dimanche 26 avril 2026

26 avril 2026 - GRAY - 4ème dimanche de Pâques - Année A

 Chers frères et sœurs,
 
Quand nous célébrons une messe, nous faisons toujours trois choses.
D’abord, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des temps passés avec ses heures dramatiques et aussi ses heures de joie, comme aujourd’hui. Nous y retrouvons la longue marche, parfois difficile, de notre humanité avec Dieu et parfois contre Lui. Nous nous souvenons aussi de Jésus qui a célébré la sainte Cène, a subi la Passion, est mort en croix, mais est ressuscité et vivant, ainsi qu’en ont témoigné les Apôtres. Nous nous souvenons.
Cependant, en refaisant les gestes qu’a faits Jésus, en redisant ses paroles, nous les actualisons. Nous nous rendons contemporains de lui, et lui se rend présent maintenant à nous. En fait, pendant la messe nous sommes en communion non seulement avec nos anciens du passé, mais aussi entre nous, et aussi – même si nous ne nous en rendons pas compte – avec les générations du futur.
Et enfin, en célébrant la messe, nous rendons visible le monde à venir, le Royaume des Cieux, qui est invisible. La messe n’est pas seulement du passé. Elle est plus que du présent : elle révèle l’avenir. Et l’avenir, est communion, dans la paix, la joie et la lumière. C’est cela que nous disons aujourd’hui à nos anciens et aux plus jeunes : dans la nuit le chrétien garde allumée la lumière de la foi et de l’espérance.
Sommes-nous dignes d’être ainsi prophètes ? Non, sans doute pas, mais par notre baptême et avec le pardon de Dieu, c’est possible.
 
 
Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22 ; 1P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Le drapeau français est composé de trois couleurs : le bleu, le blanc et le rouge. Nous avons tous appris à l’école que le blanc est la couleur du roi et que le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris. Cette explication très républicaine ne doit pas nous faire oublier à nous chrétiens pourquoi il en est ainsi.
En effet, le blanc est celui du voile de la Vierge Marie, conservé dans la cathédrale de Chartres. Les rois, portaient la fleur de Lys comme symbole, mais le Lys, c’est aussi Marie. Marie est la mère de tous les chrétiens : elle fait l’unité de l’Église.
Ensuite le bleu, c’est celui de la Chape de saint Martin. Les rois capétiens s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient protecteurs du tombeau et des reliques de saint Martin. Or saint Martin fut l’évangélisateur et le protecteur des différents peuples des Gaules, et même des envahisseurs Burgondes, Francs et Wisigoths : saint Martin a fait l’unité de la France.
Enfin le rouge : c’est Montjoie. Montjoie est l’oriflamme de guerre des rois de France. Au combat, nous le savons tous, les chevaliers criaient : « Montjoie – Saint-Denis ! » Parce que Montjoie était conservé à l’abbaye – aujourd’hui cathédrale – de Saint-Denis, où se trouvent les tombeaux des rois. Montjoie, c’est Montmartre – le mont du martyre de saint Denis, premier évêque de Paris. Saint Denis faisait l’unité de Paris, son diocèse, et Monjoie faisait l’unité de toutes les troupes au moment du danger, derrière le roi.
 
Pourquoi je vous raconte cela ? Parce dans l’évangile d’aujourd’hui, Jésus explique aux pharisiens et à ses disciples, qu’il est lui-même le drapeau – le seul – qui fait l’unité de toute l’humanité, pour la conduire de ce monde au monde nouveau : le Royaume des Cieux.
 
