lundi 10 octobre 2016

8-9 octobre 2016 - SAUVIGNEY LES GRAY - SAINT-GAND - 28ème dimanche TO - Année C

2R 5,14-17 ; Ps 97 ; 2Tm 2,8-13 ; Lc 17,11-19

Chers frères et sœurs,

Qui sont les dix lépreux ? Avec un regard humain, nous voyons que ce sont des personnes malades, exclues du peuple, à cause du risque de la contagion. S’ils sont guéris un jour, ils doivent se présenter au prêtre qui accomplira sur eux, au Temple, le rite prévu de purification, de réconciliation et d’action de grâce. Alors seulement, ils pourront rejoindre la société.
Mais, au regard de Jésus, les lépreux sont une parabole vivante : ils représentent tout homme gangréné par le péché, depuis Adam. Ainsi, comme la lèpre interdit à ces lépreux la société des hommes, le péché interdit à Adam, à tout homme, la société de Dieu : la communion des saints. Ce qui va se jouer dans l’Evangile, ce n’est pas seulement une guérison physique mais le salut des hommes.

Que fait Jésus ? Jésus guérit par la foi : il appelle les lépreux à la foi. En effet, il leur demande d’aller voir les prêtres, alors-même qu’ils ne sont pas encore guéris ! Et ils guérissent en chemin.
Le général Syrien Naaman a été guéri de la même manière, par la foi. En effet, alors qu’il était malade, une petite fille de Jérusalem lui avait fait savoir qu’il pourrait être guéri auprès du prêtre Elisée, en Israël. Naaman a pris la route en s’imaginant que le prêtre allait lui demander de se soumettre à des épreuves difficiles, mais celui-ci lui avait simplement demandé d’aller se baigner dans le Jourdain. Il avait été très vexé, en se disant que les fleuves de son pays, le Tigre et l’Euphrate, étaient bien plus puissants. Mais par humilité, il avait finalement accepté de descendre au Jourdain. Et là, il avait été guéri. Il avait eu foi dans la parole de la petite fille qui pouvait se résumer à : « Faites ce qu’il vous dira ». Il a eu foi dans la parole du prêtre Elisée, et finalement en Dieu lui-même, puisqu’au retour de son voyage, il a voulu lui rendre grâce.
Ainsi donc, pour Jésus, c’est la foi en Dieu, la foi en sa Parole, la foi en lui, qui est la porte de la guérison. Et nous avons vu, avec l’histoire de Naaman, que cette porte est une profession de foi et un baptême. Souvenons-nous toujours que nous avons été lavés du péché par notre baptême. La lèpre qui nous interdisait l’entrée dans la communion des saints a été éliminée par notre baptême. Nous sommes fils de Dieu.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Naaman revient chez lui avec de la terre d’Israël pour pouvoir offrir un culte à Dieu. Le Samaritain revient auprès de Jésus en glorifiant Dieu et il se prosterne aux pieds de Jésus, face contre terre. Ce geste-là est réservé à l’adoration de Dieu. Le Samaritain confesse que Jésus est Dieu et il lui rend grâce. Alors Jésus le relève : il le ressuscite et le libère de toute servitude : « Va, t’a foi t’a sauvé ». Cet homme est fils de Dieu, non seulement lavé de tout péché, mais rétabli dans sa dignité de fils et libre, libre d’aimer et d’être aimé sans limite, dans la communion des saints.
Nous aussi, qui avons été baptisés, nous accomplissons le geste de Naaman et celui du Samaritain. Aujourd’hui, comme à chaque messe, nous venons à Jésus pour lui offrir un culte d’action de grâce. Une messe, c’est un sacrifice d’action de grâce. Et devant Jésus, comme le Samaritain s’était prosterné, nous disons : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ». Ce à quoi Jésus nous répond, en se présentant lui-même devant nous : « Le Corps du Christ ». « Amen » lui répondons-nous, ce qui signifie : « Je crois ». Alors, Jésus entre en nous pour que nous entrions dans sa communion. « Relève-toi et va, ta foi t’a sauvé ». Dès lors, non seulement nous appartenons à la communion des saints, mais nous sommes, avec Jésus et par l’Esprit Saint, la communion des saints elle-même : l’Eglise est la communion des saints sur la terre.

