dimanche 17 mai 2026

17 mai 2026 - VALAY - 7ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 1,12-14 ; Ps 26 ; 1P 4,13-16 ; Jn 17,1b-11a
 
Chers frères et sœurs,
 
Il est curieux ce temps, entre l’Ascension et la Pentecôte. Jésus a quitté les Apôtres et ceux-ci sont dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Leur situation est comparable à la nôtre. Certes, pour nous l’Esprit a déjà été répandu sur le monde, mais nous aussi nous sommes dans l’attente ; celle de la venue de Jésus dans sa gloire. De même que les Apôtres étaient réunis « tous d’un même cœur » et « assidus à la prière », nous aussi nous sommes rassemblés pour la prière. Si nous nous donnons la paix au cours de la messe, c’est bien pour nous encourager à nous réunir également « tous d’un même cœur ».
Car elle est puissante la prière des cœurs unanimes : par l’intercession de Jésus, elle obtient aux Apôtres le don de l’Esprit, et à nous-même la Présence de Jésus, dans la communion.
 
Durant la prière de son Église en ce monde, Jésus prie son Père dans le Ciel. Les paroles de Jésus rapportées par saint Jean expriment sa volonté, l’intention de sa vie à l’égard de son Père et de sa mission à notre égard.
Ainsi, Jésus commence par prier son Père de le glorifier. Non seulement il lui demande de le ressusciter d’entre les morts, mais aussi de le faire asseoir à sa droite dans les cieux – c’est-à-dire de partager avec lui son règne divin.
Cependant cette glorification n’est pas pour Jésus un objectif strictement personnel ; en effet, de manière inséparable, elle est aussi pour nous le don de la vie éternelle. Comment cela ? Tout simplement en raison de l’incarnation de Jésus : le Verbe de Dieu s’est fait chair pour que, par sa glorification, cette chair – c’est-à-dire notre humanité – reçoive la vie éternelle. La première personne humaine glorifiée – par ordre de préséance, puisqu’elle est sa propre mère charnelle – est bien sûr la Bienheureuse Vierge Marie.
Donc la première partie de la prière de Jésus est la double demande qu’il soit glorifié auprès de son Père et qu’inséparablement nous ayons la vie éternelle. Jésus précise que cette vie éternelle est la connaissance du seul Dieu de vérité, c’est-à-dire l’entrée dans sa communion d’amour.
 
Dans un second temps, Jésus prie plus spécifiquement pour ses disciples. Ce faisant il donne la définition du disciple authentique : la foi en Dieu Père, Fils et Saint Esprit.
Dans sa prière Jésus explique qu’il a manifesté le Nom de Dieu aux hommes. Cette affirmation est très forte. Il faut comprendre que connaître et pouvoir prononcer le nom de quelqu’un c’est avoir une forme d’autorité sur lui. Ainsi, dans le monde, ce sont les hommes qui donnent des noms à leurs divinités : Zeus, Jupiter… etc. Mais les Hébreux ignoraient le Nom de leur Dieu qu’ils appelaient « le Dieu d’Abraham » ou « le Dieu de nos pères », jusqu’à ce que Dieu lui-même révèle son Nom à Moïse : « Je suis qui je suis. » Cela donnait un pouvoir d’intercession immense à Moïse, qui pouvait prier Dieu en l’appelant par son Nom.
Or Jésus dit qu’il a manifesté le Nom de Dieu aux hommes. Alors qu’a-t-il ajouté ou précisé par rapport à ce que savait Moïse ? Dans le Nom « Je suis qui je suis », Moïse a appris que Dieu était la source de tout être existant, qu’il n’est pas d’autre Dieu que lui, et que nous sommes ses créatures à qui il donne la vie. Jésus précise que « Je suis qui je suis » est aussi « Abba Père », « Notre Père ». Notre Dieu nous a donné la vie, certes, mais c’est sa propre vie, et c’est son amour ; il nous a créé par amour et pour l’amour. La vie éternelle est une vie de communion dans l’amour. Voilà ce que révèle Jésus à ses disciples.
Or nul n’est disciple de Jésus s’il ne croit pas que son Père est amour et que Jésus lui-même est la manifestation de cet amour. Nul n’est disciple de Jésus s’il ne « garde la Parole de Dieu », c’est-à-dire s’il ne confesse pas le Nom de Dieu et celui de son Fils Jésus-Christ, et ne met pas cette confession en pratique par l’amour du prochain et le don se sa vie par amour pour lui.
Dans sa prière Jésus rappelle que ses disciples, non seulement croient dans le Nom de Dieu, être et communion d’amour, mais ils croient aussi que Jésus l’a révélé par ses paroles et par ses actes, parce que qui voit Jésus voit aussi son Père : « Ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » Le vrai disciple croit en Dieu, le Père tout puissant, et en Jésus-Christ, son Fils.
 
C’est toujours pour ses disciples que Jésus poursuit sa prière : « Moi, je prie pour eux » Les paroles de Jésus deviennent alors quelque peu complexes : « Je prie pour eux … pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. » Les disciples appartiennent au Père, et aussi à Jésus, qui est glorifié en eux. Il n’y a que l’Esprit Saint qui peut réaliser cela. Jésus dit ce qu’est la communion en Dieu, où nous sommes comme donnés les uns aux autres, où la gloire de l’un est aussi celle de l’autre, c’est-à-dire que la vie divine éternelle qui est amour, est partagée par tous. C’est la communion réalisée par l’Esprit de Dieu.
 
Jésus demande donc au Père l’Esprit Saint, l’Esprit de vie et d’amour, pour ses disciples. Ainsi la mission de Jésus dans le monde se termine, car c’est en montant vers son Père qu’il fait cette demande, dans son Ascension qui est en même temps une prière. Nous savons que Dieu le Père a agréé la prière de Jésus puisqu’aux Apôtres il a donné l’Esprit Saint à la Pentecôte, et à nous, il donne la communion à chaque eucharistie, le pain de vie éternelle venu du Ciel.

jeudi 14 mai 2026

14 mai 2026 - MEMBREY - Ascension du Seigneur - Année A

 Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20
 
Chers frères et sœurs,
 
L’Ascension de Jésus au ciel est toujours un événement un peu mystérieux pour nous. Est-ce donc que Jésus s’est élevé comme un lama tibétain dans Tintin ? Ou bien est-ce pour les évangélistes une manière un peu ésotérique de parler ? Je répondrai tout simplement : l’un n’empêche pas l’autre.
 
D’un point de vue factuel, depuis sa résurrection et jusqu’à sa dernière apparition au 40ème jour, Jésus a forcément disparu autant de fois qu’il est apparu. Ainsi en a-t-il été pour les disciples d’Emmaüs : « ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » L’Ascension est donc la dernière disparition, à propos de laquelle les disciples savent que Jésus se trouve désormais à la droite du Père, dans les cieux. Jésus disparaît et « s’élève donc dans les cieux ». 
Pour autant, nous sommes étonnés de cette faculté corporelle de Jésus d’apparaître et de disparaître, pourquoi pas dans un mouvement de lévitation. Mais nous devons être bien conscients que Jésus apparaît dans son corps ressuscité, qui bénéficie de facultés physiques nouvelles et pour nous inhabituelles. Souvenons-nous que Jésus peut se rendre présent dans des pièces fermées, tout en y mangeant du poisson ; il apparaît tout en n’étant pas reconnaissable, sauf à certaines caractéristiques – peut-être sa voix, ses gestes ou d’autres signes évidents pour ceux qui l’ont connu avant sa Passion.
Je plaide donc pour le réalisme des apparitions et des disparitions, et donc de l’Ascension de Jésus au ciel.
 
Pour autant, la compréhension de cet événement peut et doit se faire à la lumière des Écritures. C’est ainsi que Jésus a ouvert les yeux des disciples d’Emmaüs : à la lumière des Écritures.
Or il est fondamental de comprendre que le quarantième jour évoqué par saint Luc dans les Actes des Apôtres n’est pas un jour quelconque. Selon la Loi de Moïse, un garçon premier-né doit être circoncis au huitième jour et un sacrifice pour la purification de sa mère doit être offert au quarantième jour. Jésus étant considéré comme le « premier-né d’entre les morts », la Loi s’applique donc aussi dans ce cas. Le jour de l’Ascension de Jésus doit être compris à la lumière de l’offrande qui doit être faite au Temple le quarantième jour.
 
