dimanche 15 février 2026

15 février 2026 - SAINT-GAND - 6ème dimanche TO - Année A

 Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Paul oppose la sagesse de ceux qui dirigent ce monde à la sagesse du mystère de Dieu. Peut-on d’ailleurs encore parler de « sagesse » pour les dirigeants de ce monde, quand on en voit les résultats pratiques ? C’est catastrophique... Mais saint Paul nous rappelle que l’Évangile est la proclamation de la sagesse du mystère de Dieu et – dit-il – « c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. » L’Esprit Saint nous donne accès à la sagesse du mystère de Dieu. Et saint Paul assoie son affirmation sur une citation de l’Écriture, une citation du prophète Isaïe, pour nous rappeler également que l’Écriture – la Loi et les prophètes – sont empreinte et rayonnement de cette sagesse.
 
Dans l’Écriture, on trouvera par exemple le livre de Ben Sira le Sage, dont nous avons lu un extrait en première lecture. Celui-ci nous enseigne que pour trouver la sagesse cachée, il faut commencer par faire un choix : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » Cela signifie que la recherche et la connaissance de la sagesse de Dieu ne sont pas matière à option : c’est toute notre vie, à 100%, qui doit y être engagée. Pas de demi-mesure possible. Ben Sira le Sage parle comme Jésus : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » L’un et l’autre parlent bien de la même sagesse.
Cependant ce choix est une réponse à un appel préalable venant du Seigneur. L’appel se trouve déjà dans notre existence même : le simple fait que nous soyons nés, que nous existions. Nous avons été créés pour Dieu, pour vivre de sa sagesse, qui est notre vrai bonheur. Ensuite l’appel se trouve dans le témoignage d’Israël, dépositaire des Promesses, de la Loi de Moïse et des témoignages prophétiques. Tous ces signes de Dieu nous sont adressés à nous aussi. Plus encore, l’appel se trouve à la suite de la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ, dans notre baptême. Il est déjà participation, communion, à la gloire de Dieu, et avec ce baptême nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet d’en avoir connaissance. Enfin, il est réservé à chacun d’entre nous tel ou tel don de l’Esprit, qui est sa vocation particulière, où le Seigneur l’appelle au plus profond de son cœur. Ainsi donc, par ces appels plus ou moins personnels, plus ou moins profonds, le Seigneur nous attire et il attend notre réponse : « veux-tu, avec l’aide de l’Esprit Saint, marcher sur le chemin de ma sagesse, oui ou non ? »
 
Ben Sira le Sage qualifie de « ceux qui le craignent » - « ceux qui craignent le Seigneur », tous ceux qui répondent « oui » à l’appel du Seigneur. Il ne faut pas se tromper : la plupart du temps dans l’Écriture, la « crainte de Dieu » ne doit pas être comprise comme une « peur de Dieu », mais plutôt comme un esprit d’humilité et de gratitude à l’égard de Dieu qui nous a fait un don exceptionnel. Celui qui « craint Dieu », c’est celui qui a déjà eu connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu à son égard et qui veut lui rendre grâce. C’est aussi celui qui a entendu l’appel de Dieu au plus profond de lui-même, dans son cœur et son intelligence, et qui veut le connaître davantage. Celui qui « craint Dieu », dans l’Écriture, est déjà un sage : ses yeux sont ouverts et ses oreilles entendent.
 
Nous arrivons à l’Évangile, où nous retrouvons Jésus, assis sur la montagne entouré de ses disciples. Il n’est pas là pour leur donner un cours de morale, mais il leur dévoile la sagesse de Dieu. Autrement dit, pour comprendre, on ne peut pas, on ne doit pas se contenter d’une lecture superficielle : Jésus parle de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, ignorée par les dirigeants de ce monde.
En première lecture, cette sagesse de Dieu est particulièrement exigeante, comme Jésus le montre à propos des commandements sur le meurtre, l’adultère et les serments. D’ailleurs il le dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » À moins d’être spécialement soutenus par l’Esprit Saint, il nous semble impossible de répondre parfaitement à ces commandements. Jésus demande-t-il des choses inaccessibles ?

Comme je ne peux pas parler pendant 15 jours, je vais me limiter au passage qui concerne le commandement sur l’adultère. Lisons l’Évangile avec sagesse, c’est-à-dire pour commencer, en nous appuyant sur l’Écriture. On n’y trouve mention de convoitise, d’œil et de bras que dans le livre du prophète Zacharie. Il s’agit du mauvais berger qui ne se préoccupe pas des brebis blessées, égarées et épuisées, mais qui préfère dévorer « la chair des bêtes grasses », pour assouvir sa convoitise. Malheur à ce berger dit le Seigneur : « Que l’épée s’en prenne à son bras et à son œil droit ! » 
Jésus donc, dans son enseignement à ses disciples, dit en réalité deux choses. Premièrement, que le bon berger – qui est Dieu – n’exerce pas de convoitise sur ses brebis, mais il vient à leur secours. Son œil est juste et bienveillant ; sa main – qui est l’Esprit Saint – est une main de bénédiction. Et bien sûr, le bon Berger, c’est aussi Jésus lui-même. Et deuxièmement, cet enseignement vaut pour ses disciples appelés à être apôtres, à être des "bergers". Si par grâce, ils ont reçu la connaissance de la sagesse de Dieu, l’accès au mystère tenu caché, alors non seulement leur esprit doit en être illuminé mais aussi toute leur vie doit en rayonner, comme de bons bergers qui « craignent Dieu ».
 
