dimanche 5 juillet 2026

05 juillet 2026 - VALAY - 14ème dimanche TO - Année A

 Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30
 
Chers frères et sœurs,
 
L’enseignement de Jésus est court ce dimanche, mais il n’en est pas moins très dense, comme nous allons le voir. Comme dimanche dernier, nous pouvons relever deux leçons majeures.
 
La première leçon concerne la connaissance du Mystère de Dieu quant à son contenu et à la manière d’y accéder. Jésus délivre cette sentence mystérieuse : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Dans cette phrase, il y a trois temps. Le premier est celui de l’Ancien Testament : les hommes connaissent Dieu mais ne connaissent pas son Fils – que seul le Père connaît. Il demeure caché, voilé. Le deuxième temps est celui de Jésus : c’est lui qui connaît et révèle le Père. Nul ne connaît le Père sinon son Fils. Jésus est le dévoilement du Mystère de Dieu Père. Le troisième temps est celui de l’Esprit Saint et aussi le nôtre, celui de l’homme : la connaissance du Père et du Fils, du mystère de Dieu Trinité, est révélée à l’homme par l’Esprit de Dieu. Ainsi, ce qui est caché aux sages et aux savants, c’est le mystère de la Sainte Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit Saint.
Jésus explique aussi comment ce Mystère est dévoilé et à qui. Nous avons vu que ce dévoilement se fait au cours de l’histoire sainte, en trois temps. Mais ce sont aussi trois étapes spirituelles qui peuvent être parcourues par tout homme, y compris les hommes de l’Ancien Testament. Ces hommes bénis sont les prophètes qui accèdent à la vision du mystère de Dieu. Ainsi sont les « tout-petits ». L’expression employée par Matthieu renvoie en araméen aux enfants prophètes du temps de Nabucodonosor : Daniel, Ananias, Azarias et Misaël : « À ces quatre jeunes gens, Dieu accorda science et habileté en matière d’écriture et de sagesse. Daniel, en outre, savait interpréter les visions et les songes. » Dans la traduction grecque, l’expression « tout-petits » renvoie aussi au Psaume 8 : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte. » Nous comprenons que l’accès au Mystère de Dieu est donné, selon la volonté du Père et du Fils, par l’Esprit Saint, à ceux qui sont innocents et humbles et qui sont élevés par sa grâce à la connaissance prophétique. Il ne s’agit pas d’une sagesse humaine, mais d’une sagesse divine qui peut être donnée même (et d’abord) à des enfants : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » a dit aussi Jésus.
Alors Jésus s’incline devant la volonté du Père : « Tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » Il s’agit d’une expression de profonde révérence et gratitude lorsqu’on reçoit un décret du roi : « qu’il soit fait selon ta volonté. » ; « qu’il me soit fait selon ta parole » avait dit la Vierge Marie à l’Ange.
 
La seconde leçon n’est pas moins précieuse que la première. Il s’agit d’une sorte de paraphrase et d’explication d’un passage du livre de Ben Sira le Sage : « Approchez-vous de moi, vous qui n’avez pas d’instruction, prenez place dans mon école. Pourquoi dire que vous manquez de sagesse, pourquoi vos âmes ont-elles si grande soif ? J’ouvre la bouche et déclare : « Faites-en l’acquisition sans rien payer ; placez votre cou sous le joug, et recevez l’instruction. » On la trouve tout près de soi. Constatez-le de vos yeux : en prenant peu de peine, j’ai trouvé beaucoup de repos. »
Ben Sira le Sage parle de la Sagesse, qui pour lui est la Torah, la Loi du Seigneur. Mais Jésus s’y substitue : il est lui-même la Sagesse. La Torah est comparée à un joug ; nous l’interprétons comme un esclavage, mais c’est un contresens : pour les rabbins et pour Ben Sira le Sage, le joug est porté à deux : Dieu et l’homme tirent en même temps la charrue. Porter le joug, c’est partager avec Dieu le travail de l’instruction, de la découverte de la Sagesse. Ainsi, porter le joug de Jésus, c’est partager avec lui l’effort de sa vie. Quand il dit « mon joug est facile à porter », il faut comprendre en araméen que son joug est « agréable, suave et parfumé » ; et en grec il est « bienfaisant et bien adapté ». Le joug de Jésus, c’est l’Esprit Saint. C’est pourquoi il est si léger.
Et qu’apprend-on en portant le joug de Jésus ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » On pourrait traduire aussi « que je suis clément, miséricordieux, en mon cœur. » Le cœur de Jésus, c’est aussi la volonté de son Père, la volonté de Dieu. Ce passage est le seul dans l’évangile à évoquer le cœur de Jésus : voyez comme il est précieux ! C’est un cœur doux, clément, miséricordieux.
Et c’est pourquoi Jésus dit : « vous trouverez le repos pour votre âme. » Le repos, pour un Juif, c’est le Shabbat, quand Dieu se repose de son travail des six jours de la création. C’est un repos béni, tout baigné de lumière, de connaissance de Dieu, d’amour et de paix. Jésus nous dit donc que pour accéder à son repos, il faut se mettre sous son joug, le joug de l’Esprit Saint, à l’école de son cœur miséricordieux, tel qu’il s’est manifesté aux hommes dans son Incarnation où il a donné sa vie pour le pardon de leurs péchés. Alors tout homme blessé, errant dans les ténèbres depuis Adam, celui qui descendait de Jérusalem à Jéricho, le fils prodigue, l’aveugle-né, le paralytique ou le lépreux, retrouvera enfin le repos, la paix, la joie et la lumière dans la communion de Dieu.
 
Tel est donc l’enseignement de Jésus : par l’Esprit Saint, le connaître dans son humble et miséricordieuse humanité ; c’est aussi connaître son Père, et c’est entrer dans le repos de Dieu, la joie des bienheureux, avec tous les saints et les prophètes, les « tout-petits » !

dimanche 28 juin 2026

28 avril 2026 - GRAY - 13ème dimanche TO - Année A

 2 R 4, 8-11.14-16a ; Ps 88 ; Rm 6, 3-4.8-11 ; Mt 10, 37-42
 
Chers frères et sœurs,
 
Par l’enseignement que nous venons d’entendre, Jésus clôt l’ensemble des instructions qu’il a voulu donner à ses disciples au sujet de leur mission d’annonce du Règne de Dieu. Cet enseignement comporte deux points.
 
Le premier concerne la radicalité de vie qu’il attend de ses apôtres. Il s’agit qu’ils le choisissent prioritairement à toute personne proche, au prix d’humiliations et de persécutions éventuelles, ceci jusqu’au don de leur propre vie. Cette radicalité ne peut être exigée que par Dieu lui-même.
De fait, en plaçant l’amour de lui-même au-dessus de l’amour des parents, Jésus se positionne comme Dieu. Dans la Loi de Moïse, le premier commandement est celui de l’amour de Dieu « de toute ton âme, de toute ta force et de tout ton esprit » ; le commandement « tu honoreras ton père et ta mère » n’arrive qu’en quatrième position.
Nous trouvons une bonne illustration de cette priorité dans l’appel du prophète Élisée par le prophète Élie. Avant de partir à sa suite, Élisée voulut d’abord aller embrasser son père et sa mère, mais Élie lui a répondu vertement : « Va-t’en, retourne là-bas ! Je n’ai rien fait. » Dès lors, Élisée s’est immédiatement débarrassé de ses biens et, après avoir offert un bon repas aux gens – on ne sait pas si ses parents en ont fait partie – il s’est mis à la suite d’Élie. C’est une condition du prophétisme hébreu que de tout quitter pour se mettre au service du Seigneur.
Jésus ne cache pas que ce service implique – comme pour tout prophète qui se respecte – des contradictions et des persécutions. Jésus lui-même n’échappe pas à la règle, qui devra subir la violence de sa Passion. Mais la condition de possibilité de ces arrachements et de cette patience dans l’épreuve est le don intégral de soi à Dieu : « Qui a perdu sa vie à cause de moi la trouvera. » Ce que nous traduisons par « vie » se dit en hébreu nephesh qu’on traduit aussi par « âme ». Jésus désigne ici l’intime et l’intégralité de la personne. Il s’agit de tout donner et soi-même au Seigneur.
Nous pouvons nous souvenir ici des deux derniers dons que Jésus a fait alors qu’il était en croix : il a donné la personne la plus précieuse à ses yeux à son disciple Jean : sa mère : « Voici ta mère » ; puis il a donné sa propre vie à son Père : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit. » Jésus ne nous demande rien qu’il n’ait d’abord lui-même mis en pratique.
 
