lundi 22 novembre 2021

20-21 novembre 2021 - VELLEXON - CHARCENNE - Solennité du Christ, Roi de l'univers - Année B

Dn 7,13-14 ; Ps 92 ; Ap 1,5-8 ; Jn 18,33b-37
 
Chers frères et sœurs,
 
« Le Christ, roi de l’univers ! » Voilà une prétention surprenante que les chrétiens affichent à la face du monde, et qui parfois les étonne eux-mêmes. N’est-ce pas là une prétention que Jésus n’aurait pas voulue lui-même, lui qui se présentait humblement lorsqu’il parcourait les routes de Galilée ? Et pourtant dans l’Évangile, il dit : « Il me faut annoncer la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, car c’est pour cela que j’ai été envoyé » ; et aussi : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre » ; et encore, comme nous l’avons entendu répondre à Pilate : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. »
 
Ainsi il n’est pas question de savoir si Jésus est roi, s’il y a un règne ou un royaume de Dieu. La réponse est oui, bien sûr. Mais de quoi parlons-nous ? C’est en nous posant cette question que nous voyons apparaître les motifs de bien des conflits à l’époque de Jésus, mais aussi à la nôtre. Il y a trois manières de concevoir la royauté de Jésus.
La première est celle que craignait les grands prêtres et Pilate : celle d’un royaume terrestre, politique, où Jésus aurait physiquement pris le pouvoir à Jérusalem, à main forte et bras étendu. Certains aujourd’hui agitent toujours le chiffon rouge d’une possibilité que l’Église prenne le pouvoir politique en France ou ailleurs, au nom de Jésus. Ils se font peur à eux-mêmes, car Jésus a répondu à cette conception erronée de son règne : « Ma royauté n’est pas de ce monde. »
La seconde conception de la royauté de Jésus est celle de la vision du livre de Daniel, que nous avons entendue, et celle de l’Apocalypse : le royaume des cieux, où le Christ règne, est celui du monde à venir, après le jugement dernier. Il s’agit de la communion des saints.
S’il est vrai que le royaume de Jésus correspond à cette définition, il y en a encore une troisième qui est aussi vraie : le règne de Jésus a déjà commencé depuis son Incarnation, puis il s’est étendu par sa prédication, et surtout depuis la Pentecôte par le don de l’Esprit Saint. Ainsi, tous ceux qui sont habités par l’Esprit du Christ appartiennent déjà à son royaume. Ce que fait l’Esprit, c’est justement l’Église, nous rappelle saint Irénée. L’Église est déjà maintenant l’expression et la réalité du règne de Jésus agissant dans notre monde. C’est pour cela que c’est dans l’Église qui célèbre l’Eucharistie dans l’Esprit Saint qu’on trouve déjà la communion des saints.
 
L’Église n’est pas mue par un pouvoir d’ordre politique mais par un pouvoir d’ordre spirituel, même s’il faut bien reconnaître, d’une part, qu’elle doit adopter dans ce monde les formes juridiques d’une institution humaine, avec ce que cela requiert de pouvoir de gouvernement ; mais aussi, d’autre-part, et inversement, il faut assumer le fait que l’Esprit pousse les chrétiens à vivre d’une manière qui n’est pas commune à ceux qui ne le connaissent pas, y compris dans leurs institutions. Et cela crée forcément des tensions avec notre entourage, quand il faut faire preuve de fidélité à Dieu plutôt qu’aux hommes, jusqu’à parfois l’objection de conscience.
 
Cependant, je n’ai pas été assez loin dans ma présentation du règne de Jésus. Dans l’Apocalypse de saint Jean, le Seigneur dit : « Je suis l’Alpha et l’Oméga. Celui qui est, qui était et qui vient. » On a bien compris ce que voulait dire « Celui qui vient », c’est le Christ du Royaume à venir ; « Celui qui est », le Christ Jésus qui règne par l’Esprit Saint dans le cœur des membres de son Église. Mais je n’ai rien dit de « Celui qui était. » On pourrait justement comprendre, comme les grands prêtres, qu’il s’agit du royaume idéalisé de David, que Jésus aurait voulu restaurer politiquement. Mais ce n’est pas cela. Jésus régnait déjà au moment de la création de l’univers en tant que Parole de Dieu, que Verbe de Dieu. « Et par lui tout a été fait » disons-nous dans le Credo. Jésus est roi de l’univers, car il en est la parole créatrice. C’est lui qui le maintien dans l’existence par son Esprit. Et c’est encore par lui que cet univers sera renouvelé pour devenir la création nouvelle, dont la résurrection de Jésus constitue les prémices. « Jésus, roi de l’univers », c’est lui qui est la source permanente de toute réalité, de toute vérité, à l’origine, maintenant, et à la fin des temps. Jésus règne, hier, aujourd’hui et demain.
 
Nous sentons que ce regard nous donne un peu le tournis et c’est normal. Car nous touchons au grand mystère de Dieu. Jésus, celui qui s’est fait humble sur les chemins de Galilée, est le même qui est ce roi de l’univers. Il nous est proche comme il nous paraît lointain. Et pourtant c’est le même.
 
