jeudi 30 mai 2019

30 mai 2019 - CHARGEY-lès-GRAY - Ascension du Seigneur - Année C


Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; Hb 9,24-28 ; 10,19-23 ; Lc 24,46-53

Chers frères et sœurs,

Nous fêtons aujourd’hui, quarante jours après Pâques, l’ascension de Jésus au ciel, près de son Père. Des questions se posent : quelle réalité ? Quelle signification pour Jésus et pour nous ?

Saint Luc dédicace son deuxième livre, les Actes des Apôtres, à un certain Théophile. Déjà, il avait dédié son premier livre – l’Évangile selon saint Luc – à ce même Théophile, qu’il avait qualifié d’« Excellent ». Il s’agit là d’un titre honorifique réservé, dans l’Antiquité, aux personnages importants. Beaucoup ont pensé que Théophile – qui veut dire « ami de Dieu » – était un nom symbolique, dans lequel tous pouvaient se reconnaître. C’est possible, mais les études montrent qu’il s’agit bien d’un véritable interlocuteur, probablement un personnage important qui habite à Antioche. S’il s’agit bien de lui, après sa conversion, il a offert sa maison pour qu’elle devienne la première église de la ville.

Chers frères et sœurs, si j’ai attiré votre attention sur Théophile c’est parce que le regard que nous portons sur le début des Actes des Apôtres est décisif : il commande tout le reste.

Si nous pensons que saint Luc a écrit un texte symbolique, alors on est porté à croire que l’ascension de Jésus est une fiction, qui voudrait simplement signifier que Jésus, après sa mort, est entré dans la gloire du ciel. Ceux qui suivent cette interprétation symbolique, très logiquement, ne croient pas aux apparitions. Et ils ne sont pas loin de penser que Jésus n’est pas vraiment ressuscité, en tous cas pas dans sa chair.
Au contraire, si nous considérons que saint Luc s’est adressé à un personnage réel, alors il n’a pas eu du tout intérêt à lui avoir raconté des fables, mais bien plutôt à lui avoir dit la vérité. Et dans ce cas, nous devons prendre les informations des Actes au sérieux : à savoir que c’est bien aux Apôtres que Jésus « s’est présenté vivant après sa Passion » ; et qu’« il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu ». Il s’agit là de la foi des chrétiens qui est fondée sur la résurrection de Jésus, dont les Apôtres ont affirmé la réalité, parce qu’ils ont été les témoins des apparitions de Jésus, dans sa chair.

« Dans sa chair ». Le problème est exactement là. Si Jésus, qui est Dieu, ne s’est pas réellement fait chair et n’est pas réellement ressuscité dans sa chair, alors il n’y a pas d’espérance pour nous, qui sommes chair, d’accéder à la gloire de Dieu.
Mais au contraire, comme l’a dit saint Irénée en une phrase : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu ». C’est cela la Bonne Nouvelle, l’Évangile : par sa résurrection et son ascension, Jésus nous a ouvert et nous a donné accès, par la communion avec lui – à nous qui sommes chair – à la gloire de Dieu.

Nous nous sommes réjouis, à l’Annonciation, de la venue de Dieu qui s’est fait homme en Marie, par l’action de l’Esprit Saint. L’Ascension est exactement le miroir de l’Annonciation : par l’action de l’Esprit Saint – c’est-à-dire la nuée qui soustrait Jésus aux yeux des Apôtres – Jésus devenu homme est revenu dans la gloire de Dieu. Mais avec une différence : c’est que Jésus est revenu dans la gloire avec son humanité, avec sa chair – c’est-à-dire avec nous. Il nous a ramené à Dieu comme le Bon berger a ramené la brebis perdue, sur ses épaules. Voilà donc la fête de l’Ascension.

