lundi 21 avril 2025

20 avril 2024 - VALAY - Messe du Jour de Pâques - Année C

Ac 10,34a.37-43 ; Ps 117 ; 1Co 3,1-4 ; Jn 20,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
La résurrection, personne ne s’y attendait. Certainement pas les grands prêtres : vous savez bien que les saducéens ne croyaient pas à la résurrection des morts. Certainement pas non plus les romains ni les grecs présents à Jérusalem. Lorsque saint Paul évoquera ce sujet à Athènes, il ne s’y attirera que des moqueries. Et nous apprenons, dans l’évangile de saint Jean que les disciples non plus ne s’y attendaient pas : « en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Au bout du compte personne ne s’attendait à la résurrection de Jésus : c’est une surprise totale. Et l’on comprend que plusieurs demeurent incrédules.
 
Saint Jean, l’évangéliste qui donne le plus de détails historiques authentiques, est le premier à comprendre ce qu’il se passe. Pour lui, il lui suffit de voir le linge « posé à plat » sur la table du tombeau où reposait Jésus. Cela l’a tellement frappé, qu’il reviendra par trois fois, dans le passage que nous avons lu, sur le fait que ce linge était « posé à plat ». Comme si le corps de Jésus s’était évanoui, et que le linge était retombé comme un soufflé. Que voulez-vous, chers frères et sœurs, il y a des détails qui ne s’inventent pas. Et quand saint Jean s’est retrouvé face à cette situation, il a compris immédiatement qu’il était arrivé au corps de Jésus quelque chose d’extraordinaire.
 
Nous avons du mal à imaginer ce qu’est la résurrection, surtout la résurrection d’un corps. On peut encore comprendre qu’une âme ressuscite, mais un corps ! Et pourtant c’est bien ce qui est arrivé à Jésus et à son corps de chair. Il est entièrement ressuscité. Ce que nous n’arrivons pas à comprendre, c’est qu’il s’agit d’une nouvelle étape dans la création de Dieu, quelque chose d’entièrement nouveau qui concerne l’âme, l’esprit et le corps. D’ailleurs, lors de ses apparitions Jésus a pu passer à travers une porte, tout en étant capable de manger du poisson. Son corps a reçu des facultés pour nous inimaginables, qui sont de l’ordre d’un univers nouveau, inconnu jusqu’à présent, que pourtant Jésus a essayé de nous expliquer, quand il parlait de son Royaume.
 
Ce qu’il y a au tombeau de Jésus, cependant, dépasse l’entendement de saint Pierre. Devant les linges « posés à plat », il reste parfaitement incrédule, quoique troublé. Il ne comprend pas ce qu’il s’est passé, et il lui faudra attendre que Jésus vivant se manifeste devant lui, dans sa chair de ressuscité. Cela est vrai de saint Thomas aussi, vous le savez bien. Aucun Apôtre – et encore moins saint Paul – n’a cru à la résurrection lorsqu’elle leur fut annoncée. Mais il a fallu que Jésus lui-même vienne à leur rencontre pour qu’ils aient la foi.
 
Et nous alors ? Nous sommes comme le centurion de Césarée. Nous écoutons, grâce aux évangiles, le témoignage de saint Pierre, de saint Jean, mais aussi de saint Matthieu et de saint Paul, dans ses lettres. Et le centurion croit parce qu’il croit au témoignage de Pierre. Lui ne bénéficie pas d’une vision de Jésus ressuscité, mais il a la vision de Pierre, qui lui raconte ce qu’il a vécu, ce qu’il a entendu et ce qu’il a vu. Et cela lui suffit.
Cela est également vrai pour nous, bien que nous nous soyons bien trop habitués au témoignage des évangiles et à la présence d’un évêque, successeur des Apôtres. Et pourtant ces évangiles qui remontent aux premiers temps de l’Église, comme ces évêques, dont la bénédiction remonte de mains en mains jusqu’aux Apôtres, ce sont des témoignages exceptionnels si l’on veut bien y prêter attention. Nous n’avons pas la vision de l’explosion que représente la résurrection de Jésus, mais nous en avons le souffle et le bruit. Quand on ressent le souffle d’une explosion et qu’on en entend la détonation, on en déduit évidemment qu’il y a eu une explosion, n’est-ce pas ? Alors, en ayant les évangiles et les évêques, nous ne croyons pas à la résurrection de Jésus ? Le centurion n’est pas si compliqué, et pourtant il n’est pas plus stupide que nous : il a écouté attentivement le témoignage de saint Pierre et il a cru que Jésus était vivant.
 
