lundi 6 juin 2022

04-05 juin 2022 - AUTET - PESMES - Solennité de la Pentecôte - Année C

 Ac 2,1-11 ; Ps 103 ; Rm 8,8-17 ; Jn 14, 15-16.23b-26
 
Chers frères et sœurs,
 
Les lectures que nous avons entendues ne sont pas facile, mais nous pouvons quand même souligner trois points importants pour nous.
 
Le premier est celui du don de l’Esprit Saint sur les Apôtres. Il a pour effet de les faire parler en différentes langues bien qu’ils soient tous galiléens. L’Esprit Saint a cette faculté de pouvoir réunir les Apôtres dans une seule et même expérience, tout en les rendant tous différents. Cette particularité est extrêmement importante pour nous, quand nous voulons discerner ce qui vient de l’Esprit de Dieu et ce qui vient de l’esprit du monde, ou du mauvais esprit.
Les hommes ont tendance à vouloir deux choses opposées et incompatibles entre elles : les uns veulent l’unité jusqu’à l’uniformité : tous pareils. C’est la tour de Babel. Et les autres veulent la différence jusqu’à la dissolution de toute société : impossible de s’entendre et de vivre ensemble. C’est l’anarchie. Ces deux tendances viennent du monde et elles conduisent toutes les deux à l’échec et à la tristesse.
Ce n’est pas ainsi que l’Esprit Saint fonctionne. Pour le bon Dieu l’objectif n’est pas qu’on soit tous pareils mais que nous soyons en communion ; il ne veut pas non plus que nous vivions chacun pour soi, mais dans une communion. La communion, c’est quand on est totalement soi-même, avec une très grande intensité, chacun selon sa vocation, qui est différente de toutes les autres, tout en étant totalement unis avec tous ceux qui vivent du même Esprit Saint, dans le même amour qui vient de Dieu, que ce soient les vivants ou les défunts. En fait, la communion de l’Esprit Saint, c’est un avant-goût du Ciel sur la terre. Il n’y a que l’Esprit Saint pour réaliser cela, et c’est un don de Dieu pour ceux qui aiment Jésus et que Jésus aime. Ce don de l’Esprit Saint est si particulier et si vital pour notre bonheur que saint Séraphim de Sarov disait avec insistance : « il n’y a rien de plus important pour un chrétien que d’acquérir l’Esprit Saint. »
 
Si nous avons bien compris que la communion ne vient pas naturellement des hommes mais qu’elle vient de Dieu, alors nous comprenons mieux la messe et la communion qu’on y reçoit. Car à la messe se trouvent des gens de partout, de tous âges, de toute condition sociale : tous différents, mais aussi tous unis dans la même foi – le même Credo – et dans le même baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. La messe n’est pas une assemblée ou une association normale, mais elle est rend visible la communion de l’Esprit Saint, qui est invisible. En fait, quand on se réunit à la messe, c’est toujours un peu la Pentecôte.
Ensuite, nous savons que nous venons à la messe justement pour y communier. Là aussi, ce pain et ce vin qui vont devenir le Corps et le Sang de Jésus, cela ne vient pas des hommes, mais cela vient de Dieu : cela vient de Jésus et de l’Esprit Saint, selon la volonté de notre Père, qui est aux cieux. Quand nous communions, nous communions au même Corps de Jésus, qui vient habiter en chacun de nous. Est-ce que cela nous rend tous pareils ? Certainement pas, au contraire cela nous rend tous plus forts et plus heureux, chacun selon sa vocation particulière. Et si on ne sait pas quelle est sa vocation, hé bien, il faut demander, dans sa prière, à l’Esprit Saint de nous éclairer. Et il le fera, c’est certain.
 