De quelle offrande s’agit-il alors le jour de l’Ascension ? Par quel prêtre, et pour quel bénéfice ?
L’offrande d’abord. Jésus, dans son ascension au ciel présente à son Père son propre corps : l’offrande n’est pas celle « d’un couple de tourterelles ou deux petites colombes » mais celle de son humanité transfigurée par la résurrection. Quand Jésus monte au ciel dans son corps, il présente son et notre humanité commune à son Père : en Jésus le fils prodigue est de retour à la maison.
Le prêtre qui présente cette offrande est Jésus lui-même.
Et le bénéfice, c’est-à-dire le résultat de l’acceptation par le Père de l’offrande de Jésus et de son corps ? C’est la sanctification de la mère qui l’a mis au monde, de l’humanité maternelle de Jésus. Nous vérifions cette sanctification le jour de la Pentecôte, quand la bénédiction de Dieu est répandue sur l’Église mère de tous les nouveau-nés du baptême, quand elle est sanctifiée et vivifiée par l’Esprit. Lorsque nous regardons les icônes qui représentent ce mystère de la Pentecôte, nous y voyons Marie en bonne place au milieu des Apôtres, au centre, car c’est elle en tant que Mère de l’Église qui est d’abord concernée.
Comprenons que l’Église – et nous en elle – n’aurait jamais reçu l’Esprit Saint, bénédiction reçue du Père, si Jésus ne lui avait pas préalablement fait l’offrande de son Corps à l’Ascension. Les deux, Ascension et Pentecôte, vont ensemble, comme un château de cartes.
 
Nous avons là la raison pour laquelle Jésus, tout en quittant ses disciples et s’élevant auprès du Père, leur demande d’évangéliser le monde entier. Car en s’élevant il acquiert pour eux auprès du Père la force de l’Esprit pour évangéliser. Soyons conscients que Jésus ne cesse jamais d’intercéder pour nous ; qu’il ne cesse jamais d’offrir son Corps d’humanité à son Père ; et que jamais le Père ne cesse de répandre l’Esprit Saint sur l’Église, afin qu’elle ne cesse jamais d’évangéliser. Jusqu’à la fin du monde.
 
Enfin, pour terminer, observons dans la prière eucharistique que le geste d’offrande du Corps et du Sang de Jésus fait par le prêtre, dans lequel s’inscrit la prière du Notre Père, trouve son accomplissement dans la communion de l’assemblée et son envoi pour évangéliser. Le geste d’ascension de l’offrande trouve son accomplissement dans le don du Pain de vie qui vient du Ciel, don par lequel nous sommes remplis individuellement et collectivement de la puissance de l’Esprit Saint. La communion, c’est la Pentecôte.

dimanche 10 mai 2026

10 mai 2026 - GRAY - 6ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65 ; 1P 3,15-18 ; Jn 14,15-21
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque Jésus donne à ses apôtres l’enseignement que nous venons d’entendre, il est en train de célébrer la Cène, le repas de la Pâque, tout en les préparant à son départ. Il leur annonce le don de l’Esprit Saint, qui sera pour eux un Défenseur, pourvu qu’ils gardent ses commandements. La présence en eux de ce Défenseur leur permettra de voir Jésus vivant et d’être en communion avec lui.
Évidemment, au moment même où Jésus leur annonce cela, les Apôtres ne comprennent pas. Ils ne pourront comprendre qu’à la résurrection de Jésus, quand il soufflera sur eux, où à la Pentecôte quand l’Esprit sera répandu sur toute l’Église. C’est la raison pour laquelle nous lisons ce passage de l’évangile après la résurrection de Jésus et dans l’attente du don de l’Esprit Saint, à la Pentecôte.
 
Ceci dit, les paroles de Jésus demeurent quelque peu énigmatiques. Certes, quand Jésus dit qu’en gardant ses commandements ses disciples acquerront un nouveau Défenseur, nous savons qu’il s’agit de nous aimer les uns les autres, de donner notre vie pour ceux qu’on aime, de pardonner à ceux qui nous ont offensés, d’offrir le Corps et le Sang de Jésus et d’y communier comme il nous a dit de le faire. De fait, nul ne peut faire cela s’il n’a pas l’Esprit de Jésus en lui.
Mais la question qui se pose alors est celle d’un signe de la présence réelle de Jésus, et de son Esprit Saint, comme garants en quelque sorte de la fidélité de Jésus après son départ jusqu’à ce qu’il vienne.
Jésus dit en effet : « Je ne vous laisserai pas orphelins… vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » De quoi parle-t-il concrètement ? Il précise : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous » ; et plus loin : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père, moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Il est donc question de communion et de vision, comme signe que Jésus est toujours présent et fidèle à ses disciples.
 
Il se trouve que ce problème de la présence de Dieu à son peuple a déjà été soulevé au moment de l’Exode. Voici le dialogue entre Dieu et Moïse à ce sujet, au chapitre 33 : Moïse dit : « À quoi donc reconnaître que moi j’ai trouvé grâce à tes yeux – et ton peuple également ? N’est-ce pas au fait que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons différents de tous les peuples de la terre. Le Seigneur dit à Moïse : « Même ce que tu viens de dire, je le ferai, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. » Moïse dit : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » Le Seigneur dit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : le seigneur. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. »
Moïse s’inquiète de la présence et de la fidélité de Dieu, et Dieu lui répond qu’il le connaît par son nom, qu’il est en communion avec lui, et qu’il va se manifester à lui, dans sa tendresse. Vient ensuite la manifestation de Dieu au mont Horeb.
 
Il est intéressant de savoir qu’à l’époque de Jésus, le peuple de Dieu s’inquiétait toujours de la présence et de la fidélité de Dieu à son égard. Pour garantir cette promesse, il y avait au Temple, tous les sabbats, et particulièrement aux grandes fêtes de Pâques, Pentecôte et des Tentes, l’ostension au peuple des douze pains de la présence qui étaient posés sur la table d’or qui se trouvait dans le sanctuaire du Temple. L’ostension de ces pains, où il était proclamé : « Voici l’amour de Dieu pour vous ! », était la preuve pour ainsi dire matérielle de la Présence de Dieu dans le Temple, c’est-à-dire de sa présence actuelle et de sa fidélité au peuple d’Israël.
Hé bien, voyez-vous, chers frères et sœurs, quand le prêtre présente Jésus-Hostie à l’assemblée en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ; voici celui qui enlève les péchés du monde », il fait exactement la même chose. Il est remarquable alors que la présence et la fidélité de Jésus sont assurées et données dans son Corps, sous la forme du pain de la Présence réelle ; que c’est un pain de communion et qu’il nous est rendu physiquement visible.
 
