dimanche 19 mai 2019

19 mai 2019 - BARD-lès-PESMES - 5ème dimanche de Pâques - Année C


Ac 14,21b-27 ; Ps 144 ; Ap 21,1-5a ; Jn 13,31-33a.34-35

Chers frères et sœurs,

Avant de partir Jésus donne à ses Apôtres les enseignements nécessaires pour qu’ils puissent vivre et agir après son départ, que ce soit avant sa mort ou avant son Ascension, avant de retourner auprès du Père. De même Paul et Barnabé ont laissé des consignes aux chrétiens et organisé les Églises de Lystre, Iconium et Antioche de Pisidie, avant de revenir à Antioche de Syrie d’où ils avaient été envoyés en mission. Les deux situations s’éclairent l’une par l’autre.

Jésus se trouve donc, le jeudi saint, en train de célébrer la Pâque, son dernier repas avant la Passion. Judas est parti le dénoncer. Les dés sont jetés : Jésus sait qu’il va être arrêté, jugé et condamné à mort. Mais il sait aussi que par-delà sa mort il ressuscitera et que c’est dans la lumière de la résurrection qu’il sera glorifié.
En attendant, les Apôtres vont se retrouver seuls dans la tourmente. C’est pourquoi il leur parle, avec douceur : « Petits enfants »… Jamais Jésus ne leur a parlé de cette manière : « Petits enfants »… Il est bien conscient de leur grande fragilité face aux épreuves qu’ils vont devoir endurer : le jugement, la Passion, la croix, la mort, le désespoir, l’incompréhension, la persécution. Toujours – que nous soyons des hommes d’hier, d’aujourd’hui, ou de demain – la croix demeurera pour nous une pierre d’achoppement : comment des ténèbres peut-il sortir de la lumière ? de la mort, la vie ? des larmes, la joie ? Aujourd’hui encore, nous ne supportons pas la croix, et nous préférons souvent l’éviter ou la supprimer, d’une manière ou d’une autre, quand elle nous dérange trop.

C’est pourquoi Jésus veut aider ses Apôtres et leur donner la clé qui permet de traverser l’épreuve de la croix pour atteindre les rives de la vie : il leur donne un commandement nouveau. Il ne s’agit pas du commandement de l’amour du prochain, de la bienveillance envers le prochain : ce commandement-là existe déjà dans l’Ancien Testament. Il n’est pas nouveau. Il s’agit ici d’un commandement supérieur. La traduction française le rend mal. Il y a deux points remarquables.
Premièrement, l’amour dont il est question est celui qui est le plus élevé : l’amour divin ; c’est l’amour qui est le plus intime, qui est communion, qui est don de sa vie. Jésus va leur donner l’eucharistie pour cela : « Ceci est mon corps ; ceci est mon sang, livré pour vous », et il va le faire en réalité.
Deuxièmement, les apôtres doivent s’aimer les uns les autres. Il ne s’agit pas d’un amour de communion tourné vers le prochain, mais une communion d’amour entre eux, qui est à l’image de l’amour que Jésus a pour son Père. Le noyau, le cœur du groupe des Apôtres, c’est cet amour-là qui s’enracine dans l’amour de Jésus, lui-même enraciné dans l’amour du Père.
On ne comprend donc rien à ce qu’est l’Église, à ce qu’est un évêque, si on ne comprend pas qu’en leur cœur il y a l’amour de communion, du don de sa vie, de l’eucharistie, qui prend sa source dans l’amour que Jésus partage avec son Père.

Et nous alors ? Nous sommes comme les chrétiens de Lystres, d’Iconium et d’Antioche de Pisidie. L’Évangile nous a été transmis par Ferréol et Ferjeux, comme il l’a été là-bas, autrefois, par Paul et Barnabé. Et que nous ont-ils laissé ?
D’abord, Paul et Barnabé étaient bien conscients de laisser les chrétiens face à des grandes épreuves : « Ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu » ». Et sachant leur grande fragilité, comme Jésus avec ses Apôtres au jeudi saint, ils leur donnent part au commandement nouveau : « Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui ».
Paul et Barnabé, parce qu’ils en avaient reçu le commandement eux-mêmes à Antioche, ont donné à ces jeunes Églises des évêques, c’est-à-dire des hommes de l’amour divin et de l’eucharistie, des hommes de communion et de don de soi.
Ce qui permet aux chrétiens de tous les lieux et de tous les temps d’affronter les épreuves, c’est leur fidélité à leur évêque et à l’eucharistie que celui-ci célèbre en communion avec tous les autres évêques du monde, et avec Jésus lui-même, en mémoire de lui et de l’amour divin dont il nous a aimé.

