dimanche 1 février 2026

01 février 2026 - BUCEY-lès-GY - 4ème dimanche TO - Année A

 So 2, 3 ; 3, 12-13 ; Ps 145 ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque saint Matthieu rédige ce chapitre de son évangile, tout est pesé. Non pas seulement le vocabulaire choisi, mais aussi l’ordre des versets, et même la mise en scène. Car, ce qu’il veut nous dire dépasse les mots eux-mêmes : il veut rejoindre et parler à la pointe de notre âme. Ou plutôt que notre âme entende et reconnaisse à travers ses mots la Parole de Dieu, la Parole de la Vie.
 
D’abord la mise en scène : Jésus est entouré par des foules nombreuses – pas « une » foule, mais « des » foules – c’est dire s’il y a du monde ! En fait, il y a tout le monde, toute l’humanité, et nous avec. Si Jésus monte sur la montagne et enseigne les Béatitudes à ses disciples, c’est pour que ceux-ci puissent ensuite porter sa Parole à toutes ces foules, à toute l’humanité, de tous les lieux et de toutes les générations.
Jésus monte sur la montagne comme Moïse était monté sur le Mont Sinaï. L’enseignement de Jésus est en rapport avec la Loi ; il en est le cœur, l’accomplissement. Cet enseignement est réservé à ses disciples. Jésus ne parle pas directement à toutes les foules, mais il le fait par l’intermédiaire de ses disciples. Pourquoi ? Parce que son enseignement est inséparable du témoignage des disciples : témoignage sur Jésus et sa vie ; et aussi témoignage de vie des disciples eux-mêmes. La Parole n’est pas que des mots : la Parole est vivante et elle produit du fruit : vivante, elle est Jésus lui-même. Et quand on la met en pratique, on devient disciple, on devient Apôtre : la Parole produit du fruit. Donc, Jésus qui enseigne les Béatitudes, c’est Jésus qui dit qui il est, ce qu’est être son disciple, et il donne l’Esprit de vie qui est toujours avec lui : Esprit qui fait de ses disciples non pas des serviteurs mais des amis, non pas des étrangers mais des fils de Dieu.
 
Observons maintenant les Béatitudes, comment Jésus nous les enseigne. Il y en a dix, même si la dernière est différente des précédentes. De plus, les huit premières concernent tous les hommes, et les deux dernières ne concernent que les disciples : « Heureux êtes-vous… » ; « Réjouissez-vous… »
Avez-vous remarqué que la première béatitude « Heureux les pauvres de cœur » et la huitième « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice » correspondent à la même promesse : « le royaume des cieux est à eux » ? C’est un procédé de style typique dans les textes bibliques pour indiquer que la première béatitude correspond à la huitième, la seconde avec la septième, la troisième avec la sixième, etc. ; et que la ou les plus importantes se trouvent au milieu. Ici nous avons : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » et « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». On y retrouve les deux commandements principaux de la Loi : d’abord « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » – en ayant faim et soif de Lui – avec la promesse de la communion : l’amour de Dieu est communion. Et nous savons, nous chrétiens, que la communion se mange et se boit dans l’Eucharistie. Et ensuite : « Tu aimeras ton prochain », en étant miséricordieux à son égard, avec la promesse de la miséricorde aussi pour nous. Cette miséricorde, c’est le pardon des péchés et l’entrée au ciel, pour la vie éternelle.
Il me paraît important de souligner ici une chose qui appelle réflexion. Jésus n’ignore pas que le monde dans lequel les hommes vivent est un monde imparfait : il y a des aspérités. Chaque Béatitude souligne ou épouse ces aspérités, ces souffrances, mais il met en regard l’enseignement des Béatitudes qui est construit comme une sagesse, comme nous l’avons vu : deux fois quatre béatitudes qui se répondent l’une à l’autre, avec le commandement de l’amour de Dieu et du prochain au centre. Mais il ne s’agit pas seulement d’une sagesse humaine – comme si on mettait une compresse sur des blessures – il s’agit d’une sagesse qui est Esprit de Vie : cette sagesse dit qui est Jésus et quel Esprit il veut nous partager, nous donner à travers elle, pourvu qu’elle soit une sagesse vécue : les huit béatitudes délimitent, dessinent le visage de Jésus en lequel se trouve l’Esprit de Vie.
 
Quand on a compris cela – que les Béatitudes sont le portrait de Jésus et qu’on est chacun et chacune appelés à en vivre, en totalité ou en partie – alors on est devenus disciples. La neuvième béatitude s’adresse donc à nous : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. » Il y a deux choses à en dire : la première est que l’homme des Béatitudes est devenu comme Jésus, et la seconde qu’il est devenu comme Jésus en sa Passion, qui offre sa vie à son Père pour le salut du monde. Que voulez-vous, l’Esprit Saint ne sait pas faire autre chose que de transformer toute personne qui le reçoit à la ressemblance de Jésus ! Mais pas un Jésus béni-oui-oui… ; le vrai Jésus qui donne sa vie par amour pour ses amis !
Alors, les disciples, ayant passé par là où lui Jésus est passé, peuvent se réjouir, car « leur récompense est grande dans les cieux » : ils ont dès ici-bas – s’ils ont encore un pied sur terre – déjà un pied au ciel. Nous sommes ici au cœur de l’enseignement de Jésus : le but ultime des Béatitudes, c’est la vie éternelle qui est déjà donnée maintenant dans la joie profonde qu’un disciple éprouve – quoi qu’il arrive – à la simple pensée, dans un acte de foi en Jésus vivant, qu’en communion avec lui le ciel lui est déjà ouvert.
 
 

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