vendredi 19 mai 2023

18 mai 2023 - CHARGEY-lès-GRAY - Ascension du Seigneur - Année A

Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; Ep 1,17-23 ; Mt 28,16-20
 

Chers frères et sœurs,
 
La fête de l’Ascension de Jésus au ciel heurte nos esprits rationnels. Nous savons en effet, depuis Newton et sa pomme, que tout objet est sujet de l’attraction terrestre et – à moins d’être équipé de moteurs-fusées – ne peut s’élever par lui-même dans le ciel. Mais lire l’évangile avec ces lunettes matérialistes conduit immanquablement à ne rien y comprendre.
 
La première chose à considérer est que le Jésus qui monte au ciel, c’est le Jésus ressuscité qui n’est pas soumis aux lois de la physique ordinaire : il est celui qui peut passer à travers des portes fermées tout en mangeant du poisson, celui dans le côté duquel Thomas peut mettre sa main, celui qui peut apparaître et disparaître à volonté après avoir partagé du pain. Or justement, l’Ascension n’est autre que la dernière disparition de la dernière apparition corporelle de Jésus à ses disciples, au bout de quarante jours. Cette dernière disparition revêt un sens particulier.
En effet, suivant la prophétie du Prophète Daniel, le Fils de l’Homme annoncé monte au ciel, domine les puissances maléfiques et dépasse les ordres angéliques, pour s’asseoir à la droite de Dieu, à la droite de son Père, pour régner avec lui éternellement. L’Ascension est donc l’accomplissement de cette prophétie. C’est la raison pour laquelle nous avons chanté le psaume 46 : « Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor. » Il s’agit bien sûr de Jésus lui-même. C’est d’ailleurs ce que dit clairement saint Paul aux Ephésiens : « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts et il l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux. Il l’a établi au-dessus de tout être céleste. »
 
C’est ainsi que la dernière disparition corporelle de Jésus est en même temps son élévation à la droite du Père : c’est l’Ascension. Cependant, si nous nous arrêtons à cette première explication, nous ratons la moitié du film.
 
Il faut bien comprendre que, lorsque Jésus monte vers le Père pour s’asseoir à sa droite, c’est en même temps un geste d’offrande sacerdotal : il est le véritable prêtre qui fait son offrande à Dieu, et cette offrande c’est lui-même, avec son corps ressuscité, notre humanité sauvée de la mort. Or, vous le savez, le principe d’une offrande – d’un cadeau gratuit – c’est qu’il peut être bien reçu ou mal reçu… Qui vous dit que le Père est content du cadeau que lui offre son Fils à son retour de voyage sur la terre ? Il y a donc une grave incertitude : est-ce que l’offrande de Jésus est agréée, oui ou non ?
La preuve que cette offrande est agréée est le don de l’Esprit Saint, qui non seulement couronne Jésus pour qu’il puisse prendre place sur son trône, mais qui est aussi répandu sur les disciples et, à travers eux, sur le monde. Ce point est absolument essentiel : il n’y a pas de Pentecôte s’il n’y a pas eu une Ascension réussie avant ! Et la preuve que l’Ascension a été réussie, c’est la Pentecôte. Entre les deux, c’est l’attente inquiète, le suspens : « Est-ce que le Père va accepter l’offrande de son Fils ? » Nous savons donc que la réponse est « oui », sinon nous ne serions pas là ce matin.
 
Il y a deux enseignement à tirer de cette Ascension de Jésus, avec le geste de l’offrande de lui-même qui en constitue le sens réel.
Le premier est que l’Église fondée sur les Apôtres est le fruit de cette offrande. Sans la Pentecôte, sans l’Esprit-Saint, pas d’Apôtres et pas d’Église ; pas d’évangélisation et pas de baptêmes pour le salut du monde. C’est pourquoi, il y a un double mouvement : autant Jésus monte haut dans le ciel, autant l’Église peut se répandre jusqu’au bout du monde. Autant l’offrande de Jésus est puissante, autant l’évangélisation est forte. Mais toute cela dépend de la grâce de Dieu, notre Père.
Et le second enseignement, qui se déduit de ce que je viens de dire : c’est que le geste de l’offrande que fait le prêtre à chaque messe « Par lui, avec lui et en lui, à Toi, Dieu le Père tout-puissant, dans l’unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles », appuyé par l’« Amen » solide de toute l’Église – ce geste est le même geste d’offrande que fait Jésus dans son Ascension. Dieu notre Père accepte-t-il l’offrande du Corps et du Sang de Jésus faite par le prêtre à ce moment ? Justement, dans cette incertitude, l’Église, comme les Apôtres au cénacle, prie alors le Père : « Donne-nous notre pain de ce jour » ; elle lui demande sa Paix ; elle attend la « bienheureuse espérance : l’avènement de Jésus-Christ, notre Sauveur », c’est-à-dire son couronnement au ciel, c’est à dire l’agrément de l’offrande. Et bientôt, après le chant de l’Agneau de Dieu, chant d’attente et d’espérance, voici l’annonce : « Voici l’Agneau de Dieu » qui ouvre à la communion. Or la communion est la Pentecôte : c’est la communication de la Vie de Dieu à toute l’Église pour qu’elle puisse annoncer l’Évangile jusqu’au bout du monde. 

