dimanche 5 avril 2026

04 avril 2026 - GY - Vigile Pascale - Année A

Gn 1,1-2,2 ; Ps 103 ;  Ex 14,15-15,1a ; Cant. Ex ; Ba 3,9-15.32-4,4 ; Ps 18 ;
Rm 6,3b-11 ; Ps 117 ; Mt 28,1-10
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque nous célébrons la messe – et la Vigile Pascale est le modèle de toutes les messes – nous faisons trois choses.
 
Premièrement, nous nous souvenons. Nous nous souvenons des origines de notre foi, de la foi d’Israël, puis de l’histoire de Jésus, sa mort et sa résurrection, transmise par les apôtres. Si nous nous souvenons de cette longue histoire à la manière d’une chaîne, de générations en générations, c’est parce que nous y trouvons une force de vie spirituelle et nous voulons y ajouter notre maillon et qu’après nous, de générations en générations cette histoire continue de faire vivre nos enfants et les enfants de nos enfants.
La lecture du livre de la Genèse nous rappelle que nous avons été créés par Dieu et que sa création est bonne : nous sommes un trésor. La lecture du livre de l’Exode nous rappelle que Dieu ne nous abandonne pas : il veille sur nous et, lorsque nous sommes prisonniers d’une situation, il a la capacité de nous en libérer. Nous nous souvenons que le Seigneur notre Dieu est Amour et Vie.
 
Deuxièmement, lorsque nous célébrons la messe, en faisant ce que Jésus a demandé à ses disciples de faire après lui, en redisant ses paroles, en refaisant ses gestes, nous nous rendons contemporains de Jésus, comme si nous étions avec lui à son époque ; et inversement lui se rend présent à nous aujourd’hui, maintenant. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » Ce soir, la lumière du Cierge Pascal signifie bien ce mystère : c’est la lumière de Jésus vivant qui nous illumine. De même, dans le partage de son Corps et de son Sang, nous sommes en communion avec lui, maintenant. Ainsi, la force de vie spirituelle dont je parlais tout à l’heure n’est pas seulement un esprit, mais aussi une réalité physique. Car la résurrection de Jésus ne concerne pas seulement son âme mais aussi son corps, et il en va de même pour nous, dès maintenant.
Cela est bien enseigné par l’Évangile de la résurrection de Jésus. La lumière de la vie divine est indiquée par la présence de l’ange, dont saint Matthieu dit qu’il avait « l’aspect de l’éclair » ; et la réalité physique du corps ressuscité de Jésus est discrètement indiquée par le fait que les femmes lui « saisirent les pieds ». On ne saisit pas les pieds d’une hallucination ou d’un fantôme. On saisit les pieds d’un corps vivant. Jésus est vivant, maintenant.
 
Lorsque nous célébrons la messe donc, nous nous souvenons, nous faisons ce qu’a fait Jésus, et nous rendons visible les réalités invisibles. C’est pour cela que la messe est pleine de symboles : dans les vêtements du prêtre et des enfants de chœur, dans le rituel, dans les objets du culte, dans l’architecture de l’église elle-même. Ces symboles rendent visibles et même compréhensibles les mystères du Royaume des cieux. Dans la messe, il y a quelque chose à voir et à comprendre : il y a une Sagesse.
Le livre de Baruc nous a enseigné qu’il ne s’agit pas d’une sagesse philosophique, qui est le produit de l’intelligence de l’homme. Mais il s’agit d’une Sagesse qui est la Parole de Dieu, par laquelle Dieu a tout créé. Ce n’est pas l’homme qui crée la sagesse, mais c’est par sa Sagesse que Dieu a créé l’homme. Tout le secret de notre vie et de notre destinée est inscrit dans cette Sagesse de Dieu. Or, la Parole de Dieu, la Sagesse de Dieu, chers frères et sœurs, vous le savez bien – vous l’avez appris au caté : c’est Jésus lui-même. Qui connaît Jésus connaît la Sagesse de Dieu. Qui connaît Jésus, qui est en communion avec lui, se connaît ainsi lui-même, réellement. Et comme la Sagesse de Dieu est éternelle, alors celui qui est en communion avec Jésus ne mourra jamais.
Chers frères et sœurs, quand nous célébrons la messe, nous déployons les mystères de la Sagesse de Dieu, comme on déploie une grande nappe brodée, avec mille dessins ; autant de dessins qu’il y a de choses créés dans l’œuvre de la création, autant de dessins qu’il y a d’événements dans l’histoire des hommes, autant de dessins qu’il y a de réalités dans la Sagesse de Dieu. Et nous en faisons partie.
 
