lundi 29 août 2022

28 août 2022 - CHARCENNE - 22ème dimanche TO - Année C - Saint Louis

 Si 3, 17-18.20.28-29 ; Ps 67 ; He 12, 18-19.22-24a ; Lc 14,1.7-14
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous voici avec Jésus dans la maison du chef des pharisiens. Saint Luc a rédigé son évangile avec précision : il a noté que les pharisiens « observaient » Jésus, après avoir placé devant lui une personne malade, pour voir comment il réagirait – cet épisode où Jésus guérit le malade a malheureusement été supprimé pour raccourcir la lecture – mais plus loin saint Luc nous dit que Jésus a « remarqué » comment les pharisiens choisissaient les premières places au moment de s’installer pour le repas. Les pharisiens « observent » et Jésus « remarque ».
Pour nous, en français, la différence entre les deux mots n’est pas très significative, mais en hébreu c’est très différent : les pharisiens « épient, surveillent » Jésus, avec l’intention de le prendre au piège ; tandis que Jésus « applique son cœur » : il cherche à mieux connaître, à mieux comprendre ces hommes qu’il voit s’égarer ici dans leur orgueil insensé.
À travers ces deux attitudes, nous percevons l’abîme qu’il y a entre la mentalité des hommes, qui vivent dans une méfiance parfois maladive les uns des autres et surtout à l’égard de Dieu, et inversement la mentalité de Dieu qui part d’un regard bienveillant envers les hommes, qu’ils soient justes ou pécheurs. Ainsi Jésus donne un enseignement aux pharisiens comme un bon père à ses fils, pour qu’ils puissent reprendre le bon chemin. Jésus donne ici deux leçons : la première aux invités, la seconde à celui qui invite. Mais en fait, dans les deux cas, il s’adresse à tous les hommes et à nous parmi eux.
 
La première leçon se résume à l’adage suivant : « Quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. » En fait, personne n’a besoin de Jésus pour recevoir ce type de leçon : on n’a pas besoin d’être chrétien pour avoir un minimum de savoir-vivre et de prudence. C’est donc qu’à travers sa parabole Jésus veut dire quelque chose de plus important. Pour comprendre, il faut se souvenir que, dans la Bible, quand une autorité parle ou agit sans qu’elle soit nommée, il s’agit généralement de Dieu : « Quand tu es invité… » dit Jésus. Mais par qui ? Par Dieu lui-même. Il faut donc comprendre : « Quand tu es appelé par Dieu à son banquet, dans son Royaume… ne te crois pas déjà couronné de gloire ou de sainteté… » Car – dit Jésus – il y a peut-être quelqu’un d’autre qui pourrait être plus saint que toi, et qui n’en sera que davantage glorifié dans le Royaume. Nous avons bien raison de nous réjouir de notre baptême, d’avoir fait notre première communion, et d’être appelés enfants bien-aimés de Dieu – car nous le sommes – mais, ne nous reposons pas sur nos lauriers : la place la plus élevée reviendra à celui qui parmi nous sera le plus humble, celui qui se fera le serviteur des autres, dans l’ordre de la charité, en donnant sa vie par amour pour eux : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » C’est la clé de tout.
 
La seconde leçon concerne le chef des pharisiens qui invite. À lui, qui a les moyens d’offrir un grand banquet à de nombreuses personnes, Jésus l’appelle à faire comme Dieu lui-même fait pour tous les hommes : Dieu invite dans son Royaume les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles – tous les malheureux laissés au bord du chemin, à l’image de ceux qui se débattent comme ils peuvent dans une vie difficile et souvent malheureuse, en raison de leurs propres faiblesses, ou parce qu’ils sont les jouets des autres, tous ceux qui n’espèrent même plus, ou si peu, de pouvoir un jour rejoindre la gloire de Dieu, le Royaume des cieux. Justement, ce que veut notre Dieu – dit Jésus – c’est qu’ils soient présents avec lui et avec tous les saints à son grand banquet, sans aucune contrepartie, par pure grâce, par pur amour. La place est gratuite parce qu’elle a été achetée par Jésus sur sa croix, en offrant sa propre vie. Ainsi donc, le chef des Pharisiens est appelé à faire de même : il deviendra ainsi prophète de Dieu et sera reconnu par lui comme Juste et glorifié éternellement comme tel.
 