Saint Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » Combien avait-il raison, car avec l’Esprit de Dieu, tout est possible.

dimanche 8 février 2026

08 février 2026 - CHAMPLITTE - 5ème dimanche TO - Année A

 Is 58, 7-10 ; Ps 111 ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16
 
Chers frères et sœurs,
 
Dimanche dernier nous avons entendu Jésus enseigner à ses disciples qu’ils seraient persécutés en raison de leur attachement à lui. Cependant en regard de ces épreuves, il leur enseigne aussi d’être pour les hommes, à leur égard, des sources de bonté. Pour Jésus, la bonne réponse à l’insulte, c’est la bénédiction. Dans l’évangile d’aujourd’hui, il nous explique pourquoi.
 
En premier lieu, il apparaît que les hommes sont particulièrement sensibles à la bonté des disciples. Si les disciples sont bons et font des actes bons, alors – dit Jésus – ils sont « salés ». Le sel, dans l’Antiquité n’a que des vertus positives : il permet de purifier et de conserver. C’est ainsi que le sel est devenu un signe d’alliance. Comme il n’y a que Dieu qui soit véritablement bon, tous ceux qui font des actes de bonté, ou qui sont bons par eux-mêmes, expriment à travers eux ou leurs œuvres quelque chose de la bonté de Dieu. C’est bien pourquoi Jésus dit : « Voyant ce que vous faites de bon, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Les hommes identifient donc parfaitement la véritable source de la bonté, qui est Dieu. En revanche, un disciple de Jésus – ou quelqu’un qui se prétendrait serviteur de Dieu – qui ne serait ni bon, ni charitable, serait aussitôt rejeté et « piétiné par les gens », dit Jésus. Cet homme rendrait en effet un contre-témoignage, puisque Dieu est la bonté même.
Donc, un disciple de Jésus doit être « salé » ; il doit émaner la bonté, pour n’être pas rejeté mais au contraire pour que les hommes rendent gloire à la seule source véritable de toute bonté : notre Père qui est aux cieux.
 
Par expérience, nous savons qu’il est parfois bien difficile de rayonner la bonté, d’être bon, en toutes circonstances. Mais Jésus enseigne à ses disciples qu’ils sont « la lumière du monde ». Ils sont, ils ont en eux, la lumière qui est le canal de la bonté : une lumière qu’on ne peut pas éteindre ; une lumière puissance de vie éternelle et d’amour intarissable. C’est la lumière de la création, la lumière de la Transfiguration, la lumière de la résurrection, la lumière de la Présence de Dieu.
Regardons attentivement comment Jésus en parle : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » Dès qu’on parle d’une maison, dans l’Évangile, on doit penser au Temple ; et dès qu’on parle d’une ville – surtout si elle est située sur une montagne – on doit penser à Jérusalem. Donc, la lumière qui est sur le lampadaire, dans la maison qui se trouve dans la ville sur la montagne, c’est la lumière qui se trouve sur le chandelier à sept branches qui éclaire l’intérieur du sanctuaire, lequel rayonne sur Jérusalem et de Jérusalem sur le monde entier. Or, la lumière du chandelier à sept branches, c’est la lumière du Buisson Ardent, c’est la lumière de Pentecôte : c’est le rayonnement de l’Esprit Saint.
Jésus a donc enseigné à ses disciples – et à nous-mêmes – qu’étant illuminés par l’Esprit Saint, forts de sa puissance et de son rayonnement, ils sont capables de bonté en eux-mêmes et dans leurs actes. Et que cette bonté, qui est en partage celle de Dieu, a la capacité de toucher le cœur des hommes au point que, l’ayant perçue, ils sont amenés à rendre gloire à Dieu. Au contraire, il ne mérite effectivement que le mépris, celui qui, ayant reçu le talent précieux de l’Esprit Saint, en vient à l’enfouir dans la boue de sa méchanceté et de ses œuvres mauvaises.
 
