lundi 2 novembre 2026

02 novembre 2026 - SOING - Commémoration des fidèles défunts

 Sg 3, 1-6.9 ; Ps 26 ; 1 Co 15, 51-57 ; Jn 6, 37-40
 
Chers frères et sœurs,
 
La première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, nous rappelle que notre foi, comme celle des Juifs, nous assure que notre Dieu fera justice à tous ceux qui durant leur vie lui seront restés fidèles : « Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus. »
 
Justement, le psaume est le chant d’espérance de celui qui a cette foi, jusque dans les grandes épreuves ; il crie : « Écoute, Seigneur, je t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » Mais aussitôt il ajoute, faisant un acte de foi : « j’en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants », et il s’encourage dans sa prière : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. » C’est bien une caractéristique des chrétiens que de prier la nuit, et d’être ainsi comme une lumière d’espérance dans l’obscurité, comme une bougie qui claire dans une église.
 
Il est vrai, et saint Paul nous l’affirme dans sa Lettre aux Corinthiens, que « tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin d’œil, quand à la fin, la trompette retentira. » Saint Paul évoque ici la résurrection.
Avez-vous observé qu’entre le moment présent et celui de la résurrection, il n’y a que le temps d’un clin d’œil ? Dans nos vies, passer de l’obscurité à la lumière, peut – avec la grâce de Dieu – ne prendre qu’une demi-seconde. C’est ce qui est arrivé à Paul, sur le chemin de Damas. Avant, il était persécuteur de chrétiens ; après, il était Apôtre du Seigneur Jésus. Le même Paul ; le même chemin, mais entre les deux il y a eu le temps d’un clin d’œil : « Qui es-tu Seigneur ? – Je suis Jésus, celui que tu persécutes. » Et voilà. On pourrait dire qu’il y a un mur ou un abîme entre notre monde et celui de la résurrection. En fait, il n’y a rien qu’un voile ténu à retirer, par un souffle de vie éternelle. Deux fois rien qui change tout.
Paul, qui est un juif pieux, connaissait cette parole de Dieu, transmise par le prophète Isaïe : « [le Seigneur] fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé. » Et celle-ci transmise par le prophète Osée : « Vais-je les libérer de l’emprise des enfers, les racheter de la mort ? Mort, où est ta pestilence ? Enfers, où est votre fléau ? » Oui, le Seigneur sauve, c’est d’ailleurs la signification exacte du nom de Jésus : « le Seigneur sauve » ; il nous sauve en nous dévoilant de la mort, et nous transformant – en un clin d’œil – dans sa propre résurrection. Il nous fait entrer dans sa lumière pour la vie éternelle.
 
Lorsque, maintenant, nous écoutons Jésus nous dire : « la volonté de Celui qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour », cela nous réconforte car Jésus parle comme le Livre de la Sagesse, le Psaume et saint Paul quand il s’adresse aux Corinthiens. Et nous pensons au dernier jour. Comme nous sommes tous culturellement des fils et des filles de saint Augustin, nous pensons immédiatement au péché, au jugement, au paradis et à l’enfer, et notre espérance est comme voilée par une ombre d’inquiétude : et si mon péché était plus fort que sa grâce… ?
Mais, chers frères et sœurs, le danger est de lire cet extrait de l’évangile de Jean en dehors de son contexte. Au moment où il dit cela, Jésus vient de faire la multiplication des pains et il est en train d’expliquer aux foules : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel » ; « Je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » Il ne dit pas « celui qui vient à moi » au ciel ou au dernier jour, mais « celui qui vient à moi » maintenant, pour communier. Jésus est descendu du ciel ; il s’est fait chair ; il s’est fait pain ; pour que celui qui vient communier en voyant que cette Hostie c’est Jésus, et en croyant qu’elle est Jésus, il ait la vie éternelle – maintenant. À celui-là Jésus promet qu’il le ressuscitera au dernier jour. Et il lui promet deux fois : « Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
 
Le clin d’œil dont parlait saint Paul, chers frères et sœurs, c’est quand on communie : on passe d’un monde à l’autre, des ténèbres à la lumière, de notre pauvre vie à la vie éternelle, ici et maintenant. C’est le don de l’amour de Dieu pour nous. On peut alors relire – un peu différemment – cette phrase du Livre de la Sagesse : « Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. »

dimanche 1 novembre 2026

01 novembre 2026 - DAMPIERRE - Solennité de Tous les saints - Année A

Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Avez-vous remarqué que le psaume et l’Apocalypse, l’Ancien et le Nouveau Testament, évoquent la même réalité céleste ? Il est question de monter sur une montagne sainte ou bien auprès du Trône de Dieu ; on s’y tient le cœur pur, les mains innocentes, ou bien marqué du sceau du baptême, revêtu d’une robe blanche ; là le Seigneur Dieu donne sa bénédiction, sa justice ; il est Dieu de gloire et de sagesse, de puissance et de force. Autour de lui se trouve le peuple de ceux qui le cherchent, mais aussi les Anciens et les Vivants, tous les anges et les martyrs.
Cette vision de la réalité céleste est typique d’une vision prophétique. C’est en ayant cette vision qu’un homme devient prophète, qu’il peut ensuite parler et agir au nom de Dieu, puisque Dieu a illuminé son cœur, son intelligence, et l’a rempli de justice, de la force de son Esprit Saint. Ainsi Moïse, Ezéchiel et bien d’autres, sont devenus prophètes.
 