Que le Seigneur nous fasse donc la grâce d’éclairer notre esprit, pour qu’en lisant les évangiles et en considérant attentivement ce qu’est un évêque, nous comprenions toujours plus ce que la résurrection de Jésus signifie concrètement : l’accès pour nous, pauvres pécheurs, à l’univers nouveau du Royaume de Dieu. Cela est déjà vrai aujourd’hui, par les sacrements, et demain, au jour où Jésus nous relèvera, à notre tour, d’entre les morts, pour entrer entièrement, esprit, âme et corps, dans sa joie, sa paix et sa lumière.
 


19 avril 2025 - GY - Vigile Pascale - Année C

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ; Ex 14,15-15-1a ; Ct Ex 15 ; Is 54,5-14 ; Ps 29 ; Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Lc 24,1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Que faisons-nous ici, ce soir, dans cette église ? Nous célébrons en même temps la plus grande fête juive et la plus grande fête chrétienne : Pâques. Pâques, libération d’Égypte et constitution d’Israël ; Pâques, résurrection de Jésus d’entre les morts et naissance de l’Église.
Pâques est une création nouvelle dans l’univers. Création tellement éblouissante, tellement bouleversante, tellement intelligente, tellement bonne et tellement réelle, qu’on en reste aveuglés, sans voix, tremblants, et même prosternés.
Et comme nous n’avons pas les mots pour dire cette création nouvelle, il ne nous reste que le chant, la poésie, les gestes, nos cinq sens : ce qu’on voit, ce qu’on entend, ce qu’on sent, ce qu’on touche, et ce qu’on goûte. Dans le langage savant, tout cela s’appelle « la liturgie » : la célébration de Pâques, avec toujours le même rituel, les mêmes chants, les mêmes bougies, les mêmes fleurs, le même encens, les mêmes prières, les mêmes vêtements blancs, tout quoi. Tout cela pour dire avec des mots et sans mots cette création nouvelle de Dieu dans l’univers.
 
Sans le savoir, et même sans le faire exprès, simplement parce que nous sommes ici, nous conservons dans tout l’univers la mémoire de cette création de Dieu : la création du premier jour, la création du Peuple de Dieu à la sortie d’Égypte, la création de l’homme nouveau ressuscité des morts, au matin de Pâques, la création de l’Église qui est déjà la communion des saints, avec un pied sur la terre et un pied dans le ciel.
À partir de cette liturgie de Pâques, mémoire de l’action créatrice de Dieu dans l’univers, on peut réfléchir, faire de la théologie, écrire des sermons... Mais jamais notre intelligence n’arrivera à tout dire de ce que dit la liturgie, qui elle-même n’arrive pas à tout dire du grand mystère de la vie créatrice de Dieu.
Cependant, la connaissance de ce mystère nous fait nous réunir, nous qui le partageons comme un trésor précieux, et nous fait agir, nous qui pensons qu’il est un appel à une vie meilleure, une vie plus intense, une vie plus belle. Alors nous nous rassemblons en Église, que nous organisons pour vivre et pour transmettre aux enfants ce trésor précieux. Nous créons des diocèses, des paroisses, des équipes pastorales et des catéchistes.
Nous organisons aussi notre vie quotidienne par le calendrier liturgique : Pâques en premier, bien sûr, mais aussi le Carême et le Temps pascal, Noël et l’Avent. Et puis tous les dimanches, qui sont des petites Pâques, des petits cailloux sur le chemin, pour nous rappeler Pâques hier et nous préparer à Pâques demain. De même, chaque messe, chaque office du matin, du midi, du soir, nos prières au lever et au coucher, sont autant de petites lumières qui nous rappellent chaque jour, et presque à chaque heure du jour, la grande lumière de Pâques, la grande lumière du mystère de Pâques, la grande lumière du grand mystère de la vie créatrice de Dieu.
 
