mardi 6 avril 2021

04 avril 2021 - VELLEXON - Vigile Pascale - Année B

Ex 14,15-15,1a ; Ct. Ex 13 ; Is 55,1-11 ; Ct. Is 12 ; Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mc 16,1-7
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous voici réunis avant l’aube pour fêter la résurrection de Jésus. Car c’est dans le mystère de la nuit que Dieu crée la vie, par mode de séparation ; et c’est à l’aurore que l’homme en perçoit les bienfaits.
 
Ainsi, c’est en la séparant des ténèbres que Dieu a créé la lumière et qu’il inaugura le temps, nous dit le Livre de la Genèse. C’est en le séparant des Égyptiens tyranniques que Dieu a créé son Peuple Israël, et qu’il lui donna la liberté, nous dit le livre de l’Exode. De même, c’est en le séparant de notre humanité marquée par la mort, que Dieu a créé l’humanité glorieuse de Jésus ressuscité, et qu’en lui il a inauguré une communion d’amour éternelle.
Et il en va de même pour les sacrements : c’est en les séparant du langage symbolique que Dieu a créé les sacrements, qui sont des événements créateurs réels, par lesquels il fait entrer les hommes dans sa communion d’amour éternelle. Ainsi un homme baptisé : en vertu du sacrement de baptême, déjà maintenant, est recréé lumineux, libre, ressuscité et glorieux, dans la communion d’amour éternelle de Dieu ; réellement et non pas symboliquement.
 
C’est ainsi, chers frères et sœurs, que la liturgie de l’Église n’est pas symbolique, mais sacramentelle. Elle ne vient pas des hommes, mais de Dieu : elle est une création de Dieu. Souvenons-nous des paroles de Jésus : « Vous ferez cela en mémoire de moi. » En entrant dans la liturgie, nous la laissons nous transformer, faisant de nous par le fait des fils et des filles de Dieu. Si au contraire nous réduisons la liturgie à un langage symbolique, modelable à souhait, alors elle n’entre plus – malheureusement – dans le plan créateur de Dieu, dans sa vérité, dans sa réalité. Elle redevient à terme ténèbres, esclavage et mort. La liturgie symbolique, c’est du Canada Dry, et cela n’a aucun intérêt pour qui veut vivre libre et être heureux.
 
Voilà pourquoi il convenait de célébrer la mort et la résurrection de Jésus durant la nuit, ainsi que la tradition de l’Église nous le demande. Car c’est dans la nuit que Jésus est resuscité : des ténèbres et de l’esclavage de la mort, il a fait resplendir la lumière de sa résurrection, et son extraordinaire liberté d’évoluer dans l’espace et le temps.
Paradoxalement, en raison du virus, cette année, nous célébrons vraiment la vigile pascale au moment où elle doit l’être : c’est-à-dire quand nous passons des ténèbres à la lumière. D’ailleurs, autrefois, du temps des premiers chrétiens, on veillait toute la nuit, en lisant des lectures, chantant des hymnes et des psaumes, en écoutant des enseignement, et alors que la nuit tirait à sa fin, on célébrait l’eucharistie, tournés vers le soleil levant en mémoire de la résurrection de Jésus.
 
Par la liturgie, nous nous retrouvons justement dans l’Évangile, en compagnie des saintes femmes qui vont au tombeau « de grand matin, le premier jour de la semaine » dit saint Marc ; « à l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine » dit saint Matthieu ; « le premier jour de la semaine, à la pointe de l’aurore » dit saint Luc, « le premier jour de la semaine, de grand matin ; c’était encore les ténèbres » dit saint Jean.
Nous y voilà : nous y sommes. Autour de nous, nous percevons la lumière du jour montante, nous sommes traversés par les frissons du matin, et pénétrés de son calme – surtout le dimanche, quand tout le monde dort – et nous voici grâce à la liturgie en communion avec Marie-Madeleine, Marie Mère de Jacques et Marie Salomé pour visiter l’église comme on visite le tombeau de Jésus. Et voilà qu’on y trouve proclamée par l’ange l’annonce du Christ ressuscité, et plus encore pour nous qui allons maintenant célébrer l’eucharistie : sa réelle présence.


vendredi 2 avril 2021

02 avril 2021 - VELLEXON - Vendredi Saint - Passion du Seigneur - Année B

 Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; Hb 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Il est impossible en quelques minutes de donner un commentaire de la Passion de Jésus. Je peux simplement donner quelques éclairages pour servir à votre méditation et à votre prière.
 