Tout cela, chers frères et sœurs nous est rappelé, nous est enseigné, nous est exposé à la messe, parce qu’il s’agit du dévoilement du grand mystère de Dieu. C’est l’œuvre de l’Esprit Saint, dans les prophètes, puis en Jésus qui nous l’a révélée, et enfin en nous aujourd’hui : en communion avec Jésus vivant, chers frères et sœurs, nous sommes ce soir, la lumière du monde.

samedi 4 avril 2026

03 avril 2026 - GY - Vendredi Saint - Célébration de la Passion du Seigneur - Année A

Is 52,13-53,12 ; Ps 30 ; He 4,14-16 ; 5,7-9 ; Jn 18,1-19,42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous avons entendu un extrait du livre du prophète Isaïe, et chanté le psaume 30, dont nous avons vu qu’ils annonçaient de manière très détaillée ce qui allait arriver à Jésus et quelle a pu être sa prière, au moment de sa Passion. Comme si ces textes avaient été écrits spécialement pour ce moment.
De fait, une prophétie ne se révèle vraie que si elle s’accomplit. Et Jésus accomplit justement les prophéties de l’Ancien Testament : ils ne vont pas l’un sans l’autre.
 
Pour les premiers chrétiens, l’accomplissement des prophéties était évident puisqu’ils l’ont vu de leurs yeux. Ils étaient présents auprès de Jésus, surtout Marie et les saintes femmes, et saint Jean. Saint Pierre aussi, même si il n’a pas été très courageux...
Mais nous, plus de 2000 ans après, comment pouvons-nous constater comme eux que Jésus a bien accompli les prophéties ? C’est la raison même pour laquelle les évangiles ont été écrits : ce sont des témoignages, assermentés comme pour un procès. Voilà pourquoi ils sont si précis, avec des paroles et une multitude de détails factuels : des noms, des heures, des gestes, des observations physiques.
 
Cela a deux conséquences pour nous. La première est que les évangiles, surtout en ce qui concerne la Passion de Jésus, nous racontent ce qu’il s’est réellement passé, avec un très haut niveau de crédibilité. Et nous ne pouvons que constater à quel point les prophéties de l’Ancien Testament se sont réalisées.
La seconde est que notre foi est inséparable de celle des prophètes de l’Ancien Testament. D’ailleurs, quand les premiers chrétiens parlent des « Écritures », il ne s’agit pour eux que de l’Ancien Testament : la Loi de Moïse et les Prophètes. Spirituellement, nous sommes des juifs qui croyons en Jésus.
 
Justement, durant ces trois jours de Pâques, nous revivons avec Jésus et ses disciples, presque heure par heure, sa Passion mais aussi sa Résurrection. Si les témoignages des évangiles sont aussi réalistes pour la Passion de Jésus, c’est que les évangélistes veulent absolument que nous les croyions aussi pour sa Résurrection. La Résurrection n’est pas un mythe religieux, ni un phénomène psychologique, ni un roman qui termine bien : c’est une réalité historique.
La Résurrection aussi a été annoncée par les Écritures prophétiques. Par exemple, ce verset du psaume 30 : « Sur ton serviteur, que s’illumine ta face. » Il s’agit de l’annonce que la Résurrection sera une illumination, une transfiguration lumineuse de notre âme et de notre corps, par la puissance de Dieu. C’est bien ce qu’il s’est passé pour Jésus. Le suaire de Turin en est une parfaite illustration.
Alors, puisque Jésus est réellement ressuscité, c’est une nouvelle extraordinaire !
 
Et c’est pourquoi la Passion de Jésus, même si elle est dramatique, est devenue pour nous chrétiens, un témoignage d’espérance. Nous la lisons comme en négatif. Ainsi ce ne sont plus les grands prêtres et Pilate qui jugent Jésus pour le condamner à mort, mais le Fils de Dieu qui juge tous les hommes du haut de sa croix pour leur obtenir le pardon ; de même ce n’est plus la foule des hommes qui insulte Jésus mais l’assemblée des anges qui chantent sa gloire ; ce ne sont plus deux larrons qui encadrent Jésus en croix mais ce sont deux chérubins qui protègent de leurs ailes le Fils de Dieu assis sur son trône ; ce ne sont plus des soldats qui se partagent les vêtements Jésus, mais des disciples qui reçoivent de lui le vêtement des noces de l’Agneau ; le sang et l’eau qui coulent du flanc de Jésus après le coup de lance, deviennent l’annonce de l’eau du baptême et du sang de l’eucharistie qui proviennent de son cœur ; la croix poteau de mort devient arbre de vie : à ses pieds, ce n’est plus le rocher du Golgotha, c’est un jardin : celui du Paradis.
 
