dimanche 15 février 2026

15 février 2026 - SAINT-GAND - 6ème dimanche TO - Année A

 Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Paul oppose la sagesse de ceux qui dirigent ce monde à la sagesse du mystère de Dieu. Peut-on d’ailleurs encore parler de « sagesse » pour les dirigeants de ce monde, quand on en voit les résultats pratiques ? C’est catastrophique... Mais saint Paul nous rappelle que l’Évangile est la proclamation de la sagesse du mystère de Dieu et – dit-il – « c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. » L’Esprit Saint nous donne accès à la sagesse du mystère de Dieu. Et saint Paul assoie son affirmation sur une citation de l’Écriture, une citation du prophète Isaïe, pour nous rappeler également que l’Écriture – la Loi et les prophètes – sont empreinte et rayonnement de cette sagesse.
 
Dans l’Écriture, on trouvera par exemple le livre de Ben Sira le Sage, dont nous avons lu un extrait en première lecture. Celui-ci nous enseigne que pour trouver la sagesse cachée, il faut commencer par faire un choix : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » Cela signifie que la recherche et la connaissance de la sagesse de Dieu ne sont pas matière à option : c’est toute notre vie, à 100%, qui doit y être engagée. Pas de demi-mesure possible. Ben Sira le Sage parle comme Jésus : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » L’un et l’autre parlent bien de la même sagesse.
Cependant ce choix est une réponse à un appel préalable venant du Seigneur. L’appel se trouve déjà dans notre existence même : le simple fait que nous soyons nés, que nous existions. Nous avons été créés pour Dieu, pour vivre de sa sagesse, qui est notre vrai bonheur. Ensuite l’appel se trouve dans le témoignage d’Israël, dépositaire des Promesses, de la Loi de Moïse et des témoignages prophétiques. Tous ces signes de Dieu nous sont adressés à nous aussi. Plus encore, l’appel se trouve à la suite de la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ, dans notre baptême. Il est déjà participation, communion, à la gloire de Dieu, et avec ce baptême nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet d’en avoir connaissance. Enfin, il est réservé à chacun d’entre nous tel ou tel don de l’Esprit, qui est sa vocation particulière, où le Seigneur l’appelle au plus profond de son cœur. Ainsi donc, par ces appels plus ou moins personnels, plus ou moins profonds, le Seigneur nous attire et il attend notre réponse : « veux-tu, avec l’aide de l’Esprit Saint, marcher sur le chemin de ma sagesse, oui ou non ? »
 
Ben Sira le Sage qualifie de « ceux qui le craignent » - « ceux qui craignent le Seigneur », tous ceux qui répondent « oui » à l’appel du Seigneur. Il ne faut pas se tromper : la plupart du temps dans l’Écriture, la « crainte de Dieu » ne doit pas être comprise comme une « peur de Dieu », mais plutôt comme un esprit d’humilité et de gratitude à l’égard de Dieu qui nous a fait un don exceptionnel. Celui qui « craint Dieu », c’est celui qui a déjà eu connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu à son égard et qui veut lui rendre grâce. C’est aussi celui qui a entendu l’appel de Dieu au plus profond de lui-même, dans son cœur et son intelligence, et qui veut le connaître davantage. Celui qui « craint Dieu », dans l’Écriture, est déjà un sage : ses yeux sont ouverts et ses oreilles entendent.
 
Nous arrivons à l’Évangile, où nous retrouvons Jésus, assis sur la montagne entouré de ses disciples. Il n’est pas là pour leur donner un cours de morale, mais il leur dévoile la sagesse de Dieu. Autrement dit, pour comprendre, on ne peut pas, on ne doit pas se contenter d’une lecture superficielle : Jésus parle de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, ignorée par les dirigeants de ce monde.
En première lecture, cette sagesse de Dieu est particulièrement exigeante, comme Jésus le montre à propos des commandements sur le meurtre, l’adultère et les serments. D’ailleurs il le dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » À moins d’être spécialement soutenus par l’Esprit Saint, il nous semble impossible de répondre parfaitement à ces commandements. Jésus demande-t-il des choses inaccessibles ?

Comme je ne peux pas parler pendant 15 jours, je vais me limiter au passage qui concerne le commandement sur l’adultère. Lisons l’Évangile avec sagesse, c’est-à-dire pour commencer, en nous appuyant sur l’Écriture. On n’y trouve mention de convoitise, d’œil et de bras que dans le livre du prophète Zacharie. Il s’agit du mauvais berger qui ne se préoccupe pas des brebis blessées, égarées et épuisées, mais qui préfère dévorer « la chair des bêtes grasses », pour assouvir sa convoitise. Malheur à ce berger dit le Seigneur : « Que l’épée s’en prenne à son bras et à son œil droit ! » 
Jésus donc, dans son enseignement à ses disciples, dit en réalité deux choses. Premièrement, que le bon berger – qui est Dieu – n’exerce pas de convoitise sur ses brebis, mais il vient à leur secours. Son œil est juste et bienveillant ; sa main – qui est l’Esprit Saint – est une main de bénédiction. Et bien sûr, le bon Berger, c’est aussi Jésus lui-même. Et deuxièmement, cet enseignement vaut pour ses disciples appelés à être apôtres, à être des "bergers". Si par grâce, ils ont reçu la connaissance de la sagesse de Dieu, l’accès au mystère tenu caché, alors non seulement leur esprit doit en être illuminé mais aussi toute leur vie doit en rayonner, comme de bons bergers qui « craignent Dieu ».
 
Saint Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » Combien avait-il raison, car avec l’Esprit de Dieu, tout est possible.

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