Nous avons donc compris, chers frères et sœurs, que rendu semblables à Jésus par le don de l’Esprit Saint, par l’illumination de notre cœur, qui nous donne de rayonner de la bonté de Dieu, nous n’avons pas à craindre, ni les persécutions, ni les persécuteurs. Mais au contraire, à la méchanceté ou à la bêtise, nous devons répondre par la bonté et la générosité – le pardon étant la plus grande marque de bonté.
Mais comment pouvons-nous être vraiment bons comme Dieu est bon ? Relisons le début de la prophétie d’Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Qui est celui qui a faim sinon l’homme affamé et assoiffé de justice, affamé de vie et assoiffé d’amour, auquel Dieu répond en lui partageant son fils, Jésus, pain et vin de la vie éternelle ? Qui est le pauvre sans abri sinon Adam déchu, errant dans les enfers, auxquels Dieu offre le refuge de sa propre maison, l’Église, en Paradis ? Qui est celui qui est sans vêtement, sinon l’homme pécheur, ce même Adam trouvé nu, auquel Dieu donne, par le pardon obtenu par la croix de Jésus et le baptême, d’être revêtu du vêtement blanc et immaculé des saints ?
Oui, dit Dieu à son serviteur par la bouche du prophète Isaïe : « ne te dérobe pas à ton semblable », car ce que le Seigneur te suggère n’est rien d’autre que ce qu’il a déjà fait pour toi en te donnant son Fils : Dieu ne s’est pas dérobé, il s’est donné jusqu’au bout. « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Assurément puisqu’il s’agit de l’aurore de la résurrection et des forces de l’Esprit Saint. C’est-à-dire que, plus on est bon et généreux à l’image de Dieu, plus on devient lumineux et forts de la force de son Esprit, et plus on ressemble à Jésus. C’est un cercle vertueux. Alors bienheureux sommes-nous !

dimanche 1 février 2026

01 février 2026 - BUCEY-lès-GY - 4ème dimanche TO - Année A

 So 2, 3 ; 3, 12-13 ; Ps 145 ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque saint Matthieu rédige ce chapitre de son évangile, tout est pesé. Non pas seulement le vocabulaire choisi, mais aussi l’ordre des versets, et même la mise en scène. Car, ce qu’il veut nous dire dépasse les mots eux-mêmes : il veut rejoindre et parler à la pointe de notre âme. Ou plutôt que notre âme entende et reconnaisse à travers ses mots la Parole de Dieu, la Parole de la Vie.
 
D’abord la mise en scène : Jésus est entouré par des foules nombreuses – pas « une » foule, mais « des » foules – c’est dire s’il y a du monde ! En fait, il y a tout le monde, toute l’humanité, et nous avec. Si Jésus monte sur la montagne et enseigne les Béatitudes à ses disciples, c’est pour que ceux-ci puissent ensuite porter sa Parole à toutes ces foules, à toute l’humanité, de tous les lieux et de toutes les générations.
Jésus monte sur la montagne comme Moïse était monté sur le Mont Sinaï. L’enseignement de Jésus est en rapport avec la Loi ; il en est le cœur, l’accomplissement. Cet enseignement est réservé à ses disciples. Jésus ne parle pas directement à toutes les foules, mais il le fait par l’intermédiaire de ses disciples. Pourquoi ? Parce que son enseignement est inséparable du témoignage des disciples : témoignage sur Jésus et sa vie ; et aussi témoignage de vie des disciples eux-mêmes. La Parole n’est pas que des mots : la Parole est vivante et elle produit du fruit : vivante, elle est Jésus lui-même. Et quand on la met en pratique, on devient disciple, on devient Apôtre : la Parole produit du fruit. Donc, Jésus qui enseigne les Béatitudes, c’est Jésus qui dit qui il est, ce qu’est être son disciple, et il donne l’Esprit de vie qui est toujours avec lui : Esprit qui fait de ses disciples non pas des serviteurs mais des amis, non pas des étrangers mais des fils de Dieu.
 
Observons maintenant les Béatitudes, comment Jésus nous les enseigne. Il y en a dix, même si la dernière est différente des précédentes. De plus, les huit premières concernent tous les hommes, et les deux dernières ne concernent que les disciples : « Heureux êtes-vous… » ; « Réjouissez-vous… »
Avez-vous remarqué que la première béatitude « Heureux les pauvres de cœur » et la huitième « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice » correspondent à la même promesse : « le royaume des cieux est à eux » ? C’est un procédé de style typique dans les textes bibliques pour indiquer que la première béatitude correspond à la huitième, la seconde avec la septième, la troisième avec la sixième, etc. ; et que la ou les plus importantes se trouvent au milieu. Ici nous avons : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » et « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». On y retrouve les deux commandements principaux de la Loi : d’abord « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » – en ayant faim et soif de Lui – avec la promesse de la communion : l’amour de Dieu est communion. Et nous savons, nous chrétiens, que la communion se mange et se boit dans l’Eucharistie. Et ensuite : « Tu aimeras ton prochain », en étant miséricordieux à son égard, avec la promesse de la miséricorde aussi pour nous. Cette miséricorde, c’est le pardon des péchés et l’entrée au ciel, pour la vie éternelle.
Il me paraît important de souligner ici une chose qui appelle réflexion. Jésus n’ignore pas que le monde dans lequel les hommes vivent est un monde imparfait : il y a des aspérités. Chaque Béatitude souligne ou épouse ces aspérités, ces souffrances, mais il met en regard l’enseignement des Béatitudes qui est construit comme une sagesse, comme nous l’avons vu : deux fois quatre béatitudes qui se répondent l’une à l’autre, avec le commandement de l’amour de Dieu et du prochain au centre. Mais il ne s’agit pas seulement d’une sagesse humaine – comme si on mettait une compresse sur des blessures – il s’agit d’une sagesse qui est Esprit de Vie : cette sagesse dit qui est Jésus et quel Esprit il veut nous partager, nous donner à travers elle, pourvu qu’elle soit une sagesse vécue : les huit béatitudes délimitent, dessinent le visage de Jésus en lequel se trouve l’Esprit de Vie.
 