Après avoir mis sur la table la radicalité qu’il attend de ses apôtres, sachant que cela ne concerne qu’un petit nombre, Jésus se tourne ensuite vers la majeure partie de ses autres disciples. C’est le second point. Jésus demande aux disciples d’offrir l’hospitalité aux apôtres, car qui accueille un apôtre accueille Jésus lui-même et Celui qui l’a envoyé, c’est-à-dire le Père. Les mentions du « prophète » et du « juste » sont propres à l’évangile de Matthieu, elles concernent les missionnaires de l’Évangile aux premiers temps de l’Église. C’est une extension du devoir d’hospitalité exigé pour l’accueil des Apôtres.
Jésus insiste sur le fait que les Apôtres n’ont pas la qualité ni l’apparence de personnes savantes ou nobles : ce sont des « petits ». Certains groupes chrétiens, aux premiers temps de l’Église, étaient justement qualifiés avec mépris en hébreu de minim, c’est-à-dire de « petits ». Il s’agit donc de les accueillir et de leur offrir au moins le minimum : un verre d’eau fraîche. Mais vous aurez bien compris, chers frères et sœurs, qu’à une personne qui traverse l’épreuve du désert, l’eau fraîche a le goût et le prix de la vie. C’est une manière de parler aussi de l’Esprit Saint.
Par conséquent, aux Apôtres qui quittent tout pour suivre Jésus, Jésus promet l’accueil et le réconfort, le soutien de tous les autres disciples, de toute l’Église. Et à ces disciples qui eux n’ont pas tout quitté pour suivre Jésus, il leur promet « une récompense de prophète », « une récompense de juste », pour tout verre d’eau fraîche offert à l’un de ses envoyés, qui lui ressemble, lui qui est envoyé par le Père. En fait, Apôtres et disciples sont inséparables : ils ont besoin les uns des autres et la récompense des uns est aussi celle des autres, c’est la même : l’Esprit de vie éternelle.
Nous voyons ceci parfaitement illustré dans la rencontre entre le prophète Élisée et la riche sunamite. Celle-ci reçoit Élisée en tant que prophète du Seigneur et lui offre le refuge dans sa maison. En raison de cela Élisée lui obtient auprès du Seigneur le don magnifique de la vie en elle : un enfant.
 
Quand on voit ce qui est arrivé à Élisée, l’appel radical reçu d’Élie et l’accueil chaleureux offert par la sunamite, on peut se dire que Jésus n’a rien inventé dans son enseignement aux disciples. De fait, le Dieu des Juifs et le Dieu des chrétiens est le même. Il n’a pas changé. La différence peut-être est que le prophète chrétien sait qu’il porte en lui-même le Christ Jésus, qui se rend là où son apôtre se rend. L’honneur reçu est d’autant plus exigeant à porter, l’humilité requise l’est d’autant plus : le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Mais il sait pouvoir compter sur le soutien des amis de Dieu.

dimanche 21 juin 2026

21 juin 2026 - GRAY - 12ème dimanche TO - Année A

 Jr 20, 10-13 ; Ps 68 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33
 
Chers frères et sœurs,
 
Jésus poursuit l’instruction qu’il donne à ses apôtres concernant leur mission d’annonce de la Bonne Nouvelle du Royaume des cieux. Il ne leur cache pas que cette mission implique des dangers, notamment celui de la persécution.  Aujourd’hui, cependant, il veut les prémunir de la peur et leur donner du courage. Nous pouvons relever trois affirmations très fortes de Jésus.
 
La première est que Dieu est vérité et que sa vérité est lumière. Ainsi, face au mensonge, à la calomnie, à la négation des faits jusqu’à leur effacement, face à la fabrication des discours idéologiques et à l’endormissement des consciences, le Seigneur maintient la réalité et la puissance de la Vérité : « rien n’est voilé qui ne sera dévoilé, rien n’est caché qui ne sera connu. » Car la Vérité dissout le mensonge comme la Lumière repousse les ténèbres. « Ce que je vous dis dans les ténèbres, dites-le en pleine lumière » : les chrétiens sont les « fils de la lumière » et Jésus est « la Vrai lumière qui éclaire tout homme en venant dans le monde ». Ainsi, dit Jésus à ses Apôtres : « n’ayez pas peur : vous avez la lumière de la vérité. »
 
La seconde affirmation est que si les hommes ont puissance sur les corps, ils ne l’ont pas sur les âmes. Dieu seul a pouvoir sur les deux. Ainsi, s’il faut craindre pour sa vie, mieux vaut craindre Dieu plutôt qu’un homme. Un homme peut faire mourir physiquement, mais il n’a pas la parole au moment du Jugement. La destinée de nos âmes – et de nos corps avec elles – n’appartient qu’à Dieu.
Ici Jésus prend l’image du peu de valeur qu’ont les moineaux en regard desquels l’homme a bien plus de valeur, à tel point que « même les cheveux de votre tête sont tous comptés ». Il s’agit ici d’une image et d’une expression qui signifient que Dieu, qui nous aime tellement, nous connaît jusqu’à l’intime de nous-même. Autrement dit, au jour du jugement, Dieu qui nous aime et nous connaît parfaitement, sera un juste juge et donc, de sa part, nous n’avons rien à craindre.
Ainsi, devant la crainte de la violence voire même de la mort physique, Jésus dit à ses Apôtres : « n’ayez pas peur : Dieu connaît l’innocence de votre cœur et il vous justifiera. »
 
La troisième affirmation est un peu plus subtile, car la traduction en a effacé le relief. Je crois que c’est Tertullien qui rend le mieux ce que saint Matthieu a écrit originellement : « Quiconque confessera en moi devant les hommes, moi aussi je confesserai en lui devant mon Père qui est dans les cieux ; et celui qui me renonce devant les hommes, je le renoncerai devant mon Père qui est dans les cieux. »
Voyez-vous la puissance de ce que dit Jésus ? Il dit que celui qui confesse sa foi devant les hommes est en réalité enveloppé par Jésus qui, en quelque sorte, se confesse lui-même. Dès lors, les juges ne jugent pas tel ou tel chrétien individuellement, mais ils jugent le Christ dans lequel se trouve le chrétien. De même devant Dieu, c’est Jésus qui parlera dans le chrétien. Alors le Père reconnaîtra la voix de son Fils. Saint Paul a fait cette expérience : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » Voilà pourquoi Jésus a pu dire : « Je confesserai en lui devant mon Père qui est dans les cieux ». Ainsi Jésus dit à ses Apôtres : « n’ayez pas peur, par l’Esprit Saint, nous sommes en communion : je suis en vous comme vous en moi. À travers vous, c’est moi que les hommes jugent, et c’est ma voix que le Père entendra en vous, au jour du jugement : je suis votre défenseur. »
 
On comprend donc mieux la mise en garde : « celui qui me renonce devant les hommes, je le renoncerai devant mon Père qui est dans les cieux. » Elle souligne parfaitement l’importance de la communion. « Celui qui me renonce », « celui qui me renie », est donc celui qui nie ou refuse la communion. Il n’est plus dans le Christ, et le Christ n’est plus en lui. Par conséquent, le Père ne pourra pas reconnaître la voix de son Fils dans cet homme au jour du jugement, et il sera écarté.
 
Pour conclure, Jésus enseigne à ses Apôtres que, durant le temps de leur témoignage sur la terre, par l’Esprit qui leur a été donné, ils ne cessent pas d’être en communion avec lui. Jésus est la lumière de la Vérité. Non seulement il n’y a pas à en avoir honte, mais surtout elle est incorruptible et éternelle. C’est Jésus que le Père reconnaîtra dans son disciple au jour du jugement et plus il le reconnaîtra, plus le disciple sera justifié et glorifié.
Inversement, celui qui s’écarte de Jésus perd sa force, s’isole et se dilue dans les ténèbres. Il se condamne lui-même à la perdition. Sera-t-il loué par les juges de la terre ? – certainement ! Mais qu’aura-t-il gagné à la face de Dieu ? Il aura tout perdu !
 
Nous savons bien que nous sommes faibles et pécheurs, qu’il n’est pas toujours facile d’être disciple de Jésus, ni évident que nous le seront toujours en cas de persécution à basse ou haute tension. Aussi Jésus lui-même nous a enseigné à prier sans cesse : « Donne-nous le pain de ce jour », c’est-à-dire la force de l’Esprit Saint pour lui être fidèle à toute heure. Et Dieu qui connaît notre cœur jusqu’à l’intime, y reconnaîtra le désir profond d’appartenir au Christ, maintenant et pour toujours. Et il l’exaucera.

dimanche 14 juin 2026

14 juin 2026 - MERCEY-SUR-SAÔNE - 11ème dimanche TO - Année A

 Ex 19,2-6a ; Ps 99 ; Rm 5,6-11 ; Mt 9,36 – 10,8
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans l’évangile, nous voyons Jésus parcourir les villes et les villages de Galilée, guérissant de nombreux malades, expulsant les esprits impurs et pardonnant aux pécheurs. Mais, devant l’affluence des gens et sa renommée grandissant, il constate avec douleur – il fut saisi de compassion – combien les brebis, sans berger et laissées à elles-mêmes, sont non seulement profondément blessées mais aussi très nombreuses, alors que l’heure de la moisson – c’est-à-dire l’Heure du jugement, approche.
 
