Ac
10,34a.37-43 ; Ps 117 ; Col 3,1-4 ; Seq. ; Jn 20,1-9
Chers
frères et sœurs,
Le
texte de l’évangile que nous lisons à la messe est une traduction en français
du texte grec officiel. Mais il existe également une autre version très
ancienne en araméen – la langue de Jésus et des Apôtres. Il y a des chances
pour que cette seconde version puisse nous apprendre beaucoup de choses.
Ainsi,
dans l’évangile d’aujourd’hui, j’ai appris que, lorsque nous lisons en
français : « Le premier jour de la semaine », l’araméen
nous donne : « Le jour un de la semaine. » Cette manière
de parler n’est pas simpliste, mais elle renvoie directement au premier jour de
la création, dans le livre de la Genèse : le « jour un »,
est celui – vous le savez bien – de la création de la lumière que Dieu sépara
des ténèbres.
Ainsi,
le jour de la résurrection de Jésus est-il celui d’une nouvelle création à
laquelle l’humanité à vocation à participer : il s’agit de la lumière
d’une vie nouvelle séparée des ténèbres de la mort.
Un
peu plus loin, nous lisons en français que, Jean étant arrivé le premier au
tombeau, « en se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à
plat ». La version araméenne nous dit : « Et il
observa ; il vit les tissus de lin qui étaient mis là. » Le verbe
« observer » qui a été utilisé se retrouve un peu plus loin, quand
Marie-Madeleine pleure assise au bord du tombeau : « elle
observait le tombeau » Or, ce même verbe est employé dans le Cantique
des Cantiques pour signifier le regard amoureux du bien-aimée et de la
bien-aimée.
Ainsi,
que ce soit Jean – dont nous savons qu’il est le disciple bien-aimé de Jésus –
ou que ce soit Marie-Madeleine, dont nul ne doute de l’affection pour Jésus,
tous entretiennent avec lui une relation qui passe davantage par le cœur que
par le cerveau. C’est une leçon pour nous : si nous voulons connaître
Jésus vivant, il nous faut d’abord apprendre à l’aimer. Alors lui-même se
révélera bientôt à nous, comme il le fera juste après pour Marie-Madeleine, et
pour Saint Jean avec les autres Apôtres, au Cénacle.
Un
peu plus loin, notre évangile dit que Pierre « s’aperçoit que les
linges sont posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de
Jésus ». Dans l’araméen, le terme qui a été traduit en français
par « suaire » est le même que celui qui désigne le voile dont
Moïse se couvrait la face après s’être entretenu avec le Seigneur tant au Mont
Horeb que dans la Tente de la Rencontre. Il cachait son visage car il devenait
rayonnant – comme à la Transfiguration. Il était éblouissant. Cela est raconté
au Livre de l’Exode.
Ainsi
nous apprenons que pour les chrétiens les plus proches de la réalité
historique, les chrétiens de langue araméenne, ce suaire était marqué par le
visage rayonnant de Jésus. Lorsqu’on connaît les caractéristiques d’exposition
de l’image du Saint-Suaire de Turin et du Voile d’Oviedo, on est d’autant plus
invité à observer ce mystère avec le cœur. Et pourquoi pas avec l’intelligence
également.
Je
pourrai continuer à faire des comparaisons entre nos deux versions de
l’Évangile. Mais ces trois exemples suffisent pour ce que je veux dire
maintenant. La foi chrétienne est fondée d’une part sur les Écritures –
l’Ancien Testament – ici la Genèse, le Cantique des Cantiques et
l’Exode, et d’autre part sur la réalité historique. L’Évangile de Jean
n’est pas un roman, ni une fiction, ni une légende, mais un témoignage qui se
veut véridique, pour que nous qui sommes éloignés dans l’espace et le temps,
nous puissions croire à notre tour en Jésus ressuscité. Et bien sûr, la foi
chrétienne est un don de Dieu, qui nous transperce le cœur et l’intelligence
quand Jésus vivant se fait connaître à nous et que nous comprenons que
l’Écriture et l’Évangile disent vrai.
Évidemment,
si la résurrection de Jésus est une réalité, qui a même une dimension physique
– et c’est bien le cœur de notre foi chrétienne – alors notre perception de
l’univers et de nous-mêmes change radicalement. Et nous comprenons, et nous
savons, que tous les sacrements sont des actes réels de Jésus vivant
aujourd’hui. Le baptême fait vraiment entrer dans sa vie nouvelle ; la
confirmation est vraiment une purification et une consécration qui nous
permettent d’accéder à Dieu, et l’eucharistie est vraiment une communion au Corps
et au Sang de Jésus, c’est-à-dire à la vie divine. Tel est le cadeau
inestimable que les parents de Lise veulent lui offrir aujourd’hui : bénis
soient-ils !