Ex 17, 3-7 ; Ps 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42
Chers frères et sœurs,
Lorsqu’on organise une élection, on procède par mode de « scrutin ». De quoi s’agit-il ? Un scrutin, c’est l’examen des pensées réelles d’une population et le dévoilement de ce qui est caché. Par exemple, aux municipales, dans un village, le vote permet de « scruter » les villageois et de savoir combien sont pour untel et combien sont pour tel autre. L’examen de la population et le dévoilement de sa volonté ont un effet positif et un effet négatif. Positif pour celui qui est élu, avec la majorité ; et négatif, bien sûr, pour celui qui n’a recueilli que peu de voix. Mais telle est la réalité.
Il en va de même entre Jésus et la samaritaine. Jésus « scrute » le cœur de la samaritaine, il l’examine et il dévoile ce qui en elle est caché, pour le meilleur et pour le pire. Le pire – c’est-à-dire le côté négatif du scrutin – ce sont les cinq maris et celui qui n’est pas son mari. Elle avait quand même osé confesser à Jésus qu’elle n’avait pas de mari… Comprenons bien que dans la société de l’époque, même en Samarie, cette situation n’était pas très acceptable. Mais – nous verrons pourquoi tout à l’heure – Jésus n’y accorde pas tant d’importance.
Ce qui l’intéresse, c’est le meilleur de son cœur, le côté positif. Elle est venue au puits pour puiser de l’eau, pour boire. Et l’idéal, c’est qu’elle ait l’eau vive dont parle Jésus. On comprend bien qu’elle ne rêve pas de l’eau potable au robinet, mais qu’il s’agit d’une recherche beaucoup plus profonde. Cette femme, avec ses six bonhommes successifs, n’a pourtant pas trouvé l’eau vive d’un amour inépuisable – et c’est cela qu’elle cherche de tout son cœur, dont elle a soif de tout son cœur.
Pour comprendre cela, chers frères et sœurs, il faut savoir que, dans l’Ancien Testament, les histoires d’amour commencent très souvent au bord d’un puits. C’est là que les hommes peuvent rencontrer les femmes. Ainsi Rébecca et Isaac, Rachel et Jacob, Cippora et Moïse… ce sont des histoires de puits. En fait, au bord du puits, Jésus devient comme le septième mari de la samaritaine : il est le mari parfait.
On va donc au cœur du sujet : la discussion entre la femme et Jésus porte ensuite sur le lieu où il faut adorer Dieu : sur le mont Garizim, où se trouve le temple des Samaritains ; ou bien sur la montagne de Sion, à Jérusalem où se trouve le Temple des Judéens ? Où est la véritable adoration de Dieu ? Les Samaritains sont des Juifs qui n’ont qu’une partie de l’Ancien Testament : la Loi ; tandis que les Judéens – que nous appelons les Juifs – ont la Loi et les Prophètes. Plus encore, les Samaritains, au fil de leur histoire, se sont alliés avec des nations païennes – ils se sont mariés avec des peuples qui adoraient d’autres dieux. Et voilà nos cinq maris et le bonhomme qui n’est pas un mari. La samaritaine représente tout son peuple, qui s’est allié avec des nations étrangères. Mais ce n’est pas satisfaisant pour elle : la samaritaine, le peuple samaritain, aspirent toujours au seul véritable mari, à son seul et véritable amour : le Seigneur Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, que tout à coup elle reconnaît en Jésus. Et Jésus le lui confirme : « Je le suis, moi qui te parle. » Il rappelle son nom, le nom donné à Moïse : « Je suis. »
Alors, chers frères et sœurs, à quoi a servi le scrutin ? Pour la samaritaine, il lui a dévoilé qu’au plus profond de son cœur, elle désirait son véritable mari, le Seigneur son Dieu. Jésus lui en a-t-il voulu ou tenu rigueur de ses maris précédents ? Non. Simplement ils ont constaté qu’elle n’était pas heureuse. Il lui a offert sa libération : l’eau vive qui jaillit pour la vie éternelle. De nombreux samaritains ont compris cela eux aussi et sont devenus chrétien. Mais c’est également une leçon pour les Juifs, qui pourrait se targuer eux, d’être restés fidèles, et pour les disciples : dans le cœur de Dieu, dans le cœur de Jésus, il y a toujours de la place pour une samaritaine. Et une place de choix, gagnée au bord d’un puit !
Alors voilà, aujourd’hui Jade vit une nouvelle étape sur le chemin de son baptême. Cette étape s’appelle justement un « scrutin ». La question de Jésus est : « Jade, m’aimes-tu ? » La réponse n’est pas tellement dans des mots : elle est surtout dans le secret de son cœur. Mais aujourd’hui ce secret est rendu visible, à elle-même et à nous tous, par le simple fait que Jade est venue jusqu’ici, aujourd’hui, dans l’église, dans la maison de Jésus. Sa réponse, c’est sa présence qui dit : « Oui, Seigneur, je t’aime, et la preuve, c’est que je suis là. »
La leçon vaut pour nous tous qui sommes baptisés, parfois de longue date. Avons-nous bien réalisé que nous avons été baptisés sur un baptistère – n’est-ce pas ? Hé bien un baptistère, c’est un puits où nous avons rencontré l’amour de notre vie. L’eau qui a coulé sur nos fronts, « au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit… », c’était justement celle de l’Esprit Saint, vivifiant, rafraîchissant, désaltérant, apaisant... L’Esprit Saint, c’est lui l’eau vive inépuisable promise et donnée par Jésus. Puisque nous avons cette Eau, chers frères et sœurs, rendez-vous compte du bonheur que nous avons d’être chrétiens !