Jésus dit : « Je suis la porte des brebis. » Cette affirmation, pour qui peut la comprendre est une vraie bombe atomique. Premièrement, il dit « Je suis », or « Je suis » est le Nom que Dieu s’est donné lui-même lors de sa manifestation à Moïse au Buisson Ardent. Jésus dit donc qu’il est Dieu.  Deuxièmement, il dit qu’il est la « porte des brebis ». Mais, chers frères et sœurs, il ne s’agit pas d’une image un peu pittoresque, la « porte de brebis », c’est au Temple de Jérusalem la porte par laquelle les brebis – et notamment les agneaux de Pâques – entraient dans l’espace du Temple réservé aux prêtres pour y être sacrifiées. Lors de la reconstruction du Temple au retour de l’exil à Babylone, la « porte des brebis » a été la première à être reconstruite, par le grand-prêtre lui-même, aidé des prêtres. Celui qui est la « porte des brebis », chers frères et sœurs, est celui qui a les clés pour entrer dans l’espace sacré du Temple de Jérusalem. Nous pouvons dire, pour nous chrétiens, que la « porte des brebis », c’est le baptême, le sacrement qui nous inscrit dans la communion de Jésus, prêtre, prophète et roi.
 
Jésus dit qu’il appelle les brebis « chacune par son nom ». Comprenons bien. Cela veut dire que l’appel de Dieu, l’appel au baptême, l’appel à être en communion avec Jésus est absolument personnel. Chacun d’entre nous est différent ; il ou elle a une vocation différente ; des dons différents. Nous sommes certes tous des brebis, mais des brebis différenciées qui ont chacune un nom. Ainsi, le drapeau français a trois noms : Marie, Martin et Denis. Tous différents, dans un seul drapeau.
Or, dans l’Évangile, il est dit que les brebis suivent le berger et qu’elles s’enfuient loin de l’étranger, car elles ne connaissent pas sa voix. Il est important de savoir qu’en araméen, le texte ne dit pas « les brebis », il dit : « le troupeau. » La différence est que c’est tous ensemble que nous suivons Jésus, et que c’est tous ensemble que nous tournons le dos à celui dont nous ne connaissons pas la voix – l’ange rebelle, le diable. Le discernement de ce qui est bien – suivre le Berger –, et de ce qui est mal – écouter la voix de l’Étranger –, n’est pas une affaire personnelle, individuelle, éventuellement les uns contre les autres, mais c’est une affaire de tous ensemble, dans l’unité. Le bon Berger, appelle chaque brebis par son nom mais il guide le troupeau, dans l’unité, comme un drapeau guide une armée. L’Étranger au contraire flatte l’orgueil individuel et il disperse. On ne peut pas avoir plusieurs drapeaux dans un régiment : au combat, l’indiscipline c’est l’échec assuré.
 
Jésus dit qu’il est venu pour que les brebis « aient la vie, la vie en abondance ». Il va de soi, chers frères et sœurs que si on porte un drapeau haut sur le champ de bataille, c’est pour se donner du courage, pour se rappeler le but : celui de la victoire, et avec elle ses fruits, à commencer par celui de la paix. Il en va de même pour notre bon Berger, Jésus : il est le guide qui réconforte et encourage ; il est aussi celui qui indique et qui est la porte d’entrée de la vraie victoire, sur la souffrance, sur le mal et sur la mort. La vraie victoire, c’est la vie, la vie en abondance, c’est-à-dire l’Esprit Saint, et avec lui ses fruits : la vraie Paix qui vient de Dieu, la joie et la lumière.

Voilà chers frères et sœurs, un sermon un peu atypique. Mais ce n’est pas le drapeau qui nous permet de comprendre l’Évangile. C’est l’Évangile qui nous permet de comprendre notre drapeau. Nous sommes une vieille nation chrétienne, même si on l’a parfois un peu oublié. Et maintenant, levons l’étendard du Royaume des cieux, le Christ Jésus, notre bon Berger, notre Seigneur et notre Dieu !

