lundi 3 août 2026

Question d'exégèse: comment comprendre le sens d'un verset de l'évangile?

 
Comment comprendre le sens d’un verset de l’évangile ?
 
« C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. » (Mt 13,52)
 
C’est tout simple.
 
Règle du jeu : L’interprétation d’un passage de l’évangile s’appuie sur la Bible elle-même (A) et sur la Tradition de l’Église (B).
 
A.      En premier lieu, il convient d’établir le texte. La version liturgique qui nous est donnée est souvent simplifiée, parce qu’elle doit être lue en public et être comprise par une assistance de niveau culturel varié. Elle doit également être comprise par un français, un belge ou un québécois, par exemple.
Il est donc très profitable de mettre le texte « en relief » en le lisant dans plusieurs traductions françaises différentes (Bible de Jérusalem, Traduction Œcuménique de la Bible…) et, quand on le peut, dans les langues anciennes : latin (Vulgate), grec (texte recomposé Nestlé-Alland), syriaque, araméen (Peschita, Vetus Syra)… Ce travail permet de mettre en évidence des variantes, des différences de vocabulaire. On applique alors le principe de Martine Aubry © : « Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ! »
On s’aperçoit assez vite qu’une traduction qui ne saisit pas la problématique initiale du texte, enracinée dans le contexte judéo-chrétien de la vie de Jésus et des Apôtres, a tendance à créer des variantes et à en moraliser le sens. Ce phénomène s’aggrave évidemment lorsqu’on a affaire à une traduction de traduction. Il est donc très précieux d’avoir recours à l’araméen, surtout à la Vetus Syra (du IIe siècle) dont l’environnement culturel est directement héritier et très proche chronologiquement de celui de l’Église primitive.
 
Dans certains cas, le passage étudié connaît des variantes dans un ou plusieurs autres évangiles, avec des traitements particuliers : ce ne sont pas toujours des copié-collé du même texte, mais tel évangéliste met l’accent sur tel point, et tel autre sur tel autre point : les rédactions (ou les traductions) sont différentes. Ce n’est pas le cas du verset qui nous occupe, lequel est propre à l’évangile de saint Matthieu.
 
De même, dans certains cas, le passage étudié comprend une ou des références à des livres des Écritures (Ancien Testament), que ce soit des citations directes, des allusions ou la reprise de certains mots « techniques ». Il convient alors d’essayer de les identifier, d’en saisir le sens, et de connaître les débats internes au judaïsme qui peuvent exister à leur sujet. Mais ce n’est pas le cas non plus, a priori, dans le verset qui nous occupe.
 
B.      En second lieu, il est également très profitable, quand on en a la possibilité, de prendre connaissance d’utilisations ou de commentaires du passage étudié par des Pères de l’Église. L’idéal est de trouver des citations chez les Pères les plus anciens, antérieurs au IIIe siècle : on augmente ainsi les chances de trouver une interprétation proche de l’intention initiale de l’évangéliste.
 
Il faut ici faire un travail de contextualisation à trois niveaux :
a)       le texte est rédigé par un évangéliste qui a sa propre compréhension des actes et des paroles de Jésus, sa propre intention de transmettre tel ou tel point important à ses yeux (et d’en cacher tel autre), sa propre manière d’écrire, ses propres références dans les Écritures, et parfois dans d’autres livres extrabibliques ;
 
b)      les actes et les paroles de Jésus lui-même se comprennent dans leur propre contexte historique et religieux : par exemple, un débat avec des docteurs de la Loi doit être compris comme un « débat de rabbins » dont les règles sont particulières, les références codifiées, etc. ;
 
c)       enfin, le Père de l’Église a son propre contexte culturel et il est engagé dans un débat particulier, lequel n’a pas nécessairement de lien direct avec celui de l’évangéliste ou celui de Jésus… Parfois, le Père de l’Église instrumentalise le texte.
 
Il faut donc se dire : « Jésus a vécu ceci et dit cela » ; l’évangéliste « a compris les choses de telle manière et il a voulu les transmettre à sa manière » ; le Père de l’Église « a compris l’évangile dans ce sens, et il l’emploie à telle fin », chacun dans son contexte culturel et dans sa perspective religieuse personnelle. Bref, il y a des pièges à tous les étages. Mais l’exercice peut porter ses fruits.
 