Si on a bien compris cela, l’évangile d’aujourd’hui – celui des Béatitudes – prend une coloration toute particulière. En effet, nous y retrouvons la montagne en haut de laquelle Jésus s’assied. Il est entouré de ses disciples comme Dieu sur son trône était entouré des Anciens. Là Jésus ouvre la bouche : son enseignement a la même valeur et la même puissance qu’au Sinaï ou que dans une vision prophétique. En donnant son enseignement, il illumine l’intelligence de ses disciples et par sa bénédiction « Heureux êtes-vous… ; Réjouissez-vous… » il leur donne la puissance de l’Esprit.
En somme, Jésus fait de ses disciples des prophètes. Et c’est bien pourquoi il termine son discours en disant : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » Je me demande encore pourquoi les liturgistes ont supprimé la dernière phrase, qui fait mention des « prophètes qui vous ont précédés » : c’est la clé de la compréhension du discours de Jésus… ! Jésus fait de ses disciples des prophètes.
 
On pourrait se dire : « Ils ont bien de la chance, les disciples, d’avoir été avec Jésus sur la montagne, et de devenir des prophètes ! » C’est sûr, mais nous, nous avons encore plus de chance qu’eux. Nous aussi, nous sommes prophètes. C’est la liturgie qui nous l’apprend.
Nous sommes venus dans l’église comme on vient sur la montagne. Et pour bien signifier cela, l’autel de Dieu, le trône de Dieu, se trouve élevé dans le chœur de l’église et sur des marches. Tout le rituel liturgique, comme les bougies, l’encens, les vêtements, le chant... signifient que ce que nous voyons ne sont pas des réalités terrestres mais des réalités célestes. La liturgie dévoile les réalités du ciel sur la terre ici et maintenant. Par la proclamation de l’Évangile, nous sommes en présence du Seigneur et de son enseignement – et nous recevons le même que celui qui fut reçu par les disciples sur la montagne ; et c’est aussi le même enseignement reçu par saint Jean, ou par le roi David, le rédacteur traditionnel des psaumes : le roi-prophète. Sur la montagne se présentaient ceux qui avaient le cœur pur ou qui étaient revêtus du vêtement blanc. Nous aussi, au début de la messe nous nous repentons de nos péchés pour purifier nos cœurs, et nous nous souvenons que nous avons été revêtus du vêtement blanc du baptême.
La messe, chers frères et sœurs, fait de nous des prophètes. Nous n’en repartons pas sans avoir reçu la bénédiction du Seigneur, et plus encore : sa communion qui nourrit notre âme et notre corps, le rayon de lumière divine qui illumine notre esprit et nous donne la paix.
 
Dans son discours sur la montagne, Jésus a dressé le portrait-robot d’un prophète. Ce portrait est en même temps et d’abord le sien. Car un prophète ressemble toujours à Jésus d’une manière ou d’une autre.
Et voici ce qu’il dit : ils sont bénis de Dieu ceux qui sont innocents comme des agneaux ; ceux qui font pénitence et se repentent pour les péchés du monde, attendant l’Esprit consolateur ; ceux qui, délivrés de tout orgueil, ne sont qu’humilité : le sanctuaire céleste leur est ouvert. De tout leur être, ils aspirent à la Justice de Dieu, c’est-à-dire à sa Vie éternelle, et ils la reçoivent en nourriture. Pratiquant la miséricorde envers le prochain, ils sont objets de la miséricorde de Dieu ; l’intelligence purifiée, ils ont la vision de Dieu et de ses mystères. Ils peuvent alors coopérer à son œuvre de paix, comme de vrais fils de Dieu. Mais, incompris des hommes, leur témoignage les conduit au martyre, faisant ainsi offrande de leur vie pour le Royaume des cieux.
Ainsi fut Jésus parmi nous ; ainsi furent les prophètes et les Apôtres, et chacun à leur manière tous les saints et les saintes de Dieu. Et nous aussi, aujourd’hui.

dimanche 25 octobre 2026

25 octobre 2026 - PESMES - 30ème dimanche TO - Année A

 Ex 22, 20-26 ; Ps 17 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous retrouvons Jésus dans le Temple, toujours en débat avec les corps constitués : les hérodiens, les sadducéens et les pharisiens. De ces derniers et d’un point de vue spirituel, Jésus et ses disciples sont les plus proches. Par exemple, nous savons qu’au premier siècle Rabbi Aquiba enseignait lui aussi que l’amour du prochain était le principe fondamental de la Loi. C’est ainsi que les discussions entre Jésus et les pharisiens sont certainement les plus profondes, mais aussi parfois les plus vives – on le voit bien dans l’évangile de Jean.
Je voudrais souligner deux points, pour nous aider à mieux comprendre l’évangile d’aujourd’hui.
 