dimanche 19 avril 2026

19 avril 2026 - VELLOREILLE-lès-CHOYE - 3ème dimanche de Pâques - Année A

 Ac 2, 14.22b-33 ; Ps 15 ; 1P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous connaissons par cœur l’histoire des disciples d’Emmaüs. On en retient généralement l’idée que tout en marchant Jésus les a préparés intérieurement par une bonne leçon de catéchisme et qu’il s’est fait reconnaître à eux en rompant le pain. Alors on imagine les disciples remontant tout joyeux au pas de course à Jérusalem pour annoncer la bonne nouvelle aux Apôtres.
On fera observer que le déroulement de la messe suit exactement ce cheminement : d’abord le temps de la lecture des Écritures, éclairées par la proclamation de l’Évangile, puis le sermon censé les expliquer ; temps suivi par celui de la célébration eucharistique où le prêtre reproduit les paroles et les gestes de Jésus lors de la Cène, en vue de la communion. Et à la fin, nous avons l’envoi pour l’annonce de la Bonne nouvelle, sinon à Jérusalem, du moins à tout notre entourage.
Tout cela est bien entendu tout à fait exact, et je pourrais presque terminer mon homélie ici. Mais, je voudrais attirer votre attention sur quelques petits cailloux semés par saint Luc sur le chemin d’Emmaüs.
 
D’abord, la discussion entre les disciples. Dans la version grecque de l’évangile, les échanges sont caractérisés par trois verbes différents. En gros, ils commencent par « échanger », puis ils se mettent à « discuter », et enfin, juste avant l’arrivée de Jésus, l’évangile dit qu’ils se « lancent des paroles »… Bref, plus le chemin avance, plus le ton monte ! Jésus intervient au beau milieu d’une discussion assez animée. De fait, on ne peut pas comprendre les Écritures, la Loi de Moïse et les Prophètes, sans que Jésus les éclaire. On se perd dans des interprétations sans fin, jusqu’à se diviser, le cas échéant.
Le problème, pour les disciples, est de comprendre pourquoi Jésus, cet homme « prophète, puissant par ses actes et ses paroles », c’est-à-dire comme Moïse – dans la Bible, il n’y a que Moïse qui soit identifié de cette manière – ; pourquoi donc ce Jésus, prophète aussi grand que Moïse, qui devait délivrer Israël, s’est retrouvé jugé, condamné, insulté, frappé, mis en croix jusqu’à mourir ? Avec, en plus, cette histoire de tombeau vide et de résurrection, le troisième jour ?
L’éclairage de Jésus sur les Écritures porte justement sur sa passion, sa mort et sa résurrection : les prophètes ont spécifiquement annoncé cela. On comprend pourquoi, dans nos évangiles et dans notre liturgie aujourd’hui, le récit de la Passion est si important : ce qui s’est passé correspond parfaitement aux prophéties. Jésus, remarquons-le, reproche aux disciples leur esprit sans intelligence, la lenteur de leur cœur à croire. Le cœur, pour les hébreux, n’est pas le lieu des émotions ou des affections : il est le lieu de la raison, de l’intelligence. Les disciples ont comme un poids sur leur intelligence, qui les empêche de comprendre. Il y a ici un jeu de la part de saint Luc. De même qu’une pierre lourde a été roulée devant le tombeau de Jésus, de même un poids lourd obstrue l’intelligence des disciples. Mais lorsqu’ils reconnaissent Jésus ressuscité, c’est comme si ce poids avait disparu : la pierre a été roulée et la lumière est sortie du tombeau. L’intelligence des disciples a été illuminée.
 
