dimanche 14 juin 2026

14 juin 2026 - MERCEY-SUR-SAÔNE - 11ème dimanche TO - Année A

 Ex 19,2-6a ; Ps 99 ; Rm 5,6-11 ; Mt 9,36 – 10,8
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans l’évangile, nous voyons Jésus parcourir les villes et les villages de Galilée, guérissant de nombreux malades, expulsant les esprits impurs et pardonnant aux pécheurs. Mais, devant l’affluence des gens et sa renommée grandissant, il constate avec douleur – il fut saisi de compassion – combien les brebis, sans berger et laissées à elles-mêmes, sont non seulement profondément blessées mais aussi très nombreuses, alors que l’heure de la moisson – c’est-à-dire l’Heure du jugement, approche.
 
La première chose que Jésus demande à ses disciples, c’est de prier : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Retenons bien cela : la prière est première. Exauçant cette prière, Jésus – dont nous savons par l’évangile de Luc qu’il passe lui-même la nuit en prière sur la montagne avant d’appeler ses apôtres – choisit donc douze parmi ses disciples. On ne devient pas Apôtre par soi-même, mais on est appelé par Jésus, à sa prière et à la prière de l’Église.
À ces Douze, Jésus confie sa propre mission. C’est comme si, dans ses Apôtres, Jésus se clonait lui-même : « Proclamez que le royaume des Cieux est tout proche, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » Ce n’est pas tant que les Apôtres imitent Jésus, mais c’est Jésus qui agit par eux, par son Esprit qui leur a été donné : « Vous avez reçu gratuitement ; donnez gratuitement. » En effet, les dons de l’Esprit Saint sont au-delà de toute valeur : ils ne peuvent être que gratuits.
Nous voyons donc se dessiner le profil de l’Apôtre : il prie, il annonce le Royaume des cieux, et il en exerce la puissance, par les guérisons, les exorcismes, etc. L’Apôtre est donc prêtre, prophète et roi. Par l’Esprit Saint, Jésus le véritable prêtre, le véritable prophète, le véritable roi, agit dans son disciple devenu Apôtre pour manifester le Règne de Dieu déjà présent et à venir. Le tout gratuitement.
Mais, chers frères et sœurs, ne vous souvenez-vous pas que lors de notre baptême nous avons été configurés à Jésus prêtre, prophète et roi ? Le baptême nous élève au rang de disciple choisi par le Seigneur. Lorsque nous agissons en chrétien – comme il convient, puisque c’est notre vocation – par l’Esprit Saint Jésus agit lui-même en nous. Aujourd’hui-même, par nous, il manifeste son Royaume. Le baptême et le don de l’Esprit réalisent la prophétie du Seigneur faite à Moïse, sur la montagne : « Vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. »

Cependant, je voudrais faire trois observations.
 
La première est que Jésus appelle ses Douze Apôtres par leur nom. Ils sont chacun très différents. Par exemple Philippe porte un nom d’origine grecque, tandis que Barthélemy – Bar Talmaï – est typiquement hébreu. Matthieu est publicain, c’est-à-dire à l’exact opposé des opinions politiques de Simon le zélote... Nous savons que Pierre n’est pas réputé pour sa force de caractère, à l’inverse de Jacques et Jean, surnommés les « fils du tonnerre » ! Autrement dit, le fait d’appartenir au groupe des Douze, de partager la même vocation et le même Esprit Saint, n’efface pas la diversité des cultures, des opinions, ou des caractères. Unité dans la diversité, telle est la marque du Saint Esprit de Dieu.
 