Pour terminer, nous pouvons remarquer que Jésus a dit à ses Apôtres que l’Esprit Saint leur « enseignera tout » et qu’il leur « fera souvenir de tout » ce qu’il leur a dit. L’Esprit Saint nous met en communion les uns avec les autres, mais il nous pousse aussi à mieux connaître Jésus, pas seulement d’un point de vue extérieur, comme on connaît son voisin, mais aussi et surtout d’un point de vue intérieur, comme on connaît son ami. Ainsi, quelqu’un qui est habité par l’Esprit Saint, cela se voit tout de suite : il est passionné d’abord par Jésus et par sa vie, mais aussi par son Église, ses Apôtres, les saints et les saintes, la Bible, la liturgie… tout ce qui vient de Jésus, qui parle de Jésus et qui conduit à Jésus. À tel point que petit à petit, il voit toutes les choses de ce monde avec l’esprit et les yeux de Jésus. Quand quelqu’un est entièrement habité par l’Esprit Saint, à sa manière, qui est unique, il ressemble cependant de plus en plus à Jésus, et il devient pour nous un saint – ou une sainte.
C’est ainsi que l’Esprit de Dieu est capable de transformer nos vies ordinaires en vies extraordinaires. L’Esprit Saint, c’est la vie même de Dieu par laquelle il crée toute chose nouvelle, partout et tout le temps, pour notre plus grand bonheur. Que serions-nous et que ferions-nous, sans l’Esprit Saint !?


jeudi 2 juin 2022

28-29 mai 2022 - MONTOT - BOURGUIGNON-lès-LA CHARITE - 7ème dimanche de Pâques - Année C

Ac 7,55-60 ; Ps 96 ; Ap 22,12-14.16-17.20 ; Jn 20,26
 
Chers frères et sœurs,
 
Pour mieux comprendre le choix des lectures qui a été fait et surtout pour en comprendre le sens, il faut expliquer d’abord la première lecture, puis l’évangile et enfin la deuxième lecture.
 
Nous assistons, dans la première lecture, au martyre d’Etienne. Etienne est martyrisé pour avoir déclaré : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » En fait, il annonce que la prophétie de Daniel a été réalisée par Jésus-Christ, c’est-à-dire que Jésus est le Fils de l’homme et que – selon Daniel – il est aussi le Fils de Dieu : il est égal à Dieu, dans sa gloire. Évidemment, pour ceux qui ne croient pas en Jésus, c’est un blasphème, d’où la lapidation immédiate d’Etienne.
Ce qui est important pour nous, est, d’une part, que Jésus, dans son Ascension, rejoint Dieu son Père et vient s’asseoir à sa droite, et d’autre part, qu’il le fait en tant que Fils de l’homme. C’est-à-dire qu’en Jésus c’est notre humanité qui monte aux cieux et entre dans la gloire du Père. Jésus n’est pas seulement le premier-né d’entre les morts, il est aussi la tête de l’Église : l’immense assemblée des saints du ciel et de la terre, qui sont entrés ou qui entrent petit à petit dans la communion de Dieu.
 
Or – et c’est l’enseignement de la prière de Jésus dans l’évangile d’aujourd’hui – cette glorification ne se fait pas automatiquement, en claquant dans les doigts. Elle est aussi une grâce, le fruit d’une prière. Ici nous avons la prière de Jésus, qui a les yeux levés au ciel, entièrement tourné vers le Père, et qui lui demande la grâce de l’unité, la grâce de la communion dans l’amour pour nous tous qui avons foi en lui et dans le Père. Cette grâce, c’est le don de l’Esprit Saint, répandu à la Pentecôte, et c’est aussi pour nous aujourd’hui la communion sacramentelle.
Arrêtons-nous un instant sur cet extrait de l’évangile selon saint Jean. Il s’agit d’un passage du chapitre 17. Or, chronologiquement, Jésus dit ces paroles au moment où il célèbre la Cène, avant sa Passion. Et voilà que nous lisons ce texte pour illustrer la prière de Jésus entre l’Ascension et la Pentecôte ! Observons que les paroles dites par Jésus, mais aussi celles des chapitres 15 et 16 de saint Jean, étaient difficilement compréhensibles par les apôtres au moment où ils les a dites. En revanche, elles deviennent très claires quand on les applique au temps de l’Ascension. Ce phénomène, Jésus l’avait annoncé : « Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. » Ou encore : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. » La tradition de l’Église explique que Jésus a redonné le même enseignement, avec plus de clarté, durant le temps des quarante jours de ses apparitions, entre Pâques et Pentecôte, de sorte que saint Jean a pu les noter en détail. Et c’est la raison pour laquelle nous lisons cet évangile durant le temps pascal. Ainsi, pour bien comprendre le sens de l’Ascension, je vous recommande de relire tout ce discours de Jésus. Vous verrez, c’est impressionnant. Et vous comprendrez qu’entre la célébration d’une messe, mémorial du repas pascal, et l’Ascension, il y a un lien intérieur plus que lumineux : éblouissant.
 