Or, chers frères et sœurs, c’est exactement ce qu’a fait saint Louis, tout puissant roi de France qu’il était. Non seulement Louis était généreux avec les pauvres, mais il l’était en s’abaissant plus qu’eux. Ainsi, à Compiègne, le roi est descendu de cheval pour aller dans la boue du chemin apporter lui-même son offrande à un pauvre lépreux, et lui embrasser la main. Car il considérait tous les hommes – y compris ses propres sujets – comme ses frères : « Les serfs appartiennent à Jésus-Christ, comme nous, et dans un royaume chrétien, nous ne devons pas oublier qu’ils sont nos frères », disait-il. Plus encore, Louis aimait servir les malades : il leur préparait leur nourriture et « étant à genoux devant eux et portant les morceaux à leur bouche » – dit son biographe – il leur donnait lui-même à manger. D’ailleurs à l’occasion des grandes fêtes de l’Église, il aimait recevoir beaucoup de pauvres à sa table, et après les avoir servis, il mangeait le dernier. Une fois, voyant qu’un vieil homme avait du mal à terminer son écuelle, il en fit apporter les restes, qu’il mangea lui-même. Comme tous les Jeudi saint, chaque samedi, le roi Louis lavait les pieds à trois pauvres : agenouillé devant eux, il les essuyait et les embrassait. Car pour lui, en chacun de ces pauvres frères qu’il honorait, c’était son Dieu qu’il adorait.
Voilà pourquoi le roi de France, Louis IX, est aujourd’hui glorifié dans l’Église comme saint. Et – faut-il le préciser – c’était là le secret de sa joie rayonnante.

mardi 23 août 2022

20-21 août 2022 - CUBRY-lès-SOING - GRAY - 21ème dimanche TO - Année C

Is 66,18-21 ; Ps 116 ; He 12, 5-7.11-13 ; Lc 13,22-30
 
Chers frères et sœurs,
 
L’homme qui interroge Jésus « Seigneur, n’y-a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » s’inquiète. Et nous avec lui. Car aujourd’hui comme hier il semble que le nombre des fidèles soit tout petit par rapport à la masse des gens qui vivent sans Dieu, contre Dieu ou avec des faux dieux. Mais cet homme s’inquiète pour eux, et certainement encore davantage pour ses proches.
 
Jésus répond deux choses. La première est que – dans un premier temps – la porte est ouverte. D’ailleurs, Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes, sont entrés dans la maison, dans le Royaume de Dieu. De même, la porte est ouverte pour les nations de l’orient, de l’occident, du nord et du midi, et même, dit Isaïe, des îles lointaines. Ainsi le peuple saint d’Israël et des hommes de toutes les nations seront rassemblés, et ils partageront ensemble le même culte du Seigneur, puisque, dit encore le Seigneur par la bouche d’Isaïe : « Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux. » La porte est étroite, a dit Jésus, mais il n’empêche qu’il y a déjà beaucoup de monde dans le Royaume de Dieu.
 
Cependant, deuxième point, Jésus donne un avertissement à celui qui l’interroge. Nous avons retenu que le temps où la porte est ouverte est compté : à un moment, le maître de la maison va la refermer et alors il sera trop tard. « Nul ne sait ni le jour ni l’heure », pensons-nous, et nous en concluons qu’il nous faut nous tenir prêt, en veillant avec nos lampes allumées. C’est vrai, mais Jésus ne dit pas que cela. Dans son explication, nous voyons les retardataires se justifier : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places. » On peut comprendre ces paroles comme : « Nous avons accompli les prescriptions religieuses au Temple, et nous avons été à l’écoute de ta Loi. » Mais Jésus leur reproche : « Je ne sais pas d’où vous êtes, éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice. » En réalité, il dénonce le fait que leur religion n’est que de façade – leur cœur est loin de lui – et qu’ils sont des hypocrites, en trahissant la Loi de Dieu, pour que celle-ci s’adapte à leurs propres intérêts.
 