La première chose que Jésus demande à ses disciples, c’est de prier : « Priez donc le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. » Retenons bien cela : la prière est première. Exauçant cette prière, Jésus – dont nous savons par l’évangile de Luc qu’il passe lui-même la nuit en prière sur la montagne avant d’appeler ses apôtres – choisit donc douze parmi ses disciples. On ne devient pas Apôtre par soi-même, mais on est appelé par Jésus, à sa prière et à la prière de l’Église.
À ces Douze, Jésus confie sa propre mission. C’est comme si, dans ses Apôtres, Jésus se clonait lui-même : « Proclamez que le royaume des Cieux est tout proche, guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, expulsez les démons. » Ce n’est pas tant que les Apôtres imitent Jésus, mais c’est Jésus qui agit par eux, par son Esprit qui leur a été donné : « Vous avez reçu gratuitement ; donnez gratuitement. » En effet, les dons de l’Esprit Saint sont au-delà de toute valeur : ils ne peuvent être que gratuits.
Nous voyons donc se dessiner le profil de l’Apôtre : il prie, il annonce le Royaume des cieux, et il en exerce la puissance, par les guérisons, les exorcismes, etc. L’Apôtre est donc prêtre, prophète et roi. Par l’Esprit Saint, Jésus le véritable prêtre, le véritable prophète, le véritable roi, agit dans son disciple devenu Apôtre pour manifester le Règne de Dieu déjà présent et à venir. Le tout gratuitement.
Mais, chers frères et sœurs, ne vous souvenez-vous pas que lors de notre baptême nous avons été configurés à Jésus prêtre, prophète et roi ? Le baptême nous élève au rang de disciple choisi par le Seigneur. Lorsque nous agissons en chrétien – comme il convient, puisque c’est notre vocation – par l’Esprit Saint Jésus agit lui-même en nous. Aujourd’hui-même, par nous, il manifeste son Royaume. Le baptême et le don de l’Esprit réalisent la prophétie du Seigneur faite à Moïse, sur la montagne : « Vous, vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte. »

Cependant, je voudrais faire trois observations.
 
La première est que Jésus appelle ses Douze Apôtres par leur nom. Ils sont chacun très différents. Par exemple Philippe porte un nom d’origine grecque, tandis que Barthélemy – Bar Talmaï – est typiquement hébreu. Matthieu est publicain, c’est-à-dire à l’exact opposé des opinions politiques de Simon le zélote... Nous savons que Pierre n’est pas réputé pour sa force de caractère, à l’inverse de Jacques et Jean, surnommés les « fils du tonnerre » ! Autrement dit, le fait d’appartenir au groupe des Douze, de partager la même vocation et le même Esprit Saint, n’efface pas la diversité des cultures, des opinions, ou des caractères. Unité dans la diversité, telle est la marque du Saint Esprit de Dieu.
 
La deuxième observation est que Jésus met en garde ses disciples : « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël. » Les commentateurs sont très ennuyés avec cette injonction de Jésus. Certains s’en sortent en expliquant qu’elle ne valait que pour le temps de la vie publique de Jésus, mais évidemment, après sa résurrection, la mission doit évidemment s’étendre au monde entier. D’autres font observer que si saint Matthieu a noté cet ordre de mission dans son évangile, c’est qu’il l’a écrit avant que les disciples soient dispersés chez les païens et les samaritains à cause de la persécution d’Étienne et des chrétiens de langue grecque, c’est-à-dire vers l’an 36. Les autres évangélistes ont écrit leur évangile après cet événement, et c’est pourquoi ils ne transmettent pas cet ordre de mission restrictif aux seuls juifs. Mais on pourrait lire également que Jésus met en garde ses disciples – à quelque époque ils appartiennent – contre le « chemin des païens », c’est-à-dire la philosophie ou l’adoration des idoles, et les mœurs dissolues. Et de même « contre les Samaritains », c’est-à-dire ceux qui ne veulent pas partager la même foi : il est tellement plus facile de se constituer sa petite croyance personnelle que de demeurer fidèle à l’unique foi reçue des Apôtres. Jésus préfère attirer notre attention sur les « brebis perdues de la maison d’Israël », c’est-à-dire sur les innocents qui sont des fils et des filles de Dieu, mais qui sont éparpillées, isolées, fragiles, sans protecteur, sans berger. Ces brebis sont en attente de l’Évangile de Jésus-Christ, qui est leur sauveur.
 
Enfin, dernière observation, qui n’est pas sans importance. J’ai expliqué qu’en vertu de notre baptême, nous étions tous configurés à Jésus prêtre, prophète et roi, et que nous formions un peuple de prêtres. Et c’est vrai ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous sommes réunis pour célébrer l’eucharistie. Mais Jésus a choisi Douze au milieu de dizaines si ce n’est de centaines de disciples. Il les a institués selon un choix libre, à l’issue de sa prière et de celle de tous ses disciples. Car l’Église est un corps, si ce n’est hiérarchisé, du moins structuré selon la volonté de Dieu. L’Église n’est pas une république : elle est un corps où les membres ont des fonctions différentes, et parmi eux, certains ont la fonction de l’unité et de l’articulation du corps. Tels sont les apôtres : des bergers pour l’ensemble des brebis, qui agissent au nom de l’unique Berger, notre Seigneur Jésus-Christ.

dimanche 7 juin 2026

07 juin 2026 - CHAMPLITTE - Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ - Année A

 Dt 8, 2-3.14b-16a ; Ps 147 ; 1 Co 10, 16-17 ; Jn 6, 51-58
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans son enseignement, donné à la Synagogue de Capharnaüm, Jésus affirme qu’il est le « Pain vivant qui est descendu du ciel » et « si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement ». Il se compare explicitement à la manne qui a été donnée par Dieu aux Hébreux pour survivre alors qu’ils marchaient dans le désert, durant l’Exode, durant les quarante années qui séparèrent leur sortie d’Égypte de leur entrée dans la Terre promise.
 
Pour comprendre cet enseignement, il faut savoir que parmi les juifs vivant à l’époque de Jésus, il y avait plusieurs courants spirituels. Certains, comme les saducéens ne croyaient pas à la résurrection et avaient donc une conception de la Terre promise très matérielle ; de même les zélotes attendaient un Messie politique qui libérerait la Judée occupée par les romains, pour rétablir la Terre promise telle qu’elle était autrefois du temps de David, par exemple.
En revanche, pour d’autres juifs qui croyaient à la résurrection et attendaient un Messie venant du ciel, la promesse était tout à fait différente. Ils attendaient un nouveau prophète comme Moïse qui les libérerait de l’Égypte de la vie présente pour les conduire, par un nouvel Exode, jusqu’à la nouvelle Terre promise du Ciel. Pour ces juifs-là, la question est de savoir si Jésus est bien ce nouveau Moïse envoyé par Dieu, qui les conduira vers le Ciel. Dans cette perspective, durant ce nouvel Exode, le nouveau Moïse devrait donc nourrir le peuple élu par une Manne particulière.
C’est exactement dans cette tradition spirituelle que se situe Jésus. Il se présente en même temps comme le nouveau Moïse : « Le pain que je donnerai, c’est ma chair » et comme la nouvelle Manne : « Moi je suis le pain vivant. »
 
Pour nous, chrétiens, nous comprenons que, par le baptême, nous avons été libérés d’Égypte ; nous sommes le peuple élu conduit par Jésus le nouveau Moïse, le Bon Berger, jusqu’à la véritable Terre promise qu’est le Ciel. Et sur ce chemin qui va durer les quarante ans de notre vie, il nous nourrit de la Manne, c’est-à-dire de son Corps et de son Sang.
Souvenons-nous, comme nous l’a rappelé la première lecture, que l’Exode dans le désert était synonyme de pauvreté, de faim et de soif, et de multiples dangers. La manne était la nourriture vitale, qui venait de Dieu seul « pour que tu saches que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur. » C’est-à-dire que la vie véritable de l’homme, et son bonheur, ne viennent pas des choses de la terre, mais ils viennent de Dieu seul.
À Capharnaüm Jésus dit la même chose : il est lui-même la Parole de Dieu ; il est lui-même la Vie véritable qui vient de Dieu, et sans lui, il n’est pas possible de vivre de la Vie éternelle : « Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. »
Nous comprenons la nécessité vitale pour nous de manger ce pain. Et c’est si vrai que Jésus, en enseignant le Notre-Père à ses disciples, leur a enjoint expressément de demander ce pain dans leur prière : « Donne-nous notre pain de ce jour. » Nous pouvons aussi traduire : « Donne-nous notre pain, pour pouvoir vivre aujourd’hui », ce qui correspond exactement à la manne, distribuée par Dieu, chaque jour dans le désert, au petit matin.
 
Nous avons bien compris que le pain et le vin dont parle Jésus, qui sont son Corps et son Sang, sont les saintes espèces eucharistiques : le pain et le vin consacrés. Ils sont la Manne du nouvel Exode qui conduit au Ciel. Sans eux, il n’est pas possible de survivre dans le désert « vaste et terrifiant » du monde présent.
Les premiers chrétiens le savaient très bien. Lors d’une persécution en l’an 304, où la célébration eucharistique était strictement interdite, les chrétiens d’Abitène en Tunisie furent surpris en train de la célébrer. Face au juge, sachant qu’ils étaient passibles de mort, ils répondirent : « Sine dominico, non possumus », c’est-à-dire : « sans la célébration dominicale – sans l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. » Ils avaient bien compris que la vraie Vie était donnée par Dieu dans le Saint Sacrement, et que la persécution était de l’ordre de l’attaque des serpents brûlants et des scorpions.
Aujourd’hui, il en va de même pour nous : nous ne pouvons pas vivre en ce monde sans l’Eucharistie qui nous donne la force de marcher, à la suite de Jésus et avec lui, jusqu’au Ciel. « Donne-nous, Seigneur, notre pain de ce jour ! » Amen.
 

lundi 1 juin 2026

31 mai 2026 - COURCUIRE - La Sainte Trinité - Année A

 Ex 34, 4b-6.8-9 ; Dn 3 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Jean l’affirme : le dessein de Dieu le Père c’est que l’homme obtienne la Vie éternelle, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Pour que cela soit possible, le Père a donné son Fils unique, Jésus, qui est mort sur la croix et ressuscité le troisième jour. Celui qui croit en Jésus ressuscité, comme les Apôtres à la Pentecôte, reçoit déjà maintenant cette Vie éternelle. Ainsi la porte du Ciel est ouverte à qui veut bien y entrer.

