lundi 15 mars 2021

14 mars 2021 - GRAY - 4ème dimanche de Carême - Année B

2Chr 36,14-16.19-23 ; Ps 136 ; Ep 2,4-10 ; Jn 3,14-21
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons l’Eucharistie, nous écoutons la lecture des Écritures et de l’Évangile. Nous pouvons aussi le faire chez nous, lorsque nous ouvrons notre Bible personnelle. Nous nous mettons alors à l’écoute de la Parole de Dieu, qui se fait entendre dans notre intelligence et jusqu’à notre cœur. Il est très difficile de faire vraiment silence pour écouter ce que Dieu a à nous dire. Nous faisons souvent l’inverse en utilisant les Écritures et l’Évangile pour leur faire dire ce que nous voulons entendre, pour leur faire dire des choses que le Seigneur n’a pas dites.
 
Nous sommes alors un peu comme ces Hébreux qui multipliaient les infidélités à Dieu en imitant les abominations des nations païennes. Il est en effet plus facile de suivre les idées du monde plutôt que d’écouter la Parole de Dieu. C’est ainsi que – dit Jérémie – « ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem ». Si nous avons bien compris la leçon de dimanche dernier, la Maison du Seigneur, le Temple de Jérusalem, est une image du Corps du Christ, c’est-à-dire aussi de l’Église, qui est l’assemblée des saints de la terre et du Ciel. Ainsi donc, suivre les idées du monde plutôt que d’écouter la Parole de Dieu revient à porter la main sur le Corps du Christ, à attenter à la sainteté de son Église, le peuple de Dieu.
Le Seigneur, nous le voyons, s’afflige de cette fermeture des hommes à son égard. Il envoie des prophètes. Mais ceux-ci sont violemment rejetés : tournés en dérision, méprisés et moqués, parce qu’ils ne marchent pas selon l’esprit du monde. Saint Paul a eu des paroles pour dénoncer cela lorsqu’il écrivait à Timothée : « Un temps viendra où les gens ne supporteront plus l’enseignement de la saine doctrine ; mais, au gré de leurs caprices, ils iront se chercher une foule de maîtres pour calmer leur démangeaison d’entendre du nouveau. Ils refuseront d’entendre la vérité pour se tourner vers des récits mythologiques. » Et il l’encourageait à faire son travail d’évangélisateur : « Proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire. »
Nous avons entendu la suite de cette histoire : « Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu ». Le Peuple, ayant tout perdu, fut déporté à Babylone : ce fut l’Exil et l’entrée dans un nouvel esclavage. Alors le chant d’allégresse qui était celui des fidèles s’est éteint : « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? » Voilà à quoi aboutit celui qui n’écoute pas la Parole du Seigneur pour se mettre trop facilement à la remorque des idées à la mode : il perd tout, jusqu’à la joie de son cœur.
 
Heureusement, nous savons que le Seigneur, lui, est fidèle. Ainsi fait-il savoir au peuple déporté à Babylone qu’il y aura à nouveau une Maison du Seigneur à Jérusalem. Le Corps du Christ, après beaucoup de souffrances, peut bien mourir en croix, il va ressusciter glorieux. L’Église terrestre peut être réduite à un troupeau minuscule et méprisé, elle ne cesse jamais d’être dans l’éternité l’assemblée de tous les saints dans la communion d’amour de Dieu. Cela n’est pas notre œuvre, mais c’est l’œuvre de miséricorde du Seigneur. Comme dit saint Paul : « Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. » C’est ainsi que tous ceux qui sont en communion avec Jésus – dès maintenant ; tous ceux qui ont foi en Jésus, sont déjà sauvés : ils appartiennent à la lumière et non pas aux ténèbres de ceux qui se croient des lumières.
Et justement, avez-vous vu – chers frères et sœurs – l’inversion entre la chute de Jérusalem et la venue du Christ sauveur ? Dans le premier cas, Nabuchodonosor est venu porter à son comble l’apostasie du peuple en détruisant jusqu’à la Maison de Dieu. Dans le second Jésus est venu porter à son comble la foi des justes, en restaurant pour eux la Maison de Dieu, c’est-à-dire la communion de son amour.
 
Nous sommes en carême, chers frères et sœurs, et nous avons toujours devant les yeux les chemins possibles, et la liberté intérieure de faire les choix qui conduisent à la destruction et à la tristesse ou bien à la sainteté et au bonheur. C’est l’enseignement du premier psaume, qui a toujours été la première catéchèse des Juifs et des premiers chrétiens :

Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs, 
ne siège pas avec ceux qui ricanent, 
mais se plaît dans la loi du Seigneur 
et murmure sa loi jour et nuit ! 

Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau,
qui donne du fruit en son temps, 
et jamais son feuillage ne meurt ;
tout ce qu'il entreprend réussira,
tel n'est pas le sort des méchants.