dimanche 14 mai 2023

14 mai 2023 - GRAY - 6ème dimanche de Pâques - Année A

Ac 8,5-8.14-17 ; Ps 65 ; 1P 3,15-18 ; Jn 14,15-21
 
Chers frères et sœurs,
 
Même s’il est donné sous une forme un peu mystérieuse, l’enseignement de Jésus est très simple.
 
La forme mystérieuse, un peu répétitive ou poétique, provient du fait que tout les Évangiles ont été conçus originellement pour être appris et récités par cœur en araméen. Nécessairement, la mise par écrit et les traductions successives, en grec, en latin et en français, ont altéré un peu le texte, ce qui lui donne ce tour si particulier. Mais venons-en plutôt à l’enseignement de Jésus.
 
Jésus annonce à ses Apôtres qu’il s’en va, mais qu’il va prier le Père pour qu’il leur envoie l’Esprit de vérité, l’Esprit de sainteté. Notons que Jésus revenant dans l’éternité du ciel, prie toujours – à tout moment – le Père d’envoyer l’Esprit Saint sur ses disciples. C’est aussi vrai maintenant.
 
L’Esprit Saint a pour fonction de nous faire voir le Christ Jésus vivant, et de nous faire vivre nous aussi, de la même vie éternelle. L’Esprit de vérité, de sainteté, est aussi l’Esprit de Vie. Ce faisant, il nous fait entrer dans la communion avec Jésus, et Jésus étant en communion avec le Père, nous entrons nous aussi dans sa communion avec le Père : « En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. »
Pour décrire cette communion saint Paul a eu une expression fameuse et tout à fait appropriée : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » Et le même dit un peu plus loin : « Et voici la preuve que vous êtes des fils : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs, et cet Esprit crie « Abba ! », c’est-à-dire : Père ! »
Nous comprenons donc que le sommet et la source de toute vie chrétienne se trouve dans la communion avec la Trinité sainte, celle que nous recevons sacramentellement dans la communion à chaque messe.
 
Cependant, Jésus a émis une condition : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. » La condition première est celle d’aimer Jésus. Si on n’aime pas Jésus, la communion est impossible. Et cet amour de Jésus est très concret puisqu’il correspond à l’observance de ses commandements. Il est donc très important pour nous de bien les identifier et de les mettre en pratique, pour preuve de notre amour de Jésus-Christ.
 
En parcourant tout l’Évangile, on s’aperçoit qu’il y a trois commandements principaux. Le premier d’entre tous est celui donné par Dieu à Moïse : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » ; et le second, qui lui est semblable : « et ton prochain comme toi-même. » Le troisième commandement est celui-ci : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés », ce qui suppose d’aimer comme Jésus, c’est-à-dire de donner sa vie par amour pour ses amis, et d’avoir foi en lui que ce sacrifice n’est pas vain. 
Ainsi les trois commandements principaux se résument ainsi : aimer Dieu et aimer son prochain, nous aimer les uns les autres, en donnant notre vie par amour pour eux, comme Jésus, en mettant notre foi en lui.
 
Nous pouvons aussi ajouter deux commandements exprès de Jésus, donnés à ses Apôtres : « Vous ferez cela en mémoire de moi », et : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. »
Ces deux commandements se rapportent à la définition de l’Église et à sa mission dans le monde : les Apôtres, et les évêques leurs successeurs, ont reçu le commandement de célébrer l’Eucharistie, d’annoncer l’Évangile en vue du baptême qui ouvre à la communion d’amour du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, et d’enseigner une vie conforme aux commandements de l’amour de Dieu et du prochain, de l’amour mutuel entre chrétiens, dans un esprit de foi et de sacrifice à l’image de Jésus.
 
