Jl
2, 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5, 20 - 6, 2 ; Mt 6,1-6.16-18
Chers
frères et sœurs,
Le
Seigneur a besoin de nous pour nous sauver. Il a besoin que nous coopérions à
sa grâce pour bénéficier de plus de grâce encore, jusqu’au bonheur
suprême : la communion d’amour dans la vie éternelle. Avez-vous observé,
dans les textes que nous avons entendus, les deux mouvements qui les
animent ?
Le
premier mouvement est particulièrement bien exposé dans le psaume :
« renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit » ;
« ne me reprends pas ton esprit saint » ; « Rends-moi
la joie d'être sauvé ». Ici, le priant se souvient de la grâce dont il
bénéficiait avant son péché. Il fait mémoire des jours heureux où l’Esprit
Saint habitait dans son cœur. De même, le prophète Joël se plaint des insultes
des païens : « Où donc est leur Dieu ? », parce
qu’il éprouve aujourd’hui l’absence du Seigneur et la faiblesse du peuple en
raison de son péché, alors qu’hier, Dieu était présent et protégeait son peuple,
lui donnait la force nécessaire pour vivre.
Dans
cette situation où le péché a tout détruit : absence de Dieu, de son
Esprit Saint, perte de la force de vivre, soumission aux puissances étrangères,
l’homme prie et fait pénitence. Pour deux raisons : la première est qu’en
se souvenant des jours heureux il espère qu’il pourra les revoir un jour – il
croit que le Seigneur peut faire cela pour lui ; et la seconde raison,
c’est que l’Esprit Saint lui-même, de manière invisible et pour ainsi dire
insensible, le pousse intérieurement à la prière et à la pénitence. Or le
Seigneur a besoin, il attend, cette espérance de la réconciliation et cette foi
inspirée par l’Esprit Saint, pour accorder sa miséricorde, son pardon – et avec
lui la communion retrouvée. Souvenez-vous du fils prodigue : « Père,
je ne suis plus digne d’être appelé ton fils… » ; mais voilà que
le père le couvre de baisers et le revêt du plus bel habit : « Tu
es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. »
Le
second mouvement est évoqué par Jésus. Il n’est pas ici question de souvenir de
jours heureux, de péché et de réconciliation, mais de « devenir des
justes ». Bien entendu, « devenir juste » suppose qu’on ne
l’est pas – qu’on est pécheur – et que l’on souhaite la réconciliation avec
Dieu, la « justice de Dieu ». Mais on peut aussi comprendre que –
pour des disciples de Jésus qui a priori n’ont pas besoin de
réconciliation – il s’agit de « monter plus haut » en désirant
devenir des saints. Ainsi Jésus, à ceux qui désirent « devenir des
justes », promet-il une « récompense, pour vous, auprès de
votre Père qui est aux cieux. » Comprenons que la récompense n’est pas
un acquis parce qu’on est disciple de Jésus, mais qu’elle est le fruit d’une
prière et d’une vie conformes à l’attente du Seigneur.
Jésus
décrit cette prière et cette vie en termes d’aumône, de prière et de jeûne –
dans le secret. En effet, l’homme pécheur qui espère une réconciliation n’est
généralement pas très orgueilleux quand il mendie son pardon... En revanche,
celui qui désire devenir juste risque fort de pécher par orgueil. Il obtiendrait
ainsi l’inverse de ce qu’il souhaite : la chute plutôt que la
gloire ! L’homme pécheur a cette force en lui qui est celle de l’humilité,
laquelle risque fort de manquer à celui qui veut devenir juste.
Le
remède à ce risque est donné par Jésus : l’aumône sans calcul ; la
prière dans le secret ; le jeûne caché. L’aumône est un acte extérieur,
qui engage nos moyens, nos richesses, petites ou grandes, à notre mesure. La
prière est un acte intérieur qui engage notre âme, notre esprit et notre
intelligence. Elle est mémoire des dons reçus de Dieu et espérance de ses
promesses. Et le jeûne est un don de tout nous-mêmes : corps et âme.
Sommes-nous prêts à tout donner – jusqu’à nous-mêmes, toute notre vie – au Seigneur
notre Dieu ? Ce n’est pas si évident, à bien y réfléchir.
Cependant
le Seigneur n’attend pas que nous fassions de grandes choses en matière
d’aumône, de prière et de jeûne : qui serait assez fou d’orgueil pour
prétendre acheter les dons de Dieu avec des moyens humains ? Mais le
Seigneur voit les intentions du cœur. Le roi David a voulu construire un Temple
pour le Seigneur ; le Seigneur lui a donné bien plus en récompense :
une royauté éternelle. Sainte Thérèse de Lisieux enseignait la petite voie de
Jésus, où un petit acte ordinaire fait avec amour, obtient de la part du
Seigneur une réponse extraordinaire – pas tant pour soi que pour le monde pour
lequel nous prions.
On
mesure donc, chers frères et sœurs, combien le Seigneur a besoin de nous, que
ce soit pour nous accorder son pardon si nous sommes pécheurs, ou que ce soit
pour nous donner, et donner au monde, des grâces extraordinaires, la justice,
si nous avons le désir d’une sainteté plus grande. Dans les deux cas, c’est
l’œuvre de l’Esprit Saint en nous qui nous pousse à monter vers la maison de
notre Père qui est aux cieux, et nous fait ressembler à Jésus qui donne tout et
sa vie même pour le salut du monde. Puissions-nous, durant ce temps de carême,
être attentifs et réceptifs à l’action de l’Esprit Saint dans nos cœurs, pour
mieux aimer Dieu et nos frères.