Saint Paul ne dit pas autre chose, dans sa bénédiction : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient toujours à avec vous. » En effet, la « grâce du Seigneur Jésus-Christ » c’est le pardon, la réconciliation avec Dieu qui nous permet de recevoir l’Esprit Saint, la Vie éternelle. « L’amour de Dieu », c’est la volonté du Père que nous les hommes soyons réconciliés avec lui et que nous obtenions la Vie éternelle. Et la « communion du Saint-Esprit » c’est cette Vie éternelle qui est communion avec Dieu mais aussi entre tous les saints, inséparablement. Nous le savons, le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte est le souffle de vie de l’Église, qui est communion.

Saint Jean et saint Paul parlent donc de la même chose. Le premier met l’accent sur une Vie éternelle céleste ; le second rappelle que cette Vie éternelle est déjà commencée dans l’Église. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est que Moïse a déjà vécu cette communion, de manière prophétique.
 
Pour commencer, Dieu se définit lui-même comme « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Nous retrouvons « l’amour de Dieu » dont parlait saint Paul, la volonté de Dieu que l’homme soit réconcilié avec lui et obtienne la Vie éternelle. Cette Vie éternelle est présente de deux manières distinctes : d’abord dans la nuée par laquelle le Seigneur se rend présent auprès de Moïse - nuée mystérieuse dont on sait qu’elle est lumineuse de nuit, nuée qui annonce le feu de la Pentecôte. Ensuite, la Vie éternelle est donnée dans les deux Tables de la Loi avec lesquelles Moïse va descendre de la montagne. La Loi est celle de l’alliance entre Dieu et son peuple et entre les membres du peuple entre eux. La Loi est une loi de communion. Pour nous chrétiens, nous pouvons comprendre que l’Esprit Saint est notre Loi nouvelle, ou plus exactement que le cœur de la Loi de Moïse c’est déjà l’Esprit Saint, l’Esprit de communion dans l’amour.

Mais il manque la « grâce du Seigneur Jésus-Christ », comme dirait saint Paul. Où est Jésus dans l’expérience de Moïse ? Moïse lui-même est la préfiguration de Jésus. Comme Jésus ressuscité, Moïse se lève de bon matin ; comme Jésus monte au Ciel lors de son Ascension, Moïse monte sur la montagne du Sinaï. Comme Jésus dans la gloire de Dieu s’assoit à la droite de son Père. Moïse est baigné dans la nuée de l’Esprit Saint et se trouve en présence de Dieu. Or quelle est la prière de Moïse à ce moment ? « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés et tu feras de nous ton héritage. » Cette prière, n’est-ce pas la prière que fait Jésus tous les jours pour nous ? Vous voyez bien qu’il y est question de grâce, de pardon et de communion entre Dieu et son peuple. Moïse anticipe Jésus ; Jésus est le nouveau Moïse, qui fait entrer dans la Terre promise du Ciel. Tout se tient : et c’est le même Dieu.
 
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces observations ? J’en vois deux essentielles.

La première est que Dieu est inséparablement Père, Fils et Saint-Esprit. Dieu le Père donne son Fils Jésus pour que par sa grâce, son Esprit de Vie nous soit donné. Mais l’Esprit est celui du Père : c’est sa communion d’amour. Et c’est aussi la Vie du Fils, qui a témoigné de cet amour en donnant sa vie pour nous sur la croix. Le Père qui est invisible se rend visible en son Fils, à ceux à qui l’Esprit donne de le voir. C’est comme un Rubik’s Cube: vous pouvez le tourner dans tous les sens, le Père, le Fils et l’Esprit sont inséparables : trois personnes distinctes, ils sont pourtant un dans la même divinité.

La seconde conclusion est également inséparable de la première. C’est que si le Père a donné son Fils, c’est pour que nous recevions l’Esprit Saint. La volonté du Père est que nous participions à sa divinité. Et cela s’est déjà manifesté dans la révélation qu’il a faite à Moïse au Mont Sinaï, qui préfigurait l’ascension de Jésus au Ciel. Comprenons bien cette affaire : Dieu a toujours voulu nous faire participer à sa Vie éternelle ; il s’est révélé pour cela ; il a donné son Fils Jésus pour cela. Mais ce qu’il a fait pour Moïse, ce qu’il a fait pour les Apôtres à la Pentecôte, dont témoignent Jean et Paul : il le fait aussi pour chacun de nous maintenant.

Si le prêtre comme Moïse monte sur la montagne à l’autel pour prier Dieu notre Père au nom de Jésus-Christ, pour que son Esprit Saint vienne sur le pain et le vin, c’est pour que nous recevions la Vie éternelle en communion. Rien n’a changé : c’est toujours la même histoire. La Trinité n’est pas incompréhensible, c’est le mouvement qui anime la messe et toute notre vie. Car si un homme comme Moïse peut entrer dans la gloire de Dieu au Sinaï, pourquoi cela n’arriverait-il pas à chacun d’entre nous aujourd’hui, si le Seigneur nous en fait la grâce ? Mais déjà nous y sommes dans la gloire de Dieu, puisque nous sommes réunis dans l’Église, avec tous les saints.

lundi 25 mai 2026

24 mai 2026 - IGNY - Solennité de la Pentecôte - Année A

 Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20, 19-23
 
Chers frères et sœurs,
 
La fête de la Pentecôte est l’aboutissement de tout le chemin que nous avons parcouru depuis… le mercredi des cendres, en passant par Pâques, bien sûr ! En effet, nous avons commencé par nous reconnaître pécheurs en ce monde. Puis Jésus est venu d’auprès du Père, prendre sur lui le poids de nos fautes. Par sa croix et par la libre offrande de sa vie, il nous a obtenu le pardon. Et la réalité de ce pardon – c’est-à-dire la communion retrouvée avec Dieu et entre-nous – c’est justement la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint. Nous sommes réunis, nous sommes réconciliés, et c’est pourquoi nous sommes remplis de joie. D’une certaine façon, c’est la fin du film : le « Happy End ».
 
À la Pentecôte, il y a donc un accomplissement, un couronnement. En effet, les cinquante jours après Pâques, se calculent de la manière suivante : sept semaines de sept jours, sept fois sept – perfection des temps – plus un jour pour marquer le premier jour de la nouvelle création.
En effet, nous devons être bien conscients que la Pentecôte n’est pas tant la fin, l’aboutissement de l’histoire de notre réconciliation avec Dieu, c’est aussi et surtout le premier jour de notre vie nouvelle et éternelle avec lui, dans son royaume.
Ainsi, la Pentecôte est-elle aussi une prophétie : la prophétie du dernier jour du monde, qui sera aussi le premier jour de la création entièrement renouvelée. Et c’est la raison pour laquelle nous voyons des juifs de toutes les nations se regrouper autour des Apôtres, comme à la fin des temps, tous les hommes de tous les temps et de tous les pays se retrouveront autour du trône de l’Agneau, en présence des Apôtres et de tous les saints. Et ce sera le début du Règne éternel de Dieu pour tous.
 
Mais, vous me direz : la Pentecôte, elle a déjà eu lieu, à l’époque des Apôtres ! Elle n’est pas seulement aujourd’hui, ou à la fin du monde ! Et c’est vrai : vous avez entièrement raison. La Pentecôte est déjà commencée, et l’Esprit Saint ne cesse pas d’être répandu dans le monde pour faire grandir la création nouvelle du Règne de Dieu.
Alors, où voyons-nous l’Esprit Saint à l’œuvre et cette nouvelle création ? Dans l’Église elle-même, qui est vivifiée par les sacrements qui ne peuvent pas exister sans l’Esprit Saint. Par l’Esprit Saint, un homme pécheur devient un fils de Dieu ; du pain et du vin deviennent le Corps et le Sang de Jésus ; un homme, un évêque ou un prêtre, est configuré à Jésus pour manifester sa présence jusqu’à la fin des temps ; un homme et une femme, des mariés, deviennent Un pour l’éternité, réalisation de l’alliance éternelle entre Dieu et l’humanité ; les péchés sont pardonnés car le règne de l’amour est plus fort que la mort ; une personne malade est configurée à Jésus en sa Passion pour ressusciter avec lui dans sa vie nouvelle. Les sacrements transforment le monde en une création nouvelle. Et l’Église elle-même est déjà cette nouvelle création, rendue visible. Une célébration, une messe, c’est toujours une petite Pentecôte, en attendant la Pentecôte définitive.
 