Cependant, ce pain de la Présence réelle, ce pain de communion, ne s’achète pas au supermarché. Le don de l’Esprit Saint est nécessaire, non seulement pour que par le prêtre et sa prière le pain et le vin deviennent Corps et Sang de Jésus et soient offerts au Père, mais aussi pour que l’assemblée des baptisés réunie au nom de Jésus confesse sa foi en disant « Amen ! » C’est dans l’Esprit que toute l’Église peut reconnaître Jésus présent et fidèle dans son Corps sous la forme du pain de la Présence réelle, pain de communion pour chaque jour.
Et pour finir, nous comprenons pourquoi Pierre et Jean imposent les mains aux Samaritains qui ont été baptisés mais n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint. Il leur fallait des prêtres, pour communier, pour voir et avoir le Seigneur Jésus présent et fidèle tous les jours, avec eux. 

dimanche 3 mai 2026

03 mai 2026 - DAMPIERRE - 5ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 6, 1-7 ; Ps 33 ; 1P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons vocation à entrer dans la communion de Dieu, dans le Royaume des cieux. Bien évidemment, pour nous, humains, c’est une réalité qui nous est difficile à comprendre. C’est la raison pour laquelle, quand Jésus enseigne cela à ses disciples, il prend une image. Il dit : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. »
 
Dans cette petite phrase, Jésus nous apprend plusieurs choses. La première est que la communion de Dieu est comparable à une maison, ou plus exactement pour Jésus et ses disciples, à un temple. Justement, le Temple est vraiment le lieu de l’assemblée du peuple de Dieu et le lieu où réside la Présence de Dieu. C’est aussi le lieu où l’assemblée présente ses offrandes et le lieu où Dieu donne sa bénédiction. On voit que la communion de Dieu est un lieu où avec lui se trouvent tous les saints, dans un échange perpétuel de marques d’affection mutuelle. C’est un lieu d’amour, un lieu vivant.
Jésus dit que dans ce Temple de Dieu, il y a « de nombreuses demeures ». Cela veut dire que si dans le Temple se trouve l’assemblée des saints, il ne s’agit pas d’une assemblée uniforme – où tout le monde est pareil, comme des Playmobils. Chacun a sa « demeure ». C’est-à-dire que chacun est dans le Temple selon sa vocation, selon ses dons particuliers, selon sa personnalité, selon sa vertu aussi. Nous avons chacun des noms différents, il y a au Ciel, dans la communion de Dieu, pour chacun une place différente – où nous sommes bien. Chacun sera intensément heureux d’être enfin et pour toujours à sa place, une place unique, une place merveilleuse. Et en même temps, c’est une place qui est en harmonie avec l’ensemble, comme un instrument dans un orchestre.
« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. » Nous comprenons : dans la communion de Dieu, communion d’amour et de vie, chacun a sa place, selon sa vocation, pour son bien et celui de tous.
 
Maintenant, retournons la chaussette. Jésus a pris l’image du Temple pour nous faire comprendre la Communion de Dieu. Oui ? Alors cela veut dire que le Temple est l’image de la Communion de Dieu. Quand nous regardons une église en pierre, nous devons nous dire : « c’est une image de la Communion de Dieu. » Dans cette église, il y a une assemblée – nous aujourd’hui. Nous sommes l’image de l’assemblée du peuple de Dieu qui est dans la Communion de Dieu. Nous voyons bien que nous ne sommes pas les uns sur les autres, tous identiques, comme des Playmobils. Nous sommes différents : le prêtre, la chorale, l’organiste, des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes… tous différents mais tous ensemble. Chacun à notre place nous sommes chacun dans notre « demeure », dans la Communion de Dieu. L’Église, chers frères et sœurs, est l’image du Ciel sur la terre. C’est la raison pour laquelle il y a pleins de symboles et de rites : parce que la vie du Ciel est bien différente de la vie de la terre.
 
Donc Jésus dit qu’il nous « prépare une place » dans la Maison de son Père, et : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas est bien embêté, car il ne sait pas quel est ce chemin. Et Jésus répond : « Moi, Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Dimanche dernier Jésus avait déjà appris à ses disciples qu’il était la « porte des brebis ». En fait, Jésus est la porte qui fait entrer dans le Temple de Dieu, dans le Ciel. Cette porte c’est : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Souvenez-vous, il a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez vous les uns les autres » et « Ceci est mon corps, livré pour vous. Vous ferez cela en mémoire de moi. » Ce ne sont pas simplement des mots : nous savons que Jésus lui-même les a mis en pratique en donnant sa vie pour nous sur la croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » ; « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Si nous voulons entrer dans la communion de Dieu, nous devons mettre en pratique comme lui les commandements qu’il nous a donnés. C’est un combat de tous les jours, jusqu’à notre dernier souffle.
 
Vous le savez bien, nombreuses sont les occasions de nous décourager, de nous rebeller ou d’avoir peur. Mais contre ces sentiments, Jésus qui a dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », nous apprends encore une dernière chose : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Cette fois-ci, c’est Philippe qui ne comprend pas. Voir le Père est comme l’objectif à atteindre. Si nous voyons le Père, c’est que nous sommes dans sa Communion. C’est la raison pour laquelle Philippe dit : « Montre-nous le Père, cela nous suffit. » Mais Jésus va plus loin. Une chose est de voir le Père de ses yeux – et de rester extérieur à lui. Autre chose est de « connaître » le Père – et d’être en communion intérieure avec lui. Jésus ne veux pas que nous en restions à voir – comme des étrangers s’observent l’un l’autre – mais il veut que nous entrions en communion : être en communion c’est se « connaître ». Jésus dit qu’il connaît le Père et que le Père le connaît : ils sont en communion l’un avec l’autre. Ce que pense l’un, l’autre le pense ; ce qu’il fait, l’autre le fait. C’est pourquoi Jésus dit : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. » Ce que fait Jésus, c’est ce que le Père fait à travers lui. Jésus rend visible le Père qui est invisible. Si on a compris cela et si on a foi en Jésus, alors on peut aussi comprendre que si on est en communion avec lui, alors il pense et il agit en nous, et les œuvres qu’il fait, nous les faisons en son nom : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. » Quand les chrétiens agissent au nom du Christ, conformément à ses commandements, en communion avec lui, alors ce n’est plus eux qui agissent, c’est Jésus lui-même qui agit en eux. Il n’y a ni temps ni espace, ni mort dans la communion de Dieu, il n’y a que de l’amour, que de la vie éternelle. Ce remède au désespoir ou à la peur a un nom : c’est l’Esprit Saint. 

dimanche 26 avril 2026

26 avril 2026 - GRAY - 4ème dimanche de Pâques - Année A

 Chers frères et sœurs,
 
Quand nous célébrons une messe, nous faisons toujours trois choses.
D’abord, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des temps passés avec ses heures dramatiques et aussi ses heures de joie, comme aujourd’hui. Nous y retrouvons la longue marche, parfois difficile, de notre humanité avec Dieu et parfois contre Lui. Nous nous souvenons aussi de Jésus qui a célébré la sainte Cène, a subi la Passion, est mort en croix, mais est ressuscité et vivant, ainsi qu’en ont témoigné les Apôtres. Nous nous souvenons.
Cependant, en refaisant les gestes qu’a faits Jésus, en redisant ses paroles, nous les actualisons. Nous nous rendons contemporains de lui, et lui se rend présent maintenant à nous. En fait, pendant la messe nous sommes en communion non seulement avec nos anciens du passé, mais aussi entre nous, et aussi – même si nous ne nous en rendons pas compte – avec les générations du futur.
Et enfin, en célébrant la messe, nous rendons visible le monde à venir, le Royaume des Cieux, qui est invisible. La messe n’est pas seulement du passé. Elle est plus que du présent : elle révèle l’avenir. Et l’avenir, est communion, dans la paix, la joie et la lumière. C’est cela que nous disons aujourd’hui à nos anciens et aux plus jeunes : dans la nuit le chrétien garde allumée la lumière de la foi et de l’espérance.
Sommes-nous dignes d’être ainsi prophètes ? Non, sans doute pas, mais par notre baptême et avec le pardon de Dieu, c’est possible.
 
 
Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22 ; 1P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Le drapeau français est composé de trois couleurs : le bleu, le blanc et le rouge. Nous avons tous appris à l’école que le blanc est la couleur du roi et que le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris. Cette explication très républicaine ne doit pas nous faire oublier à nous chrétiens pourquoi il en est ainsi.
En effet, le blanc est celui du voile de la Vierge Marie, conservé dans la cathédrale de Chartres. Les rois, portaient la fleur de Lys comme symbole, mais le Lys, c’est aussi Marie. Marie est la mère de tous les chrétiens : elle fait l’unité de l’Église.
Ensuite le bleu, c’est celui de la Chape de saint Martin. Les rois capétiens s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient protecteurs du tombeau et des reliques de saint Martin. Or saint Martin fut l’évangélisateur et le protecteur des différents peuples des Gaules, et même des envahisseurs Burgondes, Francs et Wisigoths : saint Martin a fait l’unité de la France.
Enfin le rouge : c’est Montjoie. Montjoie est l’oriflamme de guerre des rois de France. Au combat, nous le savons tous, les chevaliers criaient : « Montjoie – Saint-Denis ! » Parce que Montjoie était conservé à l’abbaye – aujourd’hui cathédrale – de Saint-Denis, où se trouvent les tombeaux des rois. Montjoie, c’est Montmartre – le mont du martyre de saint Denis, premier évêque de Paris. Saint Denis faisait l’unité de Paris, son diocèse, et Monjoie faisait l’unité de toutes les troupes au moment du danger, derrière le roi.
 