Le premier concerne la définition de la Loi. En effet, dans certaines versions de l’évangile, on employait deux mots différents en hébreu ou en araméen, qui ont été traduits par un seul en français. Ainsi, quand l’évangile évoque d’abord le « docteur de la Loi », qui pose sa question : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement », le terme employé est celui de namosa, c’est-à-dire la Loi écrite dans son aspect le plus juridique, le Code pénal pourrait-on dire, qui régente la vie en société. Mais à la fin, quand Jésus dit « De ces deux commandements dépend toute la Loi », il emploie le terme oreita, par lequel les Juifs désignaient la « Loi orale », c’est-à-dire la tradition spirituelle qui permettait d’interpréter la « Loi écrite », pour le temps présent et dans des cas imprévus.
En somme, le docteur de la Loi est un fondamentaliste qui lit la Loi au premier degré, tandis que Jésus – comme beaucoup de pharisiens en réalité – interprète la Loi en fonction de règles spirituelles qui se transmettent en parallèle : la « Loi orale ». C’est d’ailleurs pour cette raison que Jésus termine son propos en disant : « De ces deux commandements dépend toute la Loi – sous-entendu Loi écrite et Loi orale –, et il ajoute : ainsi que les Prophètes » Jésus souligne le fait que Loi orale et Loi écrite se comprennent à la lumière de la tradition des prophètes.
Pour des sadducéens, cet enseignement est inacceptable car, selon eux, seule la Torah fait jurisprudence. Entre pharisiens, on discutera sans fin pour savoir dans quel courant prophétique il faut se situer... Pour les chrétiens, le prophète Isaïe, par exemple, est essentiel. À tel point que certains l’appellent même « le cinquième évangile ».
 
Le second point que je voulais évoquer concerne le premier commandement, le plus fondamental : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » Nous avons ici la trilogie : « cœur, âme et esprit. » Selon les traductions, nous avons aussi : « cœur, âme et force » ou bien « cœur, âme, force et intelligence »… c’est assez variable. Mais cela s’explique assez bien : pour un hébreu, le cœur est le siège de la volonté et de l’intelligence ; donc quand on a traduit le mot hébreu « cœur » pour les Grecs, on a distingué les deux sens : « cœur » pour dire la volonté, et « intelligence ».
En fait, les trois mots employés par Jésus décrivent trois épaisseurs de notre humanité : d’abord ce qui est de l’ordre du cœur, c’est-à-dire notre volonté et nos pensées, qui sont souvent assez changeantes. Ensuite, ce qui est de l’ordre de l’âme – les Grecs traduisent par psychè – c’est-à-dire nos sentiments, ce qui fait notre personnalité, de manière plus ou moins consciente. Ce niveau-là est plus stable, même s’il peut évoluer. Et puis ce qui est de l’ordre de l’esprit, à la fine pointe de notre âme : c’est le moteur spirituel – la vie de l’âme – et la capacité d’être en communion avec Dieu comme avec notre prochain.
Donc, quand il s’agit d’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de tout son esprit, le Docteur de la Loi comprend que c’est tout l’homme, intégralement, qui doit aimer Dieu, et c’est vrai. Jésus partage aussi cette compréhension, mais il y ajoute une dimension prophétique : les trois mots sont à comprendre comme un chemin spirituel, un chemin de perfection et de sainteté.
Ainsi, après un temps d’école où il apprend à écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique – intelligence et volonté –, le serviteur de Dieu entre en lutte contre ses démons intérieurs – sa psychologie, perçue de manière plus ou moins consciente, ce qui rend le combat ardu, avec des défaites et des victoires. Et quand il y a victoire justement, il peut y avoir aussi – avec la grâce de Dieu – illumination de l’esprit ; alors l’âme et le cœur sont comme polarisés dans une profonde paix et bénéficient d’une connaissance nouvelle des réalités spirituelles. C’est exactement ainsi qu’un homme devient prophète, par l’expérience de la lumière de Dieu qui le transfigure, le transforme intérieurement, en lui donnant de parler et d’agir au nom du Seigneur. Et c’est ainsi également qu’il devient apte à interpréter la Loi, de manière spirituelle plus que de manière scolaire, comme le ferait un Docteur de la Loi.
 
En définitive, qui est le véritable Maître de la Loi ? Ce n’est pas le Docteur qui la lit au niveau de la pensée et de la pratique – c’est-à-dire au niveau du cœur. Mais c’est Celui qui donne l’Esprit, par qui sont illuminés les prophètes. Celui-là c’est Dieu lui-même, ou bien sa Parole, c’est-à-dire Jésus. À ce moment, on comprend comment il s’agit d’aimer Dieu et son prochain : non pas seulement par une observance légale, fût-elle juste, mais surtout et d’abord par l’acquisition du Saint-Esprit.  

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