Chers frères et sœurs, ne tombons pas, à l’inverse dans les clichés. Jésus ressuscité, apparu à ses Apôtres dans sa chair, n’est pas monté au ciel comme une fusée. De la même manière qu’il est apparu à de nombreuses reprises, il a aussi disparu, comme lors de son repas avec les disciples d’Emmaüs. L’Ascension correspond à l’ultime apparition de Jésus, au bout de quarante jours, et donc à sa dernière disparition, avant de revenir dans la gloire. Tout simplement.

Maintenant les disciples se retrouvent un peu écartelés pendant dix jours, entre l’absence de Jésus d’une part, et le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte d’autre part. Durant ce temps ils veillent : ils prient et ils attendent le don de Dieu. Méditons bien sur ce temps de dix jours, car il ressemble beaucoup au temps que nous-mêmes nous vivons : le temps de l’Église, qui se souvient de Jésus et qui attend son retour en priant.



lundi 27 mai 2019

25-26 mai 2019 - LARRET - ANGIREY - 6ème dimanche de Pâques - Année C


Ac 15,1-2.22-29 ; Ps 66 ; Ap 21,10-14.22-23 ; Jn 14,23-29

Chers frères et sœurs,

Si nous voulons comprendre l’enseignement que Jésus nous donne aujourd’hui, il nous faut bien sûr l’assistance de l’Esprit Saint, mais il nous faut aussi d’abord replacer le texte de l’évangile dans son contexte.

Jésus donne donc cet enseignement durant son dernier repas, avec ses Apôtres, le Jeudi Saint, avant sa Passion. Juste avant le passage que nous avons lu, il leur explique qu’il va partir, mais qu’il leur enverra un autre défenseur, l’Esprit-Saint, qui sera avec eux pour l’éternité, et qui demeurera en eux. Cet Esprit, dit Jésus, « le monde ne peut le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ». Il ajoute que le monde ne le verra donc plus, mais que eux, les Apôtres, le reverront parce que, dit Jésus, « je vis et vous vivrez ». C’est-à-dire, que Jésus leur apparaîtra vivant et qu’ils le verront, parce qu’à ce moment, ils seront en communion avec lui, ils seront « vivants ». Et Jésus ajoute que ce sont ceux qui gardent ses commandements et qui l’aiment, qui le verront.

C’est alors qu’il est interrompu par l’Apôtre Jude, qui l’interroge : « Pourquoi dois-tu te manifester à nous et non pas au monde ? ». La question est pertinente, et elle a été posée à de nombreuses reprises ensuite par des incroyants : si Jésus avait voulu prouver sa résurrection, pourquoi n’est-il donc pas apparu à la foule de Jérusalem, aux grands prêtres, à Pilate… ? C’est trop facile de n’apparaître qu’à ses propres disciples, et cela fragilise leur témoignage ! Et c’est donc à cette question que Jésus répond maintenant, dans l’évangile que nous avons entendu aujourd’hui. Il répond en trois temps.

Dans un premier temps, Jésus réexplique les propos qu’il vient juste de tenir. Le problème est que celui qui n’aime pas Jésus, ne peut pas garder ses paroles, et donc n’est pas en capacité de le recevoir et de le reconnaître ressuscité. Cela ne sert donc à rien de chercher à se manifester à la foule de Jérusalem, aux grands-prêtres, à Pilate… ils ne peuvent pas reconnaître Jésus ressuscité, parce qu’ils ne l’aiment pas.
Au contraire, celui qui aime Jésus, garde plus facilement sa parole, qui vient de son Père. Cela réjouit le Père, et celui-ci vient alors habiter, avec Jésus, dans son cœur. C’est la communion. Alors, celui qui aime et qui est en communion avec Dieu, a la capacité de voir Jésus ressuscité et de le reconnaître.