C’est ainsi chers frères et sœurs, que pour nous chrétiens, la croix signe de condamnation est devenue le signe de la victoire, et c’est pourquoi nous la vénérons.

vendredi 3 avril 2026

02 avril 2026 - GY - Jeudi Saint - Mémoire de la Cène du Seigneur - Année A

 Ex 12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
 
Chers frères et sœurs,
 
Le jeudi saint est un moment important pour nous tous, baptisés, et plus particulièrement pour les prêtres. Comme vous le savez, lorsque Jésus célèbre la Cène avec ses Apôtres, il veut célébrer avec eux la Pâque comme font les Juifs tous les ans depuis la sortie d’Égypte, et encore aujourd’hui bien sûr. Nous avons entendu dans la première lecture de quoi il s’agit : toute la famille doit se rassembler pour manger ensemble un agneau avec des pains sans levain et des herbes amères. Le repas se fait de nuit, tout le monde étant prêt à partir au lever du jour. Cependant, vous avez entendu qu’il y a en même temps un rite spécial : on doit marquer du sang de l’agneau les montants des portes de la maison pour que ses habitants soient protégés du fléau qui va frapper – cette nuit-là – tous les premiers-nés d’Égypte. C’est cela, la Pâque du Seigneur.
 
Donc, comme font des milliers de Juifs à leur époque, Jésus et ses Apôtres sont montés en pèlerinage au Temple de Jérusalem pour y célébrer la Pâque. Cependant, Jésus apporte à son repas pascal trois changements importants, qui se comprennent ensemble.
En premier lieu il y a un changement de calendrier. Quand Jésus célèbre le repas pascal avec ses Apôtres, il le fait deux jours avant la Pâque officielle célébrée au Temple. Cela pose deux problèmes : d’une part, ils n’ont pas d’agneau – puisque les agneaux sont sacrifiés le jour de la Pâque ; et d’autre part, ils ne sont pas au Temple, mais dans une maison particulière. Comment Jésus va-t-il donc faire pour pouvoir célébrer vraiment la Pâque ?
Deuxième changement : Jésus va transformer la maison où ils sont en Temple… en lavant les pieds de ses disciples. La raison est très simple. Pour pouvoir entrer dans le Temple, il faut que chaque pèlerin soit purifié : qu’il se soit baigné les jours précédents et que juste avant d’entrer dans le Temple, il se soit lavé les pieds. C’est ainsi que Jésus et les Apôtres se sont déjà lavés, mais pas encore les pieds. Or voilà que Jésus dépose son vêtement et se revêt d’un linge, en tissus de lin précise l’évangile en araméen, et il lave les pieds de ses disciples au moyen d’un bassin que saint Jean identifie par l’emploi du même mot au bassin des ablutions des prêtres dans le Temple. Saint Pierre n’a rien compris : il pense que Jésus s’abaisse comme un esclave pour lui laver les pieds. Humainement c’est exact, d’autant plus que Jésus est aussi son Maître et son Dieu ! Mais Pierre n’a pas compris immédiatement que Jésus, habillé comme un prêtre, lui fait les ablutions réservées aux prêtres. C’est ainsi que Jésus a fait des Apôtres des prêtres et a transformé le Cénacle en Temple ; pour qu’ils puissent ensemble célébrer le sacrifice de la Pâque là où ils sont, deux jours avant la date officielle.
Mais il manque l’agneau, l’agneau qui doit être sacrifié le jour de Pâque. Ici Jésus, fait encore plus fort – si je puis dire. C’est le troisième changement. En prenant le pain, il dit : « Ceci est mon Corps ». Et prenant le vin, il dit : « Ceci est mon Sang, livré pour vous. » En disant cela, Jésus a fait que l’Agneau de Pâque, c’est lui. Le corps de l’agneau c’est son Corps ; le sang de l’agneau c’est son Sang. Et il a dit cela en prenant du pain et du vin. Mieux encore, il l’a réalisé vraiment, puisque lui, l’Agneau de Dieu, meurt en croix, au moment même où les agneaux de Pâque sont sacrifiés au Temple. Donc, les Apôtres, en communiant au pain et au vin communient en réalité au Corps et au Sang de Jésus, qui est lui-même l’Agneau de Pâque véritable.
Maintenant rappelez-vous du rituel de la nuit en Égypte : le sang de l’agneau sert à protéger la maison contre le fléau de l’ange exterminateur. Hé bien, de la même manière, le Sang de Jésus protège les Apôtres (et nous aussi) de la condamnation encourue par nos péchés, et il nous en libère. Ce Sang, c’est l’Esprit Saint dont l’Église est vivifiée depuis la Pentecôte, ce pour quoi Jésus a dit que le mal ne prévaudrait pas contre elle. Le Sang de Jésus protège son Église et lui communique la vie éternelle. L’Église, c’est-à-dire nous, bien entendu.
 
