dimanche 26 novembre 2023

26 novembre 2023 - AUTOREILLE - Solennité du Christ Roi de l'Univers - Année A

 Ez 34, 11-12.15-17 ; Ps 22 ; 1 Co 15, 20-26.28 ; Mt 25, 31-46
 
Chers frères et sœurs,
 
La fête du Christ, « Roi de l’Univers », sonne à des oreilles d’homme occidental du XXIe siècle comme une prétention surréaliste, sinon surannée, qui sent son XIXe siècle alors que bon nombre de catholiques cherchaient à restaurer la royauté après la Révolution française ! Mais le titre de « Roi de l’univers » accordé à Jésus n’a rien à voir avec l’histoire de France : c’est dans les Écritures qu’il faut chercher une explication !
 
Il y a deux mentions du « Roi de l’univers » dans les Écritures. Au livre de Tobie, qui – au retour de son voyage – bénit « le Seigneur du Ciel et de la terre, le roi de l’Univers » ; et surtout au livre de Ben Sira le Sage : « Seul le Seigneur sera reconnu juste, il n’y en a pas d’autre que lui. Il tient le gouvernail du monde avec la paume de sa main, tout obéit à sa volonté, car, par sa puissance, il est roi de l’univers ; les choses saintes, il les sépare des profanes. »
Le roi de l’univers est donc Dieu lui-même, qui est le créateur de toutes choses, et qui en est aussi le juge, lui qui sépare ce qui est saint de ce qui est profane. C’est-à-dire qu’il reconnaît ce qui est de lui, ce qui est saint, de ce qui vient du mauvais et qui est destiné au néant – le profane.
 
Les Écritures emploient aussi souvent l’expression « Seigneur de l’Univers », notamment dans le Livre de Samuel, où la royauté de Dieu est confiée à David. Mais la royauté terrestre de David est l’annonce et l’image de la royauté céleste du Fils de David, Jésus. Ainsi Dieu fait la promesse suivante à David : « Ainsi parle le Seigneur de l’univers : C’est moi qui t’ai pris au pâturage, derrière le troupeau, pour que tu sois le chef de mon peuple Israël. J’ai été avec toi partout où tu es allé, j’ai abattu devant toi tous tes ennemis. Je t’ai fait un nom aussi grand que celui des plus grands de la terre. Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël, je l’y planterai, il s’y établira et ne tremblera plus, et les méchants ne viendront plus l’humilier, comme ils l’ont fait autrefois. » 
Nous retrouvons ici la prophétie du bon roi, ou du bon berger, le Fils de David, qui conduira le peuple de Dieu vers le bon pâturage du ciel, les prés d’herbe fraîche dont parle le Psaume.

Mais le Peuple de Dieu attendait en David, ou dans le Fils de David, un homme qui soit aussi roi comme Dieu lui-même, pas simplement son représentant. En effet, c’est la fameuse vision du prophète Daniel, qui est tellement importante pour comprendre qui est vraiment Jésus : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite. » 
Bien sûr, le « Vieillard » c’est Dieu-le Père et le « Fils d’Homme », c’est Jésus. C’est exactement de cette prophétie dont parle Saint Paul dans l’extrait de sa lettre aux Corinthiens que nous avons entendu en seconde lecture.

Voilà donc comment Jésus – toute référence politique mise à part – est vraiment le « Roi de l’Univers », en tant que Berger du Peuple de Dieu, à l’image de David, et en tant que Fils de l’Homme, celui à qui est remise toute royauté dans les cieux. Et c’est lui qui est chargé de prendre soin des brebis, de sanctifier le peuple, et d’en écarter ce qui est mauvais, ce qui est profane.
 
Il est donc nécessaire d’avoir ces références à l’esprit quand on veut comprendre l’Évangile de ce dimanche, où Jésus déclare : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. » – c’est la vision de Daniel. Et : « Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs » – c’est la double référence à David et à Ben Sira le Sage.
 
