vendredi 17 avril 2020

11 avril 2020 - La Vigile Pascale


La Vigile Pascale

L’épidémie est un malheur qui produit angoisse et tristesse en nos cœurs. Nous craignons pour nous-mêmes et nos proches. Mais plus encore : nous avons été privés de la plus grande célébration chrétienne, la Vigile Pascale, au cours de laquelle nous rendons grâce à Dieu pour la mort et la résurrection de Jésus.

Liturgiquement parlant, il n’y a rien de plus important que la Vigile Pascale : elle est « la célébration des célébrations ». Toutes les messes des dimanches et fêtes, toutes les messes des jours ordinaires, qu’elles soient célébrées dans des cathédrales, des églises ou des chapelles, publiquement ou dans le secret, sont des échos, des répliques, de cette grande liturgie de la Vigile Pascale. C’est pourquoi, ce fut un très grand malheur que les communautés n’aient pas pu être réunies, ou même représentées a minima.

C’est pourquoi il fallait malgré tout que la Vigile soit célébrée avec toute la solennité possible. À Vellexon, je crois qu’elle l’a été dignement.

Ce fut pour moi notamment l’occasion de faire ce que je n’avais jamais fait en communauté. Voici deux exemples.

Le premier fut de lire intégralement les sept lectures précédant celles de l’Épître et de l’Évangile : prendre le temps de vivre le temps liturgique, pour entrer dans le temps long de l’histoire des hommes avec Dieu, et se laisser imprégner, modeler, réchauffer, par la Parole de Dieu. Tout cela dans les ténèbres et à la seule lumière de quelques cierges. Et Dieu vit que cela était bon !
Car les lectures ne sont pas là simplement pour nous rappeler quelques thèmes théologiques, quelques histoires, événements ou personnages, un peu éparpillés comme des fleurs dans les prés. Mais dans leur succession-même, il se trouve une histoire où Dieu a parlé et nous parle encore aujourd’hui. Et l’on voit que, depuis la création et la chute de l’homme, malgré toutes les dérives, les épreuves, les longs apprentissages, Dieu prépare sa venue et notre réconciliation : c’est une histoire d’amour, une histoire de vie. Et plus encore, l’annonce du Règne de Dieu qui vient.
On ne se lasserait jamais de lire et relire encore ces lectures, de les méditer comme un Rosaire, et d’en réjouir notre âme.

Le second exemple est le choix de ne pas faire usage de l’électricité : tout s’est fait à la lumière des cierges. Le grand autel, avec ses chandeliers, suffisait largement à éclairer le chœur. Esthétiquement, c’était magnifique. D’ailleurs, l’église a été conçue pour être éclairée ainsi, surtout la nuit de Pâques, mais aussi la nuit de Noël. L’électricité écrase tout : elle est comme une coulée de béton dans une pâture de printemps. Au contraire, les lumières des cierges égayent les yeux : il y avait comme des dizaines d’étoiles dans le ciel. La liturgie est faite pour les yeux des enfants.
Mais par-delà cette expérience esthétique, il faut voir le mystère de la résurrection de Jésus. Comme les lectures nous l’ont appris, il s’agit de la lumière de la création qui déchire les ténèbres. Rien ne pourra arrêter la lumière : le Christ a vaincu la mort ! Et saint Paul l’a dit : « L’amour ne passera jamais ! » La source la plus importante de la lumière se trouve être l’autel et c’est normal : c’est sur lui que repose la Présence du Seigneur. L’autel, c’est l’Arche d’Alliance. Il n’y a aucune lumière qui éclaire Dieu : c’est Lui qui est la lumière du monde, l’amour miséricordieux, la source de la vie.
Ainsi, le fait que la lumière provienne de l’autel et non pas du plafond a une signification essentielle pour notre foi, exprimée jusque dans la matière de l’église. Les anciens savaient : tout a une signification, y compris l’architecture, y compris la matière. Elles peuvent parler comme les livres.

Nous croyons que la liturgie doit exprimer nos idées ou nos sentiments les plus élevés du moment, et nous ne nous laissons pas enseigner par celle-ci, alors qu’elle est si puissante quand on lui permet simplement de se déployer selon le rituel prévu. En fait, nous croyons bien faire, mais nous ne nous rendons pas compte que nous réduisons souvent la liturgie à notre mesure, au lieu de lui permettre de nous réchauffer, de nous faire grandir en elle, pour que notre âme et notre cœur s’y épanouissent, dans la joie.

J’ai donc vraiment regretté que la communauté n’ait pas été présente pour vivre cette Vigile Pascale très simple et très belle ! C’était la résurrection de Jésus !



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