Faisons un pas de plus. Jésus a donc expliqué le sens de sa Passion en lien avec la Loi et les Prophètes ; il est allé jusqu’à la question du troisième jour, jusqu’à sa résurrection. Il se passe alors quelque chose de spécial : c’est le moment où Jésus fait mine de partir, tandis que les disciples cherchent à le retenir : ils pressentent déjà intuitivement que cet homme rencontré sur le chemin réchauffe et illumine leur cœur de l’intérieur, même s’ils ne sont pas encore capables de le reconnaître formellement. En fait, Jésus a parcouru tout le Credo avec eux, et la proclamation du Credo est toujours un signe de la présence de Jésus. Les disciples le sentent.
Le jour descend, la nuit vient : nous sommes à Emmaüs. Il y a une question avec Emmaüs. Il est possible de comprendre qu’il s’agit de l’ancien nom de Béthel, là où Jacob eut la vision en songe d’une échelle qui reliait la terre et le ciel, sur laquelle les anges montaient et descendaient. Or Jacob dit « Que ce lieu est redoutable ! C’est vraiment la maison de Dieu, la porte du ciel ! » Et il appela ce lieu Béthel, c’est-à-dire « Maison de Dieu ». La maison où se trouvent Jésus et les deux disciples à Emmaüs est donc la Maison de Dieu, le Temple. Jésus peut donc y reproduire les paroles et les gestes du Jeudi Saint. Et c’est ce qu’il fait. Les disciples le reconnaissent alors, non pas tant à la fraction du pain qu’à sa manière de le leur donner : il reproduit aussi les mêmes gestes qu’à la multiplication des pains. Il n’y a que Jésus à procéder ainsi.
En fait, d’après l’Évangile, tant en araméen qu’en grec, les disciples ne « reconnaissent » pas Jésus tel qu’il était avant : ils le « connaissent » – comme dans saint Jean : c’est Jésus connu intimement, et en même temps éblouissant, transfiguré, qui transperce leurs yeux et leur intelligence de part en part. C’est Jésus – le même qu’autrefois – mais Jésus glorieux. Et il ne « disparut » pas à leurs regards, comme si il s’éteignait comme une ampoule, il « fut emporté », il leur devint « imperceptible » : c’est-à-dire qu’on ne le voit pas, mais que sa présence demeure : il est toujours là, vivant. Pas seulement extérieur, mais aussi intérieur – car il y a eu un moment de profonde communion. On comprend mieux le bouleversement des disciples, qui reviennent à Jérusalem, autant pour annoncer aux Apôtres ce qu’ils viennent de vivre que pour tâcher de retrouver Jésus, dont ils pensent le retour imminent.
 
Voilà chers frères et sœurs, quelques éléments utiles à la méditation de l’Évangile, à la compréhension de Jésus ressuscité, mais aussi du sens et de la profondeur de l’Eucharistie, véritable porte du ciel, qui nous conduit à la vraie connaissance du Seigneur vivant, dans la sainte communion.

dimanche 12 avril 2026

12 avril 2026 - GRAY - 2ème dimanche de Pâques et de la Divine Miséricorde - Année A

 Ac 2, 42-47 ; Ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
 
Chers frères et sœurs,
 
Les lectures de ce dimanche nous donnent à voir les fondements et caractéristiques essentielles de l’Église. Dans l’Évangile d’abord, nous retrouvons les Apôtres enfermés au Cénacle par peur des Juifs. Ils craignent une persécution violente. Mais ils sont également meurtris : n’ont-ils pas abandonné Jésus durant sa Passion ? Comment peuvent-ils soutenir le regard de Marie, elle qui est restée jusqu’au bout, au pied de la croix ? En fait, la situation des Apôtres est celle de tout homme pécheur, confronté à sa misère personnelle et confronté à la mort. La première Église est donc composée d’hommes et de femmes, comme tous les autres. Ni pires, ni meilleurs.
 