Chers frères et sœurs, quand nous sentons que le sol se dérobe sous nos pieds, que nous nous inquiétons pour l’avenir, que nous doutons parfois, regardons Jésus roi de l’univers et réconfortons-nous. Car de même qu’il nous a créés hier, il nous connaît aujourd’hui en toutes choses, avec nos heures et nos malheurs, et il nous rétablira entièrement dans son amour demain, par son Esprit. Car telle est la volonté de son Père, qui est aussi notre Père, seule origine de tout pouvoir et de toute royauté.

lundi 15 novembre 2021

14 novembre 2021 - VALAY - 33ème dimanche TO - Année B

Dn 12,1-3 ; Ps 15 ; Hb 10,11-14.18 ; Mc 13,24-32
 
Chers frères et sœurs,
 
Comme vous le savez, le temps liturgique nous fait revivre chaque année toute l’histoire de la vie terrestre de Jésus, et même toute l’histoire de l’univers. En ce moment, nous arrivons presque à la fin des deux cycles : dimanche prochain sera celui du Christ Roi de l’univers, où tout sera accompli. Jésus – et nous en lui – sera glorifié dans les cieux, et l’univers sera entièrement renouvelé. Ce sera alors l’avènement d’une création nouvelle où nous serons tout en tous, dans la lumière, la paix et la joie.
Aujourd’hui nous sommes à l’étape juste avant : Jésus se manifeste au monde. C’est l’heure du jugement ; c’est l’heure du rassemblement des justes ; c’est l’heure de l’écroulement du monde ancien. Comme on le dit souvent, de manière un peu rapide, c’est l’heure de l’Apocalypse. Cependant, nous autres chrétiens, nous devons comprendre ces choses avec intelligence.
 
D’abord « apocalypse » ne signifie pas « fin du monde » mais « révélation ». Une apocalypse est une révélation des choses cachées. Par exemple, le livre de Daniel est une apocalypse : il s’agit de révéler, d’expliquer, aux israélites du IIème siècle avant Jésus, le sens des persécutions qu’ils vivent, alors qu’ils sont en guerre contre les Grecs. On est à l’époque des frères Maccabées, qui restaurent le royaume d’Israël, sa Loi et son culte, en se libérant de leurs envahisseurs et de leur domination culturelle. Le livre de Daniel raconte ainsi une histoire du monde pour mieux comprendre le sens du temps présent, et il annonce la venue du Messie libérateur qui – chose nouvelle – ne régnera pas seulement sur Israël, mais aussi sur toutes les nations. Ce Messie, qui est Fils de Dieu, est en même temps le Fils de l’Homme. On a bien compris, nous les chrétiens, qu’il s’agit de Jésus.
 
Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans la bouche de Jésus des références au livre de Daniel : « Alors, on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. » Jésus parle de lui-même et de sa venue. Il nous annonce que cette heure est proche, mais que nul n’en connaît le jour, sinon le Père. Saint Éphrem, le grand théologien des Églises orientales, disait que ce jeu entre « tout proche » et « nul n’en connaît le jour » permettait à toutes les générations de chrétiens d’attendre ce jour-là de son vivant – et de le désirer même – jusqu’à ce qu’il arrive réellement. Ainsi tous peuvent penser que le monde s’écroule de son temps – aujourd’hui on parle d’effondrement – mais que le Messie sauveur viendra et nous libérera. Ce jeu entre « tout proche » et « nul n’en connaît le jour » permet d’aviver en nous la foi, et surtout l’espérance.
 
Mais l’enseignement de Jésus ne serait-il pas pour nous, au fond, qu’une belle carotte ; une promesse présidentielle ; un vœu du nouvel an ? En fait, c’est plus simple et plus compliqué que cela. Car l’Heure de Jésus, en réalité, a déjà commencé, depuis sa résurrection, et surtout depuis la Pentecôte. Regardez : 
- « En ces jours-là, après une grande détresse, le soleil s’obscurcira et la lune ne donnera plus sa clarté ; les étoiles tomberont du ciel, et les puissances célestes seront ébranlées. » Cette phrase s’est réalisée en partie lors de la Passion et de la mort de Jésus où le soleil s’est obscurci et où la terre a été ébranlée. De même lors de sa résurrection, il y a un tremblement de terre. 
- « Alors on verra le Fils de l’homme venir dans les nuées avec grande puissance et avec gloire. » Ils ont vu Jésus avec puissance et gloire ceux qui l’ont vu ressuscité, et lorsqu’il est monté aux cieux dans les nuées lors de l’Ascension. 
- « Il enverra les anges pour rassembler les élus des quatre coins du monde, depuis l’extrémité de la terre jusqu’à l’extrémité du ciel. » Depuis la Pentecôte, les Apôtres et leurs successeurs évangélisent le monde et rassemblent dans l’Église les baptisés de partout et de toujours.