Pourquoi je vous raconte cela ? Parce dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus explique aux pharisiens et à ses disciples, qu’il est lui-même le drapeau – le seul – qui fait l’unité de toute l’humanité, pour la conduire de ce monde au monde nouveau : le Royaume des Cieux.
 
Jésus dit : « Je suis la porte des brebis. » Cette affirmation, pour qui peut la comprendre est une vraie bombe atomique. Premièrement, il dit « Je suis », or « Je suis » est le Nom que Dieu s’est donné lui-même lors de sa manifestation à Moïse au Buisson Ardent. Jésus dit donc qu’il est Dieu.  Deuxièmement, il dit qu’il est la « porte des brebis ». Mais, chers frères et sœurs, il ne s’agit pas d’une image un peu pittoresque, la « porte de brebis », c’est au Temple de Jérusalem la porte par laquelle les brebis – et notamment les agneaux de Pâques – entraient dans l’espace du Temple réservé aux prêtres pour y être sacrifiées. Lors de la reconstruction du Temple au retour de l’exil à Babylone, la « porte des brebis » a été la première à être reconstruite, par le grand-prêtre lui-même, aidé des prêtres. Celui qui est la « porte des brebis », chers frères et sœurs, est celui qui a les clés pour entrer dans l’espace sacré du Temple de Jérusalem. Nous pouvons dire, pour nous chrétiens, que la « porte des brebis », c’est le baptême, le sacrement qui nous inscrit dans la communion de Jésus, prêtre, prophète et roi.
 
Jésus dit qu’il appelle les brebis « chacune par son nom ». Comprenons bien. Cela veut dire que l’appel de Dieu, l’appel au baptême, l’appel à être en communion avec Jésus est absolument personnel. Chacun d’entre nous est différent ; il ou elle a une vocation différente ; des dons différents. Nous sommes certes tous des brebis, mais des brebis différenciées qui ont chacune un nom. Ainsi, le drapeau français a trois noms : Marie, Martin et Denis. Tous différents, dans un seul drapeau.
Or, dans l’Évangile, il est dit que les brebis suivent le berger et qu’elles s’enfuient loin de l’étranger, car elles ne connaissent pas sa voix. Il est important de savoir qu’en araméen, le texte ne dit pas « les brebis », il dit : « le troupeau. » La différence est que c’est tous ensemble que nous suivons Jésus, et que c’est tous ensemble que nous tournons le dos à celui dont nous ne connaissons pas la voix – l’ange rebelle, le diable. Le discernement de ce qui est bien – suivre le Berger –, et de ce qui est mal – écouter la voix de l’Étranger –, n’est pas une affaire personnelle, individuelle, éventuellement les uns contre les autres, mais c’est une affaire de tous ensemble, dans l’unité. Le bon Berger, appelle chaque brebis par son nom mais il guide le troupeau, dans l’unité, comme un drapeau guide une armée. L’Étranger au contraire flatte l’orgueil individuel et il disperse. On ne peut pas avoir plusieurs drapeaux dans un régiment : au combat, l’indiscipline c’est l’échec assuré.
 
Jésus dit qu’il est venu pour que les brebis « aient la vie, la vie en abondance ». Il va de soi, chers frères et sœurs que si on porte un drapeau haut sur le champ de bataille, c’est pour se donner du courage, pour se rappeler le but : celui de la victoire, et avec elle ses fruits, à commencer par celui de la paix. Il en va de même pour notre bon Berger, Jésus : il est le guide qui réconforte et encourage ; il est aussi celui qui indique et qui est la porte d’entrée de la vraie victoire, sur la souffrance, sur le mal et sur la mort. La vraie victoire, c’est la vie, la vie en abondance, c’est-à-dire l’Esprit Saint, et avec lui ses fruits : la vraie Paix qui vient de Dieu, la joie et la lumière.

Voilà chers frères et sœurs, un sermon un peu atypique. Mais ce n’est pas le drapeau qui nous permet de comprendre l’Évangile. C’est l’Évangile qui nous permet de comprendre notre drapeau. Nous sommes une vieille nation chrétienne, même si on l’a parfois un peu oublié. Et maintenant, levons l’étendard du Royaume des cieux, le Christ Jésus, notre bon Berger, notre Seigneur et notre Dieu !

dimanche 19 avril 2026

19 avril 2026 - VELLOREILLE-lès-CHOYE - 3ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 2, 14.22b-33 ; Ps 15 ; 1P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous connaissons par cœur l’histoire des disciples d’Emmaüs. On en retient généralement l’idée que tout en marchant Jésus les a préparés intérieurement par une bonne leçon de catéchisme et qu’il s’est fait reconnaître à eux en rompant le pain. Alors on imagine les disciples remontant tout joyeux au pas de course à Jérusalem pour annoncer la bonne nouvelle aux Apôtres.
On fera observer que le déroulement de la messe suit exactement ce cheminement : d’abord le temps de la lecture des Écritures, éclairées par la proclamation de l’Évangile, puis le sermon censé les expliquer ; temps suivi par celui de la célébration eucharistique où le prêtre reproduit les paroles et les gestes de Jésus lors de la Cène, en vue de la communion. Et à la fin, nous avons l’envoi pour l’annonce de la Bonne nouvelle, sinon à Jérusalem, du moins à tout notre entourage.
Tout cela est bien entendu tout à fait exact, et je pourrais presque terminer mon homélie ici. Mais, je voudrais attirer votre attention sur quelques petits cailloux semés par saint Luc sur le chemin d’Emmaüs.
 
D’abord, la discussion entre les disciples. Dans la version grecque de l’évangile, les échanges sont caractérisés par trois verbes différents. En gros, ils commencent par « échanger », puis ils se mettent à « discuter », et enfin, juste avant l’arrivée de Jésus, l’évangile dit qu’ils se « lancent des paroles »… Bref, plus le chemin avance, plus le ton monte ! Jésus intervient au beau milieu d’une discussion assez animée. De fait, on ne peut pas comprendre les Écritures, la Loi de Moïse et les Prophètes, sans que Jésus les éclaire. On se perd dans des interprétations sans fin, jusqu’à se diviser, le cas échéant.
Le problème, pour les disciples, est de comprendre pourquoi Jésus, cet homme « prophète, puissant par ses actes et ses paroles », c’est-à-dire comme Moïse – dans la Bible, il n’y a que Moïse qui soit identifié de cette manière – ; pourquoi donc ce Jésus, prophète aussi grand que Moïse, qui devait délivrer Israël, s’est retrouvé jugé, condamné, insulté, frappé, mis en croix jusqu’à mourir ? Avec, en plus, cette histoire de tombeau vide et de résurrection, le troisième jour ?
L’éclairage de Jésus sur les Écritures porte justement sur sa passion, sa mort et sa résurrection : les prophètes ont spécifiquement annoncé cela. On comprend pourquoi, dans nos évangiles et dans notre liturgie aujourd’hui, le récit de la Passion est si important : ce qui s’est passé correspond parfaitement aux prophéties. Jésus, remarquons-le, reproche aux disciples leur esprit sans intelligence, la lenteur de leur cœur à croire. Le cœur, pour les hébreux, n’est pas le lieu des émotions ou des affections : il est le lieu de la raison, de l’intelligence. Les disciples ont comme un poids sur leur intelligence, qui les empêche de comprendre. Il y a ici un jeu de la part de saint Luc. De même qu’une pierre lourde a été roulée devant le tombeau de Jésus, de même un poids lourd obstrue l’intelligence des disciples. Mais lorsqu’ils reconnaissent Jésus ressuscité, c’est comme si ce poids avait disparu : la pierre a été roulée et la lumière est sortie du tombeau. L’intelligence des disciples a été illuminée.
 