Le problème devient donc : comment aimer Jésus et garder sa parole ? C’est la raison pour laquelle Jésus va envoyer l’Esprit Saint, qui « vous enseignera tout, et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit ». Pour nous concrètement, nous voyons l’Esprit Saint à l’œuvre dans l’Église, quand elle nous transmet l’Évangile. L’Église, c’est l’Esprit Saint en actes, qui agit pour que Jésus soit aimé et ses paroles connues et mises en pratique.
On imagine facilement l’inquiétude des disciples, car ils ont bien compris que c’était eux l’Église, ceux qui sont chargés d’aimer et de faire aimer Jésus. Jésus a beau leur dire qu’il leur laisse la paix et leur donne sa paix, ils sont effrayés, car ils ne comprennent pas. Ils ont bien compris que Jésus allait partir, mais ils n’ont pas compris comment il allait revenir. Ils ne savent pas encore ce que c’est que de voir Jésus ressuscité. Et ils ne pourront le comprendre que quand Jésus apparaitra vivant devant eux. C’est comme pour nous aujourd’hui : Jésus est en train de leur apprendre et de nous apprendre ce que c’est que d’avoir la foi : aimer Jésus et garder ses paroles en attendant qu’il revienne.

Et c’est là que, troisième temps, Jésus annonce à ses Apôtres qu’il va solidifier leur foi : « Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi lorsqu’elles arriveront, vous croirez ». Toutes ces paroles incompréhensibles avant la résurrection de Jésus, deviennent évidentes dès lors que Jésus ressuscité apparaît devant eux. Ce sera exactement pareil pour nous. Aujourd’hui, il nous faut nous appuyer sur la foi pour aimer Jésus, garder sa parole et ses commandements, mais lorsque nous serons ressuscités et vivants dans la communion des saints, alors nous verrons que tout ce qu’il avait dit était vrai. La différence entre les Apôtres et nous, c’est qu’ils ont une apparition d’avance. Pour encourager notre foi et notre amour pour Jésus, nous avons leur témoignage. Pierre et Paul sont morts martyrs pour que nous ayons l’assurance que leur témoignage est vrai et que nous pouvons aimer Jésus avec confiance, pour le voir à notre tour, quand l’heure viendra. Alors nous serons remplis de joie.

samedi 25 mai 2019

24 mai 2019 - CHARCENNE - Obsèques de M. Pierre MARCEL


1Co 15,51-54.57 ; Ps 22 ; Mt 5,1-12a

Chère Bernadette, Chers frères et sœurs, chers amis,

L’Évangile des Béatitudes est celui que nous proclamons pour la fête de la Toussaint, la fête de tous les saints. Et ceci à raison, car, par cet enseignement, Jésus nous apprend au moins trois choses.
La première est qu’à travers les Béatitudes, Jésus nous révèle son vrai visage, qui est aussi celui de son Père : le visage de Dieu. Dieu est pauvre de cœur, c’est-à-dire innocent ; il pleure sur les péchés et les souffrances des hommes ; il est doux ; il a faim et soif de justice, c’est-à-dire de vérité. Mais il fait aussi miséricorde. Dieu a le cœur pur ; il est artisan de paix, et pourtant il est persécuté pour la justice, c’est-à-dire pour l’amour qui rend juste. Il est aussi bien sûr celui qui a été insulté et persécuté, jusqu’à en mourir sur une croix, avant de ressusciter. Ainsi, par les Béatitudes, Jésus dévoile qui il est vraiment, et qui est aussi Dieu notre Père.
Mais, puisque les Béatitudes évoquent successivement différentes catégories de personnes, à qui sont promis le Royaume des Cieux, la consolation, la vision de Dieu, l’adoption comme fils de Dieu, il faut aussi comprendre – et c’est le deuxième enseignement – que nous les hommes, nous sommes tous concernés par ces Béatitudes et par leurs promesses. Car nous sommes appelés à vivre chacun une ou plusieurs d’entre-elles. Ainsi, par exemple, il y a au moins une béatitude qui correspond plus particulièrement à Pierre, à sa personnalité, à son âme.
Et c’est ainsi que – troisième enseignement – un saint ou une sainte sont des personnes qui partagent avec Jésus une ou plusieurs béatitudes, avec une plus grande intensité de ressemblance. Elles marquent une communion avec lui. Si donc nous pensons que Pierre est un cœur pur, alors il partage avec Jésus ce trait de personnalité et, comme lui, il est appelé à avoir la vision de Dieu. Et c’est là son caractère de sainteté. Par les Béatitudes, nous savons – comme dirait un chanteur célèbre – que « nous avons tous en nous, quelque chose de Jésus-Christ ».