Maintenant vous avez compris ce que nous faisons ce soir. Nous faisons ce que Jésus a demandé à ses Apôtres de faire après sa résurrection et son ascension au ciel : nous nous réunissons et le prêtre fait ce que fait Jésus : il se purifie et purifie l’assemblée avec lui – ce soir avec le lavement des pieds – pour que tous soient réunis dans le Temple de l’église, prêts à célébrer la Pâque ; puisque le pain et le vin – devenus selon ses paroles le Corps et le Sang de Jésus, l’Agneau véritable – soient offerts à son Père et partagés en communion. Ainsi tous remplis de l’Esprit Saint, nous sommes en même temps libérés et protégés, pardonnés et vivifiés dans l’amour de notre Dieu.
Chers frères et sœurs, n’oubliez pas : nous avons tous été baptisés au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; nous avons été conformés à Jésus prêtre, prophète et roi. Dans l’eau du baptême, nous avons été purifiés et pardonnés pour que nous puissions célébrer l’eucharistie, offrir le sacrifice comme le fait une assemblée de prêtres, et y communier. Ce mystère est grand. Puissions-nous comprendre un peu à quelle dignité nous avons été élevés. Et rendons grâce au Seigneur notre Dieu.

dimanche 29 mars 2026

29 mars 2026 - MEMBREY - Dimanche des Rameaux et de la Passion - Année A

 Mt 21, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous bénissons les rameaux et nous entrons en procession dans l’église pour nous rappeler et nous faire les contemporains de Jésus faisant son entrée royale à Jérusalem, non pas comme des spectateurs, mais comme des acteurs.
 
À l’époque, Jésus avait une grande réputation de guérisseur et beaucoup avaient compris qu’il était le Messie, celui qui allait sauver le peuple et lui rendre sa liberté en Terre promise, occupée par les Romains. Lorsqu’il fait sa montée à Jérusalem, assis sur un âne et acclamé par la foule, il reproduit le rite d’intronisation des rois d’Israël : on comprend la joie des gens ! Jésus est bien le Messie ! Mais on comprend aussi la crainte des pouvoirs en place, que Jésus les renverse, ou bien qu’il déclenche une violente répression de la part des Romains, et la dévastation de Jérusalem. C’est pour ce motif que Jésus sera condamné.
 
Cependant, Jésus ne veut pas prendre le pouvoir sur la terre, mais l’acquérir au ciel. Sa montée à Jérusalem est l’actualisation d’une prophétie. Le prophète Daniel a annoncé que le Fils de l’Homme montera dans les cieux acclamé par les anges pour vaincre les démons et s’asseoir sur son trône à la droite du Père. Ainsi, en montant à Jérusalem, acclamé par les foules, après avoir chassé les marchands à coups de corde, Jésus va faire son entrée dans le Temple de Dieu, son Père. Il affirme ainsi publiquement que le Fils de l’Homme dont il est question dans la prophétie de Daniel, c’est lui. Mais sa véritable montée dans les cieux pour s’asseoir à la droite du Père, après avoir détruit le mal, c’est l’Ascension.
 
Chers frères et sœurs, avec vos rameaux, vous êtes les foules de Jérusalem, vous êtes les anges du ciel, qui acclament Jésus faisant son entrée dans la Maison de son Père, lui qui chassera les marchands du Temple et les démons, pour s’asseoir en juste juge, bon berger et roi véritable, sur le trône de sa gloire.
 
Et maintenant, acclamons avec joie Jésus, notre roi et notre Dieu !
 

 
Is 50,4-7 ; Ps 21 ; Ph 2,6-11 ; Mt 27,11-54
 
Chers frères et sœurs,
 
La Passion de Jésus, c’est Dieu qui passe au tribunal des hommes. Tribunal religieux d’abord, chez les grands prêtres : il est accusé de se prétendre le Fils de Dieu, mais ils ne le croient pas. Tribunal politique ensuite, chez Pilate : il est accusé de se prétendre roi d’Israël, mais personne ne croit que son Royaume n’est pas de ce monde. Tribunal populaire enfin : il est méprisé, frappé, crucifié, moqué, mais personne ne voit qu’à cet instant même, c’est lui Jésus qui les juge tous au tribunal de la croix.
 