Faisons un pas de plus. Jésus a donc expliqué le sens de sa Passion en lien avec la Loi et les Prophètes ; il est allé jusqu’à la question du troisième jour, jusqu’à sa résurrection. Il se passe alors quelque chose de spécial : c’est le moment où Jésus fait mine de partir, tandis que les disciples cherchent à le retenir : ils pressentent déjà intuitivement que cet homme rencontré sur le chemin réchauffe et illumine leur cœur de l’intérieur, même s’ils ne sont pas encore capables de le reconnaître formellement. En fait, Jésus a parcouru tout le Credo avec eux, et la proclamation du Credo est toujours un signe de la présence de Jésus. Les disciples le sentent.
Le jour descend, la nuit vient : nous sommes à Emmaüs. Il y a une question avec Emmaüs. Il est possible de comprendre qu’il s’agit de l’ancien nom de Béthel, là où Jacob eut la vision en songe d’une échelle qui reliait la terre et le ciel, sur laquelle les anges montaient et descendaient. Or Jacob dit « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » Et il appela ce lieu Béthel, c’est-à-dire « Maison de Dieu ». La maison où se trouvent Jésus et les deux disciples à Emmaüs est donc la Maison de Dieu, le Temple. Jésus peut donc y reproduire les paroles et les gestes du Jeudi Saint. Et c’est ce qu’il fait. Les disciples le reconnaissent alors, non pas tant à la fraction du pain qu’à sa manière de le leur donner : il reproduit aussi les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains. Il n’y a que Jésus à procéder ainsi.
En fait, d’après l’Évangile, tant en araméen qu’en grec, les disciples ne « reconnaissent » pas Jésus tel qu’il était avant : ils le « connaissent » – comme dans saint Jean : c’est Jésus connu intimement, et en même temps éblouissant, transfiguré, qui transperce leurs yeux et leur intelligence de part en part. C’est Jésus – le même qu’autrefois – mais Jésus glorieux. Et il ne « disparut » pas à leurs regards, comme si il s’éteignait comme une ampoule, il « fut emporté », il leur devint « imperceptible » : c’est-à-dire qu’on ne le voit pas, mais que sa présence demeure : il est toujours là, vivant. Pas seulement extérieur, mais aussi intérieur – car il y a eu un moment de profonde communion. On comprend mieux le bouleversement des disciples, qui reviennent à Jérusalem, autant pour annoncer aux Apôtres ce qu’ils viennent de vivre que pour tâcher de retrouver Jésus, dont ils pensent le retour imminent.
 
Voilà chers frères et sœurs, quelques éléments utiles à la méditation de l’Évangile, à la compréhension de Jésus ressuscité, mais aussi du sens et de la profondeur de l’Eucharistie, véritable porte du ciel, qui nous conduit à la vraie connaissance du Seigneur vivant, dans la sainte communion.

dimanche 12 avril 2026

12 avril 2026 - GRAY - 2ème dimanche de Pâques et de la Divine Miséricorde - Année A

 Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
 
Chers frères et sœurs,
 
Les lectures de ce dimanche nous donnent à voir les fondements et caractéristiques essentielles de l’Église. Dans l’Évangile d’abord, nous retrouvons les Apôtres enfermés au Cénacle par peur des Juifs. Ils craignent une persécution violente. Mais ils sont également meurtris : n’ont-ils pas abandonné Jésus durant sa Passion ? Comment peuvent-ils soutenir le regard de Marie, elle qui est restée jusqu’au bout, au pied de la croix ? En fait, la situation des Apôtres est celle de tout homme pécheur, confronté à sa misère personnelle et confronté à la mort. La première Église est donc composée d’hommes et de femmes, comme tous les autres. Ni pires, ni meilleurs.
 
Tout à coup, Jésus « vint au milieu d’eux ». Trois observations : nous sommes dit saint Jean « le premier jour de la semaine » ; il évoque en réalité le « jour un » qui est le premier jour de la création. La résurrection de Jésus est une nouvelle création. Ensuite, Jésus n’a aucun geste ni parole de condamnation à l’égard de ses disciples. Au contraire, de même qu’il a prié en croix « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », il dit maintenant : « La paix soit avec vous » qu’on peut comprendre : « Le pardon soit avec vous. » Enfin, Jésus se manifeste dans un corps glorieux – il peut apparaître en tous lieux – mais qui conserve son aspect physique – ses blessures sont apparentes et nous savons qu’il peut manger du poisson. Devant ce phénomène, contemplant le corps de Jésus marqué par les stigmates de la Passion, les disciples le reconnaissent et sont remplis de joie.
Ainsi l’Église, dans son ADN, est-elle cette communauté d’hommes pécheurs reconnaissant Jésus vivant, glorieux et physiquement présent, authentifié par les marques de sa Passion ; Jésus vivant qui ne condamne pas mais annonce la paix de Dieu. L’Église est cette communauté nouvelle apparue au premier jour d’une nouvelle création à la fois humaine et divine. De même qu’Adam fut modelé puis animé par le souffle de Dieu, de même l’Église est-elle modelée par la reconnaissance de Jésus crucifié et vivant et par le pardon reçu de lui, puis animée par le souffle de Dieu, l’Esprit Saint. Adam avait reçu la vocation d’être fécond et de se multiplier sur la terre ; l’Église a la vocation de se développer et de porter le témoignage de la Bonne nouvelle jusqu’au bout du monde, dans l’espace et dans le temps. Telle est donc la nature fondamentale de l’Église, qui rappelons-le, est une communauté joyeuse !
 
Mais voilà que Thomas n’était pas là. Thomas nous rend bien service, parce qu’il réagit comme nous, comme tout homme qui reçoit l’annonce de la Bonne nouvelle : d’abord il n’y croit pas. Thomas veut un témoignage sensible : il ne veut pas seulement entendre ; il veut voir et toucher. Jésus va satisfaire sa demande tout en l’appelant à la foi. Il en va de même pour nous : les sacrements de l’Église renvoient à des réalités visibles et matérielles, à considérer dans la foi : l’eau, l’huile, le pain, le vin, et… l’évêque – ou le prêtre qui en dérive – configurés à Jésus. On comprend donc que chaque eucharistie du dimanche est aussi le « jour un » de la Création qui régénère sans cesse l’Église. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’entrée du prêtre en procession dans l’Église pour y célébrer l’eucharistie est aussi réelle et miraculeuse, humaine et divine, que l’apparition de Jésus au Cénacle pour y donner son Corps glorieux à voir et à toucher. L’Église et sa liturgie n’ont pas d’autre raison d’être que de manifester les réalités célestes et d’appeler à y participer jusqu’à la communion parfaite.
Nous comprenons donc pourquoi, dans les Actes des Apôtres, saint Luc nous dit que « les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». L’enseignement des Apôtres, c’est le témoignage sur la vie, la Passion et la Résurrection de Jésus ; la communion fraternelle, c’est la communauté fondée sur le pardon et la paix de Dieu ; la fraction du pain, la messe, c’est la vision et la communion au Corps et au Sang de Jésus vivant, la réception de son Esprit de vie ; et les prières, ce sont en même temps la veille dans l’attente de la venue de Jésus, l’offrande de soi et de toute sa vie et l’exercice de la charité à l’égard du prochain. On voit comment, comme une plante l’Église se développe et prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui depuis l’apparition de Jésus au Cénacle, en passant par l’expérience de Thomas et la vie de la première communauté.
 