Pour finir, je veux attirer votre attention sur une chose très importante. Ce ne sont pas les Apôtres, ou nous-mêmes, qui faisons l’Église : l’Église n’est pas une association Loi de 1901 ni un parlement. Tout simplement parce que nous sommes incapables de nous donner l’Esprit Saint à nous-mêmes. Au contraire, les Apôtres prient et attendent l’Esprit promis par Jésus. L’Église, nous ne la bâtissons pas par nous-mêmes : nous la recevons de l’Esprit Saint.
L’Église est l’exact opposé de la tour de Babel. Babel, ce sont les hommes qui s’unissent par la force de leurs bras, de leur volonté, pour bâtir un monde à leur idée, avec une langue unique, une pensée unique, une action unique : monter le plus haut possible vers le Ciel pour prendre la place de Dieu. Vous voyez comment, avec le phantasme du transhumanisme aujourd’hui rendu en partie possible par l’Intelligence Artificielle ou la biochimie, ce projet est toujours actuel. Or, nous le savons, Babel s’est écroulée.
Lorsque l’Esprit vient, il ne nous moule pas dans une langue unique, une pensée unique, une action unique : l’Esprit Saint, l’Esprit de l’Église n’est pas totalitaire. Au contraire, il exalte la diversité des langues, des esprits et des vocations – comme dit Saint Paul – pour en faire une harmonie, comme un orchestre, au service de la partition dirigée par Dieu : celle de la communion d’amour, de la vie éternelle, dans la joie, la lumière et la paix ; la Pentecôte des pentecôtes !

dimanche 17 mai 2026

17 mai 2026 - VALAY - 7ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 1,12-14 ; Ps 26 ; 1P 4,13-16 ; Jn 17,1b-11a
 
Chers frères et sœurs,
 
Il est curieux ce temps, entre l’Ascension et la Pentecôte. Jésus a quitté les Apôtres et ceux-ci sont dans l’attente du don de l’Esprit Saint. Leur situation est comparable à la nôtre. Certes, pour nous l’Esprit a déjà été répandu sur le monde, mais nous aussi nous sommes dans l’attente ; celle de la venue de Jésus dans sa gloire. De même que les Apôtres étaient réunis « tous d’un même cœur » et « assidus à la prière », nous aussi nous sommes rassemblés pour la prière. Si nous nous donnons la paix au cours de la messe, c’est bien pour nous encourager à nous réunir également « tous d’un même cœur ».
Car elle est puissante la prière des cœurs unanimes : par l’intercession de Jésus, elle obtient aux Apôtres le don de l’Esprit, et à nous-même la Présence de Jésus, dans la communion.
 
Durant la prière de son Église en ce monde, Jésus prie son Père dans le Ciel. Les paroles de Jésus rapportées par saint Jean expriment sa volonté, l’intention de sa vie à l’égard de son Père et de sa mission à notre égard.
Ainsi, Jésus commence par prier son Père de le glorifier. Non seulement il lui demande de le ressusciter d’entre les morts, mais aussi de le faire asseoir à sa droite dans les cieux – c’est-à-dire de partager avec lui son règne divin.
Cependant cette glorification n’est pas pour Jésus un objectif strictement personnel ; en effet, de manière inséparable, elle est aussi pour nous le don de la vie éternelle. Comment cela ? Tout simplement en raison de l’incarnation de Jésus : le Verbe de Dieu s’est fait chair pour que, par sa glorification, cette chair – c’est-à-dire notre humanité – reçoive la vie éternelle. La première personne humaine glorifiée – par ordre de préséance, puisqu’elle est sa propre mère charnelle – est bien sûr la Bienheureuse Vierge Marie.
Donc la première partie de la prière de Jésus est la double demande qu’il soit glorifié auprès de son Père et qu’inséparablement nous ayons la vie éternelle. Jésus précise que cette vie éternelle est la connaissance du seul Dieu de vérité, c’est-à-dire l’entrée dans sa communion d’amour.
 
Dans un second temps, Jésus prie plus spécifiquement pour ses disciples. Ce faisant il donne la définition du disciple authentique : la foi en Dieu Père, Fils et Saint Esprit.
Dans sa prière Jésus explique qu’il a manifesté le Nom de Dieu aux hommes. Cette affirmation est très forte. Il faut comprendre que connaître et pouvoir prononcer le nom de quelqu’un c’est avoir une forme d’autorité sur lui. Ainsi, dans le monde, ce sont les hommes qui donnent des noms à leurs divinités : Zeus, Jupiter… etc. Mais les Hébreux ignoraient le Nom de leur Dieu qu’ils appelaient « le Dieu d’Abraham » ou « le Dieu de nos pères », jusqu’à ce que Dieu lui-même révèle son Nom à Moïse : « Je suis qui je suis. » Cela donnait un pouvoir d’intercession immense à Moïse, qui pouvait prier Dieu en l’appelant par son Nom.
Or Jésus dit qu’il a manifesté le Nom de Dieu aux hommes. Alors qu’a-t-il ajouté ou précisé par rapport à ce que savait Moïse ? Dans le Nom « Je suis qui je suis », Moïse a appris que Dieu était la source de tout être existant, qu’il n’est pas d’autre Dieu que lui, et que nous sommes ses créatures à qui il donne la vie. Jésus précise que « Je suis qui je suis » est aussi « Abba Père », « Notre Père ». Notre Dieu nous a donné la vie, certes, mais c’est sa propre vie, et c’est son amour ; il nous a créé par amour et pour l’amour. La vie éternelle est une vie de communion dans l’amour. Voilà ce que révèle Jésus à ses disciples.
Or nul n’est disciple de Jésus s’il ne croit pas que son Père est amour et que Jésus lui-même est la manifestation de cet amour. Nul n’est disciple de Jésus s’il ne « garde la Parole de Dieu », c’est-à-dire s’il ne confesse pas le Nom de Dieu et celui de son Fils Jésus-Christ, et ne met pas cette confession en pratique par l’amour du prochain et le don se sa vie par amour pour lui.
Dans sa prière Jésus rappelle que ses disciples, non seulement croient dans le Nom de Dieu, être et communion d’amour, mais ils croient aussi que Jésus l’a révélé par ses paroles et par ses actes, parce que qui voit Jésus voit aussi son Père : « Ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé. » Le vrai disciple croit en Dieu, le Père tout puissant, et en Jésus-Christ, son Fils.
 
C’est toujours pour ses disciples que Jésus poursuit sa prière : « Moi, je prie pour eux » Les paroles de Jésus deviennent alors quelque peu complexes : « Je prie pour eux … pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi. Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi, et je suis glorifié en eux. » Les disciples appartiennent au Père, et aussi à Jésus, qui est glorifié en eux. Il n’y a que l’Esprit Saint qui peut réaliser cela. Jésus dit ce qu’est la communion en Dieu, où nous sommes comme donnés les uns aux autres, où la gloire de l’un est aussi celle de l’autre, c’est-à-dire que la vie divine éternelle qui est amour, est partagée par tous. C’est la communion réalisée par l’Esprit de Dieu.
 
Jésus demande donc au Père l’Esprit Saint, l’Esprit de vie et d’amour, pour ses disciples. Ainsi la mission de Jésus dans le monde se termine, car c’est en montant vers son Père qu’il fait cette demande, dans son Ascension qui est en même temps une prière. Nous savons que Dieu le Père a agréé la prière de Jésus puisqu’aux Apôtres il a donné l’Esprit Saint à la Pentecôte, et à nous, il donne la communion à chaque eucharistie, le pain de vie éternelle venu du Ciel.

jeudi 14 mai 2026

14 mai 2026 - MEMBREY - Ascension du Seigneur - Année A

 Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20
 
Chers frères et sœurs,
 
L’Ascension de Jésus au ciel est toujours un événement un peu mystérieux pour nous. Est-ce donc que Jésus s’est élevé comme un lama tibétain dans Tintin ? Ou bien est-ce pour les évangélistes une manière un peu ésotérique de parler ? Je répondrai tout simplement : l’un n’empêche pas l’autre.
 
D’un point de vue factuel, depuis sa résurrection et jusqu’à sa dernière apparition au 40ème jour, Jésus a forcément disparu autant de fois qu’il est apparu. Ainsi en a-t-il été pour les disciples d’Emmaüs : « ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. » L’Ascension est donc la dernière disparition, à propos de laquelle les disciples savent que Jésus se trouve désormais à la droite du Père, dans les cieux. Jésus disparaît et « s’élève donc dans les cieux ». 
Pour autant, nous sommes étonnés de cette faculté corporelle de Jésus d’apparaître et de disparaître, pourquoi pas dans un mouvement de lévitation. Mais nous devons être bien conscients que Jésus apparaît dans son corps ressuscité, qui bénéficie de facultés physiques nouvelles et pour nous inhabituelles. Souvenons-nous que Jésus peut se rendre présent dans des pièces fermées, tout en y mangeant du poisson ; il apparaît tout en n’étant pas reconnaissable, sauf à certaines caractéristiques – peut-être sa voix, ses gestes ou d’autres signes évidents pour ceux qui l’ont connu avant sa Passion.
Je plaide donc pour le réalisme des apparitions et des disparitions, et donc de l’Ascension de Jésus au ciel.
 