Nous arrivons maintenant à la deuxième lecture, celle du livre de l’Apocalypse. Saint Jean a une vision et il entend une voix qui lui parle – qui n’est autre que la voix de Jésus, alors que sa prière est accomplie: il est assis sur le trône à la droite de son Père et son Père a agréé sa prière. Jésus annonce qu’il dispose donc de l’Esprit Saint – l’eau de la vie – pour la donner à celui qui a soif, qui a lavé ses vêtements, et qui est entré dans la ville de Dieu. Remarquons qu’il s’agit là très exactement d’une liturgie. En effet, il est question d’un « ange qui apporte un témoignage au sujet des Églises » - c’est un apôtre, ou un évêque, un prêtre, un missionnaire, ou un catéchiste, qui annoncent l’Évangile. Celui qui reçoit ce témoignage et lave son vêtement – c’est-à-dire qui reçoit le baptême et le vêtement blanc qui va avec – peut accéder à l’arbre de la vie, qui est dans la ville, c’est-à-dire qu’il peut accéder au repas eucharistique dans l’église, qui rend présente ici-bas la Jérusalem céleste. L’Esprit et l’Épouse disent « Viens ! », c’est-à-dire que l’Esprit Saint – qui est la vie intérieure de l’Église – et l’Église elle-même appellent le Seigneur Jésus à venir : c’est la prière permanente de tous les Chrétiens : que le Règne de Dieu vienne ; et c’est aussi la prière eucharistique : que ce pain et ce vin deviennent le Corps et le Sang de Jésus. Alors celui qui a faim et qui a soif, qu’il vienne communier. Et la prière de Jésus – que tous soient un – se réalise enfin, y compris sur la terre.
 
Voilà donc, chers frères et sœurs, les enseignements des lectures d’aujourd’hui. Tout se tient : depuis la prophétie de Daniel, le martyre d’Etienne, la prière de Jésus avant sa Passion et son enseignement après, ce qu’il se passe durant son Ascension et jusqu’au jour de la Pentecôte, notre assemblée de baptisés dans cette église et notre prière eucharistique, jusqu’à notre communion dans l’unité de l’amour, en Dieu avec tous les saints du ciel. Amen.

vendredi 27 mai 2022

26 mai 2022 - GRAY - Ascension du Seigneur - Année C

 Ac 1,1-11 ; Ps 46 ; He 9,24-28 ; 10,19 ; Lc 24,46-53
 
Chers frères et sœurs,
 
L’Ascension du Seigneur Jésus – dont la mémoire a été érigée par l’Église en solennité liturgique – est d’une très grande importance pour comprendre la double mission de Jésus, et partant, de la nôtre. Double mission, car Jésus accomplit deux mouvements en même temps. Le premier est celui de s’élever ou d’être élevé au ciel, le second est celui de bénir les Apôtres restés à terre.
 