Mais ils sont comme la paille balayée par le vent : 
au jugement, les méchants ne se lèveront pas,
ni les pécheurs au rassemblement des justes. 
Le Seigneur connaît le chemin des justes, 
mais le chemin des méchants se perdra.


mercredi 10 mars 2021

06-07 mars 2021 - LAVONCOURT - FRASNE-LE-CHATEAU - 3ème dimanche de Carême - Année B

Ex 20,13.7-8.12-17 ; Ps 18b ; 1Co 1,22-25 ; Jn 2,13-25
 
Chers frères et sœurs,
 
Pour Jésus, le Temple de Jérusalem est très important. Pour trois raisons.
 
Premièrement, parce qu’il s’agit de la Maison de son Père. En effet, dans le Temple habite la Présence de Dieu. C’est comme dans une Église : la présence de Dieu y habite, dans le Tabernacle. Il n’est donc pas acceptable que cette Maison sainte soit souillée par des trafics de toutes sortes. On ne peut pas faire n’importe quoi dans le Temple de Jérusalem, comme dans une Église : c’est un lieu saint, où réside Dieu.

Deuxièmement, le Temple de Jérusalem est très important pour Jésus parce qu’il est une image de lui-même. Jésus parle du Temple comme de son corps. Et en effet, dans son corps humain, qu’on voit, habite sa divinité, qu’on ne voit pas – sauf lors de la Transfiguration. Il n’est pas possible que le corps de Jésus soit souillé par des trafics, parce qu’en lui, il n’y a aucun péché. Car Jésus est Dieu et il est entièrement saint ; il est entièrement amour et lumière.

Troisièmement, le Temple de Jérusalem est très important pour Jésus parce qu’il est une image de l’Église, c’est-à-dire de nous tous, quand nous sommes rassemblés tous ensemble par l’Esprit Saint, en communion avec Jésus et avec Dieu notre Père et tous les saints. Jésus n’accepte pas que son Église soit souillée par le péché. Jésus la veut sainte et immaculée, comme la Sainte Vierge Marie. Et c’est pourquoi il chasse violemment tous les démons qui veulent s’y installer pour faire leurs trafics ; par exemple les démons de la division ou de la jalousie, qui abîment souvent la communion d’amour que nous formons.

Mais ce qui est vrai pour l’Église vaut aussi pour chacun d’entre nous, personnellement. Chacun de nous est comme un petit Temple de Jérusalem. Lorsque nous communions, nous recevons Jésus en nous : Jésus amour et lumière, Jésus saint, dont la présence n’est pas compatible avec les péchés que nous commettons. C’est pourquoi nous demandons toujours pardon à Dieu avant de communier : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole, et je serai guéri. »
 
Certains trouvent étonnant que Jésus chasse les marchands à coup de fouet, et ils retiennent de cette histoire que Dieu se montre violent. Et ils sont scandalisés. Parce qu’ils croient que Dieu est un « gros doudou qui excuse tout ». Mais pas du tout ! Dieu est comme un père ou une mère, qui ne peuvent pas supporter que quelqu’un fasse du mal à leur enfant. En effet, Dieu nous aime passionnément, et il ne peut pas supporter que nous soyons abîmés par le mal et le péché. Il chasse donc ce mal de nous avec force, et avec violence s’il le faut. Quand Dieu chasse le mal, il ne lui demande pas la permission : il le dégage. Dieu nous aime à l’infini.
 
Ainsi donc un homme pécheur, habité par mille tentations, mille péchés, n’est pas condamné par Dieu pour tous ces péchés : il est comme le Temple habité par mille marchands de bétail. Dieu déteste le péché, mais il aime toujours le pécheur. Aussi, quand il vient le visiter jusque dans les profondeurs de son cœur, il en chasse le mal. C’est ce que Jésus est venu faire sur la terre : aller jusqu’au cœur de l’homme pour en chasser le mal et le libérer de ses péchés. À Pâques, Jésus descend jusqu’au plus profond de la mort et des enfers, pour libérer ceux qui en sont captifs, leur pardonner et les ressusciter pour les faire revenir en Paradis. Ainsi, une fois que l’homme est libéré, tout son être redevient le Temple où habite la gloire de Dieu, sa lumière, son amour et sa paix, pour l’éternité.
 
Chers frères et sœurs, nous allons bientôt communier : sommes-nous prêts à recevoir Jésus dans le Temple de notre cœur ?
 
 
 


lundi 1 mars 2021

28 février 2021 - AUTREY-lès-GRAY - 2ème dimanche de Carême - Année B

Gn 22,1-2.9-13.15-18 ; Ps 115 ; Rm 8,31b-34 ; Mc 9,2-10
 
Chers frères et sœurs,
 
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Lorsque Jésus nous a enseigné cela, il nous a donné le secret de sa mort sur la croix. Ce secret, c’est l’amour que Dieu a pour nous, malgré tous nos péchés et nos faiblesses : Dieu est prêt à donner sa vie pour nous – et il l’a fait – pour que nous puissions entrer avec lui dans sa communion.
 