Chers frères et sœurs, le scandale de la croix, l’épreuve de la souffrance et de la mort, ne peuvent être surmontés que par l’amour et la vie nouvelle que Jésus nous donne. Le gage de cet amour et de cette vie nouvelle, c’est l’eucharistie célébrée par notre évêque, à laquelle nous communions. Il n’y a pas de chemin plus sûr que ce commandement, pour entrer à notre tour dans le Royaume de Dieu.

dimanche 12 mai 2019

11-12 mai 2019 - VELLEXON - MONTOT - 4ème dimanche de Pâques - Année C


Ac 13,14.43-52 ; Ps 99 ; Ap 7,9.14b-17 ; Jn 10,27-30

Chers frères et sœurs,

Quand on cherche à comprendre l’Évangile, il faut toujours essayer de resituer la scène dans son contexte. Ici, Jésus se trouve dans le Temple de Jérusalem, pendant la fête d’Hanoukka. C’est dit au verset 22, qui a été coupé, malheureusement.

La fête d’Hanoukka dure huit jours, durant lesquels chaque famille juive allume un chandelier à neuf branches à la fenêtre de sa maison, en souvenir de la purification du Temple au temps des frères Maccabées. C’est un geste de résistance et d’espérance.
Au IIème siècle avant Jésus-Christ en effet, les frères Maccabées avaient résisté avec les armes pour maintenir la tradition d’Israël contre une assimilation forcée à la pensée et aux mœurs grecques. Lors de leur entrée dans le Temple, qui avait été profané, ils n’avaient trouvé qu’une petite fiole d’huile sainte pour allumer le Chandelier à sept branches du Sanctuaire. Or, par miracle, l’huile de cette petite fiole avait permis de maintenir le Chandelier allumé pendant huit jours, le temps de fabriquer de l’huile nouvelle.
La fête d’Hanoukka, c’est la mémoire de ce miracle, qui signifie en même temps la fidélité et la bénédiction de Dieu. Dieu n’a pas voulu que la foi d’Israël soit entièrement éteinte, et même il a montré qu’un petit peu d’huile sainte pouvait suffire pour éclairer pendant huit jours, c’est-à-dire pendant une éternité.

Revenons maintenant à l’Évangile.

Dans le Temple, pendant la fête d’Hanoukka, Jésus déclare à ses interlocuteurs qu’il est comme un berger qui conduit ses brebis, auxquelles il donne la vie éternelle. Jamais celles-ci ne périront, car c’est le Père qui les lui a données et que tous deux ne font qu’un. Et nul ne peut arracher quelque chose de la main du Père.
La leçon est donc la suivante : La petite fiole qui contient l’huile sainte servant à allumer les branches du chandelier pendant huit jours, c’est lui, Jésus, qui contient la vie éternelle, celle qui donne vie à ses disciples pour l’éternité. Comme la lumière d’Hanoukka ne s’éteindra pas, les brebis de Jésus le Bon Berger ne périront jamais. Comme Dieu a été fidèle à son peuple au temps des Maccabées, le Père et lui-même Jésus, seront toujours fidèles aux brebis, c’est-à-dire aux disciples et à nous. Nous ne manquerons jamais de l’huile de l’Esprit Saint, de la vie éternelle, pour être illuminés par lui. Nous avons reçu cette huile et cette lumière à notre baptême, quand notre lumière a été allumée à celle du cierge Pascal.

Il est important maintenant de comprendre pourquoi Jésus nous compare à des brebis.

En premier lieu, parce que nous savons bien qu’il n’y a pas plus innocent que ces animaux, et que les chrétiens – comme il est dit dans les Béatitudes – sont pauvres de cœur, c’est-à-dire humbles, sensibles et doux. Mais aussi, en second lieu, en raison d’un jeu de mot qui n’a pas été traduit en grec et en français : le mot « mouton » en hébreu – pour faire référence au terme exact – s’apparente à celui de « témoignage », de « promesse solennelle ». Le mouton est un gage de promesse solennelle. Ainsi donc, nous les chrétiens, nous sommes les cœurs sensibles, humbles et doux qui portons dans le monde le témoignage de Jésus, et sa promesse solennelle de vie éternelle.
Or, ces brebis, selon Jésus, écoutent sa voix, sont connues par lui et le suivent. Ces trois verbes écouter, connaître et suivre sont très importants, car ils forment l’essentiel de notre vie chrétienne. Nous écoutons la Parole de Dieu, c’est-à-dire Jésus, notamment dans ses paroles et ses actes, rapportés par les Évangiles. Par la voie des sacrements – surtout ceux du baptême et de l’eucharistie – Jésus se révèle à nous et nous unit à lui : il nous connaît, comme un homme « connaît » sa femme quand ils s’aiment. Enfin, quand nous sommes unis à Jésus, connus par lui, nous pouvons le suivre où il va, c’est-à-dire vers son Père, dans son Royaume, pour la vie éternelle.