Chers frères et sœurs, l’histoire de Naaman et celle des dix lépreux sont des histoires réelles qui sont cependant de vraies prophéties et paraboles. A travers elles, Jésus réalise et dévoile le secret de Dieu : la réconciliation de l’humanité avec lui et son retour, par la foi en Jésus, au Paradis. Voilà pourquoi saint Paul peut dire : « Si nous sommes morts avec Jésus, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui, nous règnerons ». Amen.



lundi 3 octobre 2016

2 octobre 2016 - DAMPIERRE - 27ème dimanche TO - Année C

Ha 1,2-3 ; 2,2-4 ; Ps 94 ; 2Tm 1,6-8.13-14 ; Lc 17,5-10

Chers frères et sœurs,

Jésus est volontairement provoquant et il est dommage que les traducteurs de la Bible de la Liturgie aient voulu gommer sa provocation pour ne pas nous choquer. Du coup, on ne comprend plus ce que Jésus voulait dire à ses Apôtres.
Il faut entendre ce qu’a réellement dit Jésus : « Lequel d’entre vous, quand son esclave aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : « Viens vite, allonge-toi pour manger ! » ». Et à la fin, il fait dire à ses Apôtres : « Nous sommes des esclaves inutiles, nous n’avons fait que notre devoir ».
Voilà. Il y a deux expressions choquantes : Jésus assimile ses disciples à des « esclaves », et il parle de « s’allonger pour manger ». Or ces expressions donnent la clé de l’enseignement de Jésus.

Il y a une grosse différence entre un serviteur et un esclave : le premier a un contrat, l’autre n’en a pas. Le premier est payé, l’autre pas. Le serviteur a un temps de travail, l’autre est esclave jour et nuit. Ainsi donc, entre Jésus et ses disciples, il n’est pas question de contrat donnant-donnant, mais d’un lien total, qui ne connaît aucune limite, ni d’argent ni de temps. C’est pourquoi il est inutile de la part d’un disciple de Jésus d’attendre la moindre marque de gratitude particulière en retour des services rendus : « Nous sommes des esclaves : nous n’avons fait que notre devoir ». A cela Jésus ajoute le qualificatif d’« inutile ». En effet que pourrait apporter à Dieu – créateur de toutes choses et tout puissant – le travail d’un homme ? Mais rien…
Est-ce que Jésus veut que nous nous arrêtions à cette explication ? Non, certainement pas, mais il nous a volontairement provoqués pour que nous comprenions bien de quoi il s’agit quand nous nous représentons notre relation avec lui. Entre Jésus et nous, s’il y a un esclavage, c’est uniquement celui de l’amour.
Si deux personnes s’aiment, pas de contrat entre elles, pas de question d’argent ni de calcul de temps. Deux personnes qui s’aiment donnent tout et jusqu’à leur propre vie l’une pour l’autre. Leur amour mutuel vaut plus que toutes les choses utiles ou de valeur, qui sont secondaires. Nous le savons bien : le monde est inutile, nos pensées et nos actes n’ont plus de valeur, s’il nous manque l’amour de celui ou de celle qu’on aime. Voilà pourquoi Jésus prend l’image de l’esclave : c’est la plus forte qu’il puisse utiliser pour décrire le lien que nous avons avec lui : un lien d’amour total, sans limite.

Jésus parle aussi de « s’allonger pour manger », et le traducteur ne nous rend pas service en nous laissant imaginer que Jésus parle de prendre place « à table ». Jésus parle de « s’allonger » comme il dit aux gens de s’allonger sur l’herbe lors de la multiplication des pains, comme il est lui-même allongé pour manger avec ses disciples lors de la dernière Cène. En Israël, à l’époque de Jésus, personne n’est « assis à table » : cela n’existe pas ! C’est ainsi qu’il est possible à Marie-Madeleine de venir laver les pieds de Jésus de ses larmes et de les essuyer de ses cheveux, et qu’il est possible à Jésus, lors du dernier repas, de se ceindre d’un linge, et de laver les pieds de ses disciples.
Là, vous avez compris.
Jésus a dit dans sa parabole « Lequel d’entre vous, quand son esclave aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : « Viens vite, allonge-toi pour manger ! ». Hé bien, ce que l’homme ne ferait pas spontanément parce qu’il n’est pas enraciné dans l’amour, Dieu l’a fait et le fera pour lui. A leur retour des champs, Jésus fait passer à table ses disciples bien aimés, et il vient lui-même les servir. Il l’a déjà fait avec ses disciples lors de la dernière Cène, et il le fera encore avec nous lors de son retour.
C’est ce que Jésus lui-même a expliqué dans une autre parabole : « Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées. Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera. Heureux ces esclaves que le maître en arrivant trouvera en train de veiller ! En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera allonger pour manger et, passant de l'un à l'autre, il les servira. Qu'il vienne à la deuxième ou à la troisième veille, s'il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils ! ».