Cette communion a été rendue visible lorsque Jésus a été transfiguré, en compagnie de Moïse et Elie, Pierre, Jacques et Jean, mais aussi en présence du Père dont on entend la voix, et de l’Esprit Saint qui s’est manifesté par la lumière éclatante et par la nuée. Tous sont en communion les uns avec les autres, dans cette même gloire, dans ce même amour.
Lorsque nous ressusciterons, nous serons comme un apôtre de plus, sur cette montagne sainte. Mais il n’y a pas besoin d’attendre : si le Seigneur le veut, par son Esprit Saint, il peut déjà maintenant nous y faire participer. Car croyez-vous qu’à la Transfiguration Jésus ait changé, qu’il se soit allumé comme une ampoule ? Pas du tout. Jésus est le même à chaque instant : homme et Dieu. Ce qui a changé, c’est le regard des apôtres sur lui : l’Esprit Saint a ouvert leurs yeux et ils ont vu comment est Jésus réellement : il est toujours homme et Dieu, glorieux et plein d’amour, en communion avec tous les saints, ici représentés par Moïse et Elie. Ce que l’Esprit Saint a fait pour les apôtres, il peut aussi le faire aujourd’hui ou demain pour chacun d’entre nous.
Ainsi donc la communion a été rendue visible aux Apôtres. Ils y ont même participé. Il en a été ainsi pour que leur foi ne s’éteigne pas lors de la passion et de la mort de Jésus ; quand Jésus sera mené au sacrifice, comme un agneau, sur la croix, pour y donner sa vie.
 
Le propre de l’amour est de donner notre vie les uns pour les autres. Or donner sa vie, c’est l’offrir gratuitement. Mais c’est aussi, pour soi, d’une certaine manière, en faire le sacrifice. Nous retrouvons ici l’histoire d’Abraham et d’Isaac.
 
Au temps d’Abraham, la religion la plus répandue dans le pays imposait aux parents le sacrifice de leur fils premier-né, pour s’attirer les soi-disant bénédictions du dieu Baal. Les sacrifices humains offerts à une idole, dans l’espérance d’une assurance-vie meilleure, étaient pour la plupart des gens un passage obligé.
Notre Dieu est opposé à cette pratique. Il avait pourtant demandé cela à Abraham, dans un premier temps. Mais c’était une épreuve : « Parce que tu as fait cela, parce que tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique, je te comblerai de bénédictions » Le geste d’Abraham a été arrêté, mais dans son cœur, il avait déjà accompli le sacrifice d’Isaac, parce qu’il aimait Dieu, parce qu’il lui obéissait et qu’il avait foi en lui, malgré tout, malgré l’énormité de cette demande. Par cette épreuve, Dieu a appris à Abraham que les sacrifices du cœur, par amour, sont bien plus importants à ses yeux, et bien plus efficaces, que des sacrifices humains, même de son fils le plus chéri, de son « fils unique ».
Or voyez-vous, chers frères et sœurs, lorsqu’on a traduit « fils unique » de l’hébreu en grec on l’a d’abord traduit par « fils bien-aimé ». Il y a donc un rapport entre Isaac, « fils unique » d’Abraham, et Jésus, « fils bien-aimé » de Dieu. Sauf que le premier a été sauvé, et Dieu a donné un bélier pour le remplacer, tandis que le second – Jésus – est bien mort sur la croix. Là il n’y a eu ni ange pour le sauver, ni bélier pour le remplacer. Et en effet, parce que le bélier, ou l’agneau, qui a remplacé Isaac, c’est Jésus. Pour remplacer Isaac, fils d’homme, Dieu a donné Jésus, fils de Dieu, Agneau de Dieu.
Voyez-vous chers frères et sœurs, Dieu nous aime tellement qu’il nous donne tout jusqu’à son fils bien-aimé – son fils unique – pour nous sauver, nous pardonner et nous ramener dans sa communion d’amour. Ce que Dieu n’a pas accepté d’Abraham, il l’a fait lui-même pour nous. Avec une nuance importante : Jésus est mort, non pas de la main de son Père, mais de la main des hommes sous les yeux de son Père, car le Dieu d’amour ne peut pas tuer par amour. Mais il peut ressusciter par amour, ce qu’Abraham ne pouvait pas faire. Parce que seul l’amour de Dieu est plus fort que la mort.
 
Comme Isaac, Jésus a accepté librement ce chemin de croix – c’était à Gethsémani : « Père non pas ma volonté, mais la tienne ». Car il savait que cette volonté était de nous rétablir dans sa communion d’amour. Non seulement Jésus avait foi dans son Père, mais il l’aimait et il nous aimait aussi, comme il nous l’a dit : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Et il l’a fait.

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