Pour autant, la compréhension de cet événement peut et doit se faire à la lumière des Écritures. C’est ainsi que Jésus a ouvert les yeux des disciples d’Emmaüs : à la lumière des Écritures.
Or il est fondamental de comprendre que le quarantième jour évoqué par saint Luc dans les Actes des Apôtres n’est pas un jour quelconque. Selon la Loi de Moïse, un garçon premier-né doit être circoncis au huitième jour et un sacrifice pour la purification de sa mère doit être offert au quarantième jour. Jésus étant considéré comme le « premier-né d’entre les morts », la Loi s’applique donc aussi dans ce cas. Le jour de l’Ascension de Jésus doit être compris à la lumière de l’offrande qui doit être faite au Temple le quarantième jour.
 
De quelle offrande s’agit-il alors le jour de l’Ascension ? Par quel prêtre, et pour quel bénéfice ?
L’offrande d’abord. Jésus, dans son ascension au ciel présente à son Père son propre corps : l’offrande n’est pas celle « d’un couple de tourterelles ou deux petites colombes » mais celle de son humanité transfigurée par la résurrection. Quand Jésus monte au ciel dans son corps, il présente son et notre humanité commune à son Père : en Jésus le fils prodigue est de retour à la maison.
Le prêtre qui présente cette offrande est Jésus lui-même.
Et le bénéfice, c’est-à-dire le résultat de l’acceptation par le Père de l’offrande de Jésus et de son corps ? C’est la sanctification de la mère qui l’a mis au monde, de l’humanité maternelle de Jésus. Nous vérifions cette sanctification le jour de la Pentecôte, quand la bénédiction de Dieu est répandue sur l’Église mère de tous les nouveau-nés du baptême, quand elle est sanctifiée et vivifiée par l’Esprit. Lorsque nous regardons les icônes qui représentent ce mystère de la Pentecôte, nous y voyons Marie en bonne place au milieu des Apôtres, au centre, car c’est elle en tant que Mère de l’Église qui est d’abord concernée.
Comprenons que l’Église – et nous en elle – n’aurait jamais reçu l’Esprit Saint, bénédiction reçue du Père, si Jésus ne lui avait pas préalablement fait l’offrande de son Corps à l’Ascension. Les deux, Ascension et Pentecôte, vont ensemble, comme un château de cartes.
 
Nous avons là la raison pour laquelle Jésus, tout en quittant ses disciples et s’élevant auprès du Père, leur demande d’évangéliser le monde entier. Car en s’élevant il acquiert pour eux auprès du Père la force de l’Esprit pour évangéliser. Soyons conscients que Jésus ne cesse jamais d’intercéder pour nous ; qu’il ne cesse jamais d’offrir son Corps d’humanité à son Père ; et que jamais le Père ne cesse de répandre l’Esprit Saint sur l’Église, afin qu’elle ne cesse jamais d’évangéliser. Jusqu’à la fin du monde.
 
Enfin, pour terminer, observons dans la prière eucharistique que le geste d’offrande du Corps et du Sang de Jésus fait par le prêtre, dans lequel s’inscrit la prière du Notre Père, trouve son accomplissement dans la communion de l’assemblée et son envoi pour évangéliser. Le geste d’ascension de l’offrande trouve son accomplissement dans le don du Pain de vie qui vient du Ciel, don par lequel nous sommes remplis individuellement et collectivement de la puissance de l’Esprit Saint. La communion, c’est la Pentecôte.

dimanche 10 mai 2026

10 mai 2026 - GRAY - 6ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65 ; 1P 3,15-18 ; Jn 14,15-21
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque Jésus donne à ses apôtres l’enseignement que nous venons d’entendre, il est en train de célébrer la Cène, le repas de la Pâque, tout en les préparant à son départ. Il leur annonce le don de l’Esprit Saint, qui sera pour eux un Défenseur, pourvu qu’ils gardent ses commandements. La présence en eux de ce Défenseur leur permettra de voir Jésus vivant et d’être en communion avec lui.
Évidemment, au moment même où Jésus leur annonce cela, les Apôtres ne comprennent pas. Ils ne pourront comprendre qu’à la résurrection de Jésus, quand il soufflera sur eux, où à la Pentecôte quand l’Esprit sera répandu sur toute l’Église. C’est la raison pour laquelle nous lisons ce passage de l’évangile après la résurrection de Jésus et dans l’attente du don de l’Esprit Saint, à la Pentecôte.
 
Ceci dit, les paroles de Jésus demeurent quelque peu énigmatiques. Certes, quand Jésus dit qu’en gardant ses commandements ses disciples acquerront un nouveau Défenseur, nous savons qu’il s’agit de nous aimer les uns les autres, de donner notre vie pour ceux qu’on aime, de pardonner à ceux qui nous ont offensés, d’offrir le Corps et le Sang de Jésus et d’y communier comme il nous a dit de le faire. De fait, nul ne peut faire cela s’il n’a pas l’Esprit de Jésus en lui.
Mais la question qui se pose alors est celle d’un signe de la présence réelle de Jésus, et de son Esprit Saint, comme garants en quelque sorte de la fidélité de Jésus après son départ jusqu’à ce qu’il vienne.
Jésus dit en effet : « Je ne vous laisserai pas orphelins… vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » De quoi parle-t-il concrètement ? Il précise : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi et moi en vous » ; et plus loin : « celui qui m’aime sera aimé de mon Père, moi aussi je l’aimerai et je me manifesterai à lui. » Il est donc question de communion et de vision, comme signe que Jésus est toujours présent et fidèle à ses disciples.
 
Il se trouve que ce problème de la présence de Dieu à son peuple a déjà été soulevé au moment de l’Exode. Voici le dialogue entre Dieu et Moïse à ce sujet, au chapitre 33 : Moïse dit : « À quoi donc reconnaître que moi j’ai trouvé grâce à tes yeux – et ton peuple également ? N’est-ce pas au fait que tu marcheras avec nous ? Ainsi, moi et ton peuple, nous serons différents de tous les peuples de la terre. Le Seigneur dit à Moïse : « Même ce que tu viens de dire, je le ferai, car tu as trouvé grâce à mes yeux et je te connais par ton nom. » Moïse dit : « Je t’en prie, laisse-moi contempler ta gloire. » Le Seigneur dit : « Je vais passer devant toi avec toute ma splendeur, et je proclamerai devant toi mon nom qui est : le seigneur. Je fais grâce à qui je veux, je montre ma tendresse à qui je veux. »
Moïse s’inquiète de la présence et de la fidélité de Dieu, et Dieu lui répond qu’il le connaît par son nom, qu’il est en communion avec lui, et qu’il va se manifester à lui, dans sa tendresse. Vient ensuite la manifestation de Dieu au mont Horeb.
 
Il est intéressant de savoir qu’à l’époque de Jésus, le peuple de Dieu s’inquiétait toujours de la présence et de la fidélité de Dieu à son égard. Pour garantir cette promesse, il y avait au Temple, tous les sabbats, et particulièrement aux grandes fêtes de Pâques, Pentecôte et des Tentes, l’ostension au peuple des douze pains de la présence qui étaient posés sur la table d’or qui se trouvait dans le sanctuaire du Temple. L’ostension de ces pains, où il était proclamé : « Voici l’amour de Dieu pour vous ! », était la preuve pour ainsi dire matérielle de la Présence de Dieu dans le Temple, c’est-à-dire de sa présence actuelle et de sa fidélité au peuple d’Israël.
Hé bien, voyez-vous, chers frères et sœurs, quand le prêtre présente Jésus-Hostie à l’assemblée en disant : « Voici l’Agneau de Dieu ; voici celui qui enlève les péchés du monde », il fait exactement la même chose. Il est remarquable alors que la présence et la fidélité de Jésus sont assurées et données dans son Corps, sous la forme du pain de la Présence réelle ; que c’est un pain de communion et qu’il nous est rendu physiquement visible.
 
Cependant, ce pain de la Présence réelle, ce pain de communion, ne s’achète pas au supermarché. Le don de l’Esprit Saint est nécessaire, non seulement pour que par le prêtre et sa prière le pain et le vin deviennent Corps et Sang de Jésus et soient offerts au Père, mais aussi pour que l’assemblée des baptisés réunie au nom de Jésus confesse sa foi en disant « Amen ! » C’est dans l’Esprit que toute l’Église peut reconnaître Jésus présent et fidèle dans son Corps sous la forme du pain de la Présence réelle, pain de communion pour chaque jour.
Et pour finir, nous comprenons pourquoi Pierre et Jean imposent les mains aux Samaritains qui ont été baptisés mais n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint. Il leur fallait des prêtres, pour communier, pour voir et avoir le Seigneur Jésus présent et fidèle tous les jours, avec eux. 

dimanche 3 mai 2026

03 mai 2026 - DAMPIERRE - 5ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 6, 1-7 ; Ps 33 ; 1P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons vocation à entrer dans la communion de Dieu, dans le Royaume des cieux. Bien évidemment, pour nous, humains, c’est une réalité qui nous est difficile à comprendre. C’est la raison pour laquelle, quand Jésus enseigne cela à ses disciples, il prend une image. Il dit : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. »
 
Dans cette petite phrase, Jésus nous apprend plusieurs choses. La première est que la communion de Dieu est comparable à une maison, ou plus exactement pour Jésus et ses disciples, à un temple. Justement, le Temple est vraiment le lieu de l’assemblée du peuple de Dieu et le lieu où réside la Présence de Dieu. C’est aussi le lieu où l’assemblée présente ses offrandes et le lieu où Dieu donne sa bénédiction. On voit que la communion de Dieu est un lieu où avec lui se trouvent tous les saints, dans un échange perpétuel de marques d’affection mutuelle. C’est un lieu d’amour, un lieu vivant.
Jésus dit que dans ce Temple de Dieu, il y a « de nombreuses demeures ». Cela veut dire que si dans le Temple se trouve l’assemblée des saints, il ne s’agit pas d’une assemblée uniforme – où tout le monde est pareil, comme des Playmobils. Chacun a sa « demeure ». C’est-à-dire que chacun est dans le Temple selon sa vocation, selon ses dons particuliers, selon sa personnalité, selon sa vertu aussi. Nous avons chacun des noms différents, il y a au Ciel, dans la communion de Dieu, pour chacun une place différente – où nous sommes bien. Chacun sera intensément heureux d’être enfin et pour toujours à sa place, une place unique, une place merveilleuse. Et en même temps, c’est une place qui est en harmonie avec l’ensemble, comme un instrument dans un orchestre.
« Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures. » Nous comprenons : dans la communion de Dieu, communion d’amour et de vie, chacun a sa place, selon sa vocation, pour son bien et celui de tous.
 