Tout à coup, Jésus « vint au milieu d’eux ». Trois observations : nous sommes dit saint Jean « le premier jour de la semaine » ; il évoque en réalité le « jour un » qui est le premier jour de la création. La résurrection de Jésus est une nouvelle création. Ensuite, Jésus n’a aucun geste ni parole de condamnation à l’égard de ses disciples. Au contraire, de même qu’il a prié en croix « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », il dit maintenant : « La paix soit avec vous » qu’on peut comprendre : « Le pardon soit avec vous. » Enfin, Jésus se manifeste dans un corps glorieux – il peut apparaître en tous lieux – mais qui conserve son aspect physique – ses blessures sont apparentes et nous savons qu’il peut manger du poisson. Devant ce phénomène, contemplant le corps de Jésus marqué par les stigmates de la Passion, les disciples le reconnaissent et sont remplis de joie.
Ainsi l’Église, dans son ADN, est-elle cette communauté d’hommes pécheurs reconnaissant Jésus vivant, glorieux et physiquement présent, authentifié par les marques de sa Passion ; Jésus vivant qui ne condamne pas mais annonce la paix de Dieu. L’Église est cette communauté nouvelle apparue au premier jour d’une nouvelle création à la fois humaine et divine. De même qu’Adam fut modelé puis animé par le souffle de Dieu, de même l’Église est-elle modelée par la reconnaissance de Jésus crucifié et vivant et par le pardon reçu de lui, puis animée par le souffle de Dieu, l’Esprit Saint. Adam avait reçu la vocation d’être fécond et de se multiplier sur la terre ; l’Église a la vocation de se développer et de porter le témoignage de la Bonne nouvelle jusqu’au bout du monde, dans l’espace et dans le temps. Telle est donc la nature fondamentale de l’Église, qui rappelons-le, est une communauté joyeuse !
 
Mais voilà que Thomas n’était pas là. Thomas nous rend bien service, parce qu’il réagit comme nous, comme tout homme qui reçoit l’annonce de la Bonne nouvelle : d’abord il n’y croit pas. Thomas veut un témoignage sensible : il ne veut pas seulement entendre ; il veut voir et toucher. Jésus va satisfaire sa demande tout en l’appelant à la foi. Il en va de même pour nous : les sacrements de l’Église renvoient à des réalités visibles et matérielles, à considérer dans la foi : l’eau, l’huile, le pain, le vin, et… l’évêque – ou le prêtre qui en dérive – configurés à Jésus. On comprend donc que chaque eucharistie du dimanche est aussi le « jour un » de la Création qui régénère sans cesse l’Église. Aussi curieux que cela puisse paraître, l’entrée du prêtre en procession dans l’Église pour y célébrer l’eucharistie est aussi réelle et miraculeuse, humaine et divine, que l’apparition de Jésus au Cénacle pour y donner son Corps glorieux à voir et à toucher. L’Église et sa liturgie n’ont pas d’autre raison d’être que de manifester les réalités célestes et d’appeler à y participer jusqu’à la communion parfaite.
Nous comprenons donc pourquoi, dans les Actes des Apôtres, saint Luc nous dit que « les frères étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières ». L’enseignement des Apôtres, c’est le témoignage sur la vie, la Passion et la Résurrection de Jésus ; la communion fraternelle, c’est la communauté fondée sur le pardon et la paix de Dieu ; la fraction du pain, la messe, c’est la vision et la communion au Corps et au Sang de Jésus vivant, la réception de son Esprit de vie ; et les prières, ce sont en même temps la veille dans l’attente de la venue de Jésus, l’offrande de soi et de toute sa vie et l’exercice de la charité à l’égard du prochain. On voit comment, comme une plante l’Église se développe et prend la forme que nous lui connaissons aujourd’hui depuis l’apparition de Jésus au Cénacle, en passant par l’expérience de Thomas et la vie de la première communauté.
 
Il y a deux choses que nous ne pratiquons pas aujourd’hui, semble-t-il : la mise en commun des biens et la fréquentation du Temple de Jérusalem. Le partage des biens était pratiqué dans l’imminence de la venue de Jésus : il est le signe de sa venue toute proche. Aujourd’hui, il est pratiqué dans les monastères qui maintiennent le témoignage des origines. De manière plus lointaine, la quête à la messe et le Denier du Culte appartiennent au geste du partage des biens. Le Temple de Jérusalem a été détruit en 70 par les Romains. Relevons que sa fréquentation ne posait aucun problème aux Apôtres, aux premiers chrétiens et même à saint Paul. Mais il se trouve que Jésus, lorsqu’il a instauré l’eucharistie le Jeudi Saint, a également élevé le lieu du Cénacle à la dignité du Temple, ce qui fait qu’aujourd’hui tout lieu où les chrétiens sont réunis au nom de Jésus peut également être élevé à cette dignité, particulièrement les églises. Les Apôtres et les premiers chrétiens fréquentaient « assidûment » le Temple. Il était comme un poumon de prière : matin, midi, soir on y entendait la lecture des Écritures et le chant des psaumes. Ainsi sont les églises monastiques ; telles devraient être nos églises paroissiales, basiliques et cathédrales…
 
