samedi 8 avril 2023

07 avril 2023 - PESMES - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; Hb 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Dimanche dernier, lors de la Messe des Rameaux, nous avons acclamé Jésus comme roi. Non pas seulement comme roi d’Israël, qui monte à Jérusalem assis sur un âne, selon le rituel traditionnel de l’intronisation, mais aussi comme Fils de l’Homme, le Messie de Dieu qui vient s’assoir à la droite du Père, sur son Trône, dans les cieux. Jésus est donc roi.
Hier, nous avons vu que Jésus lavait les pieds de ses disciples pour leur apprendre à être prêtre comme lui, dans un esprit de charité, c’est-à-dire en s’offrant soi-même à Dieu comme un agneau pascal, pour le salut de tous les hommes. Jésus est donc aussi prêtre.
 
Justement, dans la Passion que nous venons d’entendre, saint Jean a glissé deux détails significatif.
 
Le premier est qu’au moment de partager les vêtements de Jésus, les soldats ont rencontré un problème : la tunique de Jésus était une « tunique sans couture ». Impossible donc de la partager sans la déchirer. Or, dans la liturgie du Temple de Jérusalem, seul le Grand prêtre porte une tunique sans coutures.
Saint Jean nous indique donc que Jésus, mystérieusement, dans sa Passion, accomplit un acte de culte : le sacrifice de lui-même, Agneau pascal, pour la rémission des péchés de toute l’humanité, et sacrifice dont il est le seul et véritable grand prêtre.
 
Le second détail réside dans le poids des aromates apportées par Nicodème pour l’ensevelissement de Jésus : « environs cent livres » dit saint Jean. C’est-à-dire 32 kilos. C’est énorme, surtout pour un condamné à mort sur la croix – une véritable malédiction en Israël. Bien sûr, Nicodème est connu à Jérusalem pour être quelqu’un de très riche, et donc probablement aussi très généreux. Mais la vraie raison est que Jésus reçoit ici des soins funéraires habituellement réservés aux rois. Et Nicodème s’en acquitte avec une magnanimité qui l’honore particulièrement, d’autant plus qu’il n’était probablement pas chrétien. Il fait ce que tout juif et tout chrétien doit faire : ensevelir les défunts avec la dignité qui leur revient.
Par ce geste, saint Jean nous rappelle donc que Jésus est réellement fils de David, et plus encore Fils de Dieu, ainsi que l’indiquait de manière prophétique l’écriteau de Pilate : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ».
 
Vous l’avez compris, Jésus est donc roi et prêtre : il est fils de David, le Messie, et il est Fils de Dieu, le Sauveur. C’est lui qui est donc passé au tribunal des prêtres de Jérusalem et à celui de Ponce Pilate, préfet de l’Empire Romain : on lui dénie ses titres de prêtre et de roi ; on le juge pour cela. Premier motif : « il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu » ; second motif : « Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » À la fin, il est condamné à mort. Mais les prêtres de Jérusalem et Pilate se sont-ils rendu compte qu’à travers Jésus ils ont condamné en même temps l’homme et Dieu ?
En première lecture, nous pouvons voir en effet la Passion de Jésus comme le passage de Dieu au tribunal des hommes. Et les hommes condamnent Dieu.

Mais en réalité, c’est l’inverse. C’est Dieu qui passe les hommes au tribunal. Pilate était assis sur une estrade et un siège ; Jésus est cloué sur la croix, plantée sur le Golgotha et là, l’avocat suggère le verdict : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », et le juge rend sa sentence : « Tout est accompli », c’est-à-dire en hébreu : « tout est payé – tout est acquitté – tout est pardonné. »
À son tribunal, l’homme a condamné Dieu, et au tribunal de la Croix, Dieu a acquitté l’homme : il lui a pardonné tous ses péchés.
 
C’est là un geste que seul un vrai roi peut avoir la puissance de faire, parce que, ce faisant, il se sacrifie lui-même par amour pour son peuple. C’est donc aussi un geste de prêtre.
 
Voilà, chers frères et sœurs, la raison pour laquelle nous aimons Jésus et que nous vénérons sa croix, croix sur laquelle il s’est fait notre avocat et notre juge, nous obtenant le pardon et la vie éternelle. Elle est donc pour nous une croix victorieuse, une croix glorieuse.
 

vendredi 7 avril 2023

06 avril 2023 - PESMES - Jeudi Saint - Messe en mémoire de la Cène du Seigneur - Année A

Ex 12, 1-8.11-14, Ps 115, 1 Co 11, 23-26, Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons le Jeudi saint, la Messe de mémoire de la Cène du Seigneur, nous affirmons par les gestes et par les mots deux choses essentielles pour notre foi chrétienne.
 