Quand on a compris cela – que les Béatitudes sont le portrait de Jésus et qu’on est chacun et chacune appelés à en vivre, en totalité ou en partie – alors on est devenus disciples. La neuvième béatitude s’adresse donc à nous : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. » Il y a deux choses à en dire : la première est que l’homme des Béatitudes est devenu comme Jésus, et la seconde qu’il est devenu comme Jésus en sa Passion, qui offre sa vie à son Père pour le salut du monde. Que voulez-vous, l’Esprit Saint ne sait pas faire autre chose que de transformer toute personne qui le reçoit à la ressemblance de Jésus ! Mais pas un Jésus béni-oui-oui… ; le vrai Jésus qui donne sa vie par amour pour ses amis !
Alors, les disciples, ayant passé par là où lui Jésus est passé, peuvent se réjouir, car « leur récompense est grande dans les cieux » : ils ont dès ici-bas – s’ils ont encore un pied sur terre – déjà un pied au ciel. Nous sommes ici au cœur de l’enseignement de Jésus : le but ultime des Béatitudes, c’est la vie éternelle qui est déjà donnée maintenant dans la joie profonde qu’un disciple éprouve – quoi qu’il arrive – à la simple pensée, dans un acte de foi en Jésus vivant, qu’en communion avec lui le ciel lui est déjà ouvert.
 
 

dimanche 25 janvier 2026

25 janvier 2026 - ARC-lès-GRAY - 3ème dimanche TO - Année A

Is 8,23b-9,3 ; Ps 26 ; 1Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23
 
Chers frères et sœurs,
 
Souvenez-vous : les disciples d’Emmaüs avaient le cœur lourd en raison de la mort de Jésus. Mais lui, sur le chemin, leur ouvrit l’intelligence de sa résurrection en leur interprétant « dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ». C’est exactement ce que fait pour nous saint Matthieu dans son évangile : il nous montre comment Jésus a accompli les prophéties qui se trouvent dans l’Écriture. Ainsi, nous avons aujourd’hui celle d’Isaïe annonçant la venue de Jésus, la grande lumière qui s’est levée sur ceux qui habitaient dans les ténèbres.
 
Essayons de mieux comprendre ce que veut nous dire saint Matthieu avec cette prophétie. À l’époque du prophète Isaïe, il s’agissait de l’annonce de la domination du roi d’Assyrie sur les tribus du nord d’Israël, avec la chute et même la disparition en tant que telles des tribus de Zabulon et de Nehptali. D’après le partage des terres fait au temps de Moïse et Josué, Zabulon occupait un territoire qui s’étendait de la mer de Galilée jusqu’à la mer méditerranée. Nazareth se situe dans ce territoire. Celui de Nephtali se trouvait juste au-dessus de celui de Zabulon, à l’ouest et au nord de la mer de Galilée. Capharnaüm est située en Nephtali, comme probablement Bethsaïde, le village d’origine de Pierre et André, Jacques et Jean. Bethsaïde est tout au nord du lac, à l’embouchure du Jourdain. C’est très certainement une ville-frontière avec le territoire de Manassé, qui est sur la rive Est.
 
Donc, à l’époque d’Isaïe, ces territoires du nord furent conquis et disparurent en tant que tels. Cela signifie que les peuples qui y vivaient étaient désormais sous domination étrangère, païenne. La citation de l’évangile dit qu’ils « habitaient dans les ténèbres » ; Isaïe dit qu’ils « marchaient dans les ténèbres » ; nous devons comprendre qu’ils étaient découragés, désespérés, et qu’ils n’avaient plus la force de se lever, de résister. Mais surtout, « ils marchaient dans les ténèbres », signifie qu’ils ne pouvaient plus vivre intégralement selon la Loi de Moïse. C’est la raison pour laquelle ceux qui désormais étaient devenus des « Galiléens » étaient méprisés par les Judéens. Galilée signifie « district » : la Galilée, c’est le « district des nations païennes », le pays sous domination étrangère, le pays où l’on ne peut pas vivre dans la lumière des commandements de la Loi.
Mais voilà que la prophétie d’Isaïe annonce au petit reste de Zabulon et de Nephtali, les juifs galiléens, la venue d’un libérateur, un Messie. La lumière annoncée est celle de l’espérance du salut, comme une étoile dans la nuit.
 
700 ans plus tard, l’arrestation et la mort de Jean-Baptiste furent le signal pour Jésus que sa mission commençait vraiment. Jusqu’alors il résidait manifestement hors de Galilée. Saint Matthieu nous dit qu’il revint s’y installer, non pas à Nazareth comme il aurait dû le faire, mais à Capharnaüm. C’est ainsi que l’ancien pays de Zabulon et l’ancien pays de Nephtali, devenus la Galilée, bénéficièrent de sa présence : voilà que la lumière s’est levée sur le pays des ténèbres. 
C’est l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe… avec toute l’ambiguïté qui ne cessera de poursuivre Jésus. Il vient comme libérateur du péché et de la mort pour réouvrir à l’homme la porte du ciel ; et on le prend pour un homme politique, un libérateur de l’occupant païen, pour rendre sa liberté et son intégrité politique et religieuse à toutes les tribus d’Israël, notamment celles qui se trouvaient étouffées en Galilée. « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » disait Jésus, mais les gens comprenaient autre chose… ce pourquoi beaucoup furent déçus et se retournèrent finalement contre lui.
 
