Sa
1,20-22.24-28 ; Ps 83 ; 1Jn 3,1-2.21-24 ; Lc 2,41-52
Chers frères et sœurs,
Pour Elcana et Anne comme pour Marie et Joseph, à l’évidence, Dieu
est un membre de la famille et le Sanctuaire du Seigneur, le Temple, est pour
eux comme une seconde maison. Anne y a souvent prié pour avoir un enfant,
Elcana s’y rend facilement au moins une fois tous les ans – avec toute sa
famille – pour y accomplir les rites prescrits. De même Marie et Joseph montent
à Jérusalem habituellement pour la fête de la Pâque, avec de nombreux parents
et connaissances, et bien sûr avec leur fils Jésus.
Il y a des questions qui ne se posent même pas : la prière et
le culte de Dieu font partie de la vie, non pas seulement d’un point de vue
personnel, mais aussi d’un point de vue collectif et plus particulièrement familial.
Et c’est ainsi, qu’ensemble, les membres d’une famille s’encouragent et se
fortifient dans la foi et l’amour de Dieu comme dans l’affection mutuelle.
Or ce qui était vrai à ce sujet dans l’Ancien Testament comme dans
le Nouveau, l’est toujours aujourd’hui. Bienheureuses, donc, sont les familles
qui ont une place pour Dieu dans leur maison et à leur table. Il leur donnera à
son tour une bonne place dans son Histoire sainte et dans son Royaume.
Cela ne signifie pas, pour autant, que la vie courante de ces
familles en sera plus rose. Nous le constatons aujourd’hui même dans l’aventure
que Jésus fait vivre à Marie et à Joseph en restant à leur insu à Jérusalem.
Mais pourquoi donc saint Luc a-t-il voulu nous raconter cette histoire ?...
Ne trouvez-vous pas qu’elle a un
« petit goût » de celle des disciples d’Emmaüs ?
En effet, dans les deux cas, nous sommes juste après Pâques. Marie
et Joseph, comme les disciples, descendent de Jérusalem. Ils font une journée
de marche. Ici Marie et Joseph se mettent à chercher Jésus pendant trois jours
avant de le retrouver, alors que les disciples avaient attendu trois jours
avant d’apprendre la résurrection de Jésus. Dans l’Évangile d’aujourd’hui,
Jésus discute avec les docteurs de la Loi et eux s’extasient de ses questions
et de ses réponses : n’ont-ils pas le cœur tout brûlant tandis qu’il leur
parlait ainsi, comme aux disciples, sur le chemin, et qu’il leur ouvrait les
Écritures ? Et ces deux questions posées par Jésus aux disciples
d’Emmaüs : « Quelles sont ces paroles que vous vous lancez entre
vous en marchant ? », « N’est-ce pas cela que devait
souffrir le Messie pour entrer dans sa gloire ? », s’accordent
étrangement avec celle qu’il lance à Marie et Joseph : « Ne
saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? ».
A l’évidence, même si tout n’est pas comparable, il y a des résonances entre les deux textes, et les deux événements sont à comprendre
l’un à la lumière de l’autre.
En premier lieu n’évacuons pas trop vite l’amour profond qu’ont
Marie et Joseph pour leur fils Jésus, leur angoisse de ne pas le retrouver.
Nous retrouvons le même désarroi chez les disciples d’Emmaüs, et donc aussi une
affection semblable pour Jésus. Nous comprenons ainsi – un peu – combien Marie a
souffert durant cette aventure de jeunesse de Jésus, comme durant sa grande
Pâque, où il est mort et ressuscité.
Mais, la grande leçon de saint Luc, porte sur l’identité du père de
Jésus. Quand Marie retrouve Jésus, elle lui dit : « Vois comme ton
père et moi, nous avons souffert », et Jésus lui répond : « Ne
saviez vous pas qu’il me faut être chez mon Père ». Bien sûr, sur le
coup, ils ne comprennent pas cette réponse, car Jésus leur parle de sa
résurrection et de son Père du ciel, de notre Père qui est aux cieux. Et
encore, aux disciples d’Emmaüs, faudra-t-il qu’il leur réexplique tout cela, en
ouvrant pour eux le sens des Écritures.
On pourrait croire que la figure de Joseph est ici gommée et
oubliée. Mais sa souffrance, celle dont parle Marie, attire aussi notre
attention sur la douleur de Dieu notre Père lui-même, durant la Passion de
Jésus. Nous comprenons ainsi qu’il souffre terriblement quand tous ceux qui
ressemblent à son Fils, et tous les innocents, sont également persécutés et
attaqués injustement. Dieu le Père souffre comme Joseph a souffert.
Chers frères et sœurs, avez-vous vu comment, d’un événement tiré de
la vie ordinaire il est possible d’entrer dans les mystères extraordinaires de
la vie du Bon Dieu et de la nôtre ? : l’histoire d’un gamin qui échappe à l’attention
de ses parents pour s’intéresser à un truc qui lui plaît, et qui prend
vraisemblablement une savonnée à la fin, est devenu, par le regard de la foi,
un événement qui résonne avec la Passion et la Résurrection de Jésus, un
événement extraordinaire.
Si donc le Seigneur était un membre totalement intégré de nos
familles, je suis sûr qu’il y aurait aussi beaucoup de Marie pour garder tous ces événements dans leur cœur. Et elles se réjouiraient de voir que, vraiment, le
Seigneur Dieu habite parmi nous, et que décidément, notamment en ce temps de
Noël, son Royaume est tout proche.