Ac 1, 1-11 ; Ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20
Chers frères et sœurs,
L’Ascension de Jésus au ciel est toujours un événement un peu
mystérieux pour nous. Est-ce donc que Jésus s’est élevé comme un lama tibétain
dans Tintin ? Ou bien est-ce pour les évangélistes une manière un peu
ésotérique de parler ? Je répondrai tout simplement : l’un n’empêche
pas l’autre.
D’un point de vue factuel, depuis sa résurrection et jusqu’à sa
dernière apparition au 40ème jour, Jésus a forcément disparu autant
de fois qu’il est apparu. Ainsi en a-t-il été pour les disciples
d’Emmaüs : « ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. »
L’Ascension est donc la dernière disparition, à propos de laquelle les disciples
savent que Jésus se trouve désormais à la droite du Père, dans les cieux. Jésus
disparaît et « s’élève donc dans les cieux ».
Pour autant, nous sommes étonnés de cette faculté corporelle de
Jésus d’apparaître et de disparaître, pourquoi pas dans un mouvement de
lévitation. Mais nous devons être bien conscients que Jésus apparaît dans son
corps ressuscité, qui bénéficie de facultés physiques nouvelles et pour
nous inhabituelles. Souvenons-nous que Jésus peut se rendre présent dans des
pièces fermées, tout en y mangeant du poisson ; il apparaît tout en
n’étant pas reconnaissable, sauf à certaines caractéristiques – peut-être sa
voix, ses gestes ou d’autres signes évidents pour ceux qui l’ont connu avant sa
Passion.
Je plaide donc pour le réalisme des apparitions et des disparitions,
et donc de l’Ascension de Jésus au ciel.
Pour autant, la compréhension de cet événement peut et doit se
faire à la lumière des Écritures. C’est ainsi que Jésus a ouvert les yeux des
disciples d’Emmaüs : à la lumière des Écritures.
Or il est fondamental de comprendre que le quarantième jour évoqué
par saint Luc dans les Actes des Apôtres n’est pas un jour quelconque.
Selon la Loi de Moïse, un garçon premier-né doit être circoncis au huitième
jour et un sacrifice pour la purification de sa mère doit être offert au
quarantième jour. Jésus étant considéré comme le « premier-né d’entre les
morts », la Loi s’applique donc aussi dans ce cas. Le jour de l’Ascension
de Jésus doit être compris à la lumière de l’offrande qui doit être faite au Temple
le quarantième jour.
De quelle offrande s’agit-il alors le jour de l’Ascension ? Par
quel prêtre, et pour quel bénéfice ?
L’offrande d’abord. Jésus, dans son ascension au ciel présente à
son Père son propre corps : l’offrande n’est pas celle « d’un
couple de tourterelles ou deux petites colombes » mais celle de son
humanité transfigurée par la résurrection. Quand Jésus monte au ciel dans son
corps, il présente son et notre humanité commune à son Père : en Jésus le
fils prodigue est de retour à la maison.
Le prêtre qui présente cette offrande est Jésus lui-même.
Et le bénéfice, c’est-à-dire le résultat de l’acceptation par le
Père de l’offrande de Jésus et de son corps ? C’est la sanctification de
la mère qui l’a mis au monde, de l’humanité maternelle de Jésus. Nous vérifions
cette sanctification le jour de la Pentecôte, quand la bénédiction de Dieu est
répandue sur l’Église mère de tous les nouveau-nés du baptême, quand elle est sanctifiée
et vivifiée par l’Esprit. Lorsque nous regardons les icônes qui représentent ce
mystère de la Pentecôte, nous y voyons Marie en bonne place au milieu des
Apôtres, au centre, car c’est elle en tant que Mère de l’Église qui est d’abord
concernée.
Comprenons que l’Église – et nous en elle – n’aurait jamais reçu
l’Esprit Saint, bénédiction reçue du Père, si Jésus ne lui avait pas
préalablement fait l’offrande de son Corps à l’Ascension. Les deux, Ascension
et Pentecôte, vont ensemble, comme un château de cartes.
Nous avons là la raison pour laquelle Jésus, tout en quittant ses
disciples et s’élevant auprès du Père, leur demande d’évangéliser le monde
entier. Car en s’élevant il acquiert pour eux auprès du Père la force de
l’Esprit pour évangéliser. Soyons conscients que Jésus ne cesse jamais
d’intercéder pour nous ; qu’il ne cesse jamais d’offrir son Corps d’humanité
à son Père ; et que jamais le Père ne cesse de répandre l’Esprit Saint sur
l’Église, afin qu’elle ne cesse jamais d’évangéliser. Jusqu’à la fin du monde.
Enfin, pour terminer, observons dans la prière eucharistique que le
geste d’offrande du Corps et du Sang de Jésus fait par le prêtre, dans lequel s’inscrit
la prière du Notre Père, trouve son accomplissement dans la communion de
l’assemblée et son envoi pour évangéliser. Le geste d’ascension de l’offrande
trouve son accomplissement dans le don du Pain de vie qui vient du Ciel, don
par lequel nous sommes remplis individuellement et collectivement de la
puissance de l’Esprit Saint. La communion, c’est la Pentecôte.