Cependant, Jésus appelle Pierre et André puis Jacques et Jean. Ce sont des pécheurs. Il est remarquable que Jésus observe leur manière de faire, de pratiquer leur profession : Pierre et André jettent le filet dans la mer – ce sont des actifs ; tandis que Jacques et Jean sont assis dans leur barque et y réparent leur filet. 
On a compris que Jésus allait faire des premiers des missionnaires : « Je vous ferai pêcheurs d’homme ! » leur dit-il. Il ne précise pas pour les seconds, mais saint Matthieu donne la clé dans le verbe employé pour dire « réparer » le filet. On retrouve le même verbe lorsque Jean-Baptiste dit qu’il faut « réparer » les chemins du Seigneur pour préparer sa venue, ou que Jésus « répare » la main atrophiée d’un homme dans une synagogue, le jour du sabbat. Jacques et Jean sont donc des Apôtres qui vont « réparer » le filet du Royaume des cieux, le filet de la prédication évangélique et de sa mise en pratique. Ils sont probablement davantage des contemplatifs – même si on nous dit par ailleurs qu’ils sont les « fils du tonnerre » ! Être contemplatif n’empêche pas d’avoir du caractère ! N’est-ce pas ? 
Jésus, en appelant ses Apôtres, tient compte de leur manière d’être et de faire. Il ne les voue pas à une mission contre nature. Au contraire, ce qu’ils étaient et faisaient de manière profane, devient, avec Jésus et l’Esprit Saint, une mission pour le règne de Dieu. C’est comme si – tout en restant des hommes – ils recevaient une mission angélique. De fait, ils deviennent porteurs de l’Évangile, de la Parole de Dieu. Et nous avons vu que pour tous ceux qui sont désespérés et abandonnés dans les ténèbres, sans pouvoir vivre librement de la Parole de Dieu, cet Évangile est lumière, guérison et annonce de la vie du ciel.
Aujourd’hui, nous en sommes les bénéficiaires par la grâce de Dieu, et les serviteurs pour le salut de notre prochain. 
 

dimanche 18 janvier 2026

18 janvier 2026 - MEMBREY - 2ème dimanche TO - Année A

 Is 49, 3.5-6 ; Ps 39 ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans sa lettre aux chrétiens de Corinthe, saint Paul leur rappelle qu’ils « sont appelés à être saints, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ. » Cela veut dire que notre vocation à tous à devenir des saints est inséparable de notre vocation à être en communion les uns avec les autres. Parce que la sainteté, c’est l’amour, et il n’y a qu’un seul Amour éternel et vivifiant : le Seigneur notre Dieu.

Pour entrer dans cet Amour divin, saint Paul explique qu’il faut être « sanctifiés dans le Christ Jésus », c’est-à-dire être baptisé dans l’eau et l’Esprit Saint, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le baptême est la porte d’entrée du ciel.
Le prophète Isaïe nous explique quel est l’effet du baptême. Le baptisé est rendu semblable à Jésus : « Tu es mon serviteur ; en toi je manifesterai ma splendeur. » La « splendeur », c’est la lumière de la résurrection, la gloire de Dieu. Quand le serviteur, c’est-à-dire Jésus ou le baptisé, se rend compte qu’il est dans la lumière de la gloire de Dieu, il dit : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur : c’est mon Dieu qui est ma force. » Comprenez bien : on a de la valeur aux yeux de quelqu’un quand on est aimé par lui ; alors on est heureux, on est rempli de lumière et de force pour vivre. La preuve que Dieu nous aime infiniment, c’est qu’il nous donne la force de son Esprit Saint au baptême et à la confirmation.
Et comme le Seigneur notre Dieu ne fait jamais les choses à moitié et qu’il donne largement, en abondance, il ajoute : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob… Je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » La vocation de Jésus n’est pas de sauver seulement le peuple d’Israël, mais elle devient – parce qu’il est rempli de la force de l’Esprit Saint – de sauver toute l’humanité jusqu’au bout du monde : il devient la « lumière des nations ». Mais il en va aussi pour nous. Par notre baptême, l’amour de Dieu ne nous est pas réservé à nous tout seul, ni même seulement à notre entourage : notre vie est consacrée à rayonner l’amour de Dieu pour le monde entier. Prenez par exemple sainte Thérèse de Lisieux, ou sainte Bernadette, ou saint Pierre, ou le saint curé d’Ars, qui étaient des gens si humbles et si simples : leur baptême a rayonné dans le monde entier. Il en va de même pour nous : l’amour dont Dieu nous aime, qui nous rend forts par l’Esprit Saint, est un amour qui, à travers nous, est donné pour le monde entier. C’est très puissant le baptême, si on y réfléchit bien.
 
