mardi 7 avril 2026

05 avril 2026 - CHAMPLITTE - Saint Jour de Pâques - Année A

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Seq. ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
Le texte de l’évangile que nous lisons à la messe est une traduction en français du texte grec officiel. Mais il existe également une autre version très ancienne en araméen – la langue de Jésus et des Apôtres. Il y a des chances pour que cette seconde version puisse nous apprendre beaucoup de choses.
 
Ainsi, dans l’évangile d’aujourd’hui, j’ai appris que, lorsque nous lisons en français : « Le premier jour de la semaine », l’araméen nous donne : « Le jour un de la semaine. » Cette manière de parler n’est pas simpliste, mais elle renvoie directement au premier jour de la création, dans le livre de la Genèse : le « jour un », est celui – vous le savez bien – de la création de la lumière que Dieu sépara des ténèbres.
Ainsi, le jour de la résurrection de Jésus est-il celui d’une nouvelle création à laquelle l’humanité à vocation à participer : il s’agit de la lumière d’une vie nouvelle séparée des ténèbres de la mort.
 
Un peu plus loin, nous lisons en français que, Jean étant arrivé le premier au tombeau, « en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ». La version araméenne nous dit : « Et il observa ; il vit les tissus de lin qui étaient mis là. » Le verbe « observer » qui a été utilisé se retrouve un peu plus loin, quand Marie-Madeleine pleure assise au bord du tombeau : « elle observait le tombeau » Or, ce même verbe est employé dans le Cantique des Cantiques pour signifier le regard amoureux du bien-aimée et de la bien-aimée.
Ainsi, que ce soit Jean – dont nous savons qu’il est le disciple bien-aimé de Jésus – ou que ce soit Marie-Madeleine, dont nul ne doute de l’affection pour Jésus, tous entretiennent avec lui une relation qui passe davantage par le cœur que par le cerveau. C’est une leçon pour nous : si nous voulons connaître Jésus vivant, il nous faut d’abord apprendre à l’aimer. Alors lui-même se révélera bientôt à nous, comme il le fera juste après pour Marie-Madeleine, et pour Saint Jean avec les autres Apôtres, au Cénacle.
 
Un peu plus loin, notre évangile dit que Pierre « s’aperçoit que les linges sont posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus ». Dans l’araméen, le terme qui a été traduit en français par « suaire » est le même que celui qui désigne le voile dont Moïse se couvrait la face après s’être entretenu avec le Seigneur tant au Mont Horeb que dans la Tente de la Rencontre. Il cachait son visage car il devenait rayonnant – comme à la Transfiguration. Il était éblouissant. Cela est raconté au Livre de l’Exode.
Ainsi nous apprenons que pour les chrétiens les plus proches de la réalité historique, les chrétiens de langue araméenne, ce suaire était marqué par le visage rayonnant de Jésus. Lorsqu’on connaît les caractéristiques d’exposition de l’image du Saint-Suaire de Turin et du Voile d’Oviedo, on est d’autant plus invité à observer ce mystère avec le cœur. Et pourquoi pas avec l’intelligence également.
 
Je pourrai continuer à faire des comparaisons entre nos deux versions de l’Évangile. Mais ces trois exemples suffisent pour ce que je veux dire maintenant. La foi chrétienne est fondée d’une part sur les Écritures – l’Ancien Testament – ici la Genèse, le Cantique des Cantiques et l’Exode, et d’autre part sur la réalité historique. L’Évangile de Jean n’est pas un roman, ni une fiction, ni une légende, mais un témoignage qui se veut véridique, pour que nous qui sommes éloignés dans l’espace et le temps, nous puissions croire à notre tour en Jésus ressuscité. Et bien sûr, la foi chrétienne est un don de Dieu, qui nous transperce le cœur et l’intelligence quand Jésus vivant se fait connaître à nous et que nous comprenons que l’Écriture et l’Évangile disent vrai.
 
Évidemment, si la résurrection de Jésus est une réalité, qui a même une dimension physique – et c’est bien le cœur de notre foi chrétienne – alors notre perception de l’univers et de nous-mêmes change radicalement. Et nous comprenons, et nous savons, que tous les sacrements sont des actes réels de Jésus vivant aujourd’hui. Le baptême fait vraiment entrer dans sa vie nouvelle ; la confirmation est vraiment une purification et une consécration qui nous permettent d’accéder à Dieu, et l’eucharistie est vraiment une communion au Corps et au Sang de Jésus, c’est-à-dire à la vie divine. Tel est le cadeau inestimable que les parents de Lise veulent lui offrir aujourd’hui : bénis soient-ils !

dimanche 5 avril 2026

04 avril 2026 - GY - Vigile Pascale - Année A

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;  Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps 18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
 
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
 
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus. La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
 
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles. C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse de Dieu. Et nous en faisons partie.
 
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du monde.

samedi 4 avril 2026

03 avril 2026 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit. Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne vont pas l’un sans l’autre.
 
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi, même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages, assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des gestes, des observations physiques.
 
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des « Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes des juifs qui croyons en Jésus.
 
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien : c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques. Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps, par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle extraordinaire !
 
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique, est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus, mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ; le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance, deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin : celui du Paradis.
 
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est pourquoi nous la vénérons.

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