Sg
3, 1-6.9 ; Ps 26 ; 1 Co 15, 51-57 ; Jn 6, 37-40
Chers
frères et sœurs,
La
première lecture, extraite du Livre de la Sagesse, nous rappelle que
notre foi, comme celle des Juifs, nous assure que notre Dieu fera justice à
tous ceux qui durant leur vie lui seront restés fidèles : « Qui
met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront,
dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il
visitera ses élus. »
Justement,
le psaume est le chant d’espérance de celui qui a cette foi, jusque dans
les grandes épreuves ; il crie : « Écoute, Seigneur, je
t’appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! » Mais aussitôt il
ajoute, faisant un acte de foi : « j’en suis sûr, je verrai les
bontés du Seigneur sur la terre des vivants », et il s’encourage dans
sa prière : « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ;
espère le Seigneur. » C’est bien une caractéristique des chrétiens que
de prier la nuit, et d’être ainsi comme une lumière d’espérance dans
l’obscurité, comme une bougie qui claire dans une église.
Il
est vrai, et saint Paul nous l’affirme dans sa Lettre aux Corinthiens,
que « tous nous serons transformés, et cela en un instant, en un clin
d’œil, quand à la fin, la trompette retentira. » Saint Paul évoque ici
la résurrection.
Avez-vous
observé qu’entre le moment présent et celui de la résurrection, il n’y a que le
temps d’un clin d’œil ? Dans nos vies, passer de l’obscurité à la lumière,
peut – avec la grâce de Dieu – ne prendre qu’une demi-seconde. C’est ce qui est
arrivé à Paul, sur le chemin de Damas. Avant, il était persécuteur de
chrétiens ; après, il était Apôtre du Seigneur Jésus. Le même Paul ;
le même chemin, mais entre les deux il y a eu le temps d’un clin d’œil :
« Qui es-tu Seigneur ? – Je suis Jésus, celui que tu
persécutes. » Et voilà. On pourrait dire qu’il y a un mur ou un abîme
entre notre monde et celui de la résurrection. En fait, il n’y a rien qu’un
voile ténu à retirer, par un souffle de vie éternelle. Deux fois rien qui
change tout.
Paul,
qui est un juif pieux, connaissait cette parole de Dieu, transmise par le
prophète Isaïe : « [le Seigneur] fera disparaître le voile de
deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les
nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera
les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera
l’humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé. » Et celle-ci
transmise par le prophète Osée : « Vais-je les libérer de
l’emprise des enfers, les racheter de la mort ? Mort, où est ta pestilence ?
Enfers, où est votre fléau ? » Oui, le Seigneur sauve, c’est
d’ailleurs la signification exacte du nom de Jésus : « le Seigneur
sauve » ; il nous sauve en nous dévoilant de la mort, et nous
transformant – en un clin d’œil – dans sa propre résurrection. Il nous fait
entrer dans sa lumière pour la vie éternelle.
Lorsque,
maintenant, nous écoutons Jésus nous dire : « la volonté de Celui
qui m’a envoyé est que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je
les ressuscite au dernier jour », cela nous réconforte car Jésus parle
comme le Livre de la Sagesse, le Psaume et saint Paul quand il s’adresse aux
Corinthiens. Et nous pensons au dernier jour. Comme nous sommes tous
culturellement des fils et des filles de saint Augustin, nous pensons
immédiatement au péché, au jugement, au paradis et à l’enfer, et notre
espérance est comme voilée par une ombre d’inquiétude : et si mon péché
était plus fort que sa grâce… ?
Mais,
chers frères et sœurs, le danger est de lire cet extrait de l’évangile de Jean
en dehors de son contexte. Au moment où il dit cela, Jésus vient de faire la
multiplication des pains et il est en train d’expliquer aux foules :
« Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel » ; « Je
suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui
croit en moi n’aura jamais soif. » Il ne dit pas « celui qui
vient à moi » au ciel ou au dernier jour, mais « celui qui
vient à moi » maintenant, pour communier. Jésus est descendu du
ciel ; il s’est fait chair ; il s’est fait pain ; pour que celui
qui vient communier en voyant que cette Hostie c’est Jésus, et en croyant
qu’elle est Jésus, il ait la vie éternelle – maintenant. À celui-là Jésus
promet qu’il le ressuscitera au dernier jour. Et il lui promet deux fois :
« Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et
croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier
jour. »
Le
clin d’œil dont parlait saint Paul, chers frères et sœurs, c’est quand on
communie : on passe d’un monde à l’autre, des ténèbres à la lumière, de
notre pauvre vie à la vie éternelle, ici et maintenant. C’est le don de l’amour
de Dieu pour nous. On peut alors relire – un peu différemment – cette
phrase du Livre de la Sagesse : « Qui met en lui sa foi
comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de
lui. »