vendredi 18 avril 2025

17 avril 2025 - GY - Jeudi Saint - Messe en mémoire de la Cène du Seigneur - Année C

Ex 12,1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1Co 11,23-26 ; Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Comme les autres apôtres, Pierre était monté à Jérusalem avec Jésus, pour y célébrer la Pâque. La Pâque est cette grande fête des Juifs, où l’on fait mémoire de la libération du peuple de Dieu retenu en esclavage par le Pharaon d’Égypte. Le rituel de cette mémoire est le sacrifice de l’agneau pascal et sa consommation lors d’un repas. À l’époque de Jésus, lorsqu’on habitait en Israël, on montait au Temple de Jérusalem, où étaient sacrifiés les agneaux, le jour de la Pâque, à l’heure de midi. Pour pouvoir accéder au Temple, il fallait se purifier entièrement, c’est-à-dire prendre un bain. Comme il y avait beaucoup de monde, les pèlerins prenaient leur bain quelques jours avant Pâques et, le jour-même, ils se lavaient simplement les pieds pour pouvoir entrer dans le Temple. Telle était donc l’ambiance générale dans laquelle Pierre comprenait les événements.
 
C’est ainsi que, voyant Jésus retirer son vêtement, puis se mettre à laver les pieds de ses disciples, Pierre a compris que Jésus s’abaissait au rang d’esclave et, bien sûr, il ne pouvait pas l’accepter. Est-ce qu’il n’avait pas l’habitude de l’appeler « Maître et Seigneur » ? – ce qui convient à un prince de sang royal. D’ailleurs, Jésus ne le conteste pas : « Vraiment, je le suis », dit Jésus. Vous savez que « Je suis » est la révélation du Nom de Dieu, faite à Moïse au Mont Sinaï. Il y a là un point de bascule pour la compréhension du geste de Jésus. Jusqu’à présent Pierre voyait en lui le Messie d’Israël, qui allait libérer le peuple de la tutelle des Romains, est c’est pourquoi il ne comprenait pas que – tout à coup – son roi, s’abaissant comme un esclave, veuille lui laver les pieds. Mais Jésus lui répond que celui qui se fait esclave pour lui, ce n’est pas son roi… c’est son Dieu ! Du coup, le geste du lavement des pieds prend encore une toute autre dimension.
 
Jésus donne son enseignement de manière prophétique, c’est-à-dire par des gestes et des paroles. Tous les détails comptent, et les mots dans l’évangile, ont un sens précis. Par exemple, nous lisons ceci : « [Jésus] se lève de table, dépose son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture, puis il verse de l’eau dans un bassin. Alors il se mit à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. »
D’abord, précisons qu’à l’époque de Jésus, à Jérusalem, on ne prend pas son repas assis sur une chaise autour d’une table, mais semi-couché sur des coussins comme les Romains dans Astérix. C’est pourquoi Jésus peut facilement laver les pieds des convives. Mais voyons ce qui suit : « il dépose son vêtement. » On retrouve cette expression un peu avant dans l’évangile quand il est écrit : « il dépose sa vie », « il donne sa vie ». Puis Jésus « prend un linge »… mais ce n’est pas une serviette ; en syriaque, c’est un « drap de lin fin », qui sert à confectionner les vêtements des prêtres ou les linceuls. Jésus le noue « à ses reins » – les reins pour un hébreu, c’est là où réside la vie. Puis Jésus verse de l’eau « dans un bassin ». Là encore, il ne s’agit pas d’une cuvette en plastique… Le mot employé désigne les bassins d’ablution en bronze qui se trouvent dans le Temple pour purifier Aaron et ses fils, les prêtres, au cours du rituel des sacrifices. Enfin, Jésus « essuie » les pieds des disciples avec le linge attaché à ses reins – Jean insiste, il évoque les reins une seconde fois. En grec, nous avons bien le verbe « essuyer », mais en syriaque, c’est le verbe « orner » : Jésus « embellit » les pieds de ses disciples, il les « brique » comme de l’argenterie !
Vous avez bien saisi, chers frères et sœurs, que le lavement des pieds a donc une signification assez mystérieuse, que l’on peut comprendre ainsi : Jésus, qui est Dieu, a revêtu le vêtement de l’humanité en se faisant homme. Lors de la Pâque, il quitte ce vêtement : il meurt sur la croix. Puis il se revêt du drap de lin fin : c’est en même temps son linceul, mais c’est aussi son habit de prêtre. De fait Jésus est en même temps le grand prêtre qui offre le sacrifice pour le pardon des péchés, et aussi le sacrifice lui-même : il est le véritable Agneau de Pâques. Avec ce sacrifice qui donne la vie – celle qui vient de ses reins – c’est-à-dire l’Esprit Saint – il lave les pieds de ses disciples dont il fait des prêtres comme Aaron et ses fils. Alors seulement ceux-ci peuvent avoir « part » avec lui. Là encore, « avoir part » avec Jésus renvoie à la promesse faite aux fils de la tribu de Lévi, les prêtres, d’« avoir part » directement avec Dieu, puisque contrairement aux autres tribus d’Israël, ils n’ont pas de territoire en Terre Promise. Les Apôtres sont donc établis comme prêtres, dont la « part » est de partager le sacerdoce et le sacrifice de Jésus, son repas pascal, son Eucharistie.
 