Hier j’avais établi un lien entre le vêtement de Jésus, signe de sa divinité et son rapport avec la tunique d’Aaron, la tunique du Grand Prêtre qui lui permet d’accomplir son office sacerdotal. Or il se trouve que l’Évangile évoque à nouveau ce vêtement, lorsque les soldats eurent crucifié Jésus : « Ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura » ». La tunique de Jésus était donc sans couture, tissée d’un seul fil, de haut en bas. C’est tout à fait exceptionnel. Or nous savons par l’historien juif Flavius Josèphe, qui vécut à l’époque de Jésus, que la tunique du Grand Prêtre avait justement pour caractéristique d’être tissée d’un seul fil. À travers ce détail, qui n’est évidemment pas un hasard, nous retrouvons cette affirmation de la lettre aux Hébreux : « En Jésus, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux. » Jésus est celui qui par l’offrande de lui-même nous a acquis le pardon : il est le Messie, le sauveur, le Rédempteur pour tous les hommes pécheurs.
 
Un autre détail donné par saint Jean fait tiquer les historiens. Nous le trouvons lorsque Nicodème vient aider Joseph d’Arimathie pour ensevelir Jésus : « Il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’enterrer les morts. » Le détail porte sur le poids des aromates : cent livres, c’est-à-dire environ 32 kilos. Cette quantité, pour un simple particulier – a fortiori pour un condamné au supplice de la croix – est évidemment démesurée. Mais elle correspond à celle qui convient pour la sépulture d’un roi.
On peut alors se souvenir que, lors des Rameaux, Jésus est monté à Jérusalem sur un ânon que personne n’avait jamais monté, et qu’il est enterré aujourd’hui dans un tombeau neuf : cela aussi convient à un roi. Nicodème et Joseph n’avaient pas oublié que Jésus était Nazoréen, c’est-à-dire un descendant du roi David. C’est ainsi que l’avait appelé Bartimée, l’aveugle de Jéricho : « Fils de David, aie pitié de moi ! » Et pour finir, Pilate avait fait inscrire sur sa croix : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs ». Jésus était de lignée royale.
Mais quelle était la royauté de Jésus ? C’était tout le problème, qui l’a conduit au tribunal et à la croix. Jusqu’à Jésus, et dans les pays qui ne sont pas chrétiens – et ils sont nombreux ! – la royauté est inséparablement politique et religieuse : naturellement, pouvoir et religion s’y mélangent. Avec Jésus au contraire, ils sont séparés ici-bas, car son règne n’est pas de ce monde. L’incompréhension de cette séparation entre politique et religion a conduit Jésus à la croix, et c’est justement par sa croix qu’il les a séparées. Il est d’ailleurs remarquable que Jésus ait été condamné d’un commun accord par les chefs de ces deux pouvoirs : Pilate et Caïphe. Mais à la fin, les rôles se sont inversés : le centurion de l’armée romaine confesse Jésus « fils de Dieu », tandis que les pieux Joseph et Nicodème l’ensevelissent comme un roi.
 
Finalement, chers frères et sœurs, Jésus est bien prêtre et roi. Il est le Messie sauveur et le roi d’Israël, fils de David, celui qui était annoncé par les prophètes et attendu par tout le peuple depuis si longtemps.
Mais il est prêtre et roi d’une manière inattendue : d’une manière que les hommes n’avaient pas imaginée. Par son sacerdoce, il nous ouvre le passage entre la terre et le ciel, et au ciel il siège, à la droite du Père, pour un règne éternel de communion, de joie et de paix. Voilà donc ce que Jésus a accompli aujourd’hui par sa croix, par amour pour nous.

 


01 avril 2021 - VELLEXON - Jeudi Saint - Cène du Seigneur - Année B

Ex 12,1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1Co 11,23-26 ; Jn 13,1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Si nous voulons comprendre ce qui s’est passé lors du lavement des pieds et ce qu’il signifie pour nous, il faut d’abord faire quelques observations.
 
La première concerne le vêtement de Jésus. Saint Jean nous dit : « Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture. » Ainsi donc, Jésus venant de Dieu, dépose le vêtement de sa divinité, pour revêtir le linge de notre humanité, afin de nous laver les pieds. Après avoir fait ce geste purificateur, Jésus peut à nouveau revêtir son vêtement, célébrer sa Pâque, et s’en retourner vers Dieu. Sa mission est accomplie : l’humanité est pardonnée et sanctifiée.
 