Maintenant, retournons la chaussette. Jésus a pris l’image du Temple pour nous faire comprendre la Communion de Dieu. Oui ? Alors cela veut dire que le Temple est l’image de la Communion de Dieu. Quand nous regardons une église en pierre, nous devons nous dire : « c’est une image de la Communion de Dieu. » Dans cette église, il y a une assemblée – nous aujourd’hui. Nous sommes l’image de l’assemblée du peuple de Dieu qui est dans la Communion de Dieu. Nous voyons bien que nous ne sommes pas les uns sur les autres, tous identiques, comme des Playmobils. Nous sommes différents : le prêtre, la chorale, l’organiste, des femmes, des hommes, des jeunes, des moins jeunes… tous différents mais tous ensemble. Chacun à notre place nous sommes chacun dans notre « demeure », dans la Communion de Dieu. L’Église, chers frères et sœurs, est l’image du Ciel sur la terre. C’est la raison pour laquelle il y a pleins de symboles et de rites : parce que la vie du Ciel est bien différente de la vie de la terre.
 
Donc Jésus dit qu’il nous « prépare une place » dans la Maison de son Père, et : « Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas est bien embêté, car il ne sait pas quel est ce chemin. Et Jésus répond : « Moi, Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. » Dimanche dernier Jésus avait déjà appris à ses disciples qu’il était la « porte des brebis ». En fait, Jésus est la porte qui fait entrer dans le Temple de Dieu, dans le Ciel. Cette porte c’est : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Souvenez-vous, il a dit : « Je vous donne un commandement nouveau : aimez vous les uns les autres » et « Ceci est mon corps, livré pour vous. Vous ferez cela en mémoire de moi. » Ce ne sont pas simplement des mots : nous savons que Jésus lui-même les a mis en pratique en donnant sa vie pour nous sur la croix : « Père, entre tes mains, je remets mon esprit » ; « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » Si nous voulons entrer dans la communion de Dieu, nous devons mettre en pratique comme lui les commandements qu’il nous a donnés. C’est un combat de tous les jours, jusqu’à notre dernier souffle.
 
Vous le savez bien, nombreuses sont les occasions de nous décourager, de nous rebeller ou d’avoir peur. Mais contre ces sentiments, Jésus qui a dit « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde », nous apprends encore une dernière chose : « Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. » Cette fois-ci, c’est Philippe qui ne comprend pas. Voir le Père est comme l’objectif à atteindre. Si nous voyons le Père, c’est que nous sommes dans sa Communion. C’est la raison pour laquelle Philippe dit : « Montre-nous le Père, cela nous suffit. » Mais Jésus va plus loin. Une chose est de voir le Père de ses yeux – et de rester extérieur à lui. Autre chose est de « connaître » le Père – et d’être en communion intérieure avec lui. Jésus ne veux pas que nous en restions à voir – comme des étrangers s’observent l’un l’autre – mais il veut que nous entrions en communion : être en communion c’est se « connaître ». Jésus dit qu’il connaît le Père et que le Père le connaît : ils sont en communion l’un avec l’autre. Ce que pense l’un, l’autre le pense ; ce qu’il fait, l’autre le fait. C’est pourquoi Jésus dit : « Le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres. » Ce que fait Jésus, c’est ce que le Père fait à travers lui. Jésus rend visible le Père qui est invisible. Si on a compris cela et si on a foi en Jésus, alors on peut aussi comprendre que si on est en communion avec lui, alors il pense et il agit en nous, et les œuvres qu’il fait, nous les faisons en son nom : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. » Quand les chrétiens agissent au nom du Christ, conformément à ses commandements, en communion avec lui, alors ce n’est plus eux qui agissent, c’est Jésus lui-même qui agit en eux. Il n’y a ni temps ni espace, ni mort dans la communion de Dieu, il n’y a que de l’amour, que de la vie éternelle. Ce remède au désespoir ou à la peur a un nom : c’est l’Esprit Saint. 

dimanche 26 avril 2026

26 avril 2026 - GRAY - 4ème dimanche de Pâques - Année A

 Chers frères et sœurs,
 
Quand nous célébrons une messe, nous faisons toujours trois choses.
D’abord, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des temps passés avec ses heures dramatiques et aussi ses heures de joie, comme aujourd’hui. Nous y retrouvons la longue marche, parfois difficile, de notre humanité avec Dieu et parfois contre Lui. Nous nous souvenons aussi de Jésus qui a célébré la sainte Cène, a subi la Passion, est mort en croix, mais est ressuscité et vivant, ainsi qu’en ont témoigné les Apôtres. Nous nous souvenons.
Cependant, en refaisant les gestes qu’a faits Jésus, en redisant ses paroles, nous les actualisons. Nous nous rendons contemporains de lui, et lui se rend présent maintenant à nous. En fait, pendant la messe nous sommes en communion non seulement avec nos anciens du passé, mais aussi entre nous, et aussi – même si nous ne nous en rendons pas compte – avec les générations du futur.
Et enfin, en célébrant la messe, nous rendons visible le monde à venir, le Royaume des Cieux, qui est invisible. La messe n’est pas seulement du passé. Elle est plus que du présent : elle révèle l’avenir. Et l’avenir, est communion, dans la paix, la joie et la lumière. C’est cela que nous disons aujourd’hui à nos anciens et aux plus jeunes : dans la nuit le chrétien garde allumée la lumière de la foi et de l’espérance.
Sommes-nous dignes d’être ainsi prophètes ? Non, sans doute pas, mais par notre baptême et avec le pardon de Dieu, c’est possible.
 
 
Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22 ; 1P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Le drapeau français est composé de trois couleurs : le bleu, le blanc et le rouge. Nous avons tous appris à l’école que le blanc est la couleur du roi et que le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris. Cette explication très républicaine ne doit pas nous faire oublier à nous chrétiens pourquoi il en est ainsi.
En effet, le blanc est celui du voile de la Vierge Marie, conservé dans la cathédrale de Chartres. Les rois, portaient la fleur de Lys comme symbole, mais le Lys, c’est aussi Marie. Marie est la mère de tous les chrétiens : elle fait l’unité de l’Église.
Ensuite le bleu, c’est celui de la Chape de saint Martin. Les rois capétiens s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient protecteurs du tombeau et des reliques de saint Martin. Or saint Martin fut l’évangélisateur et le protecteur des différents peuples des Gaules, et même des envahisseurs Burgondes, Francs et Wisigoths : saint Martin a fait l’unité de la France.
Enfin le rouge : c’est Montjoie. Montjoie est l’oriflamme de guerre des rois de France. Au combat, nous le savons tous, les chevaliers criaient : « Montjoie – Saint-Denis ! » Parce que Montjoie était conservé à l’abbaye – aujourd’hui cathédrale – de Saint-Denis, où se trouvent les tombeaux des rois. Montjoie, c’est Montmartre – le mont du martyre de saint Denis, premier évêque de Paris. Saint Denis faisait l’unité de Paris, son diocèse, et Monjoie faisait l’unité de toutes les troupes au moment du danger, derrière le roi.
 
Pourquoi je vous raconte cela ? Parce dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus explique aux pharisiens et à ses disciples, qu’il est lui-même le drapeau – le seul – qui fait l’unité de toute l’humanité, pour la conduire de ce monde au monde nouveau : le Royaume des Cieux.
 
Jésus dit : « Je suis la porte des brebis. » Cette affirmation, pour qui peut la comprendre est une vraie bombe atomique. Premièrement, il dit « Je suis », or « Je suis » est le Nom que Dieu s’est donné lui-même lors de sa manifestation à Moïse au Buisson Ardent. Jésus dit donc qu’il est Dieu.  Deuxièmement, il dit qu’il est la « porte des brebis ». Mais, chers frères et sœurs, il ne s’agit pas d’une image un peu pittoresque, la « porte de brebis », c’est au Temple de Jérusalem la porte par laquelle les brebis – et notamment les agneaux de Pâques – entraient dans l’espace du Temple réservé aux prêtres pour y être sacrifiées. Lors de la reconstruction du Temple au retour de l’exil à Babylone, la « porte des brebis » a été la première à être reconstruite, par le grand-prêtre lui-même, aidé des prêtres. Celui qui est la « porte des brebis », chers frères et sœurs, est celui qui a les clés pour entrer dans l’espace sacré du Temple de Jérusalem. Nous pouvons dire, pour nous chrétiens, que la « porte des brebis », c’est le baptême, le sacrement qui nous inscrit dans la communion de Jésus, prêtre, prophète et roi.
 