Que le Seigneur ne cesse de souffler son Esprit Saint sur son Église, afin qu’elle demeure aujourd’hui comme hier la communauté humaine et divine, signe du Royaume des cieux et témoin joyeux de la résurrection de Jésus Christ, jusqu’à ce qu’il vienne.

mardi 7 avril 2026

05 avril 2026 - CHAMPLITTE - Saint Jour de Pâques - Année A

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Seq. ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
Le texte de l’évangile que nous lisons à la messe est une traduction en français du texte grec officiel. Mais il existe également une autre version très ancienne en araméen – la langue de Jésus et des Apôtres. Il y a des chances pour que cette seconde version puisse nous apprendre beaucoup de choses.
 
Ainsi, dans l’évangile d’aujourd’hui, j’ai appris que, lorsque nous lisons en français : « Le premier jour de la semaine », l’araméen nous donne : « Le jour un de la semaine. » Cette manière de parler n’est pas simpliste, mais elle renvoie directement au premier jour de la création, dans le livre de la Genèse : le « jour un », est celui – vous le savez bien – de la création de la lumière que Dieu sépara des ténèbres.
Ainsi, le jour de la résurrection de Jésus est-il celui d’une nouvelle création à laquelle l’humanité à vocation à participer : il s’agit de la lumière d’une vie nouvelle séparée des ténèbres de la mort.
 
Un peu plus loin, nous lisons en français que, Jean étant arrivé le premier au tombeau, « en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ». La version araméenne nous dit : « Et il observa ; il vit les tissus de lin qui étaient mis là. » Le verbe « observer » qui a été utilisé se retrouve un peu plus loin, quand Marie-Madeleine pleure assise au bord du tombeau : « elle observait le tombeau » Or, ce même verbe est employé dans le Cantique des Cantiques pour signifier le regard amoureux du bien-aimée et de la bien-aimée.
Ainsi, que ce soit Jean – dont nous savons qu’il est le disciple bien-aimé de Jésus – ou que ce soit Marie-Madeleine, dont nul ne doute de l’affection pour Jésus, tous entretiennent avec lui une relation qui passe davantage par le cœur que par le cerveau. C’est une leçon pour nous : si nous voulons connaître Jésus vivant, il nous faut d’abord apprendre à l’aimer. Alors lui-même se révélera bientôt à nous, comme il le fera juste après pour Marie-Madeleine, et pour Saint Jean avec les autres Apôtres, au Cénacle.
 
Un peu plus loin, notre évangile dit que Pierre « s’aperçoit que les linges sont posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus ». Dans l’araméen, le terme qui a été traduit en français par « suaire » est le même que celui qui désigne le voile dont Moïse se couvrait la face après s’être entretenu avec le Seigneur tant au Mont Horeb que dans la Tente de la Rencontre. Il cachait son visage car il devenait rayonnant – comme à la Transfiguration. Il était éblouissant. Cela est raconté au Livre de l’Exode.
Ainsi nous apprenons que pour les chrétiens les plus proches de la réalité historique, les chrétiens de langue araméenne, ce suaire était marqué par le visage rayonnant de Jésus. Lorsqu’on connaît les caractéristiques d’exposition de l’image du Saint-Suaire de Turin et du Voile d’Oviedo, on est d’autant plus invité à observer ce mystère avec le cœur. Et pourquoi pas avec l’intelligence également.
 