Trois leçons pour finir : premièrement, ce lavement des pieds est à la fois un baptême et une ordination. Baptisés dans la mort et la résurrection de Jésus, ayant reçu le don de l’Esprit Saint, les Apôtres sont faits prêtres à l’image de Jésus pour participer avec lui à son Eucharistie. On ne peut pas communier, si d’abord on n’est pas baptisé et si on n’a pas reçu l’Esprit Saint.
Deuxièmement, Jésus a dévoilé le secret du sacerdoce : c’est un sacrifice du prêtre lui-même, qui quitte son vêtement d’humanité pour se revêtir du drap de lin fin, et qui l’ayant attaché à ses reins peut communiquer la vie. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Telle est la vocation du prêtre. Vous me direz : pour le mariage c’est pareil, puisque les époux, pour exprimer leur amour, se donnent mutuellement l’un à l’autre. C’est tout à fait exact. Le secret du mariage, c’est le sacerdoce. Et le secret du sacerdoce, c’est le mariage. L’un ne va pas sans l’autre.
Et pour finir, vous aurez compris, chers frères et sœurs, que ce sacerdoce d’amour qui trouve son accomplissement dans l’Eucharistie, est la part divine réservée aux baptisés. Mais on est toujours prêtre pour un peuple : le peuple de l’évêque, ce sont les habitants du diocèse ; le peuple du curé, ce sont les habitants de la paroisse. Et le peuple de chaque baptisé ? C’est sa famille, ses amis, ses collègues, son village. Notre vocation baptismale et sacerdotale, chers frères et sœurs, est de donner notre vie par amour pour notre prochain, afin que lui aussi puisse avoir part à la résurrection et à la vie de Jésus, pour l’éternité.

dimanche 13 avril 2025

13 avril 2025 - MEMBREY - Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur - Année C

Lc 19, 28-40
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons lu que Jésus, assis sur un ânon, est monté à Jérusalem sous les acclamations. Mais qu’est-ce que cela veut dire ?
 
D’abord, en reproduisant avec ses disciples le rite d’intronisation des rois d’Israël, Jésus a voulu annoncer qu’il venait à Jérusalem en roi, pour y prendre possession de son trône. C’est la raison pour laquelle certains veulent les arrêter : ils ont peur d’une réaction violente des romains. Jésus leur répond : « Si eux se taisent, les pierres crieront. » On ne peut pas faire taire la Parole de Dieu.
 
Mais Jésus ne voulait pas prendre le pouvoir. À travers son geste prophétique, il voulait dire qu’il allait bientôt entrer en roi dans la Jérusalem céleste, pour venir s’asseoir sur son trône, à la droite du Père. Dans cette prophétie, les disciples représentent les anges qui s’étonnent et se réjouissent du retour de l’homme dans le ciel ; et les pharisiens représentent les démons qui s’étranglent devant leur échec à garder les hommes sous leur domination. Car Jésus est le sauveur des hommes pécheurs.
 
Aujourd’hui, par la liturgie qui annule l’espace et le temps, nous nous trouvons dans le passé à Jérusalem avec Jésus et ses disciples, et avec eux nous acclamons notre roi, celui qui nous sauve du péché et de la mort. Et nous nous trouvons aussi dans l’éternité, parmi les anges qui acclament sa venue dans le ciel. Car l’Église, c’est déjà le ciel sur la terre. Bien que nous soyons mortels et pécheurs de bien des manières, par notre baptême dans la mort et la résurrection de Jésus, nous sommes déjà vivants et pardonnés, avec tous les saints du ciel.
 
