dimanche 1 novembre 2026

01 novembre 2026 - DAMPIERRE - Solennité de Tous les saints - Année A

Ap 7, 2-4.9-14 ; Ps 23 ; 1 Jn 3, 1-3 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Avez-vous remarqué que le psaume et l’Apocalypse, l’Ancien et le Nouveau Testament, évoquent la même réalité céleste ? Il est question de monter sur une montagne sainte ou bien auprès du Trône de Dieu ; on s’y tient le cœur pur, les mains innocentes, ou bien marqué du sceau du baptême, revêtu d’une robe blanche ; là le Seigneur Dieu donne sa bénédiction, sa justice ; il est Dieu de gloire et de sagesse, de puissance et de force. Autour de lui se trouve le peuple de ceux qui le cherchent, mais aussi les Anciens et les Vivants, tous les anges et les martyrs.
Cette vision de la réalité céleste est typique d’une vision prophétique. C’est en ayant cette vision qu’un homme devient prophète, qu’il peut ensuite parler et agir au nom de Dieu, puisque Dieu a illuminé son cœur, son intelligence, et l’a rempli de justice, de la force de son Esprit Saint. Ainsi Moïse, Ezéchiel et bien d’autres, sont devenus prophètes.
 
Si on a bien compris cela, l’évangile d’aujourd’hui – celui des Béatitudes – prend une coloration toute particulière. En effet, nous y retrouvons la montagne en haut de laquelle Jésus s’assied. Il est entouré de ses disciples comme Dieu sur son trône était entouré des Anciens. Là Jésus ouvre la bouche : son enseignement a la même valeur et la même puissance qu’au Sinaï ou que dans une vision prophétique. En donnant son enseignement, il illumine l’intelligence de ses disciples et par sa bénédiction « Heureux êtes-vous… ; Réjouissez-vous… » il leur donne la puissance de l’Esprit.
En somme, Jésus fait de ses disciples des prophètes. Et c’est bien pourquoi il termine son discours en disant : « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! C’est ainsi qu’on a persécuté les prophètes qui vous ont précédés. » Je me demande encore pourquoi les liturgistes ont supprimé la dernière phrase, qui fait mention des « prophètes qui vous ont précédés » : c’est la clé de la compréhension du discours de Jésus… ! Jésus fait de ses disciples des prophètes.
 
On pourrait se dire : « Ils ont bien de la chance, les disciples, d’avoir été avec Jésus sur la montagne, et de devenir des prophètes ! » C’est sûr, mais nous, nous avons encore plus de chance qu’eux. Nous aussi, nous sommes prophètes. C’est la liturgie qui nous l’apprend.
Nous sommes venus dans l’église comme on vient sur la montagne. Et pour bien signifier cela, l’autel de Dieu, le trône de Dieu, se trouve élevé dans le chœur de l’église et sur des marches. Tout le rituel liturgique, comme les bougies, l’encens, les vêtements, le chant... signifient que ce que nous voyons ne sont pas des réalités terrestres mais des réalités célestes. La liturgie dévoile les réalités du ciel sur la terre ici et maintenant. Par la proclamation de l’Évangile, nous sommes en présence du Seigneur et de son enseignement – et nous recevons le même que celui qui fut reçu par les disciples sur la montagne ; et c’est aussi le même enseignement reçu par saint Jean, ou par le roi David, le rédacteur traditionnel des psaumes : le roi-prophète. Sur la montagne se présentaient ceux qui avaient le cœur pur ou qui étaient revêtus du vêtement blanc. Nous aussi, au début de la messe nous nous repentons de nos péchés pour purifier nos cœurs, et nous nous souvenons que nous avons été revêtus du vêtement blanc du baptême.
La messe, chers frères et sœurs, fait de nous des prophètes. Nous n’en repartons pas sans avoir reçu la bénédiction du Seigneur, et plus encore : sa communion qui nourrit notre âme et notre corps, le rayon de lumière divine qui illumine notre esprit et nous donne la paix.
 
Dans son discours sur la montagne, Jésus a dressé le portrait-robot d’un prophète. Ce portrait est en même temps et d’abord le sien. Car un prophète ressemble toujours à Jésus d’une manière ou d’une autre.
Et voici ce qu’il dit : ils sont bénis de Dieu ceux qui sont innocents comme des agneaux ; ceux qui font pénitence et se repentent pour les péchés du monde, attendant l’Esprit consolateur ; ceux qui, délivrés de tout orgueil, ne sont qu’humilité : le sanctuaire céleste leur est ouvert. De tout leur être, ils aspirent à la Justice de Dieu, c’est-à-dire à sa Vie éternelle, et ils la reçoivent en nourriture. Pratiquant la miséricorde envers le prochain, ils sont objets de la miséricorde de Dieu ; l’intelligence purifiée, ils ont la vision de Dieu et de ses mystères. Ils peuvent alors coopérer à son œuvre de paix, comme de vrais fils de Dieu. Mais, incompris des hommes, leur témoignage les conduit au martyre, faisant ainsi offrande de leur vie pour le Royaume des cieux.
Ainsi fut Jésus parmi nous ; ainsi furent les prophètes et les Apôtres, et chacun à leur manière tous les saints et les saintes de Dieu. Et nous aussi, aujourd’hui.

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