dimanche 7 juin 2026

07 juin 2026 - CHAMPLITTE - Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année A

 Dt 8, 2-3.14b-16a ; Ps 147 ; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans son enseignement, donné à la Synagogue de Capharnaüm, Jésus affirme qu’il est le « Pain vivant qui est descendu du ciel » et « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il se compare explicitement à la manne qui a été donnée par Dieu aux Hébreux pour survivre alors qu’ils marchaient dans le désert, durant l’Exode, durant les quarante années qui séparèrent leur sortie d’Égypte de leur entrée dans la Terre promise.
 
Pour comprendre cet enseignement, il faut savoir que parmi les juifs vivant à l’époque de Jésus, il y avait plusieurs courants spirituels. Certains, comme les saducéens ne croyaient pas à la résurrection et avaient donc une conception de la Terre promise très matérielle ; de même les zélotes attendaient un Messie politique qui libérerait la Judée occupée par les romains, pour rétablir la Terre promise telle qu’elle était autrefois du temps de David, par exemple.
En revanche, pour d’autres juifs qui croyaient à la résurrection et attendaient un Messie venant du ciel, la promesse était tout à fait différente. Ils attendaient un nouveau prophète comme Moïse qui les libérerait de l’Égypte de la vie présente pour les conduire, par un nouvel Exode, jusqu’à la nouvelle Terre promise du Ciel. Pour ces juifs-là, la question est de savoir si Jésus est bien ce nouveau Moïse envoyé par Dieu, qui les conduira vers le Ciel. Dans cette perspective, durant ce nouvel Exode, le nouveau Moïse devrait donc nourrir le peuple élu par une Manne particulière.
C’est exactement dans cette tradition spirituelle que se situe Jésus. Il se présente en même temps comme le nouveau Moïse : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair » et comme la nouvelle Manne : « Moi je suis le pain vivant. »
 
Pour nous, chrétiens, nous comprenons que, par le baptême, nous avons été libérés d’Égypte ; nous sommes le peuple élu conduit par Jésus le nouveau Moïse, le Bon Berger, jusqu’à la véritable Terre promise qu’est le Ciel. Et sur ce chemin qui va durer les quarante ans de notre vie, il nous nourrit de la Manne, c’est-à-dire de son Corps et de son Sang.
Souvenons-nous, comme nous l’a rappelé la première lecture, que l’Exode dans le désert était synonyme de pauvreté, de faim et de soif, et de multiples dangers. La manne était la nourriture vitale, qui venait de Dieu seul « pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » C’est-à-dire que la vie véritable de l’homme, et son bonheur, ne viennent pas des choses de la terre, mais ils viennent de Dieu seul.
À Capharnaüm Jésus dit la même chose : il est lui-même la Parole de Dieu ; il est lui-même la Vie véritable qui vient de Dieu, et sans lui, il n’est pas possible de vivre de la Vie éternelle : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »
Nous comprenons la nécessité vitale pour nous de manger ce pain. Et c’est si vrai que Jésus, en enseignant le Notre-Père à ses disciples, leur a enjoint expressément de demander ce pain dans leur prière : « Donne-nous notre pain de ce jour. » Nous pouvons aussi traduire : « Donne-nous notre pain, pour pouvoir vivre aujourd’hui », ce qui correspond exactement à la manne, distribuée par Dieu, chaque jour dans le désert, au petit matin.
 
Nous avons bien compris que le pain et le vin dont parle Jésus, qui sont son Corps et son Sang, sont les saintes espèces eucharistiques : le pain et le vin consacrés. Ils sont la Manne du nouvel Exode qui conduit au Ciel. Sans eux, il n’est pas possible de survivre dans le désert « vaste et terrifiant » du monde présent.
Les premiers chrétiens le savaient très bien. Lors d’une persécution en l’an 304, où la célébration eucharistique était strictement interdite, les chrétiens d’Abitène en Tunisie furent surpris en train de la célébrer. Face au juge, sachant qu’ils étaient passibles de mort, ils répondirent : « Sine dominico, non possumus », c’est-à-dire : « sans la célébration dominicale – sans l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. » Ils avaient bien compris que la vraie Vie était donnée par Dieu dans le Saint Sacrement, et que la persécution était de l’ordre de l’attaque des serpents brûlants et des scorpions.
Aujourd’hui, il en va de même pour nous : nous ne pouvons pas vivre en ce monde sans l’Eucharistie qui nous donne la force de marcher, à la suite de Jésus et avec lui, jusqu’au Ciel. « Donne-nous, Seigneur, notre pain de ce jour ! » Amen.
 

lundi 1 juin 2026

31 mai 2026 - COURCUIRE - La Sainte Trinité - Année A

 Ex 34, 4b-6.8-9 ; Dn 3 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Jean l’affirme : le dessein de Dieu le Père c’est que l’homme obtienne la Vie éternelle, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Pour que cela soit possible, le Père a donné son Fils unique, Jésus, qui est mort sur la croix et ressuscité le troisième jour. Celui qui croit en Jésus ressuscité, comme les Apôtres à la Pentecôte, reçoit déjà maintenant cette Vie éternelle. Ainsi la porte du Ciel est ouverte à qui veut bien y entrer.