La première est liée à la célébration de la Pâque. Le sacrifice de l’agneau pascal était destiné à constituer et sanctifier une communauté prête à aller dans le désert du Sinaï pour y adorer Dieu, et à protéger cette communauté au moment de la libération de son esclavage en Égypte. Jésus et ses apôtres célèbrent cette Pâque. Avec un changement notable cependant : par ces mots « Ceci est mon Corps » et « Ceci est mon Sang », Jésus déclare qu’il est lui-même le véritable Agneau pascal. Et de fait, il va être lui-même offert en sacrifice par sa mort sur la croix pour la libération et la sanctification de toute l’humanité.
C’est bien en communiant à son Corps que l’Église devient la communauté prête à marcher vers la Terre nouvelle pour y adorer Dieu ; c’est bien en communiant à son Sang qu’elle est libérée du péché et protégée à l’heure de la mort. En réalité, le Sang de Jésus, c’est l’Esprit Saint répandu pour la vie du monde. En célébrant la Messe, nous faisons mémoire de la sainte Cène de Jésus, mais surtout – parce que c’est un sacrement célébré à la demande et au nom de Jésus – nous rendons cette Cène actuelle, réelle pour nous maintenant. Et même, nous anticipons l’avenir, car par la communion à Jésus aujourd’hui, demain nous serons sauvés par lui de la mort pour entrer dans la vie éternelle.
Certains pensent que ce sont des gestes symboliques. Mais il n’y a rien du tout de symbolique lorsque Jésus est crucifié et qu’il meurt en croix, au moment même où sont sacrifiés les agneaux pascals dans le Temple de Jérusalem. Il n’y a rien de symbolique lorsque, lors de son Ascension au ciel, il se présente lui-même en offrande à son Père, et qu’en signe de son agrément, à la Pentecôte, l’Esprit Saint est répandu sur les Apôtres, constituant l’Église naissante et l’envoyant dans le monde pour y adorer Dieu et annoncer l’Évangile. Tous ces fait sont réels, attestés par des témoins, dont les récits composent le Nouveau Testament. Et nous-mêmes qui sommes ici présents, nous sommes bien réels nous aussi : nous ne sommes pas des chrétiens symboliques !
 
Justement, la seconde chose essentielle à retenir de la célébration du Jeudi saint est le fameux lavement des pieds. Ce n’est pas non plus un geste symbolique.
La plupart du temps, nous le limitons à un acte d’humilité de Jésus envers ses Apôtres, pour leur apprendre – et à nous à travers eux – à nous aimer les uns les autres, en nous faisant les serviteurs les uns des autres. Ce n’est pas faux : en Jésus Dieu s’est fait homme pour soigner les plaies de l’homme pécheur, le guérir et le sanctifier pour qu’il puisse entrer dans la communion de Dieu. C’est bien la mission de Jésus dans le monde.
Mais le lavement des pieds n’est pas qu’un geste d’humilité : il est aussi un geste de consécration sacerdotale. En leur lavant les pieds, Jésus fait de ses disciples des prêtres pour adorer Dieu en toute sainteté.
En effet, comme il le rappelle à Pierre, « quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver » : Jésus et ses disciples ont donc été prendre un bain dans la journée. C’est la condition obligatoire pour pouvoir entrer dans le Temple pour pouvoir y célébrer la Pâque. Or Jésus veut aller jusqu’à laver les pieds de ses Apôtres. Effectivement, on n’est pas complètement propre dès qu’on a fait trois mètres dans les rues de Jérusalem en sortant d’une piscine... mais ce n’est pas le plus important. Le plus important c’est que le lavement des pieds est requis pour les prêtres qui doivent présenter l’offrande à Dieu dans le sanctuaire du Temple. Jésus considère donc ses Apôtres comme des prêtres devant présenter une offrande.
La raison en est que, dans la culture hébraïque, les « pieds » sont une manière pudique de parler de l’intimité de l’homme : « laver les pieds », c’est purifier la racine du désir qui est dans les profondeurs du cœur humain. Quand ils se présentent devant Lui, les prêtres de Dieu doivent avoir le corps et surtout le cœur pur pour pouvoir lui présenter leur offrande. Il en va de même avec les prêtres de l’Église qui ont à offrir au Père, au nom de Jésus son Corps et son Sang, dans l’Esprit de sainteté.
Dans l’Église le rituel du lavement des pieds est ainsi normalement réservé à l’évêque qui lave les pieds de ses prêtres, mais nous allons le faire nous aussi. À l’échelle qui est la nôtre, cela nous rappelle que chaque baptisé est consacré à Jésus comme prêtre. C’est-à-dire que les prières offertes à Dieu par un chrétien au cœur pur, dans un esprit de charité, sont semblables à des offrandes présentées par un prêtre à Dieu, afin de l’adorer et d’obtenir de lui, par sa grâce, sa miséricorde et sa vie éternelle. Et la plus belle offrande que nous puissions présenter à Dieu, c’est notre propre vie, par amour pour notre prochain.
 
