dimanche 11 octobre 2026

11 octobre 2026 - AUTREY-lès-GRAY - 28ème dimanche TO - Année A

 Is 25, 6-10a ; Ps 22 ; Ph 4, 12-14.19-20 ; Mt 22, 1-14
 
Chers frères et sœurs,
 
Pour bien comprendre l’évangile d’aujourd’hui, il faut le lire sur trois niveaux, qui se superposent.
 
Le premier niveau est le plus évident. Jésus raconte l’histoire d’un roi qui a invité ses amis au banquet des noces de son fils. Saint Matthieu fait ici allusion à la nourriture qui était préparée au roi Salomon pour chaque jour : 3 tonnes de semoule, 6 tonnes de farine, 10 bœufs gras, 20 bœufs de pâturage, 100 moutons, plus des cerfs, des gazelles, des chevreuils et des volailles engraissées. C’est un banquet énorme. Mais les invités se fichent de l’invitation, et certains vont même jusqu’à tuer les serviteurs du roi qui viennent les chercher. On comprend que le roi est extrêmement déçu, au point qu’il se met en colère. Il reste que le banquet est prêt.
Alors le roi fait chercher tous les gens que ses serviteurs rencontreront jusqu’aux frontières du royaume, les bons et les mauvais, tous. C’est ainsi que la salle des noces est remplie. Évidemment, tout le monde s’est bien habillé pour aller à la fête organisée par le roi. Sauf un, qui n’a pas mis son costume. Cela fâche le roi, car c’est un manque d’éducation, une forme de mépris et de provocation à son égard. Alors, il le fait jeter dehors. Finalement, le roi avait invité beaucoup de monde, au début. Malheureusement, nombreux sont ceux qui – de leur propre faute – sont restés à l’écart de la fête, et c’est dommage ou tant pis pour eux. Voilà pour le premier niveau de compréhension.
 
Le deuxième niveau est celui du sens caché de la parabole. Jésus raconte l’histoire d’un roi, qui est celui du Royaume des cieux. Ce roi, c’est Dieu son Père. Dieu veut inviter ses amis aux noces de son fils. Ces amis, ce sont les membres de son peuple élu, les hébreux. Quand le repas est prêt, il leur envoie les prophètes pour les inviter à venir faire la fête avec lui. Mais nous le savons, les prophètes Isaïe, Élie, Ezéchiel, Jérémie, Osée… ou Jean-Baptiste, et bien d’autres, ont été mal reçus, moqués, persécutés et parfois tués. Car les hommes préféraient leurs propres affaires plutôt que d’écouter la Parole de Dieu et la mettre en pratique. Les hommes n’aiment pas beaucoup se convertir pour marcher vers la maison de Dieu. Alors Dieu se met en colère contre eux – et il envoie d’autres serviteurs pour aller chercher d’autres gens sur les chemins, jusqu’au bout du monde.
Ces autres serviteurs, ce sont les chrétiens : c’est nous. Nous sommes comme les prophètes, et nous sommes chargés d’inviter tout le monde au repas des noces de Jésus. Quand je dis « tout le monde », c’est « tout le monde » : les bons et les méchants, sans porter de jugement. Car il se trouve qu’ayant reçu l’invitation de Dieu, les bons et les méchants se sentent tellement honorés, qu’ils mettent leur vêtement de noces, leur costume – ils se convertissent – pour se rendre à la fête. On comprend ici que mettre son costume, c’est recevoir le vêtement blanc du baptême. Tout le monde peut être baptisé et recevoir le vêtement des noces pour aller à la fête du Royaume des cieux. Et justement, celui qui est trouvé au ciel sans le vêtement blanc, et qui refuse de le mettre, est jeté dehors. Parce qu’il refuse de reconnaître que le Roi des cieux, c’est Dieu. En fait, celui-là, c’est le diable, celui qui entraîne les hommes à rejeter Dieu et se trouve à la racine de tout mal.
 
Déjà le deuxième niveau de lecture de l’évangile nous concerne un peu, puisque nous en faisons partie. Mais il y a encore un troisième niveau de compréhension, encore plus caché. Celui-là, seuls les chrétiens peuvent le voir et le comprendre.
 