Aujourd’hui, avec Jésus qui monte vers le Père, qui est à notre tête et dont nous sommes le corps, montons nous aussi de la terre au ciel, vers le sanctuaire de la gloire de Dieu. Avec tous les saints et tous les anges, acclamons avec joie Jésus, notre roi, notre sauveur et notre Dieu !
 
 
 
Is 50, 4-7 ; Ps 21 ; Ph 2 6-11 ; Lc 22, 14 – 23, 56
 
Chers frères et sœurs,
 
Pourquoi fêtons-nous le dimanche des Rameaux tous les ans ? Et pourquoi lisons-nous chaque année la Passion de Jésus ? C’est pour que nous n’oubliions pas, pour que les enfants apprennent et n’oublient pas. Et que les enfants de ces enfants apprennent à leur tour et n’oublient pas non plus. Que tous apprennent la Passion de Jésus et ne l’oublient pas tout au long de leur vie, et tant que durera l’humanité. La liturgie sert en partie à cela : on répète toujours la même chose pour ne pas oublier.
 
Mais que devons-nous savoir ? Que ne devons-nous pas oublier ? Nous devons savoir que nous les hommes, nous sommes bien imparfaits, pécheurs et mortels. Nous sommes enfermés dans des vies limitées, comme dans une prison. Or Dieu qui est notre créateur, qui est la vie éternelle et l’amour infini, a voulu nous libérer. C’est la raison pour laquelle il s’est fait homme, comme nous. Car nous ne pouvons pas être sauvés si Dieu ne se fait pas comme nous. C’est la fête de Noël.
Après être descendu, il est remonté. Mais pas seulement en tant que Dieu ; il est monté aussi en tant qu’homme. Et c’est ainsi qu’il nous a libérés et nous a sauvés : par sa mort et sa résurrection, il nous a ouvert le chemin de la vie éternelle et, par son sacrifice sur la croix pour le pardon de nos péchés, il nous a accordé son pardon, pour que nous retrouvions la maison, que nous vivions éternellement dans son amour avec ceux que nous aimons. Telle est la gloire de Dieu. C’est la fête de Pâques.
 
Aujourd’hui, nous apprenons et nous nous souvenons que Jésus, avant d’accomplir cette Pâque lui-même, a enseigné à ses disciples – dont nous sommes – par quel chemin il allait passer : il allait monter au ciel en roi, acclamé par les anges, et nous avec lui, à notre résurrection. Ne vous y trompez pas, frères et sœurs, si nous lisons la Passion de Jésus, c’est que malgré les apparences de la déchéance de Jésus en Croix, insulté par la foule, en réalité, il s’agit de sa glorification au ciel, acclamé par les anges. Souvenons-nous des Béatitudes : si sur terre nous-mêmes, nous sommes moqués, insultés, frappés, ou martyrisés par des impies en raison de notre foi en Jésus, alors nous serons honorés, consolés, réconfortés et glorifiés par les anges. Et nous serons bienheureux.
 
Déjà nous nous réjouissons d’être comptés parmi les anges et tous les saints du ciel. C’est la raison pour laquelle nous participons maintenant au repas des noces de l’Agneau, Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

lundi 7 avril 2025

06 avril 2025 - PESMES - 5ème dimanche de carême - Année C

Is 43, 16-21 ; Ps 125 ; Ph 3, 8-14 ; Jn 8, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Le passage de l’évangile que nous venons d’entendre a une histoire compliquée. Nous le lisons dans l’évangile de Jean, alors qu’il y a peu de doutes qu’il se trouvait originellement dans celui de Luc. On y retrouve en effet beaucoup des expressions de ce dernier, que n’emploie pas Jean. En soit, cela a peu d’importance, mais en fait, c’est presque une clé de lecture. Je vais essayer d’ouvrir la porte pour vous.
 
Les lectures de ce jour ont été choisies pour nous inciter à interpréter l’Évangile, et donc le jugement de Jésus, comme une dévalorisation de la Loi de Moïse pour magnifier la « Loi nouvelle » de l’Évangile : celle de la miséricorde. Ainsi nous lisons en Isaïe : « Voici que je fais toute chose nouvelle » et en saint Paul : « non pas de la justice venant de la Loi de Moïse, mais de celle qui vient de la foi au Christ. » Certes, Jésus apporte du nouveau, mais certainement pas en invalidant la Loi de Moïse, dont il est lui-même le Maître. Car, dans notre cas, c’est bien par la Loi de Moïse qu’il va sauver la femme pécheresse. D’ailleurs, à la fin, personne chez les Juifs, qu’ils soient prêtres, scribes ou pharisiens, ne va s’opposer à son jugement. Comment a-t-il donc fait ?
 