Jésus dit qu’il appelle les brebis « chacune par son nom ». Comprenons bien. Cela veut dire que l’appel de Dieu, l’appel au baptême, l’appel à être en communion avec Jésus est absolument personnel. Chacun d’entre nous est différent ; il ou elle a une vocation différente ; des dons différents. Nous sommes certes tous des brebis, mais des brebis différenciées qui ont chacune un nom. Ainsi, le drapeau français a trois noms : Marie, Martin et Denis. Tous différents, dans un seul drapeau.
Or, dans l’Évangile, il est dit que les brebis suivent le berger et qu’elles s’enfuient loin de l’étranger, car elles ne connaissent pas sa voix. Il est important de savoir qu’en araméen, le texte ne dit pas « les brebis », il dit : « le troupeau. » La différence est que c’est tous ensemble que nous suivons Jésus, et que c’est tous ensemble que nous tournons le dos à celui dont nous ne connaissons pas la voix – l’ange rebelle, le diable. Le discernement de ce qui est bien – suivre le Berger –, et de ce qui est mal – écouter la voix de l’Étranger –, n’est pas une affaire personnelle, individuelle, éventuellement les uns contre les autres, mais c’est une affaire de tous ensemble, dans l’unité. Le bon Berger, appelle chaque brebis par son nom mais il guide le troupeau, dans l’unité, comme un drapeau guide une armée. L’Étranger au contraire flatte l’orgueil individuel et il disperse. On ne peut pas avoir plusieurs drapeaux dans un régiment : au combat, l’indiscipline c’est l’échec assuré.
 
Jésus dit qu’il est venu pour que les brebis « aient la vie, la vie en abondance ». Il va de soi, chers frères et sœurs que si on porte un drapeau haut sur le champ de bataille, c’est pour se donner du courage, pour se rappeler le but : celui de la victoire, et avec elle ses fruits, à commencer par celui de la paix. Il en va de même pour notre bon Berger, Jésus : il est le guide qui réconforte et encourage ; il est aussi celui qui indique et qui est la porte d’entrée de la vraie victoire, sur la souffrance, sur le mal et sur la mort. La vraie victoire, c’est la vie, la vie en abondance, c’est-à-dire l’Esprit Saint, et avec lui ses fruits : la vraie Paix qui vient de Dieu, la joie et la lumière.

Voilà chers frères et sœurs, un sermon un peu atypique. Mais ce n’est pas le drapeau qui nous permet de comprendre l’Évangile. C’est l’Évangile qui nous permet de comprendre notre drapeau. Nous sommes une vieille nation chrétienne, même si on l’a parfois un peu oublié. Et maintenant, levons l’étendard du Royaume des cieux, le Christ Jésus, notre bon Berger, notre Seigneur et notre Dieu !

dimanche 19 avril 2026

19 avril 2026 - VELLOREILLE-lès-CHOYE - 3ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 2, 14.22b-33 ; Ps 15 ; 1P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous connaissons par cœur l’histoire des disciples d’Emmaüs. On en retient généralement l’idée que tout en marchant Jésus les a préparés intérieurement par une bonne leçon de catéchisme et qu’il s’est fait reconnaître à eux en rompant le pain. Alors on imagine les disciples remontant tout joyeux au pas de course à Jérusalem pour annoncer la bonne nouvelle aux Apôtres.
On fera observer que le déroulement de la messe suit exactement ce cheminement : d’abord le temps de la lecture des Écritures, éclairées par la proclamation de l’Évangile, puis le sermon censé les expliquer ; temps suivi par celui de la célébration eucharistique où le prêtre reproduit les paroles et les gestes de Jésus lors de la Cène, en vue de la communion. Et à la fin, nous avons l’envoi pour l’annonce de la Bonne nouvelle, sinon à Jérusalem, du moins à tout notre entourage.
Tout cela est bien entendu tout à fait exact, et je pourrais presque terminer mon homélie ici. Mais, je voudrais attirer votre attention sur quelques petits cailloux semés par saint Luc sur le chemin d’Emmaüs.
 
D’abord, la discussion entre les disciples. Dans la version grecque de l’évangile, les échanges sont caractérisés par trois verbes différents. En gros, ils commencent par « échanger », puis ils se mettent à « discuter », et enfin, juste avant l’arrivée de Jésus, l’évangile dit qu’ils se « lancent des paroles »… Bref, plus le chemin avance, plus le ton monte ! Jésus intervient au beau milieu d’une discussion assez animée. De fait, on ne peut pas comprendre les Écritures, la Loi de Moïse et les Prophètes, sans que Jésus les éclaire. On se perd dans des interprétations sans fin, jusqu’à se diviser, le cas échéant.
Le problème, pour les disciples, est de comprendre pourquoi Jésus, cet homme « prophète, puissant par ses actes et ses paroles », c’est-à-dire comme Moïse – dans la Bible, il n’y a que Moïse qui soit identifié de cette manière – ; pourquoi donc ce Jésus, prophète aussi grand que Moïse, qui devait délivrer Israël, s’est retrouvé jugé, condamné, insulté, frappé, mis en croix jusqu’à mourir ? Avec, en plus, cette histoire de tombeau vide et de résurrection, le troisième jour ?
L’éclairage de Jésus sur les Écritures porte justement sur sa passion, sa mort et sa résurrection : les prophètes ont spécifiquement annoncé cela. On comprend pourquoi, dans nos évangiles et dans notre liturgie aujourd’hui, le récit de la Passion est si important : ce qui s’est passé correspond parfaitement aux prophéties. Jésus, remarquons-le, reproche aux disciples leur esprit sans intelligence, la lenteur de leur cœur à croire. Le cœur, pour les hébreux, n’est pas le lieu des émotions ou des affections : il est le lieu de la raison, de l’intelligence. Les disciples ont comme un poids sur leur intelligence, qui les empêche de comprendre. Il y a ici un jeu de la part de saint Luc. De même qu’une pierre lourde a été roulée devant le tombeau de Jésus, de même un poids lourd obstrue l’intelligence des disciples. Mais lorsqu’ils reconnaissent Jésus ressuscité, c’est comme si ce poids avait disparu : la pierre a été roulée et la lumière est sortie du tombeau. L’intelligence des disciples a été illuminée.
 
Faisons un pas de plus. Jésus a donc expliqué le sens de sa Passion en lien avec la Loi et les Prophètes ; il est allé jusqu’à la question du troisième jour, jusqu’à sa résurrection. Il se passe alors quelque chose de spécial : c’est le moment où Jésus fait mine de partir, tandis que les disciples cherchent à le retenir : ils pressentent déjà intuitivement que cet homme rencontré sur le chemin réchauffe et illumine leur cœur de l’intérieur, même s’ils ne sont pas encore capables de le reconnaître formellement. En fait, Jésus a parcouru tout le Credo avec eux, et la proclamation du Credo est toujours un signe de la présence de Jésus. Les disciples le sentent.
Le jour descend, la nuit vient : nous sommes à Emmaüs. Il y a une question avec Emmaüs. Il est possible de comprendre qu’il s’agit de l’ancien nom de Béthel, là où Jacob eut la vision en songe d’une échelle qui reliait la terre et le ciel, sur laquelle les anges montaient et descendaient. Or Jacob dit « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » Et il appela ce lieu Béthel, c’est-à-dire « Maison de Dieu ». La maison où se trouvent Jésus et les deux disciples à Emmaüs est donc la Maison de Dieu, le Temple. Jésus peut donc y reproduire les paroles et les gestes du Jeudi Saint. Et c’est ce qu’il fait. Les disciples le reconnaissent alors, non pas tant à la fraction du pain qu’à sa manière de le leur donner : il reproduit aussi les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains. Il n’y a que Jésus à procéder ainsi.
En fait, d’après l’Évangile, tant en araméen qu’en grec, les disciples ne « reconnaissent » pas Jésus tel qu’il était avant : ils le « connaissent » – comme dans saint Jean : c’est Jésus connu intimement, et en même temps éblouissant, transfiguré, qui transperce leurs yeux et leur intelligence de part en part. C’est Jésus – le même qu’autrefois – mais Jésus glorieux. Et il ne « disparut » pas à leurs regards, comme si il s’éteignait comme une ampoule, il « fut emporté », il leur devint « imperceptible » : c’est-à-dire qu’on ne le voit pas, mais que sa présence demeure : il est toujours là, vivant. Pas seulement extérieur, mais aussi intérieur – car il y a eu un moment de profonde communion. On comprend mieux le bouleversement des disciples, qui reviennent à Jérusalem, autant pour annoncer aux Apôtres ce qu’ils viennent de vivre que pour tâcher de retrouver Jésus, dont ils pensent le retour imminent.
 
Voilà chers frères et sœurs, quelques éléments utiles à la méditation de l’Évangile, à la compréhension de Jésus ressuscité, mais aussi du sens et de la profondeur de l’Eucharistie, véritable porte du ciel, qui nous conduit à la vraie connaissance du Seigneur vivant, dans la sainte communion.

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