Quand le roi des cieux appelle ses invités à la noce, il fait sonner les cloches de l’église du village. Les premiers serviteurs, c’est le son des cloches : car c’est l’heure de la messe. Mais les habitants qui sont invités préfèrent rester dans leur lit, ou aller faire des courses, ou jouer à des jeux. La messe ne les intéresse pas. Et si jamais on les appelle : « Tu viens, c’est la messe ? » Ils raccrochent ou ils ferment leurs volets. Et si on insiste un peu, certains pourraient même sortir leur fusil…
Alors, puisque les cloches du village ne suffisent pas pour remplir l’église, on va chercher des gens de tous les villages, des gens de partout qu’on connaît et qu’on ne connaît pas. Des jeunes, des vieux, des bons, des méchants, peu importe. Mais le roi des cieux veut qu’il y ait du monde à la messe.
Et là, il est important d’être habillé avec l’habit des noces. Bien sûr, nous avons déjà parlé du vêtement blanc du baptême. Mais, pour la messe, il s’agit du vêtement blanc du cœur : celui de la pureté du cœur. Est-ce qu’on vient à la messe avec un cœur pur ? C’est-à-dire un cœur qui aime Dieu et qui aime son prochain ? Un cœur qui a envie d’aimer et d’être aimé ? Un cœur qui a envie de pardonner et de partager. Un cœur tout simple, un cœur d’enfant de Dieu.
Des fois, on ne sait pas très bien où on en est avec son cœur… C’est pourquoi on demande pardon à Dieu au début de la messe. Mais surtout quand on entend la parole du prêtre qui dit : « Heureux les invités aux noces de l’Agneau », on répond : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri. » C’est toi Seigneur qui me donne le cœur pur qui me permet de partager ton repas de fête avec toi. Donne-moi ton Esprit Saint.
Alors, on peut recevoir la jolie cerise qui se trouve tout en haut du gâteau des noces : la communion d’amour qui nous remplit du bonheur merveilleux du Royaume des cieux. 

dimanche 4 octobre 2026

04 octobre 2026 - VALAY - 27ème dimanche TO - Année A

Is 5, 1-7 ; Ps 79 ; Ph 4,6-9 ; Mt 21, 33-43
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous sommes toujours, comme dimanche dernier, dans le Temple avec Jésus. Et nous ne nous lassons pas de l’écouter poser ses énigmes aux prêtres et aux scribes. Il s’agit toujours du Royaume de Dieu et de la manière dont nous y participons.
Bien entendu, ici, le Royaume de Dieu c’est la vigne dont l’homme – c’est-à-dire Dieu – est le propriétaire. Nous voyons combien Dieu aime son Royaume : il l’entoure d’une clôture, c’est-à-dire qu’il la protège par des défenses angéliques ; il y creuse un pressoir car le fruit de la vigne est destiné à devenir du bon vin pour le repas des noces ; et il y bâtit une tour de garde – comprenons une réserve pour toutes les amphores : une cave bien gardée. Bien entendu, cette vigne c’est d’abord le Peuple de Dieu, Israël.
 
Nous apprenons que Dieu confie la gérance de sa vigne à des vignerons. Le texte dit précisément des « ouvriers qui cultivent la terre ». Ce sont donc des hommes, et non pas des anges. Adam avait été condamné à cultiver la terre. Qui sont ces hommes chargés de la bonification du peuple de Dieu ? : ce sont les prêtres et les anciens, ou les rois.
Très différents sont les serviteurs de Dieu qui sont envoyés à ces hommes pour se faire remettre le produit de la vigne, c’est-à-dire le bon vin. Ici il y a une ambiguïté chez saint Matthieu : ces serviteurs sont-ils des anges ou des hommes ? En fait, c’est entre-deux : ce sont les prophètes. D’ailleurs, comme tout bon prophète qui se respecte, ils sont frappés, tués ou lapidés. Les prophètes sont des hommes qui ont bénéficié de la vision de Dieu et qui portent sa parole, comme les anges. Tous sont des « serviteurs de Dieu ».
Après l’échec de la mission des prophètes, le Seigneur Dieu envoie son fils. Il s’agit de Jésus, bien sûr. À lui est réservé un traitement particulier : il est d’abord exclu de la vigne avant d’être mis à mort. Dans le cadre de la liturgie du Temple, Jésus est d’abord assimilé au bouc émissaire qui est chargé des péchés du peuple avant d’être chassé au désert, hors du Temple, hors de la vigne. C’est ainsi que Jésus a été mis en croix hors de Jérusalem. La mise en croix, pour un Juif, est une ignominie. Jésus, le Fils de Dieu, meurt donc dans une double réprobation : l’exclusion parce qu’il porte le péché du peuple, et la mort en croix réservée aux parias. On ne peut pas faire de refus plus net et plus dramatique à la volonté de Dieu. Il attendait le vin des noces, on lui renvoie le sang de son fils, l’époux des noces.
 