Passons à la pratique :
 
A.     Établissement du texte
 
Remarques préliminaires : 1) le passage étudié n’existe que chez saint Matthieu ; Luc, Marc et Jean n’en font pas mention. 2) Nous savons par Eusèbe de Césarée que saint Matthieu a rédigé initialement son évangile en « hébreu » mais la version d’origine est perdue. Nous n’avons donc accès qu’à des traductions, sauf peut-être pour les versions araméennes.
 
Traduction liturgique : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. » (Mt 13,52)
 
Bible de Jérusalem (à partir du grec) : « Ainsi donc, tout scribe devenu disciple du Royaume des Cieux est semblable à un propriétaire qui tire de son trésor du neuf et du vieux »
 
Peschitta (trad. de l’araméen) : « Par conséquent, tout savant-du-livre qui a été formé comme un disciple pour le Royaume des cieux, ressemble à un homme, maître de maison, qui fait sortir de ses trésors du nouveau et de l’ancien »
 
Vetus Syra (trad. de l’araméen) : « C’est pour cela que tout scribe qui a été fait disciple pour le royaume des cieux est semblable à un homme, maître de maison, qui fait sortir de ses trésors du nouveau et du vieux. »
 
Commentaire :
 
On s’aperçoit qu’il y a plusieurs variantes, lesquelles posent plusieurs questions :
 
1.       Le scribe est-il « devenu disciple du Royaume » ou bien est-il « formé/instruit/fait disciple pour le Royaume » ? Ici on trouve trois courants dans les traductions : disciple pour le royaume, disciple dans/ à l’intérieur du royaume, disciple vers l’intérieur du Royaume. Il est difficile d’en dire plus à ce stade.
 
2.       La tradition araméenne précise « un homme, maître de maison », tandis que la tradition grecque ne retient que la fonction « maître de maison » - la BJ en fait un « propriétaire ». La mention du mot « homme » en araméen peut-être soit purement littéraire, une manière orientale de s’exprimer que la traduction grecque n’a pas retenue ; ou bien la précision est voulue dans l’hébreu ou l’araméen originel de l’évangile de saint Matthieu et, dans ce cas, le mot « homme » peut renvoyer explicitement pour un juif de l’époque à Dieu lui-même (Jésus est le « Fils de l’Homme »). Les traducteurs grecs auraient alors « manqué le virage » et perdu une partie du message de l’évangile… 
On peut aussi s’interroger sur la nature de la fonction « maître de maison ». Si c’est un disciple lambda, ce peut être un « gérant » ; mais si c’est Dieu lui-même, on doit le comprendre en effet comme un « propriétaire ». En araméen (Vetus Syra), on a la traduction littérale « seigneur de maison ».
 
3.       S’agit-il de « son trésor » (tradition grecque) ou de « ses trésors » (tradition araméenne) ? Il est de coutume, en hébreu et en araméen de mettre au pluriel des éléments pour en marquer l’appartenance divine. Par exemple, on a « le ciel » que chacun peut voir de ses yeux charnels et « les cieux » qui sont le « Ciel divin ». Dans ce cas, « les trésors » sont un « Trésor divin ». Dans la traduction grecque le « Trésor divin » serait alors « sécularisé » en trésor monétaire, alors qu’il s’agit d’un Trésor d’une nature autrement plus précieuse et mystérieuse.
 
Il apparaît que les remarques 2 et 3 convergent vers l’idée que l’« Homme, maître de maison » soit Dieu lui-même, puisqu’il exploite « ses trésors » - la tradition araméenne est cohérente, dans ce cas, et la traduction grecque aurait perdu une partie du sens de la phrase.
En suivant la tradition araméenne, le scribe « disciple du/pour » le Royaume des cieux est donc comparable à Dieu qui tire de son Trésor mystérieux, « du neuf et de l’ancien ».
 