Justement, dans son évangile, saint Jean nous dévoile encore d’autres perspectives, que l’on peut méditer chacun à notre mesure, tellement elles sont impressionnantes. Quand saint Jean écrit le début de son évangile, il débute par « Au commencement le Verbe était Dieu… » puis, à travers le témoignage de Jean-Baptiste, le baptême de Jésus et l’appel des premiers disciples, il nous conduit aux noces de Cana, où Jésus commence véritablement sa mission. Or ce déroulement est construit par saint Jean comme si il se déroulait en huit jours.
Au premier jour : le Commencement, où il dit que c’est par le Verbe – c’est-à-dire par Jésus – que « tout est venu à l’existence » et qu’« en Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ». En fait, c’est le premier jour de la création, comme dans le livre de la Genèse. Ensuite, saint Jean rythme son évangile en disant : « le lendemain », puis un peu plus loin « le lendemain »… et à la fin, « le troisième jour, il y eut un mariage à Cana. » Or, à bien compter, ce troisième jour est le huitième par rapport au premier. Donc, pour saint Jean, la naissance de Jésus, son baptême, l’appel des disciples correspond à une nouvelle création, qui se dévoile à tous au moment des noces de Cana.

Dans l’évangile d’aujourd’hui, nous serions donc au troisième jour de la création dans la Genèse, celui qui correspond à la distinction entre la mer et la terre et à l’apparition de la végétation, notamment les arbres fruitiers. Ce n’est donc pas pour rien que, ce jour, Jean-Baptiste voit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe sur Jésus et demeurer sur lui. On a déjà vu une semblable colombe envoyée par Noé se reposer sur la terre ferme après que les eaux du déluge se soient retirées. Jésus est donc la terre ferme, la nouvelle terre, le royaume de Dieu, sur lequel repose l’Esprit de Dieu. Et la mer et les ténèbres, et le mal et le chaos, sont écartés, repoussés vers le néant. Le baptême de Jésus, notre baptême, fait de nous une terre ferme, une terre fertile, où l’Esprit de Dieu peut faire germer la vie, une vie qui donne du fruit.
Justement, Jean-Baptiste dit de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Il annonce que Jésus, lui qui est innocent comme un agneau, va être condamné injustement à la place des coupables, des pécheurs ; et qu’il va donner sa vie à leur place pour leur obtenir le pardon de Dieu. Or nous savons que Jésus va obtenir cela en donnant sa vie sur la croix. Voilà l’arbre : c’est la croix. Et voilà son fruit : le pardon des péchés pour les pécheurs.
 
Voyez comme saint Jean a fait du troisième jour de la genèse du monde, un nouveau troisième jour de la genèse du Royaume des cieux. Dieu recrée le monde, un monde nouveau, par Jésus et par son Esprit Saint. Et nous aussi, qui sommes nés humains et pécheurs, par le baptême de Jésus dans l’eau et l’Esprit, nous sommes re-nés saints et divins. Comme à Cana, ce monde nouveau se rend visible dans la communion, ici-bas par le Sacrement dans l’assemblée de l’Église, et au ciel, dans la gloire lumineuse de l’assemblée de tous les saints. C’est la même chose. Amen.

dimanche 11 janvier 2026

11 janvier 2026 - AUTREY-lès-GRAY - Baptême du Seigneur - Année A

 Is 42, 1-4.6-7 ; Ps 28 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
 
Chers frères et sœurs,
 
Le récit du baptême de Jésus recèle plusieurs leçons très importantes pour nous. Saint Matthieu l’a ciselé comme un bijou précieux, où presque chaque mot compte. Je vais me limiter à trois leçons qui me paraissent essentielles.
 
D’un point de vue factuel, nous voyons Jésus – dont nous savons qu’il est homme et Dieu – venir se faire baptiser dans le Jourdain par les mains de Jean Baptiste. Jean prêchait un baptême de conversion en vue de la venue prochaine du Messie de Dieu. Aussi bien tout le peuple, des plus grands pécheurs jusqu’aux prêtres et aux pharisiens, venait se faire baptiser, pour être sanctifié. Ce baptême d’eau est un baptême de purification.
Mais alors – et Jean Baptiste s’en offusque lui-même comme nous l’avons vu – quel sens cela peut-il avoir que Jésus, homme et Dieu, saint et sans péché, veuille lui-aussi se faire baptiser ? « Il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » lui répond Jésus. La leçon ici est la suivante : c’est en accomplissant les commandements et les rites de la Loi de Moïse que Jésus apparaît comme le vrai Messie de Dieu. C’est comme une serrure et une clé : la Loi est la serrure, Jésus est la clé. L’une ne peut pas fonctionner sans l’autre. Dans le cas du baptême, de la purification, il se produit comme un arc électrique : Jésus étant parfaitement saint, le baptême ne le purifie pas davantage – c’est impossible – mais il révèle qui il est : le Saint, le Messie de Dieu. Jésus accomplit parfaitement la Loi et c’est en accomplissant parfaitement la Loi qu’il se révèle celui-là même qui en est l’origine : la Parole de Dieu.
 