La suite est surprenante. Bien sûr, Jésus pose une question-piège à ses interlocuteurs : « Quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » La foule, la bouche en chœur, répond qu’ils passeront tous en cour martiale, et que le Seigneur donnera la vigne en gérance à d’autres. En fait, les auditeurs de Jésus disent que si telle ou telle famille de prêtres ou de rois ne convient pas, il suffit de transférer les pouvoirs à d’autres familles. Ainsi les zélotes voulaient se débarrasser des hérodiens et des saducéens pour transmettre la royauté et la grande prêtrise à d’autres clans, jugés plus fidèles à la Torah.
Mais Jésus surprend tout le monde en citant le Psaume 118 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » Il s’agit de l’annonce de sa résurrection. C’est-à-dire que ce fils de Dieu, exclu et condamné à mort par les vignerons, va ressusciter pour devenir lui-même le gérant de la vigne, éternellement. On change complètement d’espace-temps. C’est pourquoi Jésus ajoute : « Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. » La gérance de la vigne va être confiée à l’Église, qui est le corps vivant de Jésus lui-même. L’Église est une institution terrestre, certes, mais sa vie et son action sont déjà celles du ciel. Jésus ressuscité agit en elle, par elle, notamment dans l’annonce de l’Évangile et la célébration des sacrements. C’est ainsi qu’elle cultive la vigne et prépare le bon vin.
 
Pour terminer, je voudrais faire deux remarques importantes. Premièrement, dans la version araméenne de l’évangile, il y a tout un jeu avec le verbe saisir ou tenir : d’abord, le Maître fait tenir la vigne aux vignerons ; mais eux la délaissent pour saisir les serviteurs qui leur sont envoyés. Ensuite, ils veulent se saisir de l’héritage du fils et, pour ce faire, ils se saisissent du fils lui-même pour l’exclure et le tuer. Enfin, la vigne n’est pas tenue par d’autres vignerons mais par la nation, l’Église, qui lui fera produire du fruit. Les vignerons du départ se retrouvent les mains vides. Il est intéressant de voir que le Seigneur leur a confié des biens précieux : la vigne, les prophètes, le Fils de Dieu ; mais non, eux ils veulent saisir l’héritage : ils veulent pour eux-mêmes la propriété, la gloire de Dieu lui-même. Ce désir-là, cette jalousie, c’est celle du Satan, qui pervertit le cœur des hommes.
Mais, deuxièmement, il ne faudrait pas en conclure trop vite que seuls les prêtres et les anciens des Juifs sont condamnés par la parabole de Jésus. Nous autres chrétiens, par le baptême, la confirmation et l’eucharistie, nous avons été configurés au Christ prêtre, prophète et roi. Nous avons reçu un trésor immense. Notre responsabilité l’est tout autant. Elle l’est encore plus quand on est prêtre ou évêque. Assimilés aux anges, montés haut dans le ciel avec Jésus, nous pouvons tomber d’autant plus bas. Que le Seigneur ne cesse pas de nous vivifier et de nous bonifier par son Esprit, afin que nous demeurions dignes de la mission qu’il nous a fait la grâce de nous confier. 

dimanche 27 septembre 2026

27 septembre 2026 - PESMES - 26ème dimanche TO - Année A

 Ez 18, 25-28 ; Ps 24 ; Ph 2,1-11 ; Mt 21,28-32
 
Chers frères et sœurs,
 
Quand il propose sa parabole aux prêtres et aux anciens, Jésus se trouve dans le Temple de Jérusalem, Temple qui sur la terre représente le Ciel, où se trouve la Présence de Dieu. La discussion porte justement sur les conditions d’accès à la vie éternelle et à cette communion de Dieu.
 
L’homme qui envoie ses fils à sa vigne, c’est le Seigneur. Le premier fils refuse : on ne sait pas dès lors où il se trouve, jusqu’à ce qu’il se convertisse pour aller à la vigne. Il est dans un non-lieu : il est perdu. Mais, comme le fils prodigue, il se repend et revient à la vigne, c’est-à-dire à Jérusalem, au Temple, où il retrouve la Présence de son Père.
 