Commençons par l’exposé du problème, en deux points. L’Évangile est très précis. Premier point : la femme adultère est présentée à Jésus, qui se trouve dans le Temple. Le cadre général est donc celui de la « loi de la jalousie » qui se trouve au livre des Nombres, où l’on fait subir à une femme soupçonnée d’adultère une ordalie. La femme doit être présentée au prêtre qui se trouve dans le Temple, lequel mélange de la poussière du sol du Temple avec de l’eau sainte pour en faire de l’eau amère. Il inscrit ensuite sur un papier la sentence de la condamnation, puis il le lave avec l’eau amère, et fait boire cette eau, chargée de la sentence, à la femme. Si elle dépérit, elle est coupable ; si elle reste en bonne santé, elle est innocente.
On voit tout de suite que les scribes et les pharisiens qui ont amené la femme adultère à Jésus lui posent un problème ambigu, car si ils avaient respecté la loi du Lévitique sur les femmes adultères, cette la femme de l’évangile aurait été mise à mort immédiatement, sans qu’on ait recours à la loi de la jalousie. Si donc s’ils s’engagent dans cette procédure, c’est qu’ils ont un doute. Sur le fond, ils ne cherchent pas à mettre à mort cette femme, mais ils veulent éprouver Jésus. C’est le véritable objectif.
Et ils vont être, en effet, particulièrement abjects avec lui. Car, précisent-ils : « Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. » C’est le second point. Ces « femmes-là », ce ne sont pas toutes les femmes adultères, mais très expressément les jeunes filles ou femmes vierges. Il n’y a que pour ces « femmes-là » que la mise à mort doit se faire par lapidation. Vous avez bien compris l’insulte et le piège qui a été tendu à Jésus : selon la Loi, il doit condamner lui-même une jeune fille vierge dont on soupçonne qu’elle a commis un adultère. Et comme celui-ci est avéré, la sentence est théoriquement mécanique. Voilà pour le piège. Or, tout le monde à Jérusalem a compris que le cas de la pauvre femme qui se trouve devant Jésus correspond parfaitement aux ragots colportés partout de la naissance de Jésus d’une jeune fille vierge promise en mariage à un homme du nom de Joseph, dont elle a eu un enfant avant qu’ils aient habité ensemble… donc forcément, selon eux, par adultère. Voilà pour l’insulte.
Jésus va-t-il condamner sa mère ? Et par conséquent, va-t-il aussi se condamner lui-même avec elle ?
 
Jésus revient à la loi de la jalousie, et il écrit sur le sol, le sol du Temple. Il prononce la sentence – qui confirme la loi de la mise à mort par lapidation pour adultère d’une jeune fille vierge : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » La femme boit l’eau amère de la parole de Jésus : soit quelqu’un lui jette une pierre et elle est coupable : elle meurt ; soit personne ne lui jette de pierre et elle est jugée innocente : elle vit. Mais Jésus a ajouté : « Celui d’entre vous qui est sans péché… » Par ces mots, il a rendu impraticable la sentence, car aucun homme n’est sans péché. Sur terre, il n’y en a que deux qui sont sans péchés : lui-même, Jésus, et la Vierge Marie, sa mère. Marie condamnerait-elle sa sœur, une femme qui lui ressemble tellement par l’accusation que ces hommes portent contre elle ? Certainement pas. Il reste donc Jésus…
Avez-vous remarqué, chers frères et sœurs, que les scribes et les pharisiens appellent Jésus « maître », et que la femme l’appelle « Seigneur » ? Ils n’ont voulu voir en lui qu’un homme comme eux. Mais elle, elle a vu qu’il était son Dieu. Et c’est pourquoi, ayant confessé sa foi en lui, il ne l’a pas condamnée. Il s’est souvenu de ce que par l’Esprit Saint il avait dit par le prophète Ézéchiel : « Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ? » C’est pourquoi à la femme, il ajoute : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »
 
Voilà chers frères et sœurs, ce qui s’est passé ce matin-là dans le Temple de Jérusalem, où Dieu a innocenté une jeune fille vierge, accusée de péché par des hommes. Comment, nous autres qui sommes pécheurs de bien des manières, ne nous réjouirions-nous pas de nous savoir un tel juge, si miséricordieux, pourvu que nous ayons foi en lui, et en l’intercession de notre bienheureuse et toute sainte Vierge Marie.

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