B.      Ce qu’en comprennent ou ce qu’en font les Pères de l’Église
 
Nous disposons d’au moins deux témoignages anciens :
 
Pseudo-Clément :
 
« […] celui qui, issu des nations, tient de Dieu le don d’aimer Jésus, doit prendre sur lui de croire aussi en Moïse. Et inversement, l’Hébreu qui tient de Dieu le don de croire en Moïse doit prendre sur lui de croire en Jésus, en sorte que chacun d’eux, ayant en soi quelque chose du don divin et quelque chose de son propre mouvement, soit rendu parfait par l’addition des deux. D’un tel homme en effet parlait notre Seigneur comme d’un riche qui tire de son trésor du neuf et du vieux. » (Ps. Clément, Reconnaissances IV, 5,7-9).
 
Le Roman pseudo-clémentin est un apocryphe du Nouveau Testament rédigé entre le IIe et le IIIe siècle. Il provient de milieux judéo-chrétiens – c’est-à-dire de juifs devenus chrétiens tout en conservant l’observance de la Loi de Moïse. Ils sont rejetés à la fois par les juifs (comme traîtres) et par les chrétiens (comme hérétiques, car « judaïsants »).
L’appréciation du passage de l’évangile par le Ps.-Clément est cohérente avec l’idée que « les trésors » sont un « don divin » ; le « neuf » serait la foi en Jésus, et l’« ancien » la foi en Moïse, lesquels proviennent d’un seul et même Mystère divin – ce qui est fondamental pour un judéo-chrétien.
 
Irénée de Lyon :
 
« Toutes choses relèvent donc d’une seule et même substance, autrement dit proviennent d’un seul et même Dieu, comme le Seigneur le déclare encore à ses disciples : « C’est pourquoi tout scribe instruit de ce qui regarde le royaume des cieux est semblable à un Maître de maison qui extrait de son trésor des choses nouvelles et des choses anciennes. » Il n’a pas enseigné qu’un autre extrait les choses anciennes et un autre les choses nouvelles, mais que c’est un seul et le même.
Car le Maître de maison, c’est le Seigneur : il a autorité sur toute la maison paternelle, fixant pour les esclaves encore grossiers une Loi adaptée, mais donnant aux hommes libres et justifiés par la foi des préceptes appropriés et ouvrant aux enfants son propre héritage.
Les scribes instruits de ce qui regarde le royaume des cieux, ce sont ses disciples, au sujet desquels il dit ailleurs aux Juifs : « Voici que je vous envoie des sages, des scribes et des docteurs : vous en tuerez et pourchasserez de ville en ville. »
Quant aux choses anciennes et nouvelles qui sont extraites du trésor, ce sont incontestablement les deux Testaments : les choses anciennes sont la Loi antérieure, et les nouvelles, la vie selon l’Évangile. C’est à propos de celle-ci que David dit : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau. » Et Isaïe : « Chantez au Seigneur un hymne nouveau. Son commencement : Son nom est glorifié aux extrémités de la terre, on annonce ses hauts faits dans les îles. » Et Jérémie : « Voici, dit-il, que je vais établir une alliance nouvelle, différente de celle que j’ai conclue avec vos pères sur le mont Horeb. » Ces deux Testaments, un seul et même Maître de maison les a extraits de son trésor, le Verbe de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ : c’est lui qui s’est entretenu avec Abraham et avec Moïse, et c’est également lui qui nous a rendu la liberté dans la nouveauté, c’est-à-dire amplifié la grâce venant de lui. » (Irénée de Lyon, Traité contre les Hérésies, IV, 9, 1).
 
Saint Irénée de Lyon est bien connu de nos services : originaire d’Asie mineure vers 122, il est mort martyr à Lyon vers 200. Il est disciple de saint Polycarpe de Smyrne, lequel est juif de naissance et lui-même disciple de saint Jean l’évangéliste.
Irénée n’est pas juif lui-même ; c’est donc culturellement un grec, de tradition évangélique grecque : il n’a pas un accès direct à l’hébreu ou à l’araméen de l’évangile de saint Matthieu mais seulement à sa traduction grecque. Mais il peut avoir une bonne connaissance de son interprétation. Cependant, sa tradition est plutôt celle de saint Jean. Dans son Traité contre les Hérésies, Irénée lutte contre les gnostiques dont certains veulent « évacuer l’Ancien Testament » au profit du seul Nouveau Testament. Irénée leur rappelle que le Nouveau Testament est incompréhensible sans l’Ancien, qui en est la prophétie.
Dans son appréciation du texte, Irénée reprend l’idée que le Maître de Maison est – sinon Dieu -du moins Jésus lui-même. Comme le Ps-Clément, il comprend l’ancien comme la « Loi antérieure » de Moïse qu’il identifie à l’Ancien Testament et le nouveau à la « Vie selon l’Évangile », c’est-à-dire le Nouveau Testament, sauf que le Ps.-Clément n’aurait pas qualifiée la Loi d’« antérieure », mais de « toujours en vigueur » !
 