Justement, la deuxième leçon nous est donnée dans les événements du baptême lui-même. Regardons attentivement les étapes. Jésus est immergé dans l’eau du Jourdain. Il s’agit d’une mort : il est plongé dans le chaos des eaux. Et, quand il remonte de l’eau – qu’il ressuscite, les cieux s’ouvrent. On pense à l’Ascension de Jésus, quand il monte au ciel. Mais dans un mouvement inverse, c’est quand il monte que l’Esprit de Dieu descend. Et quand les cieux s’ouvrent, quelque chose comme une colombe – l’Esprit de Dieu – vient reposer sur lui. On pense à la Pentecôte.
Soyez attentifs, chers frères et sœurs, à deux-trois détails qui n’en sont pas. Le premier est que « les cieux s’ouvrirent ». Cela veut dire d’une part que le passage entre la terre et le ciel qui était fermé depuis la chute d’Adam et Ève est ouvert, et que le ciel nous devient par conséquent potentiellement accessible. Et d’autre part, puisqu’il n’est pas dit que le passage s’est refermé, qu’il est donc toujours ouvert, au moins sur Jésus. Pour Jésus, ou avec lui, le ciel est toujours ouvert.
Le second détail est que l’Esprit Saint se rend visible sous la forme d’une colombe. La mention de la colombe renvoie au geste de Noé qui, après le déluge, envoie une colombe en reconnaissance sur la terre. La colombe signifie en même temps la paix retrouvée, avec le pardon de Dieu, mais aussi une vie nouvelle, sur une terre débarrassée du mal antérieur. La colombe est le signe de l’amour qui renouvelle la vie. Jésus est cette terre nouvelle, cette nouvelle humanité, le nouvel Adam réconcilié et vivant. « En lui était la Vie » dit saint Jean, dans son évangile.
Or, troisième détail, cette forme de colombe ne fait pas que « venir » sur Jésus, comme dit notre traduction : elle « repose » sur lui, comme la Présence de Dieu « repose » sur l’Arche d’Alliance dans le Saint des Saints. On constate, à ce « détail » que Jésus, son corps humain, est semblable à l’Arche d’Alliance. Sur lui repose l’Esprit du Seigneur, non pas quelques minutes en remontant de l’eau, mais en permanence, comme avec lui, le ciel est désormais ouvert en permanence. Avec la voix qui se fait entendre, révélant la présence d’une troisième personne – le Père – nous comprenons que dans cet événement du baptême s’est révélée la Sainte Trinité : le Père, dans la voix, le Fils en Jésus et l’Esprit Saint sous la forme de la colombe. Et tous trois sont inséparables ; tous trois sont la Vie ; tous trois accomplissent la Loi de Moïse et les Prophètes, dont ils sont aussi l’origine ; et tous trois sont pour nous la manifestation de notre vie, de notre vraie vie.
 
Alors, pour finir, troisième et dernière leçon, ce que dit la voix : « Celui-ci est mon Fils / Bien-aimé, en qui je trouve ma joie » J’ai fait exprès de couper à un endroit inhabituel. Car c’est bien là qu’il faut couper le texte. Il y a deux citations : la première, celle du psaume 2 : « tu es mon fils ; moi aujourd’hui, je t’ai engendré » ; et celle du prophète Isaïe, que nous avons lue en première lecture : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. » - « Mon élu, mon Bien-aimé, qui a toute ma faveur, en qui je trouve ma joie. » Nous apprenons dans ces deux citations premièrement que Jésus est le Fils de Dieu : « Tu es mon Fils » La mention de « aujourd’hui » signifie que l’engendrement dont il est question est permanent et éternel, il est hors du temps, et n’est évidemment pas sujet à discussion. Deuxièmement, la mention de l’élu, du Bien-aimé, montre que la relation entre le Père et le Fils est celle de l’amour, ce pour quoi elle est une alliance éternelle. Le Père trouve en son Fils sa joie, en ce que ce Fils lui est totalement obéissant, qu’il fait entièrement la volonté de son Père, lui manifestant ainsi sa gratitude et son amour, jusqu’à donner sa vie par amour pour Lui, et pour nous.
 
Alors, chers frères et sœurs, puisque nous avons été baptisés au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit, ne croyez-vous pas que les mystères qui ont été dévoilés à l’occasion du baptême de Jésus ne valent pas aussi pour nous, aujourd’hui ? 

