appel préalable venant du Seigneur. L’appel se
trouve déjà dans notre existence même : le simple fait que nous soyons
nés, que nous existions. Nous avons été créés pour Dieu, pour vivre de sa
sagesse, qui est notre vrai bonheur. Ensuite l’appel se trouve dans le
témoignage d’Israël, dépositaire des Promesses, de la Loi de Moïse et des
témoignages prophétiques. Tous ces signes de Dieu nous sont adressés à nous
aussi. Plus encore, l’appel se trouve à la suite de la proclamation de
l’Évangile de Jésus-Christ, dans notre baptême. Il est déjà participation,
communion, à la gloire de Dieu, et avec ce baptême nous avons reçu l’Esprit
Saint qui nous permet d’en avoir connaissance. Enfin, il est réservé à chacun
d’entre nous tel ou tel don de l’Esprit, qui est sa vocation particulière, où
le Seigneur l’appelle au plus profond de son cœur. Ainsi donc, par ces appels
plus ou moins personnels, plus ou moins profonds, le Seigneur nous attire et il
attend notre réponse : « veux-tu, avec l’aide de l’Esprit Saint,
marcher sur le chemin de ma sagesse, oui ou non ? »
Ben
Sira le Sage qualifie de « ceux qui le craignent » - « ceux
qui craignent le Seigneur », tous ceux qui répondent « oui »
à l’appel du Seigneur. Il ne faut pas se tromper : la plupart du temps
dans l’Écriture, la « crainte de Dieu » ne doit pas être
comprise comme une « peur de Dieu », mais plutôt comme un esprit
d’humilité et de gratitude à l’égard de Dieu qui nous a fait un don
exceptionnel. Celui qui « craint Dieu », c’est celui qui
a déjà eu connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu à son égard et
qui veut lui rendre grâce. C’est aussi celui qui a entendu l’appel de Dieu au
plus profond de lui-même, dans son cœur et son intelligence, et qui veut le
connaître davantage. Celui qui « craint Dieu », dans
l’Écriture, est déjà un sage : ses yeux sont ouverts et ses oreilles
entendent.
Nous
arrivons à l’Évangile, où nous retrouvons Jésus, assis sur la montagne entouré
de ses disciples. Il n’est pas là pour leur donner un cours de morale, mais il
leur dévoile la sagesse de Dieu. Autrement dit, pour comprendre, on ne peut
pas, on ne doit pas se contenter d’une lecture superficielle : Jésus parle
de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, ignorée par les dirigeants
de ce monde.
En
première lecture, cette sagesse de Dieu est particulièrement exigeante, comme
Jésus le montre à propos des commandements sur le meurtre, l’adultère et les
serments. D’ailleurs il le dit : « Si votre justice ne surpasse
pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume
des Cieux. » À moins d’être spécialement soutenus par l’Esprit Saint,
il nous semble impossible de répondre parfaitement à ces commandements. Jésus
demande-t-il des choses inaccessibles ?
Comme
je ne peux pas parler pendant 15 jours, je vais me limiter au passage qui
concerne le commandement sur l’adultère. Lisons l’Évangile avec sagesse,
c’est-à-dire pour commencer, en nous appuyant sur l’Écriture. On n’y trouve
mention de convoitise, d’œil et de bras que dans le livre du prophète Zacharie.
Il s’agit du mauvais berger qui ne se préoccupe pas des brebis blessées,
égarées et épuisées, mais qui préfère dévorer « la chair des bêtes
grasses », pour assouvir sa convoitise. Malheur à ce berger dit le
Seigneur : « Que l’épée s’en prenne à son bras et à son œil
droit ! »
Jésus donc, dans son enseignement à ses disciples, dit en
réalité deux choses. Premièrement, que le bon berger – qui est Dieu – n’exerce
pas de convoitise sur ses brebis, mais il vient à leur secours. Son œil est juste
et bienveillant ; sa main – qui est l’Esprit Saint – est une main de
bénédiction. Et bien sûr, le bon Berger, c’est aussi Jésus lui-même. Et
deuxièmement, cet enseignement vaut pour ses disciples appelés à être apôtres, à être des "bergers".
Si par grâce, ils ont reçu la connaissance de la sagesse de Dieu, l’accès au
mystère tenu caché, alors non seulement leur esprit doit en être illuminé mais
aussi toute leur vie doit en rayonner, comme de bons bergers qui
« craignent Dieu ».
Saint
Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne
consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » Combien avait-il
raison, car avec l’Esprit de Dieu, tout est possible.