La deuxième observation est que Jésus met en garde ses disciples : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » Les commentateurs sont très ennuyés avec cette injonction de Jésus. Certains s’en sortent en expliquant qu’elle ne valait que pour le temps de la vie publique de Jésus, mais évidemment, après sa résurrection, la mission doit évidemment s’étendre au monde entier. D’autres font observer que si saint Matthieu a noté cet ordre de mission dans son évangile, c’est qu’il l’a écrit avant que les disciples soient dispersés chez les païens et les samaritains à cause de la persécution d’Étienne et des chrétiens de langue grecque, c’est-à-dire vers l’an 36. Les autres évangélistes ont écrit leur évangile après cet événement, et c’est pourquoi ils ne transmettent pas cet ordre de mission restrictif aux seuls juifs. Mais on pourrait lire également que Jésus met en garde ses disciples – à quelque époque ils appartiennent – contre le « chemin des païens », c’est-à-dire la philosophie ou l’adoration des idoles, et les mœurs dissolues. Et de même « contre les Samaritains », c’est-à-dire ceux qui ne veulent pas partager la même foi : il est tellement plus facile de se constituer sa petite croyance personnelle que de demeurer fidèle à l’unique foi reçue des Apôtres. Jésus préfère attirer notre attention sur les « brebis perdues de la maison d’Israël », c’est-à-dire sur les innocents qui sont des fils et des filles de Dieu, mais qui sont éparpillées, isolées, fragiles, sans protecteur, sans berger. Ces brebis sont en attente de l’Évangile de Jésus-Christ, qui est leur sauveur.
 
Enfin, dernière observation, qui n’est pas sans importance. J’ai expliqué qu’en vertu de notre baptême, nous étions tous configurés à Jésus prêtre, prophète et roi, et que nous formions un peuple de prêtres. Et c’est vrai ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous sommes réunis pour célébrer l’eucharistie. Mais Jésus a choisi Douze au milieu de dizaines si ce n’est de centaines de disciples. Il les a institués selon un choix libre, à l’issue de sa prière et de celle de tous ses disciples. Car l’Église est un corps, si ce n’est hiérarchisé, du moins structuré selon la volonté de Dieu. L’Église n’est pas une république : elle est un corps où les membres ont des fonctions différentes, et parmi eux, certains ont la fonction de l’unité et de l’articulation du corps. Tels sont les apôtres : des bergers pour l’ensemble des brebis, qui agissent au nom de l’unique Berger, notre Seigneur Jésus-Christ.

dimanche 7 juin 2026

07 juin 2026 - CHAMPLITTE - Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année A

 Dt 8, 2-3.14b-16a ; Ps 147 ; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans son enseignement, donné à la Synagogue de Capharnaüm, Jésus affirme qu’il est le « Pain vivant qui est descendu du ciel » et « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il se compare explicitement à la manne qui a été donnée par Dieu aux Hébreux pour survivre alors qu’ils marchaient dans le désert, durant l’Exode, durant les quarante années qui séparèrent leur sortie d’Égypte de leur entrée dans la Terre promise.
 
Pour comprendre cet enseignement, il faut savoir que parmi les juifs vivant à l’époque de Jésus, il y avait plusieurs courants spirituels. Certains, comme les saducéens ne croyaient pas à la résurrection et avaient donc une conception de la Terre promise très matérielle ; de même les zélotes attendaient un Messie politique qui libérerait la Judée occupée par les romains, pour rétablir la Terre promise telle qu’elle était autrefois du temps de David, par exemple.
En revanche, pour d’autres juifs qui croyaient à la résurrection et attendaient un Messie venant du ciel, la promesse était tout à fait différente. Ils attendaient un nouveau prophète comme Moïse qui les libérerait de l’Égypte de la vie présente pour les conduire, par un nouvel Exode, jusqu’à la nouvelle Terre promise du Ciel. Pour ces juifs-là, la question est de savoir si Jésus est bien ce nouveau Moïse envoyé par Dieu, qui les conduira vers le Ciel. Dans cette perspective, durant ce nouvel Exode, le nouveau Moïse devrait donc nourrir le peuple élu par une Manne particulière.
C’est exactement dans cette tradition spirituelle que se situe Jésus. Il se présente en même temps comme le nouveau Moïse : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair » et comme la nouvelle Manne : « Moi je suis le pain vivant. »
 
