dimanche 8 novembre 2026

08 novembre 2026 - GRAY - 32ème dimanche TO - Année A

 Sg 6, 12-16 ; Ps 62 ; 1 Th 4, 13-18 ; Mt 25, 1-13
 
Chers frères et sœurs,
 
Après avoir donné de nombreux enseignements dans le Temple, Jésus en est sorti et, depuis le Mont des Oliviers, il l’observe. C’est là qu’il annonce à ses disciples qu’il n’en restera pas pierre sur pierre. Il s’ensuit une question sur le moment de la venue de Jésus et de la fin du monde. Jésus y répond par de nombreuses paraboles, dont celle des dix vierges, ayant pour même conclusion : « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. »
La parabole des dix vierges est propre à l’évangile de Matthieu ; elle a donc un goût particulier qu’il s’agit de retrouver pour en apprécier toute la saveur. Je vais essayer de vous en donner quelques clés de compréhension, afin que nous puissions chacun y trouver de quoi nourrir notre foi et nous tenir éveillés dans l’attente de la venue de Jésus.
En première lecture, nous comprenons facilement que nous avons tout intérêt à nous comporter comme les jeunes filles prévoyantes, en nous préparant une réserve de flacons d’huile ; et d’autre part, nous pouvons aussi penser qu’elles ne sont pas très sympas de ne pas avoir partagé leur huile avec leurs sœurs insouciantes, et plus encore que l’époux est vraiment dur avec ces dernières, puisqu’il leur interdit l’entrée dans la salle des noces. La question se pose alors : mais qu’elle est cette huile, si précieuse, dont parle Jésus ?
 
Nous ne pouvons pas comprendre la signification de l’huile et du sens de la parabole si nous ne prenons pas un peu de hauteur. De quoi cette parabole parle-t-elle en réalité ? Il y a au moins un élément évident que nous pouvons tous comprendre : celui du sommeil. Il s’agit du sommeil de la mort. Par conséquent, tout ce qui se passe avant, se passe durant la vie présente ; et ce qui se passe après –  c’est-à-dire à partir du moment où on entend le cri : « Voici l’époux : sortez à sa rencontre » – c’est le temps de la résurrection, du jugement et de la vie éternelle. D’ailleurs, la salle des noces, c’est le Paradis nouveau, où l’on se trouve réunis, dans la joie, la paix, et la lumière bien sûr !, c’est-à-dire dans la vie éternelle.
 
Revenons au moment de la résurrection et du jugement : certaines jeunes filles ont de l’huile en réserve dans des flacons qu’elles ont préparés du temps de leur vie terrestre ; et d’autres voient leur lampe s’éteindre. Les premières ont dans leur main un trésor, quand les autres n’ont plus rien. Voyons ce que disent les évangélistes et les apôtres d’un trésor dont on pourrait bénéficier au moment du jugement.
Voici d’abord quelques paroles de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » ou « Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur. » L’huile dont il est ici question est en rapport avec la suite de Jésus, l’imitation de Jésus, et c’est une question de cœur.
Saint Paul, dans son Hymne à la charité, nous dit quelque chose de semblable : « L’amour prend patience ; l’amour rend service ; l’amour ne jalouse pas ; il ne se vante pas, ne se gonfle pas d’orgueil ; il ne fait rien d’inconvenant ; il ne cherche pas son intérêt ; il ne s’emporte pas ; il n’entretient pas de rancune ; il ne se réjouit pas de ce qui est injuste, mais il trouve sa joie dans ce qui est vrai ; il supporte tout, il fait confiance en tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne passera jamais. » ; et plus loin : « Les prophéties seront dépassées, le don des langues cessera, la connaissance actuelle sera dépassée. En effet, notre connaissance est partielle, nos prophéties sont partielles. Quand viendra l’achèvement, ce qui est partiel sera dépassé. […] Ce qui demeure aujourd’hui, c’est la foi, l’espérance et la charité ; mais la plus grande des trois, c’est la charité. » Voilà chers frères et sœurs, pour saint Paul, l’huile, c’est la foi, l’espérance, et surtout la charité : l’amour de Dieu et du prochain.
Par conséquent, les jeunes filles prévoyantes sont celles qui durant leur vie, par leurs œuvres de charité, par leur vie sainte à l’imitation de Jésus, ont accumulé le trésor précieux de l’huile – dans des vases d’argile peut-être – mais qui sera à leur bénéfice dans le royaume des cieux. Tandis que les insouciantes, comme leur nom l’indique, elles ont vécu leur vie terrestre en profitant du temps présent. Elles ont peut-être gagné de l’argent, dont on leur suggère d’user pour acheter… de la charité – quelle ironie… ! Peut-on acheter de l’amour ? C’est impossible, évidemment. Et c’est ainsi que leur situation est désespérée. Nous en sommes attristés : comment comprendre que l’époux, ou Jésus, ne leur fait pas miséricorde ?
 
Pour comprendre cela, nous devons tout d’abord noter qu’il s’agit de dix jeunes filles qui sont toutes pareillement filles de Dieu. Elles sont, au départ, dix vierges saintes : elles partagent toutes la même invitation, la même vocation, le même service, la même dignité. D’ailleurs elles sont dix comme il y a dix commandements dans la Loi donnée par Dieu à Moïse. Dix est le chiffre de Jésus – le yod en hébreu – le chiffre de la Parole de Dieu. Ces dix jeunes filles sont donc chacune un rayon de la grâce de Dieu. Dans certains commentaires anciens, elles reçoivent chacune un nom : « foi, amour, joie, paix et espérance » pour les cinq premières, et « intelligence, connaissance, obéissance, patience et miséricorde » pour les cinq suivantes. Les premières ont répondu à leur vocation : elles ont vécu sur terre selon leur nom, et c’est ainsi qu’elles ont rempli leurs vases d’huile. Mais les secondes en se détournant de l’amour de Dieu et de l’obéissance à sa Parole, elles ont renoncé à leur vocation ; elles ont trahi leur nom. Elles étaient anges, elles se sont transformées en démons. Et c’est exactement la raison pour laquelle l’époux, ou Jésus, est si dur avec elles. Il n’y a pas de place pour le mal dans le Royaume des cieux.
 
Voilà, chers frères et sœurs, ce qu’il en est des dix jeunes filles, comme de dix anges de Dieu, comme de dix baptisés qui ont reçu la Parole de Dieu et qui la font fructifier en vue du Royaume, ou qui l’enterrent. Et pour finir, réfléchissez un peu à la signification liturgique des enfants de chœur porte-cierge, qui accompagnent le prêtre en procession jusqu’au sanctuaire. Là se trouvent la salle des noces et les réjouissances de la vie éternelle. 

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