Is 55, 10-11 ; Ps 64 ; Rm 8,18-23 ; Mt 13, 1-23
Chers frères et sœurs,
Ce dimanche, nous retrouvons Jésus dans son activité de prédicateur
et d’enseignant. Dans un premier temps, il s’adresse aux foules. Saint Matthieu
nous dit qu’il leur parla en « paraboles ». On devrait
traduire ici en « langage symbolique », langage suffisamment
hermétique pour que les foules ne puissent pas comprendre le sens véritable de
ses propos. D’ailleurs, à la fin de son discours, Jésus les provoque en
s’exclamant : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il
entende ! »
Nous sommes comme les disciples : nous attendions de Jésus
qu’il s’exprime avec d’autant plus de simplicité et de clarté qu’il s’adresse à
une multitude de gens ayant a priori peu de connaissances ; il
n’est pas en présence d’une foule composée de scribes et de pharisiens… « Pourquoi
donc leur parles-tu en paraboles ? » C’est le deuxième
temps.
Jésus répond qu’il accomplit la prophétie d’Isaïe, laquelle n’est pas
n’importe quelle prophétie : c’est la vocation du prophète. Dans le Temple,
celui-ci a la vision du Seigneur assis sur son trône de gloire. De là, le
Seigneur envoie son prophète proclamer en Israël une parole de purification.
Cette purification est redoutable car, ne comprenant pas le message, les
habitants du pays durcissent leur cœur et refusent de se convertir. Par
conséquent le pays est ravagé et la population décimée. Même le petit reste
survivant – annonce le Seigneur – sera détruit, abattu comme le chêne et le
térébinthe, dont il ne restera plus qu’une souche. La purification est
radicale ! Mais, dit la prophétie, « Cette souche est une semence
sainte. » C’est la promesse d’un renouveau.
Donc, en s’adressant aux foules comme le prophète Isaïe devait
s’adresser à Israël jusqu’à ce que tout soit détruit, jusqu’à ce qu’il ne reste
plus qu’une souche semence sainte, Jésus montre que la situation générale n’a
pas changé : les foules sont toujours incapables d’entendre la Parole de
Dieu et de se convertir. Elles et leur pays sont donc voués à la
perdition. Mais, par-delà ce jugement sévère, il demeurera une semence sainte,
c’est-à-dire ceux qui ont entendu la Parole, qui l’ont comprise et l’ont mise
en pratique jusqu’à porter du fruit : ce sont les disciples de Jésus.
« Heureux vos yeux puisqu’ils voient, et vos oreilles puisqu’elles
entendent ! » leur dit-il.
On pourra se souvenir qu’au moment où Jésus est abandonné de tous
lors de sa Passion, il ne reste pratiquement plus personne à lui demeurer
fidèle. Le véritable jour où tout est rasé et où il ne reste plus qu’une souche
– Jésus dans son tombeau – est le samedi saint. Mais à l’aube du jour nouveau,
des saintes femmes vont visiter ce tombeau, d’où renaît la vie comme d’une
semence, semence d’Église et de vie éternelle.
Dans l’explication de cette prophétie qu’il donne à ses disciples,
Jésus laisse entendre qu’il est donné à un petit nombre de connaître les Mystères
du royaume de cieux, mais pas à tous. Il y a une élection divine, qui est aussi
une illumination de l’intelligence puisqu’elle permet de voir et d’entendre, de
comprendre les Mystères divins. De fait, rappelons-nous que, lorsqu’il envoie
ses disciples dans les villes et villages, Jésus ne leur dit pas que leur
prédication sera automatiquement bien reçue, mais elle le sera seulement par
ceux qui, en leur cœur, sont déjà en attente de cette prédication. Autrement
dit, c’est le Seigneur lui-même qui prépare les cœurs. Soit le message
prophétique répond à leur attente, et dans ce cas la terre est bonne et la
semence peut grandir ; soit le message prophétique est incompris, il en
devient d’autant plus embarrassant et finit par être rejeté. Dans ce cas, la
terre est parsemée de rochers et de ronces, et la semence dépérit.
Nous autres, chrétiens, ne devrions pas nous inquiéter de savoir si
nous sommes élus ou pas. Dès lors que nous sommes baptisés, nous le sommes. Le
baptême est une élection et une illumination du cœur et de l’intelligence :
il fait de nous de la bonne terre apte à recevoir la semence de la Parole de
Dieu. Il nous donne à l’entendre, et plus encore qu’à la voir : à y
communier.
Cependant, Jésus insiste sur un point très important : « D’autres
sont tombés dans la bonne terre, et ils ont donné du fruit. » Le point
déterminant pour que la semence accomplisse sa mission, est bien entendu
qu’elle porte du fruit, à raison de cent, de soixante ou de trente pour un –
peu importe, mais qu’elle porte du fruit. Nous connaissons dans l’évangile
plusieurs séquences où Jésus insiste sur cette nécessité que la vigne ou le
figuier portent du fruit. Nous pouvons aussi penser à l’histoire du maître qui
part en voyage après avoir confié des talents à ses serviteurs ; il en
attend les dividendes à son retour. Alors, il fustige celui qui s’est contenté
d’enterrer l’unique talent qu’il avait reçu ; il le lui retire et le donne
à celui qui en a déjà dix : « À celui qui a, on donnera, et il
sera dans l’abondance ; à celui qui n’a pas, on enlèvera même ce qu’il a. »
Donner à la semence de grandir et de fructifier n’est pas de notre
ressort – cela provient de sa propre puissance interne, de l’Esprit Saint ;
mais ce qui nous revient, c’est de lui offrir la bonne terre en laquelle elle
pourra développer ses racines, terre débarrassée de cailloux et de ronces, figures
de dureté de cœur et d’attachements indus et contre-productifs. Au contraire, la
bonne terre est faite d’humilité et d’obéissance à la volonté du Seigneur. C’est
ainsi que, serviteurs de la Parole, nous sommes transfigurés en elle-même et,
par l’Esprit, nous devenons à notre tour semence.