Il y a deux choses que nous ne pratiquons pas aujourd’hui, semble-t-il : la mise en commun des biens et la fréquentation du Temple de Jérusalem. Le partage des biens était pratiqué dans l’imminence de la venue de Jésus : il est le signe de sa venue toute proche. Aujourd’hui, il est pratiqué dans les monastères qui maintiennent le témoignage des origines. De manière plus lointaine, la quête à la messe et le Denier du Culte appartiennent au geste du partage des biens. Le Temple de Jérusalem a été détruit en 70 par les Romains. Relevons que sa fréquentation ne posait aucun problème aux Apôtres, aux premiers chrétiens et même à saint Paul. Mais il se trouve que Jésus, lorsqu’il a instauré l’eucharistie le Jeudi Saint, a également élevé le lieu du Cénacle à la dignité du Temple, ce qui fait qu’aujourd’hui tout lieu où les chrétiens sont réunis au nom de Jésus peut également être élevé à cette dignité, particulièrement les églises. Les Apôtres et les premiers chrétiens fréquentaient « assidûment » le Temple. Il était comme un poumon de prière : matin, midi, soir on y entendait la lecture des Écritures et le chant des psaumes. Ainsi sont les églises monastiques ; telles devraient être nos églises paroissiales, basiliques et cathédrales…
 
Que le Seigneur ne cesse de souffler son Esprit Saint sur son Église, afin qu’elle demeure aujourd’hui comme hier la communauté humaine et divine, signe du Royaume des cieux et témoin joyeux de la résurrection de Jésus Christ, jusqu’à ce qu’il vienne.

mardi 7 avril 2026

05 avril 2026 - CHAMPLITTE - Saint Jour de Pâques - Année A

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Seq. ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
Le texte de l’évangile que nous lisons à la messe est une traduction en français du texte grec officiel. Mais il existe également une autre version très ancienne en araméen – la langue de Jésus et des Apôtres. Il y a des chances pour que cette seconde version puisse nous apprendre beaucoup de choses.
 
Ainsi, dans l’évangile d’aujourd’hui, j’ai appris que, lorsque nous lisons en français : « Le premier jour de la semaine », l’araméen nous donne : « Le jour un de la semaine. » Cette manière de parler n’est pas simpliste, mais elle renvoie directement au premier jour de la création, dans le livre de la Genèse : le « jour un », est celui – vous le savez bien – de la création de la lumière que Dieu sépara des ténèbres.
Ainsi, le jour de la résurrection de Jésus est-il celui d’une nouvelle création à laquelle l’humanité à vocation à participer : il s’agit de la lumière d’une vie nouvelle séparée des ténèbres de la mort.
 
Un peu plus loin, nous lisons en français que, Jean étant arrivé le premier au tombeau, « en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ». La version araméenne nous dit : « Et il observa ; il vit les tissus de lin qui étaient mis là. » Le verbe « observer » qui a été utilisé se retrouve un peu plus loin, quand Marie-Madeleine pleure assise au bord du tombeau : « elle observait le tombeau » Or, ce même verbe est employé dans le Cantique des Cantiques pour signifier le regard amoureux du bien-aimée et de la bien-aimée.
Ainsi, que ce soit Jean – dont nous savons qu’il est le disciple bien-aimé de Jésus – ou que ce soit Marie-Madeleine, dont nul ne doute de l’affection pour Jésus, tous entretiennent avec lui une relation qui passe davantage par le cœur que par le cerveau. C’est une leçon pour nous : si nous voulons connaître Jésus vivant, il nous faut d’abord apprendre à l’aimer. Alors lui-même se révélera bientôt à nous, comme il le fera juste après pour Marie-Madeleine, et pour Saint Jean avec les autres Apôtres, au Cénacle.
 
Un peu plus loin, notre évangile dit que Pierre « s’aperçoit que les linges sont posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus ». Dans l’araméen, le terme qui a été traduit en français par « suaire » est le même que celui qui désigne le voile dont Moïse se couvrait la face après s’être entretenu avec le Seigneur tant au Mont Horeb que dans la Tente de la Rencontre. Il cachait son visage car il devenait rayonnant – comme à la Transfiguration. Il était éblouissant. Cela est raconté au Livre de l’Exode.
Ainsi nous apprenons que pour les chrétiens les plus proches de la réalité historique, les chrétiens de langue araméenne, ce suaire était marqué par le visage rayonnant de Jésus. Lorsqu’on connaît les caractéristiques d’exposition de l’image du Saint-Suaire de Turin et du Voile d’Oviedo, on est d’autant plus invité à observer ce mystère avec le cœur. Et pourquoi pas avec l’intelligence également.
 
Je pourrai continuer à faire des comparaisons entre nos deux versions de l’Évangile. Mais ces trois exemples suffisent pour ce que je veux dire maintenant. La foi chrétienne est fondée d’une part sur les Écritures – l’Ancien Testament – ici la Genèse, le Cantique des Cantiques et l’Exode, et d’autre part sur la réalité historique. L’Évangile de Jean n’est pas un roman, ni une fiction, ni une légende, mais un témoignage qui se veut véridique, pour que nous qui sommes éloignés dans l’espace et le temps, nous puissions croire à notre tour en Jésus ressuscité. Et bien sûr, la foi chrétienne est un don de Dieu, qui nous transperce le cœur et l’intelligence quand Jésus vivant se fait connaître à nous et que nous comprenons que l’Écriture et l’Évangile disent vrai.
 
Évidemment, si la résurrection de Jésus est une réalité, qui a même une dimension physique – et c’est bien le cœur de notre foi chrétienne – alors notre perception de l’univers et de nous-mêmes change radicalement. Et nous comprenons, et nous savons, que tous les sacrements sont des actes réels de Jésus vivant aujourd’hui. Le baptême fait vraiment entrer dans sa vie nouvelle ; la confirmation est vraiment une purification et une consécration qui nous permettent d’accéder à Dieu, et l’eucharistie est vraiment une communion au Corps et au Sang de Jésus, c’est-à-dire à la vie divine. Tel est le cadeau inestimable que les parents de Lise veulent lui offrir aujourd’hui : bénis soient-ils !

dimanche 5 avril 2026

04 avril 2026 - GY - Vigile Pascale - Année A

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;  Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps 18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
 
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
 
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus. La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
 
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles. C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse de Dieu. Et nous en faisons partie.
 
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du monde.

samedi 4 avril 2026

03 avril 2026 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit. Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne vont pas l’un sans l’autre.
 
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi, même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages, assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des gestes, des observations physiques.
 
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des « Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes des juifs qui croyons en Jésus.
 
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien : c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques. Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps, par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle extraordinaire !
 
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique, est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus, mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ; le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance, deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin : celui du Paradis.
 
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est pourquoi nous la vénérons.

vendredi 3 avril 2026

02 avril 2026 - GY - Jeudi Saint - Mémoire de la Cène du Seigneur - Année A

 Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Le jeudi saint est un moment important pour nous tous, baptisés, et plus particulièrement pour les prêtres. Comme vous le savez, lorsque Jésus célèbre la Cène avec ses Apôtres, il veut célébrer avec eux la Pâque comme font les Juifs tous les ans depuis la sortie d’Égypte, et encore aujourd’hui bien sûr. Nous avons entendu dans la première lecture de quoi il s’agit : toute la famille doit se rassembler pour manger ensemble un agneau avec des pains sans levain et des herbes amères. Le repas se fait de nuit, tout le monde étant prêt à partir au lever du jour. Cependant, vous avez entendu qu’il y a en même temps un rite spécial : on doit marquer du sang de l’agneau les montants des portes de la maison pour que ses habitants soient protégés du fléau qui va frapper – cette nuit-là – tous les premiers-nés d’Égypte. C’est cela, la Pâque du Seigneur.
 