On voit bien ici que les Pères de l’Église lisent l’évangile à la lumière des débats de leur temps et de leur milieu culturel, qui ne sont pas forcément ceux de saint Matthieu ou de Jésus lui-même. Mais leur exégèse est cohérente sur le fond et elle s’accorde avec notre propre lecture initiale.
 
On a passé sur le fait que les textes des Pères de l’Église cités ici ne sont pas des originaux mais des traductions de traduction... Ps-Clément a dû écrire initialement en hébreu, Irénée en grec. Mais les originaux sont perdus : on a le Ps-Clément en deux versions grecque et latine, et Irénée en latin et en partie en arménien… Ainsi, en toute rigueur d’analyse, les règles d’établissement du texte (A) appliquées à l’évangile sont aussi valables pour ces textes. Mais nous n’avons pas besoin d’aller jusque-là pour notre propos aujourd’hui.
 
Conclusion
 
Finalement on peut (ou on doit) comprendre que les disciples de Jésus sont habilités à lire et interpréter correctement les Écritures (Ancien Testament) et les évangiles (Nouveau Testament) dès lors qu’ils en font usage inséparablement, parce que le cœur des Écritures et des évangiles provient d’un seul et même Mystère divin : le Dieu de Moïse et de la Loi est le même Dieu de Jésus et de l’évangile.
C’est ainsi que ces disciples manifestent le Royaume des cieux et y préparent ceux qui écoutent leur enseignement. En fait, c’est une affirmation à l’égard des saducéens et d’une partie des pharisiens que les chrétiens sont les seuls interprètes véritables et légitimes des Écritures.
Et ce portrait du disciple-scribe convient parfaitement à saint Matthieu lui-même !
 
 

02 juillet 2026 - CHOYE - 18ème dimanche TO - Année A

 Is 55, 1-3 ; Ps 144 ; Rm 8,35.37-39 ; Mt 14,13-31
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Matthieu est un scribe merveilleux, qui tire du trésor de son Maître de l’ancien et du nouveau. Dans un seul récit, il mélange trois niveaux de lecture : le premier est historique, le second fait référence aux Écritures, à l’Ancien Testament, et le troisième vaut pour l’Église, pour nous aujourd’hui.
 
Historiquement, saint Matthieu nous dit que Jésus apprend l’exécution de Jean-Baptiste. Il se rend alors seul « au lieu en ruine » au bord du lac, c’est-à-dire très certainement là où Jean prêchait et baptisait. Cependant les foules – dont nous savons qu’elles étaient nombreuses à aimer et à suivre Jean – rejoignent Jésus à cet endroit. Il y a tout lieu de penser, comme c’est la coutume en Orient et aussi chez nous, que tous se sont rassemblés pour partager « une brioche » le jour de l’enterrement. C’est une forme d’offrande pour le repos de l’âme du défunt. Évidemment, étant le cousin de Jean et désigné par lui comme l’« Agneau de Dieu, celui qui enlève les péchés du monde », les foules attendent de Jésus qu’il dise ou fasse quelque chose d’important. Va-t-il se révéler au monde ? Son « Heure » n’est-elle pas venue ? On voit très bien dans l’évangile que Jésus est pris de compassion devant l’attente des foules. Il va leur donner quelque chose qui dépasse leur entendement car, sur le coup, ils n’ont pas compris.
 