dimanche 4 janvier 2026

04 janvier 2026 - DAMPIERRE-SUR-SALON - Epiphanie du Seigneur - Année A

 Is 60, 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous aimons particulièrement la fête de l’Épiphanie du Seigneur, surtout en Franche-Comté, depuis que les reliques des Rois mages y sont passées au xiie siècle, pour être conduites à la cathédrale de Cologne. « Épiphanie » signifie : « apparition soudaine, manifestation. » En ce jour béni, dans l’Enfant Jésus couché dans la mangeoire de la crèche, c’est de la manifestation du Fils de Dieu, « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » dont il s’agit.
Cette épiphanie de Dieu en Jésus appelle les hommes et les anges à l’adoration qui lui est due. C’est bien ainsi que tout le monde l’a compris à l’époque : non seulement les mages qui venaient d’Orient, qui apportaient pour ce faire de l’or, de l’encens et de la myrrhe, mais aussi Hérode lui-même, les grands prêtres, les scribes et tout le peuple de Jérusalem, même si Hérode nourrissait déjà dans son cœur de mauvaises intentions.
Il est juste de voir dans l’adoration des mages la figure de l’adoration de Dieu par tous les peuples de la terre, réunis en communion dans le temple saint de son corps : telle est bien en effet la vocation de l’évangélisation, de l’annonce de la Bonne nouvelle de Jésus né parmi les hommes et premier-né d’entre les morts, pour que les hommes redeviennent des Vivants. Ainsi les Rois mages sont réputés, par une tradition tardive, venir de tous les continents du monde. Représentant tous les hommes, ils nous représentent nous aussi. Inversement, nous pourrions dire qu’aujourd’hui à Dampierre, c’est nous qui sommes les Rois mages venant adorer Dieu ici présent sur l’autel, dans son Corps et son Sang eucharistiques. Nous lui apportons les présents de nos vies, nos soucis et nos espérances. Et lui nous donne en partage sa Vie éternelle, dans sa communion glorieuse.
 
J’ai déjà dit beaucoup de choses importantes. Mais nous pouvons aller encore un peu plus loin. Voyez-vous, chers frères et sœurs, saint Matthieu a la curieuse manière d’insister sur le fait que les mages viennent d’Orient. Bien évidemment, les mages sont des prêtres zoroastriens, astrologues et magiciens, originaires de Perse – c’est-à-dire d’Iran. Aussi bien saint Matthieu aurait pu, ou du, préciser qu’ils venaient de Perse ou de Babylone. Mais non, pour lui, ils viennent d’« Orient ». Qu’est-ce que l’Orient pour un Juif à l’époque de Jésus ? C’est là que se trouve le Jardin d’Eden, le Paradis. Les mages de saint Matthieu sont donc des habitants du Jardin : ce sont des êtres célestes, des anges venus du ciel sur la terre. Et comme à chaque fois qu’on franchit – dans un sens ou dans l’autre – la porte entre le Ciel et la terre, il y a un dialogue entre les anges supérieurs et les anges inférieurs : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? » demandent ceux d’Orient ; « À Bethléem en Judée » répondent ceux de Jérusalem. Lors de l’Ascension de Jésus au Ciel, nous retrouvons un tel dialogue entre les anges, selon le Psaume 23 : « Portes, levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi de gloire ! » clament les anges inférieurs. « Qui donc est ce roi de gloire ? » interrogent les anges supérieurs, qui gardent la porte. « C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ; c’est lui, le roi de gloire » répondent les inférieurs. C’est alors, qu’après l’entrée, commence le combat.
 
À Jérusalem les mages se retrouvent confrontés à Hérode, puissance maléfique qui veut évincer Jésus pour conserver la royauté. Et lorsque Jésus monte au Ciel, le combat est engagé contre Satan et ses anges qui veulent capter la royauté… jusqu’à leur chute finale. Hérode ment comme Satan ment, comme aux premiers jours il mentit à Adam et Ève : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Ben voyons ! Mais, tels Michel et ses anges, les mages écartent Hérode et se présentent à Bethléem, le lieu béni.
L’étoile de Jésus, qu’ils avaient vu à l’Orient, au Jardin, voici qu’ils la retrouvent là, à Bethléem, indiquant la Maison. Saint Matthieu précise qu’ils se « réjouirent d’une très grande joie ». La seule mention d’une « très grande joie » dans les Écritures se trouve dans le livre de Néhémie à l’occasion de la proclamation de la Loi de Moïse, au Temple de Jérusalem, lors du retour d’exil à Babylone. Pour fêter cela, et encore aujourd’hui, le Peuple habite dans des huttes pendant 7 jours : c’est Shavouot, la fête de la Pentecôte. Nous retrouvons bien sûr cette même joie qui combla Marie et les disciples réunis, lorsque l’Esprit Saint reposa sur la maison, le Cénacle, où ils se trouvaient. Vous avez compris, pour saint Matthieu,  la Maison de Bethléem, les huttes ou le Cénacle sont semblables au Temple où repose l’Esprit de Dieu, où réside la Présence de Dieu.
 
Or dans le Temple, la Présence de Dieu repose sur le propitiatoire pur et saint de l’Arche d’Alliance – n’est-ce pas ? Bien sûr, dans la Maison de Bethléem, l’enfant Jésus repose dans les bras purs et saints de la Bienheureuse Vierge Marie : Il est Présence de Dieu ; elle est l’Arche d’Alliance. Alors, comme le Grand Prêtre dans le Temple, les mages venus d’Orient, ces anges venus du Ciel, adorent le Seigneur-enfant, leur Dieu, et lui offrent le culte qui lui est dû par l’offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Puis, ayant effectué leur mission, ils s’en retournent à l’Orient. Quelle mission ? Montrer aux hommes, par leur présence et leur adoration, que Jésus ce fils de l’Homme, enfant couché dans la crèche, est le Fils de Dieu : il est Dieu et Marie est l’Arche Sainte. Au premier, nous devons adoration, à la seconde notre vénération. Tel est, chers frères et sœurs, le message de l’Épiphanie.

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