Voyez donc, chers frères et sœurs, à quel point ce jour est important. Par notre communion au Corps et au Sang de Jésus, véritable Agneau pascal, nous sommes sauvés et sanctifiés en vue de la vie éternelle. Et par notre baptême, nous sommes consacrés au Christ prêtre pour pouvoir nous offrir avec lui par amour pour notre prochain. Il n’y a rien de plus beau ni de plus grand dans le monde qu’un chrétien : il est lui-même un agneau de Pâque.

jeudi 6 avril 2023

02 avril 2023 - MEMBREY - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année A

Mt 21, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Il y a deux manières de comprendre la montée de Jésus à Jérusalem, sous les acclamations de la foule.
 
La première est que Jésus se conforme à la liturgie du couronnement des rois d’Israël. Ceux-ci étaient d’abord sacrés avec de l’huile, près du Jourdain, avant de monter à Jérusalem, assis sur un âne. C’est bien ce que fait Jésus et qui inquiète fortement les autorités civiles et religieuses du pays. En effet, Jésus ici s’affirme comme le seul et vrai roi d’Israël.
 
La seconde manière de comprendre cette montée de Jésus est liée à l’accomplissement de la prophétie du prophète Daniel, où le Fils de l’Homme monte dans les cieux, acclamé par les anges après avoir vaincu les démons, pour s’asseoir sur son trône à la droite du Père. Par sa montée, Jésus montre donc aussi qu’il est lui-même le Fils de l’Homme, et qu’il annonce l’inauguration de son règne, ce qu’il fera en réalité au moment de l’Ascension.
 
Par conséquent, lorsque nous célébrons la liturgie de la procession des Rameaux, nous entrons dans cette double réalité : avec le Peuple de Dieu, la foule des fidèles chrétiens acclame Jésus, véritable roi d’Israël, mais surtout elle acclame aussi avec les anges et tous les saints le Fils de l’Homme, son Seigneur, qui va régner sur tout l’univers pour les siècles des siècles.

La liturgie n’est pas seulement un rappel du passé, elle est aussi une anticipation de l’avenir.
 
C’est pourquoi, avec tous les saints et tous les anges, acclamons dès maintenant avec joie Jésus, notre roi et notre Dieu !
 
 
Is 50,4-7 ; Ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Mt 26,14-27,66
 
Chers frères et sœurs,
 
La Passion de Jésus est un dévoilement.
 
Plus que jamais on est obligé de constater que les Écritures, que nous appelons l’Ancien Testament, annoncent Jésus, et que Jésus, par sa vie tout entière, réalise vraiment les prophéties des Écritures. À tel point qu’ils en sont inséparables, formant ainsi une seule Parole de Dieu.
 
Jésus avait été tenté par trois fois au désert, mais il avait surmonté les tentations. Et le diable lui avait fixé rendez-vous quand l’heure serait venue. Or, nous y voilà : la Passion est une succession de tentations. Jésus est tenté de fuir, à Gethsémani, et ne de pas vouloir donner sa vie par amour pour nous. Il est tenté au moment de son arrestation, par le glaive de Pierre. Mais il renonce à l’armée des anges. Il est tenté devant Caïphe : il lui suffirait de dire qu’il n’est pas le Fils de l’Homme prophétisé par Daniel. Mais il l’est vraiment. Il est encore tenté quand il est devant Pilate : ce serait si facile de désavouer ses accusateurs – Pilate n’attend que cela. Mais non : il est condamné. Il est tenté sur la croix alors qu’on l’appelle à manifester la puissance de sa divinité. Il pourrait bien sûr. Bien sûr qu’il pourrait ! Mais non, il choisit de demeurer dans notre faiblesse humaine, collé à nous jusqu’au bout : « Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu »… Il lutte jusqu’au dernier instant où le démon ne peut plus rien contre lui, lorsque Jésus, « poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit ».
 
Pierre aussi a été tenté par trois fois, et lui – au contraire – par trois fois il est tombé. L’homme est facilement gaillard, surtout devant les autres, mais seul devant les difficultés il s’aperçoit très vite qu’il n’est pas Dieu. Caïphe lui-même n’était pas fier quand il supplie Jésus : « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ! » Il faut le comprendre, pour lui aussi l’heure est dramatique. Mais n’est pas Jean-Baptiste qui veut : savoir reconnaître Jésus, c’est le don de Dieu. Et Pilate est tellement faible, tiraillé qu’il est entre les conseils de sa femme et les cris de la foule. Il finira par tout lâcher et condamner l’innocent. Mais les femmes se révèlent intuitivement plus fines et plus solides, finalement. Mystère de l’humanité où devant le Mystère de Dieu, le fort se révèle faible et le faible se révèle fort.
 
La Passion est un dévoilement. Dévoilement de Jésus, Dieu qui s’est fait homme, et dévoilement de l’homme pécheur qui se croyait Dieu, et qui – à cause de cela – a tant besoin d’être sauvé par l’amour de son Seigneur.

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