La discussion entre l’homme et Jésus est d’autant plus dramatique que Jésus est en train de monter à Jérusalem, où il va subir sa Passion et ressusciter – c’est-à-dire qu’il va « se lever ». Ainsi, l’homme ne voit pas que son heure est en train d’arriver, et qu’il est encore temps pour lui de se convertir, car la porte est encore ouverte. Mais Jésus sait bien que cet homme fait partie de ceux qui le condamneront : « Vous-mêmes, vous serez jetés dehors » lui dit Jésus. En fait, il avertit l’homme qu’il est en train de rater son train – si je puis dire !
Pour autant, l’espérance n’est pas totalement détruite, car si nous prenons à la lettre la dernière phrase de Jésus : « Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers », si certains se retrouvent sur un tabouret au lieu d’un fauteuil, il n’empêche que tous auront de quoi s’asseoir. On peut donc penser qu’il y a un espace réservé à Dieu, qui seul peut juger de la fidélité des hommes à son égard, en exerçant sa miséricorde.
 
Pour ce qui nous concerne, nous devons nous réjouir de savoir que le Seigneur a invité toutes les nations, peuples et langues à se rassembler dans son Royaume. Personne n’est exclu a priori. D’autre part, nous savons que Dieu s’est rendu présent dans le monde des hommes, soit par ceux qui annoncent sa gloire, sa résurrection, jusqu’au bout de la terre, ou bien par le culte rendu par ses fidèles, prêtres et lévites, ceux qui mangent et qui boivent avec lui, ou encore par ceux qui mettent en pratique son enseignement – l’amour de Dieu et du prochain. Cela fait autant d’occasions – et elles sont nombreuses – de connaître et de partager quelque chose de sa vie avec Dieu. Mais le plus important, le véritable critère de justice, est de savoir si on a partagé cela avec Dieu par pure convenance, par dépit ou même par intérêt, ou bien si on l’a fait par amour pour lui ? Est-ce que tu aimes le Seigneur ? Au fond Jésus aurait pu répondre à l’homme en lui posant la question posée par trois fois à saint Pierre : « Pierre, m’aimes-tu ? ». Voilà la clé qui ouvre la porte étroite.
 
Nul sur la terre ne peut juger son frère sur sa capacité à aimer un peu, beaucoup,  passionnément ou à la folie le Seigneur. Seul lui-même peut le savoir. Aussi, n’ayons pas peur, mais prions les uns pour les autres avec affection : qu’il soit trouvé dans le cœur de chacun au moins une petite étincelle d’amour pour Dieu, de sorte que nous soyons tous sauvés.

vendredi 19 août 2022

15 août 2022 - CHARCENNE - Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie - Année C

 Ap 11,19a ; 12,1-6a.10ab ; Ps 44 ; 1Co 15,20-27a ; Lc 1,39-56
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous aimons cette rencontre entre sainte Elisabeth et sa cousine, la Bienheureuse Vierge Marie. Par-delà l’émotion légitime qui les prend toutes les deux au moment de se retrouver – elles qui sont enceintes de manière extraordinaire – par-delà cette émotion, il y a surtout le fait qu’elles savent toutes les deux au plus profond d’elles-mêmes, que Marie porte Jésus, le Sauveur d’Israël, celui que les saints prophètes avaient annoncé et que des générations et des générations avaient attendu avec tant d’espérance et tant de larmes. Et voilà que ce temps de grâce était enfin venu.
Nous aimons cette rencontre parce que nous attendons nous aussi ce temps de grâce, de tout notre être. Car nous savons parfaitement que la vie des hommes est difficile – vie qui connaît bien des joies, mais aussi bien des souffrances, bien des peines. Et nous ne sommes pas tous égaux devant elles. Et plus encore, nous savons bien que la vie des hommes dans ce monde, est parfois – ou souvent, dominée par le mal, et que, quoi qu’il arrive, elle passera par la mort. Ce serait nous faire illusion que de nous cacher cette réalité. Cela ne serait pas nous rendre service.
C’est justement en raison de cette réalité humaine difficile que sainte Elisabeth et la Bienheureuse Vierge Marie se réjouissent, et que nous nous réjouissons avec elles : parce que la venue de Jésus est le signal de la fin du mal et de la mort. La venue de Jésus, c’est enfin le règne de la paix et de la vie éternelle.
 