Pour nous, chrétiens, nous comprenons que, par le baptême, nous avons été libérés d’Égypte ; nous sommes le peuple élu conduit par Jésus le nouveau Moïse, le Bon Berger, jusqu’à la véritable Terre promise qu’est le Ciel. Et sur ce chemin qui va durer les quarante ans de notre vie, il nous nourrit de la Manne, c’est-à-dire de son Corps et de son Sang.
Souvenons-nous, comme nous l’a rappelé la première lecture, que l’Exode dans le désert était synonyme de pauvreté, de faim et de soif, et de multiples dangers. La manne était la nourriture vitale, qui venait de Dieu seul « pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » C’est-à-dire que la vie véritable de l’homme, et son bonheur, ne viennent pas des choses de la terre, mais ils viennent de Dieu seul.
À Capharnaüm Jésus dit la même chose : il est lui-même la Parole de Dieu ; il est lui-même la Vie véritable qui vient de Dieu, et sans lui, il n’est pas possible de vivre de la Vie éternelle : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »
Nous comprenons la nécessité vitale pour nous de manger ce pain. Et c’est si vrai que Jésus, en enseignant le Notre-Père à ses disciples, leur a enjoint expressément de demander ce pain dans leur prière : « Donne-nous notre pain de ce jour. » Nous pouvons aussi traduire : « Donne-nous notre pain, pour pouvoir vivre aujourd’hui », ce qui correspond exactement à la manne, distribuée par Dieu, chaque jour dans le désert, au petit matin.
 
Nous avons bien compris que le pain et le vin dont parle Jésus, qui sont son Corps et son Sang, sont les saintes espèces eucharistiques : le pain et le vin consacrés. Ils sont la Manne du nouvel Exode qui conduit au Ciel. Sans eux, il n’est pas possible de survivre dans le désert « vaste et terrifiant » du monde présent.
Les premiers chrétiens le savaient très bien. Lors d’une persécution en l’an 304, où la célébration eucharistique était strictement interdite, les chrétiens d’Abitène en Tunisie furent surpris en train de la célébrer. Face au juge, sachant qu’ils étaient passibles de mort, ils répondirent : « Sine dominico, non possumus », c’est-à-dire : « sans la célébration dominicale – sans l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. » Ils avaient bien compris que la vraie Vie était donnée par Dieu dans le Saint Sacrement, et que la persécution était de l’ordre de l’attaque des serpents brûlants et des scorpions.
Aujourd’hui, il en va de même pour nous : nous ne pouvons pas vivre en ce monde sans l’Eucharistie qui nous donne la force de marcher, à la suite de Jésus et avec lui, jusqu’au Ciel. « Donne-nous, Seigneur, notre pain de ce jour ! » Amen.
 

lundi 1 juin 2026

31 mai 2026 - COURCUIRE - La Sainte Trinité - Année A

 Ex 34, 4b-6.8-9 ; Dn 3 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Jean l’affirme : le dessein de Dieu le Père c’est que l’homme obtienne la Vie éternelle, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Pour que cela soit possible, le Père a donné son Fils unique, Jésus, qui est mort sur la croix et ressuscité le troisième jour. Celui qui croit en Jésus ressuscité, comme les Apôtres à la Pentecôte, reçoit déjà maintenant cette Vie éternelle. Ainsi la porte du Ciel est ouverte à qui veut bien y entrer.

Saint Paul ne dit pas autre chose, dans sa bénédiction : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient toujours à avec vous. » En effet, la « grâce du Seigneur Jésus-Christ » c’est le pardon, la réconciliation avec Dieu qui nous permet de recevoir l’Esprit Saint, la Vie éternelle. « L’amour de Dieu », c’est la volonté du Père que nous les hommes soyons réconciliés avec lui et que nous obtenions la Vie éternelle. Et la « communion du Saint-Esprit » c’est cette Vie éternelle qui est communion avec Dieu mais aussi entre tous les saints, inséparablement. Nous le savons, le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte est le souffle de vie de l’Église, qui est communion.

Saint Jean et saint Paul parlent donc de la même chose. Le premier met l’accent sur une Vie éternelle céleste ; le second rappelle que cette Vie éternelle est déjà commencée dans l’Église. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est que Moïse a déjà vécu cette communion, de manière prophétique.
 