On s’aperçoit alors que le jugement de Jésus se porte sur les gestes que les hommes auront eus à l’égard des personnes affamées, assoiffées, nues, malades et en prison. C’est sur ces gestes que porte le critère de la sainteté. Pourquoi ?
Parce que c’est ce que Jésus a fait pour nous, ce que Dieu a fait pour l’homme par son Incarnation, sa mort et sa résurrection et son Ascension. C’est Adam qui était dans la prison de la mort – Dieu l’a ressuscité. Il était malade de son péché – Dieu l’en a guéri. Il était nu, ayant perdu le vêtement de la gloire de Dieu – Dieu l’en a revêtu, l’élevant au-dessus des anges. Il était affamé et assoiffé – Dieu l’a nourri au banquet des noces de l’Agneau, par son Corps et par son Sang, Pain et Vin de la vie éternelle. 
Voilà ce que, par Jésus, Dieu a fait en grand pour l’homme. Et c’est pourquoi, quand nous faisons ces gestes à l’égard d’autrui, modestement, à notre mesure, Dieu y reconnaît les siens. Ce sont des gestes de bonté, de sainteté, des gestes divins.
 
Je termine par une observation de saint Irénée. Que pouvons-nous faire, nous les hommes, pour remercier Dieu, notre roi et notre berger, d’avoir pris soin de nous et de nous avoir sanctifiés ? À vrai dire pas grand-chose, car nous sommes vraiment tout petits et nous ne possédons rien sinon ce que Dieu nous a donné. C’est pourquoi – dit saint Irénée – Jésus nous a donné l’exemple de ces gestes d’humanité comme gestes d’offrande pour le remercier de ses bienfaits. Voilà qui est à notre portée et qui vient réellement de nous. 
Nous faisons preuve d’amour pour Dieu quand nous pratiquons l’amour à l’égard du prochain. Et la perfection de l’amour, c’est la sainteté – la gloire des bienheureux. 

dimanche 19 novembre 2023

19 novembre 2023 - VALAY - 33ème dimanche TO - Année A

 Pr 31, 10-13.19-20.30-31 ; Ps 127 ; 1Th 5,1-6 ; Mt 25,14-30
 
Chers frères et sœurs,
 
En première analyse de cet enseignement de Jésus, nous comprenons que le Seigneur donne à chacun d’entre nous des talents, qu’il nous revient de faire fructifier sous peine de nous voir condamnés durement. Cela place sur nos épaules une lourde responsabilité, selon ce que l’on estime avoir reçu de lui, et en regard des vies bien modestes que nous pouvons lui présenter en retour.
Mais il s’agit de ne pas se tromper de talents. Car il n’est pas d’abord question de dons naturels que nous aurions pu développer ou pas. Il y a certainement ici des Mozart qui s’ignorent… Mais si personne ne leur a révélé leur don musical exceptionnel, comment pourraient-ils être tenus pour responsable de ne pas l’avoir développé ? Ou bien, la vie aura fait qu’il n’était pas possible de le développer, et ils ne peuvent pas ici non plus être tenus pour responsables. Non, dans l’Évangile, il s’agit de toute autre chose.
En Orient, il est de coutume d’attribuer les cinq talents aux évêques, les deux talents aux prêtres et le talent aux diacres. Ce n’est probablement pas ce qu’a voulu dire Jésus, mais cela nous donne une piste. On voit ici que le Seigneur attend davantage de ceux à qui il a donné – non pas des honneurs – mais des charges d’âmes : les talents, ce sont en même temps les autres, et l’Évangile qu’on doit leur porter, qui est leur nourriture pour qu’ils puissent vivre et développer leur foi. En fait, pour saint Éphrem, le talent donné par le Seigneur est la foi elle-même, qu’il attend de voir se développer et de donner du fruit. De fait, nous pouvons faire deux observations.
 
La première est que le Maître ne s’intéresse pas au nombre de talents qu’il aura pu récolter à son retour, mais il s’intéresse au fait que les serviteurs leur auront fait produire du fruit, chacun selon sa capacité. Il répond d’ailleurs exactement la même chose à celui qui a produit deux talents qu’à celui qui en a produit cinq. En revanche, il reproche au dernier d’avoir caché son talent et de ce fait, de ne lui avoir rien fait produire, même pas les intérêts d’un dépôt en banque.
Ainsi, le Seigneur se réjouira au ciel autant de l’arrivée de sainte Thérèse de Lisieux ou de saint Vincent de Paul que de la petite dame qui a mis cinq centimes dans le tronc du Temple de Jérusalem ou du lépreux samaritain qui est revenu simplement le remercier pour sa guérison. À chacun selon ses capacités. En revanche aux prêtres, par exemple, qui ont beaucoup reçu en matière de connaissance des choses divines, en pouvoir de gouvernement des communautés, en capacité de célébrer les sacrifices ou les sacrements, et qui en ont enfouis l’usage, ou pire, l’ont détourné à des fins mauvaises, ceux-là perdront tout puisqu’ils seront chassés de la salle des noces de l’Agneau, tout prêtre qu’ils auront pu être.
 
