Chers frères et sœurs,
Quand nous célébrons une messe, nous faisons toujours trois choses.
D’abord, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des temps passés
avec ses heures dramatiques et aussi ses heures de joie, comme aujourd’hui.
Nous y retrouvons la longue marche, parfois difficile, de notre humanité avec
Dieu et parfois contre Lui. Nous nous souvenons aussi de Jésus qui a célébré la
sainte Cène, a subi la Passion, est mort en croix, mais est ressuscité et
vivant, ainsi qu’en ont témoigné les Apôtres. Nous nous souvenons.
Cependant, en refaisant les gestes qu’a faits Jésus, en redisant
ses paroles, nous les actualisons. Nous nous rendons contemporains de lui, et
lui se rend présent maintenant à nous. En fait, pendant la messe nous sommes en
communion non seulement avec nos anciens du passé, mais aussi entre nous, et
aussi – même si nous ne nous en rendons pas compte – avec les générations du
futur.
Et enfin, en célébrant la messe, nous rendons visible le monde à
venir, le Royaume des Cieux, qui est invisible. La messe n’est pas seulement du
passé. Elle est plus que du présent : elle révèle l’avenir. Et l’avenir,
est communion, dans la paix, la joie et la lumière. C’est cela que nous disons
aujourd’hui à nos anciens et aux plus jeunes : dans la nuit le chrétien
garde allumée la lumière de la foi et de l’espérance.
Sommes-nous dignes d’être ainsi prophètes ? Non, sans doute
pas, mais par notre baptême et avec le pardon de Dieu, c’est possible.
Ac 2, 14a.36-41 ; Ps 22 ; 1P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Chers frères et sœurs,
Le drapeau français est composé de trois couleurs : le bleu,
le blanc et le rouge. Nous avons tous appris à l’école que le blanc est la
couleur du roi et que le bleu et le rouge sont les couleurs de Paris. Cette
explication très républicaine ne doit pas nous faire oublier à nous chrétiens
pourquoi il en est ainsi.
En effet, le blanc est celui du voile de la Vierge Marie, conservé
dans la cathédrale de Chartres. Les rois, portaient la fleur de Lys comme
symbole, mais le Lys, c’est aussi Marie. Marie est la mère de tous les
chrétiens : elle fait l’unité de l’Église.
Ensuite le bleu, c’est celui de la Chappe de saint Martin. Les rois
capétiens s’appelaient ainsi parce qu’ils étaient protecteurs du tombeau et des
reliques de saint Martin. Or saint Martin fut l’évangélisateur et le protecteur
des différents peuples des Gaules, et même des envahisseurs Burgondes, Francs,
et Wisigoths : saint Martin a fait l’unité de la France.
Enfin le rouge : c’est Montjoie. Montjoie est l’oriflamme de
guerre des rois de France. Au combat, nous le savons tous, les chevaliers
criaient : « Montjoie – Saint-Denis ! » Parce que Montjoie
était conservé à l’abbaye – aujourd’hui cathédrale – de Saint-Denis, où se
trouvent les tombeaux des rois. Montjoie, c’est Montmartre – le mont du martyre
de saint Denis, premier évêque de Paris. Saint Denis faisait l’unité de Paris,
son diocèse, et Monjoie faisait l’unité de toutes les troupes au moment du danger,
derrière le roi.
Pourquoi je vous raconte cela ? Parce dans l’évangile
d’aujourd’hui, Jésus explique aux pharisiens et à ses disciples, qu’il est
lui-même le drapeau – le seul – qui fait l’unité de toute l’humanité, pour la
conduire de ce monde au monde nouveau : le Royaume des Cieux.
Jésus dit : « Je suis la porte des brebis. » Cette
affirmation, pour qui peut la comprendre est une vraie bombe atomique.
Premièrement, il dit « Je suis », or « Je suis »
est le Nom que Dieu s’est donné lui-même lors de sa manifestation à Moïse
au Buisson Ardent. Jésus dit donc qu’il est Dieu. Deuxièmement, il dit qu’il est la « porte
des brebis ». Mais, chers frères et sœurs, il ne s’agit pas d’une
image un peu pittoresque, la « porte de brebis », c’est au
Temple de Jérusalem la porte par laquelle les brebis – et notamment les agneaux
de Pâques – entraient dans l’espace du Temple réservé aux prêtres pour y être
sacrifiées. Lors de la reconstruction du Temple au retour de l’exil à Babylone,
la « porte des brebis » a été la première à être reconstruite,
par le grand-prêtre lui-même, aidé des prêtres. Celui qui est la « porte
des brebis », chers frères et sœurs, est celui qui a les clés pour
entrer dans l’espace sacré du Temple de Jérusalem. Nous pouvons dire, pour nous
chrétiens, que la « porte des brebis », c’est le baptême, le
sacrement qui nous inscrit dans la communion de Jésus, prêtre, prophète et roi.
Jésus dit qu’il appelle les brebis « chacune par son nom ».
Comprenons bien. Cela veut dire que l’appel de Dieu, l’appel au baptême,
l’appel à être en communion avec Jésus est absolument personnel. Chacun d’entre
nous est différent ; il ou elle a une vocation différente ; des dons
différents. Nous sommes certes tous des brebis, mais des brebis différenciées
qui ont chacune un nom. Ainsi, le drapeau français a trois noms : Marie,
Martin et Denis. Tous différents, dans un seul drapeau.
Or, dans l’Évangile, il est dit que les brebis suivent le berger et
qu’elles s’enfuient loin de l’étranger, car elles ne connaissent pas sa voix.
Il est important de savoir qu’en araméen, le texte ne dit pas « les
brebis », il dit : « le troupeau. » La différence est que
c’est tous ensemble que nous suivons Jésus, et que c’est tous ensemble que nous
tournons le dos à celui dont nous ne connaissons pas la voix – l’ange rebelle,
le diable. Le discernement de ce qui est bien – suivre le Berger –, et de ce
qui est mal – écouter la voix de l’Étranger –, n’est pas une affaire
personnelle, individuelle, éventuellement les uns contre les autres, mais c’est
une affaire de tous ensemble, dans l’unité. Le bon Berger, appelle chaque
brebis par son nom mais il guide le troupeau, dans l’unité, comme un drapeau
guide une armée. L’Étranger au contraire flatte l’orgueil individuel et il
disperse. On ne peut pas avoir plusieurs drapeaux dans un régiment : au
combat, l’indiscipline c’est l’échec assuré.
Jésus dit qu’il est venu pour que les brebis « aient la
vie, la vie en abondance ». Il va de soi, chers frères et sœurs que si
on porte un drapeau haut sur le champ de bataille, c’est pour se donner du
courage, pour se rappeler le but : celui de la victoire, et avec elle ses
fruits, à commencer par celui de la paix. Il en va de même pour notre bon
Berger, Jésus : il est le guide qui réconforte et encourage ; il est
aussi celui qui indique et qui est la porte d’entrée de la vraie victoire, sur
la souffrance, sur le mal et sur la mort. La vraie victoire, c’est la vie, la
vie en abondance, c’est-à-dire l’Esprit Saint, et avec lui ses fruits : la
vraie Paix qui vient de Dieu, la joie et la lumière.
Voilà chers frères et sœurs, un sermon un peu atypique. Mais ce
n’est pas le drapeau qui nous permet de comprendre l’Évangile. C’est l’Évangile
qui nous permet de comprendre notre drapeau. Nous sommes une vieille nation
chrétienne, même si on l’a parfois un peu oublié. Et maintenant, levons
l’étendard du Royaume des cieux, le Christ Jésus, notre bon Berger, notre
Seigneur et notre Dieu !