Is 25, 6-10a ; Ps 22 ; Ph 4, 12-14.19-20 ; Mt 22,
1-14
Chers frères et sœurs,
Pour bien comprendre l’évangile d’aujourd’hui, il faut le lire sur
trois niveaux, qui se superposent.
Le premier niveau est le plus évident. Jésus raconte l’histoire
d’un roi qui a invité ses amis au banquet des noces de son fils. Saint Matthieu
fait ici allusion à la nourriture qui était préparée au roi Salomon pour chaque
jour : 3 tonnes de semoule, 6 tonnes de farine, 10 bœufs gras, 20 bœufs de
pâturage, 100 moutons, plus des cerfs, des gazelles, des chevreuils et des
volailles engraissées. C’est un banquet énorme. Mais les invités se fichent de
l’invitation, et certains vont même jusqu’à tuer les serviteurs du roi qui
viennent les chercher. On comprend que le roi est extrêmement déçu, au point
qu’il se met en colère. Il reste que le banquet est prêt.
Alors le roi fait chercher tous les gens que ses serviteurs
rencontreront jusqu’aux frontières du royaume, les bons et les mauvais, tous. C’est
ainsi que la salle des noces est remplie. Évidemment, tout le monde s’est bien
habillé pour aller à la fête organisée par le roi. Sauf un, qui n’a pas mis son
costume. Cela fâche le roi, car c’est un manque d’éducation, une forme de
mépris et de provocation à son égard. Alors, il le fait jeter dehors.
Finalement, le roi avait invité beaucoup de monde, au début. Malheureusement,
nombreux sont ceux qui – de leur propre faute – sont restés à l’écart de la
fête, et c’est dommage ou tant pis pour eux. Voilà pour le premier niveau de
compréhension.
Le deuxième niveau est celui du sens caché de la parabole. Jésus
raconte l’histoire d’un roi, qui est celui du Royaume des cieux. Ce roi, c’est
Dieu son Père. Dieu veut inviter ses amis aux noces de son fils. Ces amis, ce
sont les membres de son peuple élu, les hébreux. Quand le repas est prêt, il
leur envoie les prophètes pour les inviter à venir faire la fête avec lui. Mais
nous le savons, les prophètes Isaïe, Élie, Ezéchiel, Jérémie, Osée… ou
Jean-Baptiste, et bien d’autres, ont été mal reçus, moqués, persécutés et
parfois tués. Car les hommes préféraient leurs propres affaires plutôt que
d’écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique. Les hommes n’aiment pas beaucoup
se convertir pour marcher vers la maison de Dieu. Alors Dieu se met en colère
contre eux – et il envoie d’autres serviteurs pour aller chercher d’autres gens
sur les chemins, jusqu’au bout du monde.
Ces autres serviteurs, ce sont les chrétiens : c’est nous.
Nous sommes comme les prophètes, et nous sommes chargés d’inviter tout le monde
au repas des noces de Jésus. Quand je dis « tout le monde », c’est
« tout le monde » : les bons et les méchants, sans porter de
jugement. Car il se trouve qu’ayant reçu l’invitation de Dieu, les bons et les
méchants se sentent tellement honorés, qu’ils mettent leur vêtement de noces,
leur costume – ils se convertissent – pour se rendre à la fête. On comprend ici
que mettre son costume, c’est recevoir le vêtement blanc du baptême. Tout le
monde peut être baptisé et recevoir le vêtement des noces pour aller à la fête
du Royaume des cieux. Et justement, celui qui est trouvé au ciel sans le
vêtement blanc, et qui refuse de le mettre, est jeté dehors. Parce qu’il refuse
de reconnaître que le Roi des cieux, c’est Dieu. En fait, celui-là, c’est le
diable, celui qui entraîne les hommes à rejeter Dieu et se trouve à la racine
de tout mal.
Déjà le deuxième niveau de lecture de l’évangile nous concerne un
peu, puisque nous en faisons partie. Mais il y a encore un troisième niveau de
compréhension, encore plus caché. Celui-là, seuls les chrétiens peuvent le voir
et le comprendre.
Quand le roi des cieux appelle ses invités à la noce, il fait
sonner les cloches de l’église du village. Les premiers serviteurs, c’est le
son des cloches : car c’est l’heure de la messe. Mais les habitants qui
sont invités préfèrent rester dans leur lit, ou aller faire des courses, ou
jouer à des jeux. La messe ne les intéresse pas. Et si jamais on les
appelle : « Tu viens, c’est la messe ? » Ils raccrochent ou
ils ferment leurs volets. Et si on insiste un peu, certains pourraient même
sortir leur fusil…
Alors, puisque les cloches du village ne suffisent pas pour remplir
l’église, on va chercher des gens de tous les villages, des gens de partout
qu’on connaît et qu’on ne connaît pas. Des jeunes, des vieux, des bons, des
méchants, peu importe. Mais le roi des cieux veut qu’il y ait du monde à la
messe.
Et là, il est important d’être habillé avec l’habit des noces. Bien
sûr, nous avons déjà parlé du vêtement blanc du baptême. Mais, pour la messe,
il s’agit du vêtement blanc du cœur : celui de la pureté du cœur. Est-ce
qu’on vient à la messe avec un cœur pur ? C’est-à-dire un cœur qui aime
Dieu et qui aime son prochain ? Un cœur qui a envie d’aimer et d’être
aimé ? Un cœur qui a envie de pardonner et de partager. Un cœur tout
simple, un cœur d’enfant de Dieu.
Des fois, on ne sait pas très bien où on en est avec son cœur…
C’est pourquoi on demande pardon à Dieu au début de la messe. Mais surtout
quand on entend la parole du prêtre qui dit : « Heureux les invités
aux noces de l’Agneau », on répond : « Seigneur, je ne suis pas
digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. »
C’est toi Seigneur qui me donne le cœur pur qui me permet de partager ton repas
de fête avec toi. Donne-moi ton Esprit Saint.
Alors, on peut recevoir la jolie cerise qui se trouve tout en haut
du gâteau des noces : la communion d’amour qui nous remplit du bonheur merveilleux
du Royaume des cieux.