Mais ne pensons pas trop vite que, plus on a reçu de catéchisme, de séminaire ou de sacrements, plus on a reçu de talents. C’est plutôt une question d’état d’esprit. Comparons donc – et c’est ma deuxième observation – les qualificatifs que le maître attribue à chacun des serviteurs. Les deux premiers sont qualifiés de bons et fidèles ; et le dernier de mauvais et paresseux.
Celui qui est bon, c’est Dieu lui-même. Ainsi le serviteur bon agit comme Dieu lui-même agirait. Ce n’est pas qu’il a reçu une bonne note, le serviteur bon, c’est qu’il a agi avec bonté, qu’il a fait du bien, gratuitement et sans compter, autour de lui. Et il est dit aussi de lui qu’il est fidèle, c’est-à-dire qu’il a la foi. Le bon et fidèle serviteur, c’est celui qui accomplit la Loi : celui qui aime Dieu et son prochain, réellement.
À l’inverse se trouve le serviteur mauvais et paresseux. Dans la bouche de Jésus, la référence au paresseux n’est pas un hasard, c’est une référence directe au Livre des Proverbes où est décrit quinze fois ce qu’est être paresseux : le paresseux manque de sagesse – c’est-à-dire qu’il n’écoute pas la Parole de Dieu ; il s’est endormi ; il n’a pas mis en pratique les commandements ; et surtout : il a peur devant la tâche à accomplir ! D’ailleurs, le mauvais serviteur le dit lui-même : « J’ai eu peur. » Car le contraire de la foi, ce n’est pas le doute, c’est la peur !
La femme parfaite décrite dans la première lecture – extraite justement du Livre des Proverbes –, est le miroir inversé du mauvais paresseux. Cette femme, c’est l’Église, elle qui craint le Seigneur – elle a la foi –, qui travaille avec ardeur, est attentive aux pauvres, et dont on chante publiquement les louanges pour ses œuvres bonnes.
 
Chers frères et sœurs, à nous qui sommes baptisés – prêtres, prophètes et roi – qui avons reçu le don de la foi, avec un peu capacité pour prier le Seigneur, un peu de catéchisme pour annoncer l’Évangile, et un peu de responsabilités familiales, sociales ou communautaires, le Seigneur attend de nous que nous fassions fructifier tout cela de bon cœur, comme lui : en aimant et Dieu et notre prochain, c’est-à-dire en nous offrant pour eux autant que nous pouvons et jusqu’à toute notre vie. Alors, nous pourrons un jour entendre le Seigneur nous dire : « Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur ! »

dimanche 12 novembre 2023

11/12 novembre 2023 - BUCEY-lès-GY - NEUVELLE-lès-LA CHARITE - 32ème dimanche TO - Année A

 Sg 6, 12-16 ; Ps 62 ; 1Th 4,13-18 ; Mt 25,1-13
 
Chers frères et sœurs,
 
En première lecture, nous comprenons qu’à travers sa parabole Jésus nous demande d’être prévoyants en vue de sa venue. Celle-ci peut arriver à tout moment, même si elle semble tarder, à tel point qu’on peut même s’endormir. La surprise n’en sera que d’autant plus forte au réveil ! Que signifie alors l’huile si précieuse pour alimenter nos lampes au moment de la venue du Christ ? Sans grand risque, nous pouvons répondre : nos œuvres bonnes, notre vie sainte. Et c’est bien cela.
Mais cette lecture un peu rapide nous fait manquer quelques points importants de l’enseignement de Jésus. Il ne s’agit pas pour lui de nous faire simplement une leçon de morale. Comme d’habitude, pour bien comprendre l’Évangile, il faut le lire en correspondance avec tous les autres passages de l’Évangile, et avec les lunettes des Écritures, c’est-à-dire de l’Ancien Testament.
 