Le mouvement d’élévation est l’accomplissement de la prophétie de Daniel : le Fils de l’Homme s’élèvera dans les cieux pour s’asseoir à la droite de Dieu le Père, et il sera appelé Fils de Dieu, car il partagera avec lui sa gloire. Ce faisant, le Fils de l’Homme – c’est-à-dire Jésus – dépasse et soumet les puissances angéliques, y compris et surtout les puissances démoniaques. A travers lui c’est la nature humaine qui s’élève au-dessus des anges : la promesse faite par Dieu aux hommes d’une réconciliation et d’une divinisation sont ainsi accomplies par Jésus, comme premier-né dans une vie nouvelle et tête de toute l’humanité.
Cependant cette ascension glorieuse n’est pas sans incertitude. En effet, Jésus se présente devant son Père comme Esther se présentait devant le Roi de Perse, c’est-à-dire au risque de sa vie, sans garantie que sa présence et son offrande seront agréés. L’offrande de Jésus n’est autre que celle de son humanité purifiée de tout péché par le sang de sa croix. Ainsi Jésus revient vers son Père comme le fils prodigue, espérant être bien reçu par lui. Nous voyons ici combien Jésus est prêtre, puisqu’il présente à son Père une offrande – notre humanité – en le priant de l’accepter et de la transfigurer par sa puissance divine. L’incertitude durera dix jours, durant lesquels les Apôtres attendront, dans la prière que celle de Jésus soit accomplie par la grâce de Dieu. Et ils sauront que l’offrande aura été agréée quand l’Esprit Saint sera répandu dans le monde, au jour de la Pentecôte.
 
Voilà pour le mouvement d’élévation de Jésus. Il faut expliquer aussi celui de la bénédiction des Apôtres, restés à terre.
Ce n’est pas parce que Jésus est tourné et tendu vers son Père qu’il oublie ses Apôtres. Bien au contraire, son élévation est en même temps une bénédiction pour eux, non seulement parce que tout l’enjeu de l’action et de la prière de Jésus est la divinisation de l’humanité que les Apôtres représentent, mais aussi parce que c’est la réussite même de ce mouvement d’élévation et d’offrande qui constitue, nourrit et fortifie le groupe des Apôtres et leur mission. La bénédiction de Jésus est le sang spirituel de l’Église alors encore en gestation.
En reproduisant cette double attitude de Jésus : comme lui, tournés vers le Père pour lui offrir les prières et les offrandes des hommes, les Apôtres bénissent les chrétiens dont ils ont été constitués pasteurs et par ce geste spécifique de bénédiction qui est l’imposition des mains, ils constituent des évêques et des prêtres : ils étendent l’Église jusqu’aux confins du monde et jusqu’au bout des temps.

Maintenant que nous avons compris ce que fait Jésus durant son Ascension, et par conséquent quelle est la mission des Apôtres et celle de leurs successeurs, nous pouvons aussi comprendre la nôtre, la mission de chacun d’entre nous. Comme Jésus s’élevait et bénissait, comme les Apôtres priaient et bénissaient également, notre mission de baptisés est aussi prière et bénédiction.
 
Elle est prière car nous aussi nous sommes appelés à tourner notre regard vers Dieu notre Père pour nous présenter nous-mêmes à lui dans son Temple, comme Jésus dans le ciel, et lui présenter nos offrandes, celles de nos prières et celles des fruits de la terre et du travail des hommes. A la messe, à chaque messe, le prêtre reproduit l’élévation et les geste d’offrande de Jésus. A chaque messe, c’est l’Ascension : nous nous présentons devant le Père, en communion avec Jésus. Et nous espérons sa bénédiction. Bien sûr, il nous la donne : c’est la communion. La communion, c’est toujours la Pentecôte : la vie de Dieu donnée et répandue dans le monde.
Mais notre mission est également bénédiction. Durant notre présence à l’église, notre prière se fait universelle. Certainement nous prions en pensant à nos propres soucis ou à nos propres actions de grâce, mais notre vocation est de prier et de rendre grâce pour toute l’humanité. Et les gens autour de nous – qui ne sont pas à l’église – doivent sentir que cette prière est une bénédiction pour eux, pour leur donner de l’espérance, du courage, de la force, pour vivre mieux et se tourner à leur tour vers le Père. Et plus encore, quand nous sortons de l’église, nous ne devons être que bénédiction autour de nous. Car nous sommes chargés de la bénédiction de Dieu pour tous ceux que nous rencontrerons. Et cela doit prendre des aspects très concrets. Ainsi va la mission caritative de l’Église qui prend sa source dans l’Eucharistie, et à travers elle, dans l’unique offrande, celle de Jésus se présentant devant son Père, comme prêtre et Agneau sans taches, en son Ascension au ciel.

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