Je pourrai continuer à faire des comparaisons entre nos deux versions de l’Évangile. Mais ces trois exemples suffisent pour ce que je veux dire maintenant. La foi chrétienne est fondée d’une part sur les Écritures – l’Ancien Testament – ici la Genèse, le Cantique des Cantiques et l’Exode, et d’autre part sur la réalité historique. L’Évangile de Jean n’est pas un roman, ni une fiction, ni une légende, mais un témoignage qui se veut véridique, pour que nous qui sommes éloignés dans l’espace et le temps, nous puissions croire à notre tour en Jésus ressuscité. Et bien sûr, la foi chrétienne est un don de Dieu, qui nous transperce le cœur et l’intelligence quand Jésus vivant se fait connaître à nous et que nous comprenons que l’Écriture et l’Évangile disent vrai.
 
Évidemment, si la résurrection de Jésus est une réalité, qui a même une dimension physique – et c’est bien le cœur de notre foi chrétienne – alors notre perception de l’univers et de nous-mêmes change radicalement. Et nous comprenons, et nous savons, que tous les sacrements sont des actes réels de Jésus vivant aujourd’hui. Le baptême fait vraiment entrer dans sa vie nouvelle ; la confirmation est vraiment une purification et une consécration qui nous permettent d’accéder à Dieu, et l’eucharistie est vraiment une communion au Corps et au Sang de Jésus, c’est-à-dire à la vie divine. Tel est le cadeau inestimable que les parents de Lise veulent lui offrir aujourd’hui : bénis soient-ils !

dimanche 5 avril 2026

04 avril 2026 - GY - Vigile Pascale - Année A

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;  Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps 18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
 
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
 
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus. La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
 
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles. C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse de Dieu. Et nous en faisons partie.
 
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du monde.

samedi 4 avril 2026

03 avril 2026 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit. Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne vont pas l’un sans l’autre.
 
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi, même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages, assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des gestes, des observations physiques.
 
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des « Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes des juifs qui croyons en Jésus.
 
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien : c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques. Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps, par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle extraordinaire !
 
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique, est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus, mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ; le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance, deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin : celui du Paradis.
 
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est pourquoi nous la vénérons.

vendredi 3 avril 2026

02 avril 2026 - GY - Jeudi Saint - Mémoire de la Cène du Seigneur - Année A

 Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Le jeudi saint est un moment important pour nous tous, baptisés, et plus particulièrement pour les prêtres. Comme vous le savez, lorsque Jésus célèbre la Cène avec ses Apôtres, il veut célébrer avec eux la Pâque comme font les Juifs tous les ans depuis la sortie d’Égypte, et encore aujourd’hui bien sûr. Nous avons entendu dans la première lecture de quoi il s’agit : toute la famille doit se rassembler pour manger ensemble un agneau avec des pains sans levain et des herbes amères. Le repas se fait de nuit, tout le monde étant prêt à partir au lever du jour. Cependant, vous avez entendu qu’il y a en même temps un rite spécial : on doit marquer du sang de l’agneau les montants des portes de la maison pour que ses habitants soient protégés du fléau qui va frapper – cette nuit-là – tous les premiers-nés d’Égypte. C’est cela, la Pâque du Seigneur.
 