Donc, comme font des milliers de Juifs à leur époque, Jésus et ses Apôtres sont montés en pèlerinage au Temple de Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Cependant, Jésus apporte à son repas pascal trois changements importants, qui se comprennent ensemble.
En premier lieu il y a un changement de calendrier. Quand Jésus célèbre le repas pascal avec ses Apôtres, il le fait deux jours avant la Pâque officielle célébrée au Temple. Cela pose deux problèmes : d’une part, ils n’ont pas d’agneau – puisque les agneaux sont sacrifiés le jour de la Pâque ; et d’autre part, ils ne sont pas au Temple, mais dans une maison particulière. Comment Jésus va-t-il donc faire pour pouvoir célébrer vraiment la Pâque ?
Deuxième changement : Jésus va transformer la maison où ils sont en Temple… en lavant les pieds de ses disciples. La raison est très simple. Pour pouvoir entrer dans le Temple, il faut que chaque pèlerin soit purifié : qu’il se soit baigné les jours précédents et que juste avant d’entrer dans le Temple, il se soit lavé les pieds. C’est ainsi que Jésus et les Apôtres se sont déjà lavés, mais pas encore les pieds. Or voilà que Jésus dépose son vêtement et se revêt d’un linge, en tissus de lin précise l’évangile en araméen, et il lave les pieds de ses disciples au moyen d’un bassin que saint Jean identifie par l’emploi du même mot au bassin des ablutions des prêtres dans le Temple. Saint Pierre n’a rien compris : il pense que Jésus s’abaisse comme un esclave pour lui laver les pieds. Humainement c’est exact, d’autant plus que Jésus est aussi son Maître et son Dieu ! Mais Pierre n’a pas compris immédiatement que Jésus, habillé comme un prêtre, lui fait les ablutions réservées aux prêtres. C’est ainsi que Jésus a fait des Apôtres des prêtres et a transformé le Cénacle en Temple ; pour qu’ils puissent ensemble célébrer le sacrifice de la Pâque là où ils sont, deux jours avant la date officielle.
Mais il manque l’agneau, l’agneau qui doit être sacrifié le jour de Pâque. Ici Jésus, fait encore plus fort – si je puis dire. C’est le troisième changement. En prenant le pain, il dit : « Ceci est mon Corps ». Et prenant le vin, il dit : « Ceci est mon Sang, livré pour vous. » En disant cela, Jésus a fait que l’Agneau de Pâque, c’est lui. Le corps de l’agneau c’est son Corps ; le sang de l’agneau c’est son Sang. Et il a dit cela en prenant du pain et du vin. Mieux encore, il l’a réalisé vraiment, puisque lui, l’Agneau de Dieu, meurt en croix, au moment même où les agneaux de Pâque sont sacrifiés au Temple. Donc, les Apôtres, en communiant au pain et au vin communient en réalité au Corps et au Sang de Jésus, qui est lui-même l’Agneau de Pâque véritable.
Maintenant rappelez-vous du rituel de la nuit en Égypte : le sang de l’agneau sert à protéger la maison contre le fléau de l’ange exterminateur. Hé bien, de la même manière, le Sang de Jésus protège les Apôtres (et nous aussi) de la condamnation encourue par nos péchés, et il nous en libère. Ce Sang, c’est l’Esprit Saint dont l’Église est vivifiée depuis la Pentecôte, ce pour quoi Jésus a dit que le mal ne prévaudrait pas contre elle. Le Sang de Jésus protège son Église et lui communique la vie éternelle. L’Église, c’est-à-dire nous, bien entendu.
 
Maintenant vous avez compris ce que nous faisons ce soir. Nous faisons ce que Jésus a demandé à ses Apôtres de faire après sa résurrection et son ascension au ciel : nous nous réunissons et le prêtre fait ce que fait Jésus : il se purifie et purifie l’assemblée avec lui – ce soir avec le lavement des pieds – pour que tous soient réunis dans le Temple de l’église, prêts à célébrer la Pâque ; puisque le pain et le vin – devenus selon ses paroles le Corps et le Sang de Jésus, l’Agneau véritable – soient offerts à son Père et partagés en communion. Ainsi tous remplis de l’Esprit Saint, nous sommes en même temps libérés et protégés, pardonnés et vivifiés dans l’amour de notre Dieu.
Chers frères et sœurs, n’oubliez pas : nous avons tous été baptisés au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; nous avons été conformés à Jésus prêtre, prophète et roi. Dans l’eau du baptême, nous avons été purifiés et pardonnés pour que nous puissions célébrer l’eucharistie, offrir le sacrifice comme le fait une assemblée de prêtres, et y communier. Ce mystère est grand. Puissions-nous comprendre un peu à quelle dignité nous avons été élevés. Et rendons grâce au Seigneur notre Dieu.

dimanche 29 mars 2026

29 mars 2026 - MEMBREY - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année A

 Mt 21, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous bénissons les rameaux et nous entrons en procession dans l’église pour nous rappeler et nous faire les contemporains de Jésus faisant son entrée royale à Jérusalem, non pas comme des spectateurs, mais comme des acteurs.
 
À l’époque, Jésus avait une grande réputation de guérisseur et beaucoup avaient compris qu’il était le Messie, celui qui allait sauver le peuple et lui rendre sa liberté en Terre promise, occupée par les Romains. Lorsqu’il fait sa montée à Jérusalem, assis sur un âne et acclamé par la foule, il reproduit le rite d’intronisation des rois d’Israël : on comprend la joie des gens ! Jésus est bien le Messie ! Mais on comprend aussi la crainte des pouvoirs en place, que Jésus les renverse, ou bien qu’il déclenche une violente répression de la part des Romains, et la dévastation de Jérusalem. C’est pour ce motif que Jésus sera condamné.
 
Cependant, Jésus ne veut pas prendre le pouvoir sur la terre, mais l’acquérir au ciel. Sa montée à Jérusalem est l’actualisation d’une prophétie. Le prophète Daniel a annoncé que le Fils de l’Homme montera dans les cieux acclamé par les anges pour vaincre les démons et s’asseoir sur son trône à la droite du Père. Ainsi, en montant à Jérusalem, acclamé par les foules, après avoir chassé les marchands à coups de corde, Jésus va faire son entrée dans le Temple de Dieu, son Père. Il affirme ainsi publiquement que le Fils de l’Homme dont il est question dans la prophétie de Daniel, c’est lui. Mais sa véritable montée dans les cieux pour s’asseoir à la droite du Père, après avoir détruit le mal, c’est l’Ascension.
 
Chers frères et sœurs, avec vos rameaux, vous êtes les foules de Jérusalem, vous êtes les anges du ciel, qui acclament Jésus faisant son entrée dans la Maison de son Père, lui qui chassera les marchands du Temple et les démons, pour s’asseoir en juste juge, bon berger et roi véritable, sur le trône de sa gloire.
 
Et maintenant, acclamons avec joie Jésus, notre roi et notre Dieu !
 

 
Is 50,4-7 ; Ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Mt 27,11-54
 
Chers frères et sœurs,
 
La Passion de Jésus, c’est Dieu qui passe au tribunal des hommes. Tribunal religieux d’abord, chez les grands prêtres : il est accusé de se prétendre le Fils de Dieu, mais ils ne le croient pas. Tribunal politique ensuite, chez Pilate : il est accusé de se prétendre roi d’Israël, mais personne ne croit que son Royaume n’est pas de ce monde. Tribunal populaire enfin : il est méprisé, frappé, crucifié, moqué, mais personne ne voit qu’à cet instant même, c’est lui Jésus qui les juge tous au tribunal de la croix.
 
Le tribunal de la croix, frères et sœurs, c’est la réalité de ce que nous sommes. Judas, un apôtre, a vendu Jésus pour de l’argent. Quand il a compris que Jésus était innocent, il s’est fait justice lui-même. Pierre et les Apôtres disaient : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Pierre, qui était armé, l’a renié trois fois devant une petite servante – la honte – et les autres se sont enfuis ; on ne les a pas revus de la soirée. Oui, Pierre, tu pouvais pleurer amèrement devant ton orgueil déchu, devant ta faiblesse ! Les grands prêtres, gardiens des Écritures et de toute la connaissance de Dieu, incapables de reconnaître Jésus, le suppliant « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ! » ; et dans leur incapacité à prendre leurs responsabilités, dans leur lâcheté, de passer Jésus à Pilate pour qu’il fasse lui-même le « sale boulot ». Pilate, le sommet du « en même temps », qui d’un côté se lave les mains – geste qui en droit romain scelle une condamnation à mort – tout en déclarant « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Quelle hypocrisie méprisable ! Et la foule, qui hier acclamait Jésus avec des palmes, aujourd’hui lui crache dessus. Et ajoutant la bassesse à l’infidélité, se moque de lui alors qu’il est en train d’agoniser en croix. Voilà la réalité. Voilà la réalité des hommes, de la foule, de Pilate, des grands prêtres, et même des Apôtres. Il n’y en a pas un pour rattraper les autres.
 