Voilà donc le secret de la parabole de Jésus. Si nous vivons de l’amour du Seigneur, entre nous et avec notre prochain, au jour de notre rencontre avec Jésus, c’est lui qui se mettra à genoux à nos pieds, pour les laver de leurs souillures, pour nous laver de nos nombreux péchés. Et après cela, il viendra lui-même nous donner à manger : son Corps et son Sang, pour la vie éternelle. Amen.

lundi 26 septembre 2016

24-25 septembre 2016 - BEAUJEU - VANNE - 26ème dimanche TO - Année C

Am 6,1a.4-7 ; Ps 145 ; 1Tm 6,11-16 ; Lc 16,19-31

Chers frères et sœurs,

Nous n’avons pas besoin de beaucoup d’explications pour comprendre l’enseignement de Jésus, de saint Paul et du prophète Amos aujourd’hui.

Les choses sont claires : l’homme sans Dieu, qui vit dans la jouissance immédiate et égoïste des biens dont il se croit le seul propriétaire, qui vit sans voir ni Dieu, ni les prophètes, ni même les messagers de la résurrection de Jésus, ne voit pas non plus son prochain dans le besoin. Il ne voit pas, enfermé dans sa cage idéologique, que sa vie finira et qu’il y a une autre vie après la mort où Dieu fera justice.
Cet avertissement du prophète Amos et de Jésus est d’autant plus dur qu’il concerne des personnes qui appartiennent à Dieu. Amos s’adresse à ceux qui « vivent bien tranquille dans Sion », c’est-à-dire qui se croient bon Israélites ou bon chrétiens : « ils seront déportés » : le Seigneur va les rejeter de Jérusalem, de sa communion. Jésus parle aux pharisiens et il évoque un riche fils d’Abraham, comme il pourrait parler à des chrétiens et évoquer un riche baptisé. Egoïste à en oublier Dieu et son prochain, il sera jeté dans la fournaise.

La « fournaise », voilà un mot qui nous fait peur ! Mais c’est justement lui qui nous donne la clé de ce que reprochent Amos et Jésus aux hommes sans Dieu et sans prochain. Pour comprendre, nous pouvons lire ce petit passage du Cantique des Cantiques :
« Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l'amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol. Ses traits sont des traits de feu, une flamme du Seigneur. Les grandes eaux ne pourront éteindre l'amour, ni les fleuves le submerger. Qui offrirait toutes les richesses de ma maison pour acheter l'amour ne recueillerait que mépris » (Ct 8,6-7).

La flamme de la fournaise, c’est l’amour du Seigneur. Ce sont les flammes du buisson ardent que vit Moïse, les flammes qui se posent sur les Apôtres lors de la Pentecôte. Le riche égoïste, après sa mort, est tourmenté par l’amour qu’il n’a pas vécu sur la terre et qu’il ne peut pas acheter avec son argent. Et c’est bien cela que lui reprochent Amos et Jésus : « tu n’as pas compris que toute la Loi et les Prophètes, et la bonne nouvelle de Jésus ressuscité, sont l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Et tu n’as pas compris qu’appartenir à Dieu, être un enfant de Dieu, un élu de Dieu, c’est vivre d’abord de l’amour du Seigneur, qui est du ciel, et non pas d’abord de l’argent, qui est de la terre ».
C’est pourquoi saint Paul recommande à Timothée : « Recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! » Et même, il ne fait pas que lui donner une recommandation, il lui ordonne : « Garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tâche, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus-Christ ». Le commandement du Seigneur c’est : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». L’amour de Dieu, l’amour mutuel et l’amour du prochain, c’est la ligne de conduite des chrétiens, quoi qu’il arrive, jusqu’à la venue du Seigneur.

Chers frères et sœurs, nous vivons dans un monde où, d’un côté, nous sommes entraînés à vivre comme des égoïstes en nous compromettant avec le dieu argent, et de l’autre où, parce que l’amour de Dieu et du prochain s’effacent, parce que la foi en Jésus ressuscité disparaît, des religions primitives s’étendent et veulent s’imposer. Nous connaissons maintenant l’ardeur de la flamme qui attend les premiers, et nous savons aussi ce que Dieu a promis à ceux qui font un usage illégitime de l’épée. Prions pour eux. Entre ces deux puissances, les enfants de Dieu, sont comme écrasés, mais ils connaissent la source de vie et le cap qui conduit au bonheur : l’amour du Seigneur. Pour cette raison, demeurons dans la joie et rendons grâce à Dieu par toute notre vie. Amen.

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