La seconde observation concerne le lavement des pieds : pourquoi fallait-il que Jésus lave plus particulièrement les pieds de ses Apôtres.
Les pieds, dans la mentalité des Hébreux, représentent le désir intime qui est en nous, qui se trouve – s’il est perverti – à la racine des péchés. C’est pourquoi Marie-Madeleine parfumant et séchant les pieds de Jésus, avec ses cheveux de surcroît, a provoqué un beau scandale ! Mais elle confessait-là son propre péché. En nettoyant les pieds de ses Apôtres, en revanche, Jésus les a purifiés de la perversion qui les conduit au péché. Il les a sanctifiés. C’est pourquoi Jésus a dit à saint Pierre : « Si je ne te lave pas, tu n’auras pas de part avec moi. »
Mais saint Pierre n’a pas compris : il demande aussi pour les mains et la tête. Jésus lui répond : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds : on est pur tout entier. » Cette parole est très curieuse car on ne voit pas comment les pieds pourraient être encore sales après avoir pris un bain…
Il y a deux explications, qui fonctionnent ensemble. La première est dans la suite de ce que je viens de dire : le bain purifie de tous les péchés, et le lavement des pieds de ce qui pousse à faire des péchés. Il ne suffit pas de couper les mauvaises herbes, il faut surtout les déraciner. C’est pourquoi Jésus veut plus particulièrement laver les pieds de ses Apôtres.
La seconde explication est tout aussi éclairante : avant d’aller au Temple pour la fête de la Pâque, les juifs devaient s’être entièrement purifiés : de la tête aux pieds. C’est ainsi qu’ils prenaient un bain dans les jours qui précédaient, puis, juste avant d’entrer dans le Temple, il se lavaient les pieds. Ainsi donc les Apôtres avaient déjà pris leur bain, mais – pour pouvoir célébrer la Pâque avec Jésus – il fallait maintenant que leurs pieds soient lavés.
 
Mais alors – troisième observation – dans quel Temple entrent-ils, puisqu’ils ne sont pas au Temple ? Remarquons que juste après avoir lavé les pieds de ses Apôtres, Jésus remet son vêtement pour pouvoir célébrer sa Pâque. Jésus fait là le geste du Grand Prêtre qui se revêt de la tunique d’Aaron, la tunique sacerdotale, pour pouvoir faire l’offrande du Grand Pardon dans le Saint des Saints, la grande célébration de Pâques. Ainsi, le cénacle où Jésus se trouve avec ses Apôtres est devenu le Temple, et lui-même est le Grand Prêtre qui offre le sacrifice de la Pâque pour le pardon des péchés.
Jésus demande à ses Apôtres de faire cela en mémoire de lui, c’est-à-dire d’offrir la Pâque, et de même à propos du lavement des pieds : il leur demande de se laver les pieds les uns des autres, comme lui-même a fait pour eux. C’est-à-dire qu’il les rend semblable à lui-même : il fait d’eux des prêtres capables de sanctifier les hommes et d’offrir le sacrifice pour le pardon des péchés. En leur demandant de faire ces gestes les uns pour les autres, il leur demande d’accepter de s’abaisser et de s’offrir, comme lui Jésus s’est abaissé et s’est offert pour eux, et d’accepter cela de l’un d’entre eux, comme Pierre l’a accepté de Jésus.
 
Au bout du compte, que pouvons-nous retenir de cet événement du lavement des pieds et du repas pascal de Jésus ? Voilà donc qu’il a fait de ses Apôtres des prêtres saints comme lui-même est saint, capables de sanctifier les hommes et d’offrir pour eux le sacrifice du pardon et d’action de grâce. Mais ce faisant, ayant fait d’eux un autre lui-même, il leur a dévoilé que leur chemin serait aussi celui qui est le sien : celui de la Passion ou du martyre, sous une forme ou sous une autre.

Voilà pourquoi, chers frères et sœurs, il nous revient de prier particulièrement aujourd’hui pour notre archevêque, successeur des Apôtres, revêtu de cette vocation si sainte de représenter Jésus sauveur parmi nous. Et par extension, de prier pour tous les prêtres, qui sont associés par l’ordination à celle de leur évêque. Que l’Esprit Saint les transforme et les assiste pour qu’ils soient de saints prêtres, selon le cœur de Dieu !



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