Ainsi donc, chers frères et sœurs, aujourd’hui Jésus nous a appris que nous étions comme des branches de chandelier, illuminés et unis à lui pour l’éternité, par l’huile sainte de l’Esprit Saint, et que humbles et pauvres comme des brebis, nous étions en même temps ses témoins dans le monde et la promesse de sa fidélité, pour tous les hommes.

vendredi 10 mai 2019

05 mai 2019 - GRAY - 3ème dimanche de Pâques - Année C


Ac 5,27b-32.40b-41 ; Ps 29 ; Ap 5,11-14 ; Jn 21,1-19

Chers frères et sœurs,

Les lectures de ce jour nous rappellent quels sont les fondations de notre vie chrétienne.

Dans l’Évangile, nous voyons Jésus inviter ses disciples pour partager le repas qu’il a préparé pour eux. Un chrétien comprend immédiatement qu’il les appelle à célébrer et à se nourrir de l’eucharistie.
La mention des poissons ne doit pas nous faire oublier que l’aliment fondamental en Judée à cette époque, est le pain. Ainsi, Jésus et ses disciples mangent du pain avec du poisson et non pas du poisson avec du pain. Le poisson est là comme pour donner du goût au pain. Et c’est bien ainsi, car nous sommes les poissons qui viennent donner leur goût particulier au pain qui est Jésus, auquel nous communions.
D’ailleurs, Jésus demande si les apôtres ont du poisson. La pêche a été difficile, mais sur son ordre, les pêcheurs finissent par prendre dans leur filet – celui de l’Église – de nombreux poissons. 153 est un nombre qui renvoie à la notion d’une grande multitude. Et le filet, malgré ce volume, ne se déchire pas.
Ainsi donc nous avons ici de manière imagée l’essentiel de la vie chrétienne et la vocation de l’Église : nous sommes tous appelés par Jésus à communier à son Eucharistie – qui est lui-même – et le rôle de l’Église est de nous rassembler pour participer à cette communion.
Comme nous le voyons ensuite, dans l’échange qui a lieu entre Pierre et Jésus, cette mission de rassemblement est confiée plus particulièrement à Pierre et à travers lui à ses successeurs, le Pape et les évêques en communion avec lui. Or la clé de cette mission est l’amour de Jésus. Un évêque qui n’aime pas Jésus ne peut pas accomplir sa mission : au lieu de rassembler, il divise. Mais c’est aussi vrai pour chacun d’entre nous.

La célébration de l’Eucharistie et le rassemblement de l’Église qui lui est lié, par amour du Seigneur, n’est pas la seule activité de notre vie chrétienne. Il y a aussi le témoignage de l’Évangile à la face du monde. La première lecture nous en donne une bonne illustration.
L’essentiel du message des Apôtres est le suivant : Jésus est le Messie attendu, qui a été envoyé par Dieu, pour accorder à Israël et à tous les hommes, la conversion et le pardon des péchés – ce que le culte du Temple de Jérusalem n’arrivait pas à obtenir réellement parce qu’il était seulement une image du culte véritable. Et la preuve en est que les Apôtres sont les témoins que Jésus, qui avait été mis à mort, est vraiment ressuscité. Et non seulement Jésus leur est apparu vivant réellement, mais le don de l’Esprit Saint à la Pentecôte a confirmé qu’il a bien été reçu dans la gloire de Dieu, qu’il est Dieu lui-même. C’est ce que Pierre veut dire lorsqu’il explique que Jésus est « Prince et Sauveur » : premier-né d’entre les morts et fils de Dieu, Messie libérateur et source de vie éternelle.
Cet enseignement – nous l’avons vu – n’est pas bien reçu par les membres du Conseil suprême. A l’interdiction qui leur est faite d’enseigner l’Évangile, sous peine de châtiments corporels et d’humiliations, les Apôtres répondent qu’il est de leur devoir d’obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
En conséquence, quelles que soient les époques et les lieux, il est du devoir de l’Église – c’est à dire de tous les baptisés – d’annoncer l’Évangile, même si cela perturbe l’ordre établi et leur attire des ennuis. Être chrétien, c’est accepter et assumer d’être différent des autres, dans le monde.

Finalement, si l’on récapitule, être chrétien, c’est répondre à l’appel de Jésus à nous rassembler avec tous les autres membres de l’Église pour communier avec lui, pour nous nourrir de lui. Et c’est témoigner qu’il est Dieu et Sauveur, parce que par sa mort et sa résurrection, par le don de son Esprit Saint, il nous accorde, avec la conversion, le pardon de nos péchés et la réconciliation avec Dieu, c’est-à-dire la participation à sa vie éternelle. Et cela toujours dans la joie. Car il ne faut jamais oublier qu’un des signes donnés aux disciples est, que malgré toutes les difficultés, l’Esprit de Jésus les rend profondément joyeux.

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