Ex
34, 4b-6.8-9 ; Dn 3 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
Chers
frères et sœurs,
Saint
Jean l’affirme : le dessein de Dieu le Père c’est que l’homme obtienne la
Vie éternelle, c’est-à-dire l’Esprit Saint. Pour que cela soit possible, le
Père a donné son Fils unique, Jésus, qui est mort sur la croix et ressuscité le
troisième jour. Celui qui croit en Jésus ressuscité, comme les Apôtres à la
Pentecôte, reçoit déjà maintenant cette Vie éternelle. Ainsi la porte du Ciel
est ouverte à qui veut bien y entrer.
Saint
Paul ne dit pas autre chose, dans sa bénédiction : « Que la grâce
du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit
soient toujours à avec vous. » En effet, la « grâce du
Seigneur Jésus-Christ » c’est le pardon, la réconciliation avec Dieu
qui nous permet de recevoir l’Esprit Saint, la Vie éternelle. « L’amour
de Dieu », c’est la volonté du Père que nous les hommes soyons
réconciliés avec lui et que nous obtenions la Vie éternelle. Et la « communion
du Saint-Esprit » c’est cette Vie éternelle qui est communion avec
Dieu mais aussi entre tous les saints, inséparablement. Nous le savons, le don
de l’Esprit Saint à la Pentecôte est le souffle de vie de l’Église, qui est
communion.
Saint
Jean et saint Paul parlent donc de la même chose. Le premier met l’accent sur
une Vie éternelle céleste ; le second rappelle que cette Vie éternelle est
déjà commencée dans l’Église. Ce qui est peut-être plus étonnant, c’est que
Moïse a déjà vécu cette communion, de manière prophétique.
Pour
commencer, Dieu se définit lui-même comme « Dieu tendre et
miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité ». Nous
retrouvons « l’amour de Dieu » dont parlait saint Paul, la
volonté de Dieu que l’homme soit réconcilié avec lui et obtienne la Vie
éternelle. Cette Vie éternelle est présente de deux manières distinctes :
d’abord dans la nuée par laquelle le Seigneur se rend présent auprès de Moïse -
nuée mystérieuse dont on sait qu’elle est lumineuse de nuit, nuée qui annonce
le feu de la Pentecôte. Ensuite, la Vie éternelle est donnée dans les deux Tables
de la Loi avec lesquelles Moïse va descendre de la montagne. La Loi est celle
de l’alliance entre Dieu et son peuple et entre les membres du peuple entre
eux. La Loi est une loi de communion. Pour nous chrétiens, nous pouvons
comprendre que l’Esprit Saint est notre Loi nouvelle, ou plus exactement que le
cœur de la Loi de Moïse c’est déjà l’Esprit Saint, l’Esprit de communion dans
l’amour.
Mais
il manque la « grâce du Seigneur Jésus-Christ », comme dirait
saint Paul. Où est Jésus dans l’expérience de Moïse ? Moïse lui-même est
la préfiguration de Jésus. Comme Jésus ressuscité, Moïse se lève de bon
matin ; comme Jésus monte au Ciel lors de son Ascension, Moïse monte sur
la montagne du Sinaï. Comme Jésus dans la gloire de Dieu s’assoit à la droite
de son Père. Moïse est baigné dans la nuée de l’Esprit Saint et se trouve en
présence de Dieu. Or quelle est la prière de Moïse à ce moment ? « S’il
est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au
milieu de nous. Oui c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras
nos fautes et nos péchés et tu feras de nous ton héritage. » Cette
prière, n’est-ce pas la prière que fait Jésus tous les jours pour nous ?
Vous voyez bien qu’il y est question de grâce, de pardon et de communion entre
Dieu et son peuple. Moïse anticipe Jésus ; Jésus est le nouveau Moïse, qui
fait entrer dans la Terre promise du Ciel. Tout se tient : et c’est le
même Dieu.
Quelles
conclusions pouvons-nous tirer de ces observations ? J’en vois deux
essentielles.
La
première est que Dieu est inséparablement Père, Fils et Saint-Esprit. Dieu le
Père donne son Fils Jésus pour que par sa grâce, son Esprit de Vie nous soit donné.
Mais l’Esprit est celui du Père : c’est sa communion d’amour. Et c’est
aussi la Vie du Fils, qui a témoigné de cet amour en donnant sa vie pour nous
sur la croix. Le Père qui est invisible se rend visible en son Fils, à ceux à
qui l’Esprit donne de le voir. C’est comme un Rubik’s Cube: vous pouvez le
tourner dans tous les sens, le Père, le Fils et l’Esprit sont inséparables :
trois personnes distinctes, ils sont pourtant un dans la même divinité.
La
seconde conclusion est également inséparable de la première. C’est que si le
Père a donné son Fils, c’est pour que nous recevions l’Esprit Saint. La
volonté du Père est que nous participions à sa divinité. Et cela s’est
déjà manifesté dans la révélation qu’il a faite à Moïse au Mont Sinaï, qui
préfigurait l’ascension de Jésus au Ciel. Comprenons bien cette affaire :
Dieu a toujours voulu nous faire participer à sa Vie éternelle ; il s’est
révélé pour cela ; il a donné son Fils Jésus pour cela. Mais ce qu’il a
fait pour Moïse, ce qu’il a fait pour les Apôtres à la Pentecôte, dont
témoignent Jean et Paul : il le fait aussi pour chacun de nous maintenant.
Si
le prêtre comme Moïse monte sur la montagne à l’autel pour prier Dieu notre
Père au nom de Jésus-Christ, pour que son Esprit Saint vienne sur le pain et le
vin, c’est pour que nous recevions la Vie éternelle en communion. Rien n’a
changé : c’est toujours la même histoire. La Trinité n’est pas
incompréhensible, c’est le mouvement qui anime la messe et toute notre vie. Car
si un homme comme Moïse peut entrer dans la gloire de Dieu au Sinaï, pourquoi
cela n’arriverait-il pas à chacun d’entre nous aujourd’hui, si le Seigneur nous
en fait la grâce ? Mais déjà nous y sommes dans la gloire de Dieu, puisque
nous sommes réunis dans l’Église, avec tous les saints.