dimanche 5 juillet 2026

05 juillet 2026 - VALAY - 14ème dimanche TO - Année A

 Za 9, 9-10 ; Ps 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30
 
Chers frères et sœurs,
 
L’enseignement de Jésus est court ce dimanche, mais il n’en est pas moins très dense, comme nous allons le voir. Comme dimanche dernier, nous pouvons relever deux leçons majeures.
 
La première leçon concerne la connaissance du Mystère de Dieu quant à son contenu et à la manière d’y accéder. Jésus délivre cette sentence mystérieuse : « Personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler. »
Dans cette phrase, il y a trois temps. Le premier est celui de l’Ancien Testament : les hommes connaissent Dieu mais ne connaissent pas son Fils – que seul le Père connaît. Il demeure caché, voilé. Le deuxième temps est celui de Jésus : c’est lui qui connaît et révèle le Père. Nul ne connaît le Père sinon son Fils. Jésus est le dévoilement du Mystère de Dieu Père. Le troisième temps est celui de l’Esprit Saint et aussi le nôtre, celui de l’homme : la connaissance du Père et du Fils, du mystère de Dieu Trinité, est révélée à l’homme par l’Esprit de Dieu. Ainsi, ce qui est caché aux sages et aux savants, c’est le mystère de la Sainte Trinité : Dieu Père, Fils et Esprit Saint.
Jésus explique aussi comment ce Mystère est dévoilé et à qui. Nous avons vu que ce dévoilement se fait au cours de l’histoire sainte, en trois temps. Mais ce sont aussi trois étapes spirituelles qui peuvent être parcourues par tout homme, y compris les hommes de l’Ancien Testament. Ces hommes bénis sont les prophètes qui accèdent à la vision du mystère de Dieu. Ainsi sont les « tout-petits ». L’expression employée par Matthieu renvoie en araméen aux enfants prophètes du temps de Nabucodonosor : Daniel, Ananias, Azarias et Misaël : « À ces quatre jeunes gens, Dieu accorda science et habileté en matière d’écriture et de sagesse. Daniel, en outre, savait interpréter les visions et les songes. » Dans la traduction grecque, l’expression « tout-petits » renvoie aussi au Psaume 8 : « Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu’aux cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l’adversaire, où l’ennemi se brise en sa révolte. » Nous comprenons que l’accès au Mystère de Dieu est donné, selon la volonté du Père et du Fils, par l’Esprit Saint, à ceux qui sont innocents et humbles et qui sont élevés par sa grâce à la connaissance prophétique. Il ne s’agit pas d’une sagesse humaine, mais d’une sagesse divine qui peut être donnée même (et d’abord) à des enfants : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux » a dit aussi Jésus.
Alors Jésus s’incline devant la volonté du Père : « Tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. » Il s’agit d’une expression de profonde révérence et gratitude lorsqu’on reçoit un décret du roi : « qu’il soit fait selon ta volonté. » ; « qu’il me soit fait selon ta parole » avait dit la Vierge Marie à l’Ange.
 
La seconde leçon n’est pas moins précieuse que la première. Il s’agit d’une sorte de paraphrase et d’explication d’un passage du livre de Ben Sira le Sage : « Approchez-vous de moi, vous qui n’avez pas d’instruction, prenez place dans mon école. Pourquoi dire que vous manquez de sagesse, pourquoi vos âmes ont-elles si grande soif ? J’ouvre la bouche et déclare : « Faites-en l’acquisition sans rien payer ; placez votre cou sous le joug, et recevez l’instruction. » On la trouve tout près de soi. Constatez-le de vos yeux : en prenant peu de peine, j’ai trouvé beaucoup de repos. »
Ben Sira le Sage parle de la Sagesse, qui pour lui est la Torah, la Loi du Seigneur. Mais Jésus s’y substitue : il est lui-même la Sagesse. La Torah est comparée à un joug ; nous l’interprétons comme un esclavage, mais c’est un contresens : pour les rabbins et pour Ben Sira le Sage, le joug est porté à deux : Dieu et l’homme tirent en même temps la charrue. Porter le joug, c’est partager avec Dieu le travail de l’instruction, de la découverte de la Sagesse. Ainsi, porter le joug de Jésus, c’est partager avec lui l’effort de sa vie. Quand il dit « mon joug est facile à porter », il faut comprendre en araméen que son joug est « agréable, suave et parfumé » ; et en grec il est « bienfaisant et bien adapté ». Le joug de Jésus, c’est l’Esprit Saint. C’est pourquoi il est si léger.
Et qu’apprend-on en portant le joug de Jésus ? « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur » On pourrait traduire aussi « que je suis clément, miséricordieux, en mon cœur. » Le cœur de Jésus, c’est aussi la volonté de son Père, la volonté de Dieu. Ce passage est le seul dans l’évangile à évoquer le cœur de Jésus : voyez comme il est précieux ! C’est un cœur doux, clément, miséricordieux.
Et c’est pourquoi Jésus dit : « vous trouverez le repos pour votre âme. » Le repos, pour un Juif, c’est le Shabbat, quand Dieu se repose de son travail des six jours de la création. C’est un repos béni, tout baigné de lumière, de connaissance de Dieu, d’amour et de paix. Jésus nous dit donc que pour accéder à son repos, il faut se mettre sous son joug, le joug de l’Esprit Saint, à l’école de son cœur miséricordieux, tel qu’il s’est manifesté aux hommes dans son Incarnation où il a donné sa vie pour le pardon de leurs péchés. Alors tout homme blessé, errant dans les ténèbres depuis Adam, celui qui descendait de Jérusalem à Jéricho, le fils prodigue, l’aveugle-né, le paralytique ou le lépreux, retrouvera enfin le repos, la paix, la joie et la lumière dans la communion de Dieu.
 
Tel est donc l’enseignement de Jésus : par l’Esprit Saint, le connaître dans son humble et miséricordieuse humanité ; c’est aussi connaître son Père, et c’est entrer dans le repos de Dieu, la joie des bienheureux, avec tous les saints et les prophètes, les « tout-petits » !

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