Ac 2, 1-11 ; Ps 103 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn
20, 19-23
Chers frères et sœurs,
La fête de la Pentecôte est l’aboutissement de tout le chemin que
nous avons parcouru depuis… le mercredi des cendres, en passant par Pâques,
bien sûr ! En effet, nous avons commencé par nous reconnaître pécheurs en
ce monde. Puis Jésus est venu d’auprès du Père, prendre sur lui le poids de nos
fautes. Par sa croix et par la libre offrande de sa vie, il nous a obtenu le
pardon. Et la réalité de ce pardon – c’est-à-dire la communion retrouvée avec
Dieu et entre-nous – c’est justement la Pentecôte, le don de l’Esprit Saint.
Nous sommes réunis, nous sommes réconciliés, et c’est pourquoi nous sommes
remplis de joie. D’une certaine façon, c’est la fin du film : le
« Happy End ».
À la Pentecôte, il y a donc un accomplissement, un couronnement. En
effet, les cinquante jours après Pâques, se calculent de la manière
suivante : sept semaines de sept jours, sept fois sept – perfection des
temps – plus un jour pour marquer le premier jour de la nouvelle création.
En effet, nous devons être bien conscients que la Pentecôte n’est
pas tant la fin, l’aboutissement de l’histoire de notre réconciliation avec
Dieu, c’est aussi et surtout le premier jour de notre vie nouvelle et éternelle
avec lui, dans son royaume.
Ainsi, la Pentecôte est-elle aussi une prophétie : la
prophétie du dernier jour du monde, qui sera aussi le premier jour de la
création entièrement renouvelée. Et c’est la raison pour laquelle nous voyons
des juifs de toutes les nations se regrouper autour des Apôtres, comme à la fin
des temps, tous les hommes de tous les temps et de tous les pays se
retrouveront autour du trône de l’Agneau, en présence des Apôtres et de tous
les saints. Et ce sera le début du Règne éternel de Dieu pour tous.
Mais, vous me direz : la Pentecôte, elle a déjà eu lieu, à
l’époque des Apôtres ! Elle n’est pas seulement aujourd’hui, ou à la fin
du monde ! Et c’est vrai : vous avez entièrement raison. La Pentecôte
est déjà commencée, et l’Esprit Saint ne cesse pas d’être répandu dans le monde
pour faire grandir la création nouvelle du Règne de Dieu.
Alors, où voyons-nous l’Esprit Saint à l’œuvre et cette nouvelle
création ? Dans l’Église elle-même, qui est vivifiée par les sacrements
qui ne peuvent pas exister sans l’Esprit Saint. Par l’Esprit Saint, un homme
pécheur devient un fils de Dieu ; du pain et du vin deviennent le Corps et
le Sang de Jésus ; un homme, un évêque ou un prêtre, est configuré à Jésus
pour manifester sa présence jusqu’à la fin des temps ; un homme et une
femme, des mariés, deviennent Un pour l’éternité, réalisation de l’alliance éternelle
entre Dieu et l’humanité ; les péchés sont pardonnés car le règne de
l’amour est plus fort que la mort ; une personne malade est configurée à
Jésus en sa Passion pour ressusciter avec lui dans sa vie nouvelle. Les
sacrements transforment le monde en une création nouvelle. Et l’Église
elle-même est déjà cette nouvelle création, rendue visible. Une célébration,
une messe, c’est toujours une petite Pentecôte, en attendant la Pentecôte
définitive.
Pour finir, je veux attirer votre attention sur une chose très
importante. Ce ne sont pas les Apôtres, ou nous-mêmes, qui faisons
l’Église : l’Église n’est pas une association Loi de 1901 ni un parlement.
Tout simplement parce que nous sommes incapables de nous donner l’Esprit Saint
à nous-mêmes. Au contraire, les Apôtres prient et attendent l’Esprit promis par
Jésus. L’Église, nous ne la bâtissons pas par nous-mêmes : nous la
recevons de l’Esprit Saint.
L’Église est l’exact opposé de la tour de Babel. Babel, ce sont les
hommes qui s’unissent par la force de leurs bras, de leur volonté, pour bâtir
un monde à leur idée, avec une langue unique, une pensée unique, une action
unique : monter le plus haut possible vers le Ciel pour prendre la place
de Dieu. Vous voyez comment, avec le phantasme du transhumanisme aujourd’hui rendu
en partie possible par l’Intelligence Artificielle ou la biochimie, ce projet
est toujours actuel. Or, nous le savons, Babel s’est écroulée.
Lorsque l’Esprit vient, il ne nous moule pas dans une langue
unique, une pensée unique, une action unique : l’Esprit Saint, l’Esprit de
l’Église n’est pas totalitaire. Au contraire, il exalte la diversité des
langues, des esprits et des vocations – comme dit Saint Paul – pour en faire
une harmonie, comme un orchestre, au service de la partition dirigée par Dieu :
celle de la communion d’amour, de la vie éternelle, dans la joie, la lumière et
la paix ; la Pentecôte des pentecôtes !