Vous voyez que tout se tient. C’est alors que si l’Église – c’est-à-dire nous – mettons en pratique ces commandements avec amour et foi en Jésus, alors nous sommes assurés d’avoir l’Esprit Saint en nous et d’être en communion avec Dieu notre Père.


lundi 8 mai 2023

06-07 mai 2023 - SOING - DAMPIERRE - 5ème dimanche de Pâques - Année A

Ac 6,1-7 ; Ps 32 ; 1P 2,4-9 ; Jn 14,1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Connaissez-vous le principe des poupées russes ? Ce sont des poupées en bois qui s’emboîtent les unes dans les autres : quand on ouvre la plus grande, on en trouve une moyenne, et quand on ouvre celle-ci, on en trouve une plus petite, et ainsi de suite jusqu’à une toute petite poupée qui ressemble à une fève. Dans l’Église, il en va de même.
 
Ainsi Jésus, qui est prêtre en raison de l’offrande de lui-même sur la croix pour le salut du monde, prophète annonçant l’Évangile de la réconciliation, et roi assis à la droite du Père, régnant sur tout l’univers en toute justice et bonté, est-il la plus grande poupée.
A l’intérieur on trouve les Apôtres, dont saint Luc nous apprends qu’ils ont trois activités : ils sont assidus à la prière – ils sont prêtres ; ils sont au service de la Parole – ils sont prophètes ; et, jusqu’à ce qu’on leur adjoigne les diacres, ils sont au service des tables – ils sont rois. Un roi agit avec justice et bonté au service de son peuple, et on voit bien qu’il y avait un problème entre les chrétiens de langue hébraïque et ceux de langue grecque. Mais le plus important ici est d’observer qu’à leur mesure, les Apôtres sont prêtres, prophètes et roi, comme Jésus, à l’intérieur de Jésus.
Et à l’intérieur des Apôtres, nous trouvons les chrétiens, comme nous l’apprennent saint Pierre et saint Jean. Saint Pierre dit : « Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. » Les chrétiens sont prêtres parce qu’ils offrent leur prière à Dieu et toute leur vie. Pierre dit aussi : « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. » Les chrétiens sont prophètes parce qu’ils annoncent l’Évangile. Et saint Jean ajoute, rapportant cette parole de Jésus : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père. » Les chrétiens sont rois parce qu’ils font les œuvres de justice et de bonté au nom de Jésus, et plus exactement c’est lui qui les accomplit à travers eux.
 
Chers frères et sœurs, vous avez compris, dans Jésus, il y a les Apôtres, et dans les Apôtres, il y a tous les chrétiens. Et tous font ce que fait Jésus : ils ne font qu’un dans la prière, l’annonce de l’Évangile et le service du monde, dans la justice et la paix. Et cela est rendu possible par le baptême, où nous avons été configurés par le Saint-Chrême au christ prêtre, prophète et roi, par l’action de l’Esprit Saint qui agit en tous les baptisés, partout et en tout temps.
 
Je voudrais attirer votre attention sur la dimension sacerdotale des baptisés. L’architecture de chaque église rappelle la même poupée russe.
Toute église est coupée en deux : d’un côté la nef, où sont les fidèles, et de l’autre le chœur, où est le prêtre qui accomplit l’offrande eucharistique au nom de Jésus. Mais on retrouve la même division entre la terre, où se trouvent tous les hommes, et le ciel ou se trouve Jésus, le grand prêtre qui s’offre lui-même à son Père pour eux. Mais avez-vous pensé, chers frères et sœurs que cela fonctionne aussi dans l’autre sens : à l’extérieur de l’église se trouvent tous les hommes non chrétiens, ou chrétiens un peu perdus ; et à l’intérieur de l’église se trouve le peuple de Dieu, peuple de prêtre qui présente à Dieu son Père l’offrande de sa prière ?
Ainsi, lorsque Jésus passe de ce monde au Père, de la terre au Ciel, ce n’est pas rien : il entre dans le sanctuaire de Dieu. Mais de même, lorsque le prêtre rentre dans le chœur, ce n’est pas rien : il entre dans le sanctuaire de l’Église. Et de même, lorsque chaque chrétien entre dans une église, ce n’est pas rien : il entre dans le sanctuaire du village, dans le sanctuaire de Dieu dans le monde.
C’est pour cela qu’on se signe avec de l’eau bénite à l’entrée de l’église, pour se préparer à la prière ; comme le prêtre se purifie les mains avant de dire la prière eucharistique à l’autel ; comme Jésus s’est lavé, avec ses disciples, au Jeudi Saint, avant de s’offrir lui-même en sacrifice sur la croix.
 
Mais, attention, nous ne faisons pas qu’imiter Jésus. C’est Jésus-lui-même qui nous le dit : « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. » C’est-à-dire qu’en faisant notre prière comme Jésus, en réalité, par l’action de l’Esprit Saint, c’est Jésus lui-même qui prie en nous, pour l’amour de Dieu et le salut du monde.

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