Pour commencer, Dieu se définit lui-même comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Nous retrouvons « l’amour de Dieu » dont parlait saint Paul, la volonté de Dieu que l’homme soit réconcilié avec lui et obtienne la Vie éternelle. Cette Vie éternelle est présente de deux manières distinctes : d’abord dans la nuée par laquelle le Seigneur se rend présent auprès de Moïse - nuée mystérieuse dont on sait qu’elle est lumineuse de nuit, nuée qui annonce le feu de la Pentecôte. Ensuite, la Vie éternelle est donnée dans les deux Tables de la Loi avec lesquelles Moïse va descendre de la montagne. La Loi est celle de l’alliance entre Dieu et son peuple et entre les membres du peuple entre eux. La Loi est une loi de communion. Pour nous chrétiens, nous pouvons comprendre que l’Esprit Saint est notre Loi nouvelle, ou plus exactement que le cœur de la Loi de Moïse c’est déjà l’Esprit Saint, l’Esprit de communion dans l’amour.

Mais il manque la « grâce du Seigneur Jésus-Christ », comme dirait saint Paul. Où est Jésus dans l’expérience de Moïse ? Moïse lui-même est la préfiguration de Jésus. Comme Jésus ressuscité, Moïse se lève de bon matin ; comme Jésus monte au Ciel lors de son Ascension, Moïse monte sur la montagne du Sinaï. Comme Jésus dans la gloire de Dieu s’assoit à la droite de son Père. Moïse est baigné dans la nuée de l’Esprit Saint et se trouve en présence de Dieu. Or quelle est la prière de Moïse à ce moment ? « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés et tu feras de nous ton héritage. » Cette prière, n’est-ce pas la prière que fait Jésus tous les jours pour nous ? Vous voyez bien qu’il y est question de grâce, de pardon et de communion entre Dieu et son peuple. Moïse anticipe Jésus ; Jésus est le nouveau Moïse, qui fait entrer dans la Terre promise du Ciel. Tout se tient : et c’est le même Dieu.
 
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces observations ? J’en vois deux essentielles.

La première est que Dieu est inséparablement Père, Fils et Saint-Esprit. Dieu le Père donne son Fils Jésus pour que par sa grâce, son Esprit de Vie nous soit donné. Mais l’Esprit est celui du Père : c’est sa communion d’amour. Et c’est aussi la Vie du Fils, qui a témoigné de cet amour en donnant sa vie pour nous sur la croix. Le Père qui est invisible se rend visible en son Fils, à ceux à qui l’Esprit donne de le voir. C’est comme un Rubik’s Cube: vous pouvez le tourner dans tous les sens, le Père, le Fils et l’Esprit sont inséparables : trois personnes distinctes, ils sont pourtant un dans la même divinité.

La seconde conclusion est également inséparable de la première. C’est que si le Père a donné son Fils, c’est pour que nous recevions l’Esprit Saint. La volonté du Père est que nous participions à sa divinité. Et cela s’est déjà manifesté dans la révélation qu’il a faite à Moïse au Mont Sinaï, qui préfigurait l’ascension de Jésus au Ciel. Comprenons bien cette affaire : Dieu a toujours voulu nous faire participer à sa Vie éternelle ; il s’est révélé pour cela ; il a donné son Fils Jésus pour cela. Mais ce qu’il a fait pour Moïse, ce qu’il a fait pour les Apôtres à la Pentecôte, dont témoignent Jean et Paul : il le fait aussi pour chacun de nous maintenant.

Si le prêtre comme Moïse monte sur la montagne à l’autel pour prier Dieu notre Père au nom de Jésus-Christ, pour que son Esprit Saint vienne sur le pain et le vin, c’est pour que nous recevions la Vie éternelle en communion. Rien n’a changé : c’est toujours la même histoire. La Trinité n’est pas incompréhensible, c’est le mouvement qui anime la messe et toute notre vie. Car si un homme comme Moïse peut entrer dans la gloire de Dieu au Sinaï, pourquoi cela n’arriverait-il pas à chacun d’entre nous aujourd’hui, si le Seigneur nous en fait la grâce ? Mais déjà nous y sommes dans la gloire de Dieu, puisque nous sommes réunis dans l’Église, avec tous les saints.

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