À vrai dire, si, il y en a quelques-uns : Marie la Mère de Jésus, quelques femmes pieuses, saint Jean, qui ont assisté à tout, qui ont supporté tout, qui ont encaissé tout, avec Jésus, en silence. Ils n’ont pas dit un mot. Simplement ils étaient là, juste là. Grâce à leur foi et à leur courage, il y avait quand même une lumière dans les ténèbres.
 
Mais, concernant les hommes, voilà la sentence rendue par Jésus, Fils de Dieu, du haut du tribunal de sa croix – c’est l’évangile de Luc qui nous l’apprend : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » Le jugement de Dieu, chers frères et sœurs, c’est son pardon. Pour notre manque de foi, pour nos reniements, pour nos lâchetés, pour nos hypocrisies, nos infidélités et nos bassesses. Bientôt, le jour de Pâques, la première parole de Jésus à ses Apôtres sera : « La paix soit avec vous. » Et pourquoi cela ? Parce que, jusqu’à en mourir sur une croix, Dieu nous aime et, qui que nous soyons, il veut nous combler de son amour. La seule chose qui peut nous condamner vraiment, c’est de refuser cet amour.

dimanche 22 mars 2026

22 mars 2026 - CHAMPLITTE - 5ème dimanche de Carême - Année A

 Ez 37, 12-14 ; Ps 129 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45
 
Chers frères et sœurs,
 
La résurrection de Lazare est toujours impressionnante… Et il y a beaucoup de choses à en dire. Les textes choisi pour ce dimanche nous y aident. D’abord, par son prophète Ezéchiel, le Seigneur a dévoilé sa volonté pour l’homme : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. » Cette promesse est donnée à celui qui, comme dans le Psaume, crie dans les profondeurs de la mort tout en confessant son espoir de salut, car il a foi que le Seigneur qui est amour, le rachètera, lui pardonnera, et lui donnera son Esprit de vie. Saint Paul ne dit pas autre chose aux Romains devenus chrétiens : « Celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Dans l’évangile, nous allons voir ce programme mis en application pour Lazare.
Il y a deux manières de lire l’évangile. On peut d’abord le lire comme un témoignage historique. Pour saint Jean, c’est très sérieux : ce qu’il dit s’est réellement passé. On voit Lazare malade et mourir, Jésus tarder à venir, Marthe venir à sa rencontre puis Marie courir à son appel. Et puis l’ordre impérieux d’ouvrir le tombeau et, à Lazare, de sortir. Jésus a fait cela. Et c’est très impressionnant. Mais saint Jean nous indique aussi par beaucoup de détails que l’on peut comprendre ce qu’il s’est passé en lisant son évangile autrement. Je vous donne quelques indications.
 
Tout d’abord, les lieux et la chronologie. Jésus n’est pas à Béthanie quand on le prévient de la maladie de Lazare. Jean nous dit qu’« il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. » Cet endroit, en raison du vocabulaire et du style allusif de la phrase veut nous dire que Jésus est au Ciel. S’il faut un premier jour pour aller de Béthanie à l’endroit où Jésus se trouvait, en dehors de la Judée, nous sommes alors le troisième jour. Pourquoi saint Jean insiste-t-il autant sur les jours ? Quand Jésus arrivera à Béthanie, nous serons le cinquième jour puisque Lazare sera enterré depuis déjà quatre jours, et qu’il faut un jour pour aller à Béthanie. Hé bien, c’est que ce sont les jours de la création.
N’est-il pas significatif que Jésus ait ces propos un peu obscurs sur celui qui marche de jour ne trébuche pas, alors que celui qui marche la nuit trébuche parce que la lumière n’est pas en lui, tandis qu’il décide d’aller à Béthanie ? Le quatrième jour, c’est celui où Dieu créa les deux grands luminaires, pour commander au jour et pour commander à la nuit.
Les disciples s’étonnent que Jésus veuille aller en Judée, où on lui promettait la mort. Pour sûr : que le Verbe de Dieu décide de se faire chair, c’est choisir la mort ! Le lieu où est Jésus c’est le ciel ; Béthanie en Judée, c’est l’incarnation et la mort. Mais « Lazare notre ami s’est endormi, et je vais aller le tirer de ce sommeil » dit Jésus. Jésus, de Dieu s’est fait homme pour que l’homme endormi dans les ténèbres de la mort ressuscite pour la vie éternelle. Et si Jésus fait cela, dit-il à ses disciples : « c’est pour que vous croyiez. » Attendons un peu pour voir ce qu’il en est du cinquième jour de la création.
 
Voici Jésus arrivé à Béthanie. Les deux sœurs l’attendaient, mais elles se comportent différemment avec lui. Marthe vient au-devant de lui et l’interpelle : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! » Dans l’araméen, elle ne l’appelle pas « Seigneur ». Elle croit simplement qu’il est un prophète et que ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Jésus, avec tact, la conduit à confesser qu’il est le Christ, le Fils de Dieu. Mais c’est un peu laborieux et, pour ainsi dire, il ne se passe rien pour Lazare. Très différente se fait la rencontre avec Marie.
Marie attend Jésus. Dans cette attente, dans sa prière, elle se tend comme un arc, car elle a foi que Jésus va venir. Lorsque Marthe lui chuchote : « Notre maître est venu, et Il t’appelle », elle bondit littéralement. L’araméen dit qu’« elle sauta », et se précipita vers Jésus. Comprenez : cet instant, elle l’avait tellement attendu ! Devant Jésus, elle se jeta à ses pieds et dit : « Mon Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Et elle pleurait. Marie confesse que Jésus est Dieu et, de toute son âme et de tout son corps elle exprime sa douleur et sa foi. Rien à voir avec l’attitude initiale de Marthe. Cette douleur est telle qu’elle entraîne celle des judéens qui sont avec elle. Ce n’est plus une personne qui pleure, c’est tout un peuple : le peuple de Dieu qui chante le psaume « Des profondeurs, je crie vers toi Seigneur… » Marie, c’est l’Église, et l’Église c’est la communion du peuple de Dieu. Jésus ne peut pas rester insensible : il est bouleversé jusque dans ses entrailles. Avez-vous remarqué, frères et sœurs, qu’à la question de Jésus « où l’avez-vous déposé ? », le peuple lui répond : « Seigneur, viens » : « Marana tha », en araméen, la prière typique des chrétiens qui attendent la venue de Jésus. C’est alors qu’il se met à pleurer. En araméen : « et les larmes de Jésus venaient… » En attendant sa venue, frères et sœurs, nous recevons déjà ses larmes, ses larmes qui sont les premiers dons de l’Esprit Saint.
Cinquième jour, disais-je ? C’est le jour où Dieu crée les êtres vivants, poissons dans la mer, oiseaux dans le ciel. Voilà pourquoi Jésus est auprès de Lazare ce jour : parce qu’il va lui donner la vie. Il va faire de lui un nouvel être vivant. Jésus a attendu deux jours, parce que, pendant l’attente de Marthe très pressée et de Marie très patiente, Jésus a commencé dans le silence et dans les profondeurs de sa divinité la nouvelle création. Comme si la prière silencieuse de Marie avait travaillé de concert avec le travail invisible de Dieu, et quand ils se voient enfin, dans les larmes, alors la vie peut être donnée, rendue à Lazare.
 
Je finis chers frères et sœurs. La prière de Marie : c’est la nôtre. Nous voyons Lazare mourir tous les jours autour de nous ; combien de souffrances voyons-nous ? Mais dans la foi, dans la patience, dans le silence, dans l’attente de la venue de Jésus, nous le laissons préparer, selon la volonté de son Père, et dans les larmes de l’Esprit, le grand jour de la Résurrection. 
 

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