Alors, évidemment, quand on pense l’univers, la société, sa famille, et sa propre vie – y compris sa vie quotidienne – à la lumière de ce grand mystère de la vie de Dieu, on pense différemment de ceux qui ne le connaissent pas : on n’est pas câblé pareil. Du coup, on agit différemment et on vit différemment. Déjà, ce soir, nous ne sommes pas devant la télé, ni dans une boîte de nuit, ni en train de jouer à un jeu vidéo... Car nous sommes là pour nous remplir les yeux et le cœur, l’intelligence et la mémoire, du grand mystère de Pâques, pour vivre mieux, pour vivre heureux, pour devenir des saints.
C’est dire que le grand mystère de la vie créatrice de Dieu, non seulement est à l’origine de l’univers, puis d’une transformation de cet univers, pour que notre vie humaine y soit rendue éternelle et sainte. Mais ce mystère est aussi à l’origine du Peuple de Dieu – du Peuple d’Israël et de l’Église du ciel et de la terre – aujourd’hui civilisation particulière, et demain communion de vie. Tout cela est dans la liturgie de Pâques, où tout semble fait pour des enfants ! En effet, parce que c’est le germe de tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, de tout ce qui est vrai, tout ce qui est réellement vivant, dans tout l’univers.
 
Si jamais un jour les Juifs s’arrêtaient de fêter Pâques, et plus encore si les Chrétiens s’arrêtaient de fêter Pâques, la lumière de Dieu s’éteindrait pour tous les hommes dans tout l’univers : plus rien. On reviendrait à la Guerre du feu, sans lumière pour les yeux et sans espérance pour le cœur.
Mais non, nous sommes ici, ensemble, autour de la lumière de Pâques ; et comme nos ancêtres, comme les premiers chrétiens, comme les Juifs avec eux et avant eux, nous célébrons Pâques.
Pâques, lumière du premier jour de la création et gloire du Dieu Vivant ; Pâques, colonne de feu dans la nuit pour guider les Hébreux et lumière du grand chandelier du Temple, marquant la Présence toujours fidèle du Seigneur à son peuple ; Pâques, pointe de l’Aurore de la Résurrection et premier Jour de la vie éternelle ; Pâques, lumière éblouissante des anges et joie des chrétiens ; Pâques, lumière du cierge de notre baptême et de nos vêtements blancs ; Pâques, pierres précieuses de la Jérusalem céleste et couronne royale de la Bienheureuse Vierge Marie. 
Pâques, l’écrin de nos mains ouvertes, pour recevoir ce soir encore, la Vie éternelle du Bon Dieu.
Bonne fête de Pâques !

samedi 19 avril 2025

18 avril 2025 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année C

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Pourquoi lisons-nous chaque année la Passion de Jésus ? Parce que dans l’Église, la liturgie a pour fonction de nous faire vivre les événements de sa vie, comme si nous y étions. C’est le travail de l’Esprit Saint que de supprimer l’espace et le temps, pour que tous les hommes puissent participer à la vie de Jésus. Ainsi, l’Esprit Saint a mis dans la bouche du prophète Isaïe ce que nous avons entendu en première lecture. N’est-ce pas qu’on dirait qu’Isaïe était présent à la Passion de Jésus ? Et pourtant il a vécu 750 ans avant lui ! Et le psalmiste ? L’Esprit Saint lui a inspiré un psaume qui a certainement été dit par Jésus en sa Passion : « En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ; garde-moi d’être humilié pour toujours. En tes mains je remets mon esprit ; tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité. » Et pourtant ce psaume a été écrit 500 ans avant Jésus. Aujourd’hui, l’Esprit Saint nous les fait entendre, en même temps que la Passion de Jésus, pour que nous aussi, 2000 ans après, nous y participions.
 
Si nous sommes présents lors de la Passion, quel personnage sommes-nous ? Jésus, Pierre ou un autre apôtre, Pilate, Caïphe, un soldat, quelqu’un dans la foule, Marie, Marie-Madeleine, Nicodème… ? Ou encore Dieu le Père, lui-même, qui assiste comme impuissant à la mort de son Fils unique, son fils bien-aimé ? En prenant le temps de méditer la Passion de Jésus, nous pouvons chacun nous identifier à l’un ou l’autre personnage, ou même plusieurs, en fonction des différents événements de nos vies. Et on s’aperçoit que la Passion parle aussi de notre propre vie. Je voudrais jeter un bref regard sur Pilate et Caïphe, puis sur Nicodème et Marie, femme de Clophas.
 
