Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn
18,1-19,42
Chers frères et sœurs,
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté
le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée
ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa
Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit.
Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne
vont pas l’un sans l’autre.
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était
évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de
Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi,
même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater
comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour
laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages,
assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des
paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des
gestes, des observations physiques.
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les
évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce
qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous
ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se
sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes
de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des
« Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien
Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes
des juifs qui croyons en Jésus.
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec
Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa
Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la
Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les
croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe
religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien :
c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques.
Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que
s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera
une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps,
par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire
de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle
extraordinaire !
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique,
est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons
comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent
Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes
du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la
foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa
gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce
sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son
trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus,
mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ;
le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance,
deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui
proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de
vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin :
celui du Paradis.
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la
croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est
pourquoi nous la vénérons.