Justement, il ne faut pas avoir longtemps fréquenté Pierre pour s’être rapidement rendu compte qu’il était un homme heureux. On garde facilement de lui l’image d’un homme au visage souriant – sérieux, peut-être pas toujours facile, mais souriant. Et sa famille a voulu souligner « la joie de vivre qui le caractérisait ». Quel était donc le secret de cette joie, qui irriguait sa vie ?
Quelques aspects évidents de sa vie quotidienne nous apportent une réponse : d’abord Pierre était fidèle au Bon Dieu, et c’est avec joie qu’il participait chaque dimanche et fête à la messe, tantôt comme sacristain, tantôt dans la chorale, tantôt – avec un brin de fierté – comme lecteur, comme dimanche dernier, à Dampierre. Pierre était aussi fidèle à Bernadette, bien sûr, et il est facile de retrouver sur Internet la magnifique photo de leurs noces d’or, parue dans l’Est Républicain en avril 2014. Il était aussi fidèle à sa grande famille, dont il était si fier, et fidèle aux camarades d’Afrique du Nord, comme à tant d’autres amis. Il était enfin fidèle à la formation professionnelle riche et exigeante qu’il avait reçue, qui lui a permis de développer ses talents. Elle a fait de lui un travailleur avisé, dévoué et infatigable. Un homme de confiance. Au fond, c’était tout simple : toutes ces fidélités n’étaient-elles pas le secret de sa joie ?

En fait, il y a peut-être quelque chose de plus, et je terminerai par un témoignage plus personnel. Lorsqu’il a été question que je vienne m’installer à Notre-Dame de Leffond, Pierre m’a naturellement fait visiter les lieux, en commençant par la chapelle. Là, il m’a expliqué qu’à chaque fois qu’il venait, il sonnait la cloche, et joignant le geste à la parole, il tirait de bon cœur sur la tringle. Il sonnait pour Bernadette, pour sa famille, pour les habitants de Charcenne, et pour la paroisse. Et c’était avec une joie d’enfant. Là s’exprimait tout son bonheur, le bonheur des cœurs purs, en même temps que sa prière, une prière d’action de grâce. Là était donc la véritable source de toutes ses fidélités. Il était dans son lieu. Comme pour beaucoup d’autres amis de Notre-Dame de Leffond, la chapelle était son ciel sur la terre. Et il y était comme un enfant. Cela m’a beaucoup frappé.
Pierre aurait bien voulu que je le tutoie, que je l’appelle « Pierrot » comme ses amis, mais j’avais pour lui un trop grand respect. C’était impossible, il était en même temps le serviteur de Notre-Dame depuis tant d’années, et mon ange gardien à Charcenne. Pour cette raison et parce que c’était sa joie, je n’ai jamais osé sonner la cloche. Sauf une fois, un soir, pour Notre-Dame de Paris.
Désormais, à chaque fois que je viendrai, et à chaque office quand je résiderai, je sonnerai la cloche en priant pour vous Pierre, et pour Bernadette, et pour la famille, pour les habitants de Charcenne, et pour la paroisse. Notre-Dame se réjouira. Et du haut du ciel, avec elle et avec tous les anciens qui sont avec vous, vous intercéderez avec Jésus auprès du Père : pour qu’il nous envoie les grâces dont nous avons tous besoin pour être fidèles en tout, chaque jour, à notre tour, avant de nous retrouver tous ensemble et pour l’éternité, avec le Bon Dieu, dans la joie de tous les saints.

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