Le second niveau de lecture renvoie aux Écritures. Saint Matthieu n’est pas avare en références. Je vous les donne à la suite : 
- « Le soir venu » renvoie directement au soir du premier jour de la création : « Il y eut un soir, il y eut un matin. » 
- Les cinq pains et les deux poissons peuvent être interprétés comme les cinq livres de la Loi, de la Torah, et les deux poissons comme les Prophètes et les Psaumes, c’est-à-dire la totalité des Écritures
- Jésus dit « Apportez-les moi ! » Alors que le récit de la multiplication des pains se trouve aussi chez Marc, Luc et Jean, aucun ne s’est attardé sur ce détail. C’est que pour saint Matthieu, ce n’en est pas un. Dans le livre des Psaumes, on trouve une seule fois ce verbe : « apportez », dans ce verset : « Rendez au Seigneur la gloire de son nom. Apportez votre offrande, entrez dans ses parvis » Dans les Écritures, quand il est question d’« apporter quelque chose », c’est généralement pour apporter une offrande. C’est un acte de culte. 
- Jésus demande ensuite à la foule de s’asseoir « sur l’herbe ». L’expression employée par Matthieu pour dire « l’herbe », « la prairie », ne se trouve que dans la Genèse pour parler de l’herbe verte du Paradis et, après le déluge, pour parler de la création réconciliée avec Dieu, du monde renouvelé. Évidemment Matthieu l’a fait exprès. 
- Plus loin, il dit : « Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. » C’est une citation exacte du psaume 78, où le psalmiste rappelle le don de la Manne lors de l’Exode des Hébreux au désert, et surtout le don des cailles qui s’ensuit, où les Hébreux en ont à satiété, jusqu’à en être malade, devant une telle abondance de viande ! Et cela fait aussi référence à la prophétie d’Isaïe que nous avons lue en première lecture : « Vous vous régalerez de viandes savoureuses ! » 
- Je passe rapidement sur les douze paniers, douze étant le nombre des tribus d’Israël : l’abondance est pour tout le peuple, et au-delà pour toutes les nations. 
- Et je finis sur les « cinq mille » hommes. Saint Matthieu n’a pas donné ce nombre au hasard. Ils étaient « cinq mille » les hébreux qui combattirent entre Béthel et Aï avec Josué. Après leur victoire Josué bâtit un autel selon les prescriptions de la Loi de Moïse, un autel de pierres brutes, et ils y présentèrent leurs offrandes. Or c’est également entre Bethel et Aï qu’Abraham avait résidé et qu’il avait bâti un autel au Seigneur et qu’il y avait invoqué son Nom. Pour les juifs à l’époque de Matthieu, dire « cinq mille hommes », c’est donc faire une référence à l’autel de Dieu près de Béthel, fondé par Abraham et rétabli par Josué, où on peut invoquer Dieu et lui présenter son offrande. 
Voilà pour le scribe qui tire de l’ancien du trésor du Mystère de Dieu.
 
Tirons maintenant le nouveau. Tout le monde a bien compris que, dans son récit de la multiplication des pains, saint Matthieu a esquissé le déroulement d’une célébration eucharistique : Jésus prend les pains, il lève les yeux au ciel, il prononce la bénédiction, il rompt les pains et les donne aux disciples qui les donnent à la foule. C’est ce que le prêtre fait toujours, à la demande de Jésus, pendant la messe.
Mais comprenez bien : la messe n’est pas un pique-nique sur l’herbe… Elle a lieu le soir du premier jour de la Création nouvelle, jour de la résurrection de Jésus – elle a lieu le dimanche ; elle a lieu au Paradis, sur une Terre nouvelle – dans une église ; elle est le dévoilement des Écritures dont nous savons que l’Évangile de Jésus est la clé – c’est le temps des lectures ; Jésus demande qu’on lui apporte les offrandes, offrandes de nos vies avec Dieu, offrande de notre travail et de nous-mêmes. Cette offrande est présentée par Jésus-Josué – c’est le même prénom – sur l’autel de pierre, où déjà Abraham avait invoqué le Nom du Seigneur. La messe est célébrée sur un autel de pierre consacré à Dieu. Et le Seigneur y donne en abondance le Corps du Seigneur – sa « chair » dirait saint Jean. On ne peut pas être plus explicite. On voit donc qu’à l’époque de saint Matthieu, la célébration eucharistique et son environnement presque architectural sont déjà en place.
 
N’est-il pas merveilleux que 2000 plus tard nous y soyons toujours fidèles ? Rendons grâce au Seigneur en lui présentant notre offrande : le pain de sa Parole reçue dans notre histoire, pour recevoir de lui son Corps, et avec lui la vie éternelle, en abondance. 

Articles les plus consultés