Pilate est un homme qui n’a pas de racines en Dieu. Il ne sait pas ce qu’est la Vérité. Il ne croit à rien, même pas à la justice puisqu’il est prêt à condamner à mort un innocent. La seule chose qui le guide est la peur de perdre le pouvoir que lui a délégué l’Empereur romain. On sent que Pilate lutte en lui-même : car il sait que sa conscience le condamne. Mais la peur le conduit à tuer sa conscience comme elle le conduit à tuer Jésus. Combien d’hommes aujourd’hui ressemblent à Pilate ? Il y en a tant qui ont abdiqué leur conscience, pour s’aplatir devant un pouvoir sans vraie justice, et qui finalement en viennent à voter la mort des innocents ?
Caïphe est tout le contraire de Pilate. En tant que Grand prêtre d’Israël, il n’y a pas plus croyant en Dieu que lui. Il baigne dans la Loi de Moïse et les Prophètes depuis son enfance. Sa vie est guidée à la moindre seconde par les observances de la Loi. Mais il ne reconnaît pas Jésus : il ne veut pas le voir. Car Jésus représente pour lui un danger, jusqu’à en vouloir sa mort. Et il en vient à renier l’obéissance qu’il doit à Dieu seul, pour s’inféoder lamentablement à l’Empereur de Rome : « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur » dit-il. Pourquoi Caïphe en est-il arrivé là ? Lui aussi a peur. Peur que confesser sa foi en Jésus ne lui fasse perdre sa bonne place, voire sa vie. Peur aussi que les Romains détruisent à nouveau Jérusalem, comme au temps de l’Exil à Babylone. Combien de baptisés aujourd’hui ressemblent à Caïphe ? Il y en a tant qui détournent leur regard de Jésus, qui ferment leur oreille à son appel, pour conserver une vie tranquille, un environnement sécurisé, mais qui en réalité étouffent la voix de l’Esprit Saint dans leur cœur ?
Avez-vous remarqué, chers frères et sœurs que dans les deux cas, il y en a un dont l’ombre s’étend à Jérusalem sans qu’il y soit lui-même présent ? Et qui est déterminant dans l’attitude de Pilate et de Caïphe ? C’est l’Empereur de Rome. L’Empereur qui étend son pouvoir jusqu’à Jérusalem, simplement par la peur ! C’est ainsi que domine le Diable dans le monde. Par la peur, il détourne les consciences des hommes et les âmes de Dieu. Pilate est sans doute excusable : il n’a pas la foi. Mais Caïphe ! Voilà que l’ange adorateur de Dieu s’est transformé en démon adorateur du monde ! Quel drame ! Quelle tristesse !
 
Tournons-nous maintenant vers Nicodème et Marie, femme de Cléophas.
Nicodème était un personnage très riche et par là très influent à Jérusalem. Tout le monde savait qu’il n’était pas insensible à l’Évangile. Mais il n’est pas toujours très bon d’être religieusement radical quand on est un personnage public, qui fait des affaires : il faut être bien avec tout le monde... Il était donc resté publiquement sur la réserve. Mais en secret, Nicodème est très ferme : il a la foi. Et c’est une foi qui agit. Et au moment où il pouvait agir, où il devait agir, il a agi. C’est lui qui a financé le linceul de lin fin et les aromates pour l’ensevelissement de Jésus. Un ensevelissement de roi. Combien d’hommes, dans le secret de leur cœur, sont-ils attachés fermement à Jésus. Et quand l’occasion se présente, quand l’appel de Dieu retentit dans leur conscience, répondent immédiatement : « me voici ! » et agissent en conséquence.
Je termine par Marie, femme de Cléophas. Personne ne la connaît à Jérusalem : elle est une inconnue. Elle est comme on dit « une sainte femme ». Elle ne dit rien. Elle n’agit pas. Mais elle est simplement là, au pied de la croix, avec Marie mère de Jésus, Marie-Madeleine et saint Jean. Mystère des saintes femmes qui passent sous les radars de l’Histoire, mais aussi sous les radars de la peur des puissants. Elles ne craignent rien, elles n’ont peur de rien, même pas du démon. Parce qu’elles ont la foi. Comme des petites bougies allumées dans les églises, filles d’Espérance, près de Jésus, elles sont toujours là.
 
Chers frères et sœurs. Et nous ? Qui sommes-nous en la Passion de Jésus ?  

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