Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;
Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps
18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
Chers frères et sœurs,
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le
modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines
de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa
résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue
histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce
que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter
notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue
de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous
avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un
trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous
abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers
d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le
Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que
Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en
refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous
étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à
nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon
nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge
Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui
nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous
sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle
dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une
réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son
âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus.
La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint
Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la
réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le
fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit
pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un
corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous
faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles.
C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements
du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans
l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même
compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a
quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse
philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit
d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce
n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a
créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans
cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères
et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus
lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui
est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la
Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne
mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous
déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe
brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans
l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans
l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse
de Dieu. Et nous en faisons partie.
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est
enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand
mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en
Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion
avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du
monde.