Saint Paul ne dit pas autre chose, dans sa bénédiction : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient toujours à avec vous. » En effet, la « grâce du Seigneur Jésus-Christ » c’est le pardon, la réconciliation avec Dieu qui nous permet de recevoir l’Esprit Saint, la Vie éternelle. « L’amour de Dieu », c’est la volonté du Père que nous les hommes soyons réconciliés avec lui et que nous obtenions la Vie éternelle. Et la « communion du Saint-Esprit » c’est cette Vie éternelle qui est communion avec Dieu mais aussi entre tous les saints, inséparablement. Nous le savons, le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte est le souffle de vie de l’Église, qui est communion.

Saint Jean et saint Paul parlent donc de la même chose. Le premier met l’accent sur une Vie éternelle céleste ; le second rappelle que cette Vie éternelle est déjà commencée dans l’Église. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est que Moïse a déjà vécu cette communion, de manière prophétique.
 
Pour commencer, Dieu se définit lui-même comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Nous retrouvons « l’amour de Dieu » dont parlait saint Paul, la volonté de Dieu que l’homme soit réconcilié avec lui et obtienne la Vie éternelle. Cette Vie éternelle est présente de deux manières distinctes : d’abord dans la nuée par laquelle le Seigneur se rend présent auprès de Moïse - nuée mystérieuse dont on sait qu’elle est lumineuse de nuit, nuée qui annonce le feu de la Pentecôte. Ensuite, la Vie éternelle est donnée dans les deux Tables de la Loi avec lesquelles Moïse va descendre de la montagne. La Loi est celle de l’alliance entre Dieu et son peuple et entre les membres du peuple entre eux. La Loi est une loi de communion. Pour nous chrétiens, nous pouvons comprendre que l’Esprit Saint est notre Loi nouvelle, ou plus exactement que le cœur de la Loi de Moïse c’est déjà l’Esprit Saint, l’Esprit de communion dans l’amour.

Mais il manque la « grâce du Seigneur Jésus-Christ », comme dirait saint Paul. Où est Jésus dans l’expérience de Moïse ? Moïse lui-même est la préfiguration de Jésus. Comme Jésus ressuscité, Moïse se lève de bon matin ; comme Jésus monte au Ciel lors de son Ascension, Moïse monte sur la montagne du Sinaï. Comme Jésus dans la gloire de Dieu s’assoit à la droite de son Père. Moïse est baigné dans la nuée de l’Esprit Saint et se trouve en présence de Dieu. Or quelle est la prière de Moïse à ce moment ? « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés et tu feras de nous ton héritage. » Cette prière, n’est-ce pas la prière que fait Jésus tous les jours pour nous ? Vous voyez bien qu’il y est question de grâce, de pardon et de communion entre Dieu et son peuple. Moïse anticipe Jésus ; Jésus est le nouveau Moïse, qui fait entrer dans la Terre promise du Ciel. Tout se tient : et c’est le même Dieu.
 
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces observations ? J’en vois deux essentielles.

La première est que Dieu est inséparablement Père, Fils et Saint-Esprit. Dieu le Père donne son Fils Jésus pour que par sa grâce, son Esprit de Vie nous soit donné. Mais l’Esprit est celui du Père : c’est sa communion d’amour. Et c’est aussi la Vie du Fils, qui a témoigné de cet amour en donnant sa vie pour nous sur la croix. Le Père qui est invisible se rend visible en son Fils, à ceux à qui l’Esprit donne de le voir. C’est comme un Rubik’s Cube: vous pouvez le tourner dans tous les sens, le Père, le Fils et l’Esprit sont inséparables : trois personnes distinctes, ils sont pourtant un dans la même divinité.

La seconde conclusion est également inséparable de la première. C’est que si le Père a donné son Fils, c’est pour que nous recevions l’Esprit Saint. La volonté du Père est que nous participions à sa divinité. Et cela s’est déjà manifesté dans la révélation qu’il a faite à Moïse au Mont Sinaï, qui préfigurait l’ascension de Jésus au Ciel. Comprenons bien cette affaire : Dieu a toujours voulu nous faire participer à sa Vie éternelle ; il s’est révélé pour cela ; il a donné son Fils Jésus pour cela. Mais ce qu’il a fait pour Moïse, ce qu’il a fait pour les Apôtres à la Pentecôte, dont témoignent Jean et Paul : il le fait aussi pour chacun de nous maintenant.