Pensez-vous, lorsqu’on annonce à un gangster que la police arrive, il va se laisser faire comme un premier communiant ? Pas du tout : il va se battre, éventuellement jusqu’au sang. Et quand il s’agit du mal absolu, du Satan, qui tout d’un coup se retrouve face à la lumière de notre Dieu, face à sa sainteté, pensez-vous qu’il va se laisser faire ? Pas du tout : il va se battre à mort.
Ceci explique la dureté de la vision de saint Jean dans l’Apocalypse. Il s’agit justement de ce combat entre Jésus notre Sauveur et le prince des ténèbres, ici présenté comme un dragon. La vision de saint Jean, n’en est pas vraiment une, en réalité : il s’agit tout simplement de l’Évangile, mais dont il veut nous faire comprendre le véritable enjeu.
En effet, la Femme, c’est la Bienheureuse Vierge Marie, couverte du manteau éblouissant du Saint-Esprit. Elle est sans péché – la lune est sous ses pieds – et couronnée des étoiles des douze tribus d’Israël. Or, c’est Noël : voilà qu’à Bethléem elle met au monde – comme toutes les femmes de ce monde – son petit enfant : Jésus, notre Sauveur.
Bien entendu, le roi Hérode, qui est l’esclave du démon, a voulu tuer l’enfant. Pour cela, il a fait tuer les saints innocents, balayant le tiers des étoiles du ciel. Le Dragon, le prince des ténèbres, de tous temps a voulu, et veut toujours aujourd’hui, prendre la vie des saints innocents. Parce qu’ils ressemblent tellement à Jésus. On voit bien ici, que tant que Jésus est sur terre, avant sa résurrection, le Dragon semble le plus fort.
Mais saint Jean ne raconte pas tout l’Évangile : il va directement au but, au moment de la seconde vraie rencontre entre Jésus et le Dragon : « L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert. » C’est l’Ascension, où pendant que Jésus ressuscité monte aux cieux, s’assoir à la droite du Père, il est acclamé par les anges, qui engagent alors le combat définitif contre le Satan et ses démons.
Il est quand même incroyable – et pour tout dire scandaleux – qu’on nous ait coupé dans notre lectionnaire le petit bout de texte que voici : « Alors, dit saint Jean, il y eut alors un combat dans le ciel : Michel, avec ses anges, dut combattre le Dragon. Le Dragon, lui aussi, combattait avec ses anges, mais il ne fut pas le plus fort ; pour eux désormais, nulle place dans le ciel. Oui, il fut rejeté, le grand Dragon, le Serpent des origines, celui qu’on nomme Diable et Satan, le séducteur du monde entier. Il fut jeté sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui. »
Et c’est alors que Jean entendit une voix forte qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! » C’est le cri de la victoire, la proclamation de notre entière délivrance. Déjà lorsque sainte Elisabeth et la Bienheureuse Vierge Marie s’étaient rencontrées, elles savaient à l’intérieur d’elles-mêmes qu’un jour Jésus avec Michel et ses anges remporterait cette victoire sur le Dragon, qu’il la remporterait pour elles et pour nous tous : victoire contre le mal et contre la mort. Pour que nous soyons en paix, et heureux. Bienheureux, tous ensemble pour l’éternité.
 
Or – et j’en termine par là – ce n’est pas pour rien que notre Dieu a choisi de passer par une femme pour mener ce combat, parce que ce sont elles qui en portent le plus la souffrance dans le monde, et en même temps – parce qu’elles donnent la vie – qu’elles en protègent le plus l’espoir de la victoire. Ainsi le Seigneur a-t-il choisi la Vierge Marie, son humble servante, pour la couronner à la fin de sa vie terrestre comme reine au-dessus des anges, elle par qui et grâce à qui, nous avons tous pu retrouver notre liberté et notre vie, notre joie pour l’éternité. Tous les âges la diront « bienheureuse ! »

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