Pour le second fils, c’est plus compliqué. Il y a eu au cours de la transmission de l’évangile de saint Matthieu beaucoup de corrections successives.
Dans notre traduction, le problème a été radicalement simplifié : le second fils se révèle hypocrite : il dit obéir mais ne met pas sa résolution en pratique. Du coup la réponse des prêtres à la question de Jésus est évidente : le second fils ayant trahi sa parole, celui qui a fait la volonté du Père est bien le premier. Ils sont d’accord sur le jugement de la situation.
Cependant, dans les versions les plus anciennes de l’évangile, le second fils répond effectivement « Oui, Seigneur » - il appelle son Père « Seigneur », notez-le bien, et il « ne s’en alla pas », c’est-à-dire qu’il a bien obéi et est resté fidèlement travailler à la vigne. Du coup, à la question de Jésus : « Lequel a fait la volonté du Père ?  », bien entendu les prêtres et les anciens répondent : « Le second. » Mais c’est là que Jésus les piège et les surprend, car pour lui la conversion et le repentir ont priorité sur la fidélité.
 
Quand on apprend cela, nous sommes nous aussi un peu surpris et peut-être même scandalisés. Nous réagissons comme les ouvriers de dimanche dernier qui ont travaillé toute la journée à la vigne pour un denier, tandis que les derniers venus reçoivent également un denier comme eux. « C’est vraiment trop injuste ! », pensons-nous ! Et nous disons comme dans le livre d’Ezékiel : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne ! » Mais la volonté du Seigneur est la suivante : « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. » Telle est la logique de Dieu.
 
Cela nous laisse quand même un petit goût d’amertume. Comment celui qui est resté fidèle toute sa vie peut-il être ainsi relégué en deuxième division ? Le détail qui permet de comprendre la parabole de Jésus est dans la manière dont le deuxième fils appelle son père : il l’appelle « Seigneur ». Oui, ce fils est bien issu du Père, comme le premier, parce que le Père est créateur de tout et de tous, mais ce fils n’est pas un homme, c’est un « Serviteur du Seigneur » : c’est un ange. Voilà pourquoi dans les versions les plus anciennes de l’évangile, le second fils obéit parfaitement à son Seigneur et reste travailler à la vigne du Royaume des cieux. Mais le premier fils, l’homme pécheur qui se convertit et se repend, marchant à la suite de Jésus, passant par la mort et la résurrection, est élevé comme lui au-dessus des anges. Voilà l’évangile de Jésus, la volonté du Père, l’œuvre de l’Esprit Saint dans le monde.
 
Finalement, ce que Jésus reproche aux prêtres et aux anciens, c’est qu’ils tardent à se convertir et à se repentir alors que Jean-Baptiste a annoncé la venue de Jésus, le Messie de Dieu, le Rédempteur des hommes : nous sommes à la fin des temps, à la fin de la journée de travail : les pécheurs se sont convertis les premiers, mesurant l’opportunité extraordinaire d’un pardon inespéré, du magnifique salut qui leur est offert. Pensez à Marie-Madeleine et au bon Larron, qui à la dernière minute passe devant tout le monde : « Aujourd’hui, avec moi tu seras en Paradis ! » Mais ils tardent et risquent de rater le train ceux qui, aveuglés par leur orgueil, se croient les égaux des anges. Ils risquent de s’entendre dire par Jésus, au soir de leur vie : « Mon ami, je ne suis pas injuste envers toi. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour un denier ? Prends ce qui te revient, et va-t’en. » Voilà la chute des anges à l’œil mauvais, des démons, des jaloux et des rancuniers, et de ceux qui ne se réjouissent pas de la conversion des pécheurs, pour qu’ils vivent.
 
Chers frères et sœurs, je ne voudrais pas terminer ce petit mot par la chute des démons et de ceux qui leur ressemblent…, alors que Jésus vient d’enseigner que, par lui, la porte de la Jérusalem céleste était ouverte à tous ceux qui sont perdus dans les ténèbres et cherchent la lumière. À tous, le pardon est offert et avec lui la vie éternelle et la communion dans l’amour indéfectible de notre Père des Cieux. Ensemble avec tous les saints et tous les bons anges, soyons dans l’action de grâce. Amen.

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