Si le prêtre comme Moïse monte sur la montagne à l’autel pour prier Dieu notre Père au nom de Jésus-Christ, pour que son Esprit Saint vienne sur le pain et le vin, c’est pour que nous recevions la Vie éternelle en communion. Rien n’a changé : c’est toujours la même histoire. La Trinité n’est pas incompréhensible, c’est le mouvement qui anime la messe et toute notre vie. Car si un homme comme Moïse peut entrer dans la gloire de Dieu au Sinaï, pourquoi cela n’arriverait-il pas à chacun d’entre nous aujourd’hui, si le Seigneur nous en fait la grâce ? Mais déjà nous y sommes dans la gloire de Dieu, puisque nous sommes réunis dans l’Église, avec tous les saints.

lundi 25 mai 2026

24 mai 2026 - IGNY - Solennité de la Pentecôte - Année A

 Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20, 19-23
 
Chers frères et sœurs,
 
La fête de la Pentecôte est l’aboutissement de tout le chemin que nous avons parcouru depuis… le mercredi des cendres, en passant par Pâques, bien sûr ! En effet, nous avons commencé par nous reconnaître pécheurs en ce monde. Puis Jésus est venu d’auprès du Père, prendre sur lui le poids de nos fautes. Par sa croix et par la libre offrande de sa vie, il nous a obtenu le pardon. Et la réalité de ce pardon – c’est-à-dire la communion retrouvée avec Dieu et entre-nous – c’est justement la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint. Nous sommes réunis, nous sommes réconciliés, et c’est pourquoi nous sommes remplis de joie. D’une certaine façon, c’est la fin du film : le « Happy End ».
 
À la Pentecôte, il y a donc un accomplissement, un couronnement. En effet, les cinquante jours après Pâques, se calculent de la manière suivante : sept semaines de sept jours, sept fois sept – perfection des temps – plus un jour pour marquer le premier jour de la nouvelle création.
En effet, nous devons être bien conscients que la Pentecôte n’est pas tant la fin, l’aboutissement de l’histoire de notre réconciliation avec Dieu, c’est aussi et surtout le premier jour de notre vie nouvelle et éternelle avec lui, dans son royaume.
Ainsi, la Pentecôte est-elle aussi une prophétie : la prophétie du dernier jour du monde, qui sera aussi le premier jour de la création entièrement renouvelée. Et c’est la raison pour laquelle nous voyons des juifs de toutes les nations se regrouper autour des Apôtres, comme à la fin des temps, tous les hommes de tous les temps et de tous les pays se retrouveront autour du trône de l’Agneau, en présence des Apôtres et de tous les saints. Et ce sera le début du Règne éternel de Dieu pour tous.
 
Mais, vous me direz : la Pentecôte, elle a déjà eu lieu, à l’époque des Apôtres ! Elle n’est pas seulement aujourd’hui, ou à la fin du monde ! Et c’est vrai : vous avez entièrement raison. La Pentecôte est déjà commencée, et l’Esprit Saint ne cesse pas d’être répandu dans le monde pour faire grandir la création nouvelle du Règne de Dieu.
Alors, où voyons-nous l’Esprit Saint à l’œuvre et cette nouvelle création ? Dans l’Église elle-même, qui est vivifiée par les sacrements qui ne peuvent pas exister sans l’Esprit Saint. Par l’Esprit Saint, un homme pécheur devient un fils de Dieu ; du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang de Jésus ; un homme, un évêque ou un prêtre, est configuré à Jésus pour manifester sa présence jusqu’à la fin des temps ; un homme et une femme, des mariés, deviennent Un pour l’éternité, réalisation de l’alliance éternelle entre Dieu et l’humanité ; les péchés sont pardonnés car le règne de l’amour est plus fort que la mort ; une personne malade est configurée à Jésus en sa Passion pour ressusciter avec lui dans sa vie nouvelle. Les sacrements transforment le monde en une création nouvelle. Et l’Église elle-même est déjà cette nouvelle création, rendue visible. Une célébration, une messe, c’est toujours une petite Pentecôte, en attendant la Pentecôte définitive.
 
Pour finir, je veux attirer votre attention sur une chose très importante. Ce ne sont pas les Apôtres, ou nous-mêmes, qui faisons l’Église : l’Église n’est pas une association Loi de 1901 ni un parlement. Tout simplement parce que nous sommes incapables de nous donner l’Esprit Saint à nous-mêmes. Au contraire, les Apôtres prient et attendent l’Esprit promis par Jésus. L’Église, nous ne la bâtissons pas par nous-mêmes : nous la recevons de l’Esprit Saint.
L’Église est l’exact opposé de la tour de Babel. Babel, ce sont les hommes qui s’unissent par la force de leurs bras, de leur volonté, pour bâtir un monde à leur idée, avec une langue unique, une pensée unique, une action unique : monter le plus haut possible vers le Ciel pour prendre la place de Dieu. Vous voyez comment, avec le phantasme du transhumanisme aujourd’hui rendu en partie possible par l’Intelligence Artificielle ou la biochimie, ce projet est toujours actuel. Or, nous le savons, Babel s’est écroulée.
Lorsque l’Esprit vient, il ne nous moule pas dans une langue unique, une pensée unique, une action unique : l’Esprit Saint, l’Esprit de l’Église n’est pas totalitaire. Au contraire, il exalte la diversité des langues, des esprits et des vocations – comme dit Saint Paul – pour en faire une harmonie, comme un orchestre, au service de la partition dirigée par Dieu : celle de la communion d’amour, de la vie éternelle, dans la joie, la lumière et la paix ; la Pentecôte des pentecôtes !

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