Donc, comme font des milliers de Juifs à leur époque, Jésus et ses Apôtres sont montés en pèlerinage au Temple de Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Cependant, Jésus apporte à son repas pascal trois changements importants, qui se comprennent ensemble.
En premier lieu il y a un changement de calendrier. Quand Jésus célèbre le repas pascal avec ses Apôtres, il le fait deux jours avant la Pâque officielle célébrée au Temple. Cela pose deux problèmes : d’une part, ils n’ont pas d’agneau – puisque les agneaux sont sacrifiés le jour de la Pâque ; et d’autre part, ils ne sont pas au Temple, mais dans une maison particulière. Comment Jésus va-t-il donc faire pour pouvoir célébrer vraiment la Pâque ?
Deuxième changement : Jésus va transformer la maison où ils sont en Temple… en lavant les pieds de ses disciples. La raison est très simple. Pour pouvoir entrer dans le Temple, il faut que chaque pèlerin soit purifié : qu’il se soit baigné les jours précédents et que juste avant d’entrer dans le Temple, il se soit lavé les pieds. C’est ainsi que Jésus et les Apôtres se sont déjà lavés, mais pas encore les pieds. Or voilà que Jésus dépose son vêtement et se revêt d’un linge, en tissus de lin précise l’évangile en araméen, et il lave les pieds de ses disciples au moyen d’un bassin que saint Jean identifie par l’emploi du même mot au bassin des ablutions des prêtres dans le Temple. Saint Pierre n’a rien compris : il pense que Jésus s’abaisse comme un esclave pour lui laver les pieds. Humainement c’est exact, d’autant plus que Jésus est aussi son Maître et son Dieu ! Mais Pierre n’a pas compris immédiatement que Jésus, habillé comme un prêtre, lui fait les ablutions réservées aux prêtres. C’est ainsi que Jésus a fait des Apôtres des prêtres et a transformé le Cénacle en Temple ; pour qu’ils puissent ensemble célébrer le sacrifice de la Pâque là où ils sont, deux jours avant la date officielle.
Mais il manque l’agneau, l’agneau qui doit être sacrifié le jour de Pâque. Ici Jésus, fait encore plus fort – si je puis dire. C’est le troisième changement. En prenant le pain, il dit : « Ceci est mon Corps ». Et prenant le vin, il dit : « Ceci est mon Sang, livré pour vous. » En disant cela, Jésus a fait que l’Agneau de Pâque, c’est lui. Le corps de l’agneau c’est son Corps ; le sang de l’agneau c’est son Sang. Et il a dit cela en prenant du pain et du vin. Mieux encore, il l’a réalisé vraiment, puisque lui, l’Agneau de Dieu, meurt en croix, au moment même où les agneaux de Pâque sont sacrifiés au Temple. Donc, les Apôtres, en communiant au pain et au vin communient en réalité au Corps et au Sang de Jésus, qui est lui-même l’Agneau de Pâque véritable.
Maintenant rappelez-vous du rituel de la nuit en Égypte : le sang de l’agneau sert à protéger la maison contre le fléau de l’ange exterminateur. Hé bien, de la même manière, le Sang de Jésus protège les Apôtres (et nous aussi) de la condamnation encourue par nos péchés, et il nous en libère. Ce Sang, c’est l’Esprit Saint dont l’Église est vivifiée depuis la Pentecôte, ce pour quoi Jésus a dit que le mal ne prévaudrait pas contre elle. Le Sang de Jésus protège son Église et lui communique la vie éternelle. L’Église, c’est-à-dire nous, bien entendu.
 
Maintenant vous avez compris ce que nous faisons ce soir. Nous faisons ce que Jésus a demandé à ses Apôtres de faire après sa résurrection et son ascension au ciel : nous nous réunissons et le prêtre fait ce que fait Jésus : il se purifie et purifie l’assemblée avec lui – ce soir avec le lavement des pieds – pour que tous soient réunis dans le Temple de l’église, prêts à célébrer la Pâque ; puisque le pain et le vin – devenus selon ses paroles le Corps et le Sang de Jésus, l’Agneau véritable – soient offerts à son Père et partagés en communion. Ainsi tous remplis de l’Esprit Saint, nous sommes en même temps libérés et protégés, pardonnés et vivifiés dans l’amour de notre Dieu.
Chers frères et sœurs, n’oubliez pas : nous avons tous été baptisés au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; nous avons été conformés à Jésus prêtre, prophète et roi. Dans l’eau du baptême, nous avons été purifiés et pardonnés pour que nous puissions célébrer l’eucharistie, offrir le sacrifice comme le fait une assemblée de prêtres, et y communier. Ce mystère est grand. Puissions-nous comprendre un peu à quelle dignité nous avons été élevés. Et rendons grâce au Seigneur notre Dieu.

Articles les plus consultés