Ainsi donc, l’Église – et la proclamation publique de la mort et de la résurrection de Jésus – sont le signe que l’Heure du Fils de l’Homme est arrivée. Nous sommes non seulement dedans, mais nous en sommes aussi le signe et les acteurs. Là où se trouve un chrétien, Jésus glorieux est proche et l’univers est déjà en train d’être recréé. De cette recréation de la matière, les sacrements en sont non seulement le signe mais aussi la réalité : le pain et le vin qui deviennent le Corps et le Sang de Jésus, par exemple. Ce sont déjà des réalités de l’univers nouveau. On est entre-deux, entre l’ancien et le nouveau. Nous appartenons, nous chrétiens, aux deux.
 
Finalement, chers frères et sœurs, Jésus avait raison quand il a dit : « Cette génération ne passera pas avant que tout cela n’arrive. » De fait, cela a commencé dès la Pentecôte. Mais comme pour Dieu un jour est comme mille ans et mille ans comme un jour, l’Heure n’a pas d’heure : elle est en même temps maintenant, tout le temps, hier et demain. Elle est quand l’Esprit saint nous couvre de son ombre pour faire de nous et avec nous toutes choses nouvelles.


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vendredi 12 novembre 2021

11 novembre 2021 - VELLEXON - Saint Martin de Tours

 
Is 61,1-3a ; Ps 88 ; Mt 25,31-40
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Martin est un géant. Par conséquent, il y a le vrai saint Martin, historique, avec la sainteté réelle qui est la sienne, et aussi avec ses défauts ; et il y a le saint Martin fabriqué et instrumentalisé au cours de l’histoire par les différents pouvoirs politiques et religieux – y compris dans l’Église – pour des intérêts qui lui étaient étrangers.
 
Il est certain que Saint Martin a eu une vie bien remplie : légionnaire romain né en Hongrie, en garnison à Amiens, en campagne en Germanie ; puis ermite sous la direction de saint Hilaire de Poitiers, et moine fondateur du premier monastère des Gaules, à Ligugé ; puis enfin évêque de Tours. Et pas n’importe quel évêque : un évêque soucieux de justice qui va jusqu’à intervenir à la cour de l’Empereur Maximin à Trêves, et évêque missionnaire, qui n’hésitait pas à payer de sa personne pour annoncer Jésus-Christ jusque dans les campagnes. Le biographe de Saint Martin, Sulpice Sévère, nous en a laissé quelques épisodes savoureux. Nous avons là, dans cette vie extraordinaire, le premier motif de la réputation, bien méritée, de saint Martin.
 
Par conséquent, son tombeau est devenu un lieu de pèlerinage extrêmement important en Gaule. On y venait de partout, comme durant le moyen âge on allait à Compostelle, ou au XXème siècle à Lourdes. Or ces pèlerinages ont une fonction culturelle unificatrice fondamentale. Tous les peuples de la Gaule, qu’ils soient gallo-romains, mais aussi Alamans, Wisigoths, Francs, et Burgondes, bien sûr ; tous venaient vénérer Saint Martin à Tours pour s’y trouver frères, et repartaient assimilés les uns aux autres en un seul peuple, spirituellement uni.
On ne comprend donc rien à l’histoire de la conversion de Clovis, et ensuite à l’importance de la relique de la chape de Saint Martin pour les rois de France, de Hugues Capet à Louis XVI, appelé Louis Capet par les révolutionnaires, … si on oublie que Saint Martin était à l’époque et jusqu’à la Révolution le cœur spirituel des Gaules et après Clovis, le cœur spirituel de la France.
 
Évidemment, une fois qu’on a coupé la tête au roi et qu’on a rasé volontairement le grand sanctuaire de Saint Martin à Tours, la figure de Martin s’est transformée. Pour oublier le grand évêque qui en remontait à l’Empereur Maximin, l’Église refit de lui l’humble soldat qui, dans le froid, offrait la moitié de son manteau à un pauvre mendiant. C’était pourtant le même, mais dans un monde qui n’est plus chrétien, l’image d’une Église humble et charitable, cela passe mieux.
Cependant, le peuple de France, aux 500 villages et au 3.700 paroisses consacrés à Saint Martin, a longtemps conservé dans son cœur la mémoire du grand Saint, qui plus qu’un Saint Vincent de Paul antique, fut d’abord le véritable Apôtre des Gaules, à main forte et bras étendu. Saint Paul, après sa conversion, avait gardé son fort caractère et son goût de la polémique, mais saint Martin, après la sienne et jusqu’au bout, avait conservé la fidélité et la force d’âme des légionnaires romains. Et le général pour qui on donne sa vie au combat, pour Martin, c’était le Christ.
 
C’est en souvenir de Martin, dont la mémoire est d’ailleurs partagée par les Allemands, que la date du 11 novembre – fête de Saint Martin – a été choisie pour signer l’armistice en 1918. Comme saint Thérèse de Lisieux, Saint Martin était très vénéré des deux côtés. Pour l’armistice, il fallait bien Martin, lui qui au ciel ne cesse jamais de prier pour ses chers peuples de Gaule et d’ailleurs, pour qu’ils ne fassent qu’un : l’unique Église de son Seigneur, Jésus-Christ.

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