Rien que le premier verset campe le tableau : il y est question de dix jeunes filles, invitées aux noces de l’époux. Les versions anciennes de la Bible disent plus précisément qu’il est question de dix vierges, invitées aux noces du jeune marié, l’époux, et de la jeune mariée, l’épouse.
L’époux, on le retrouve en saint Matthieu quand Jésus dit, parlant de ses disciples : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront » ; et en saint Jean, Jean-Baptiste explique : « Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. »
L’épouse, nous la retrouvons dans l’Apocalypse : « Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari » et encore : « Alors arriva l’un des sept anges aux sept coupes remplies des sept derniers fléaux, et il me parla ainsi : « Viens, je te montrerai la Femme, l’Épouse de l’Agneau. » En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. »
Il faut donc comprendre que Jésus est lui-même l’époux, et la Jérusalem nouvelle, l’Église, est son épouse. Dans ce cas, les dix jeunes filles sont les figures des nations, qui sont appelées à se joindre aux noces, mais pas sous n’importe quelles conditions.
 
Précisons d’abord de quelles noces il s’agit. La racine la plus ancienne du mot (en araméen ou en hébreu) ne renvoie pas d’abord à une célébration nuptiale, à la consommation d’un mariage, mais plutôt à une célébration, où l’on boit du bon vin : c’est la fête. Ce sont les noces de Cana, par exemple. Or il est question de ces noces annoncées par Dieu dans le livre du prophète Jérémie : « Les chants d’allégresse et les chants de joie, le chant de l’époux et le chant de l’épousée, le chant de ceux qui présentent le sacrifice d’action de grâce dans la maison du Seigneur, en disant : « Rendez grâce au Seigneur de l’univers ! Oui, le Seigneur est bon : éternel est son amour ! » ». 
Voilà de quoi il est question : les noces sont la célébration d’un sacrifice d’action de grâce pour la bonté du Seigneur. Pour un chrétien, il s’agit de l’Eucharistie, tout simplement.
 
Alors, de quelle huile s’agit-il, qui permet d’entrer dans la salle des noces, dans l’Église, pour y offrir le sacrifice d’action de grâce, participer au banquet des noces de l’Agneau ?
Les versions grecques et araméennes ne parlent pas de vierges insouciantes et prévoyantes, mais de vierges folles ou insensées, et de vierges sages. Exactement comme on est fou ou insensé quand on construit sa maison sur du sable, et sage quand on la construit sur le rocher. Bien évidemment, le rocher c’est le Christ ou, pour un juif, c’est la Torah, la Loi donnée par Dieu à Moïse. Ainsi donc, les jeunes filles dites prévoyantes, signifient en réalité toutes les personnes qui fondent leur vie sur l’écoute de la Parole de Dieu et qui, par sa mise en pratique, se constituent des réserves d’huile, c’est-à-dire des fruits de sagesse, des bonnes œuvres. Tandis que les personnes qui vivent sans écouter la Parole de Dieu, qui se laissent emporter à tous les vents comme des girouettes, sont incapables de produire de bons fruits : elles sont vides. Et quand le Seigneur vient, au bout de la nuit, c’est la douche froide… il est trop tard.
Jésus se montre grinçant quand il fait dire aux vierges folles qu’elle doivent aller en catastrophe chez les marchands pour s’acheter de l’huile… et cela en pure perte puisque la porte de la salle des noces demeure fermée. En effet, jamais personne ne peut acheter de la sagesse avec de l’argent ! Jésus se moque de ceux qui croient pouvoir s’acheter une place au ciel (ou dans l’Église) avec de l’argent.
 
En définitive, dans sa parabole Jésus nous enseigne que celui qui écoute sa Parole et la met en pratique porte du fruit à travers une vie bonne et juste, éclairée qu’elle est par la Sagesse. Celui-là – même s’il est d’origine païenne – a accès à l’Église qui célèbre l’Eucharistie, le sacrifice d’action de grâce. Et c’est là que l’offrande de toute sa vie illumine le banquet des noces de l’Agneau.

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