Le tribunal de la croix, frères et sœurs, c’est la réalité de ce que nous sommes. Judas, un apôtre, a vendu Jésus pour de l’argent. Quand il a compris que Jésus était innocent, il s’est fait justice lui-même. Pierre et les Apôtres disaient : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Pierre, qui était armé, l’a renié trois fois devant une petite servante – la honte – et les autres se sont enfuis ; on ne les a pas revus de la soirée. Oui, Pierre, tu pouvais pleurer amèrement devant ton orgueil déchu, devant ta faiblesse ! Les grands prêtres, gardiens des Écritures et de toute la connaissance de Dieu, incapables de reconnaître Jésus, le suppliant « Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu ! » ; et dans leur incapacité à prendre leurs responsabilités, dans leur lâcheté, de passer Jésus à Pilate pour qu’il fasse lui-même le « sale boulot ». Pilate, le sommet du « en même temps », qui d’un côté se lave les mains – geste qui en droit romain scelle une condamnation à mort – tout en déclarant « Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde ! » Quelle hypocrisie méprisable ! Et la foule, qui hier acclamait Jésus avec des palmes, aujourd’hui lui crache dessus. Et ajoutant la bassesse à l’infidélité, se moque de lui alors qu’il est en train d’agoniser en croix. Voilà la réalité. Voilà la réalité des hommes, de la foule, de Pilate, des grands prêtres, et même des Apôtres. Il n’y en a pas un pour rattraper les autres.
 
À vrai dire, si, il y en a quelques-uns : Marie la Mère de Jésus, quelques femmes pieuses, saint Jean, qui ont assisté à tout, qui ont supporté tout, qui ont encaissé tout, avec Jésus, en silence. Ils n’ont pas dit un mot. Simplement ils étaient là, juste là. Grâce à leur foi et à leur courage, il y avait quand même une lumière dans les ténèbres.
 
Mais, concernant les hommes, voilà la sentence rendue par Jésus, Fils de Dieu, du haut du tribunal de sa croix – c’est l’évangile de Luc qui nous l’apprend : « Père, pardonne-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font. » Le jugement de Dieu, chers frères et sœurs, c’est son pardon. Pour notre manque de foi, pour nos reniements, pour nos lâchetés, pour nos hypocrisies, nos infidélités et nos bassesses. Bientôt, le jour de Pâques, la première parole de Jésus à ses Apôtres sera : « La paix soit avec vous. » Et pourquoi cela ? Parce que, jusqu’à en mourir sur une croix, Dieu nous aime et, qui que nous soyons, il veut nous combler de son amour. La seule chose qui peut nous condamner vraiment, c’est de refuser cet amour.

dimanche 22 mars 2026

22 mars 2026 - CHAMPLITTE - 5ème dimanche de Carême - Année A

 Ez 37, 12-14 ; Ps 129 ; Rm 8, 8-11 ; Jn 11, 1-45
 
Chers frères et sœurs,
 
La résurrection de Lazare est toujours impressionnante… Et il y a beaucoup de choses à en dire. Les textes choisi pour ce dimanche nous y aident. D’abord, par son prophète Ezéchiel, le Seigneur a dévoilé sa volonté pour l’homme : « Je mettrai en vous mon esprit et vous vivrez. » Cette promesse est donnée à celui qui, comme dans le Psaume, crie dans les profondeurs de la mort tout en confessant son espoir de salut, car il a foi que le Seigneur qui est amour, le rachètera, lui pardonnera, et lui donnera son Esprit de vie. Saint Paul ne dit pas autre chose aux Romains devenus chrétiens : « Celui qui a ressuscité Jésus, le Christ, d’entre les morts, donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. » Dans l’évangile, nous allons voir ce programme mis en application pour Lazare.
Il y a deux manières de lire l’évangile. On peut d’abord le lire comme un témoignage historique. Pour saint Jean, c’est très sérieux : ce qu’il dit s’est réellement passé. On voit Lazare malade et mourir, Jésus tarder à venir, Marthe venir à sa rencontre puis Marie courir à son appel. Et puis l’ordre impérieux d’ouvrir le tombeau et, à Lazare, de sortir. Jésus a fait cela. Et c’est très impressionnant. Mais saint Jean nous indique aussi par beaucoup de détails que l’on peut comprendre ce qu’il s’est passé en lisant son évangile autrement. Je vous donne quelques indications.
 
Tout d’abord, les lieux et la chronologie. Jésus n’est pas à Béthanie quand on le prévient de la maladie de Lazare. Jean nous dit qu’« il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait. » Cet endroit, en raison du vocabulaire et du style allusif de la phrase veut nous dire que Jésus est au Ciel. S’il faut un premier jour pour aller de Béthanie à l’endroit où Jésus se trouvait, en dehors de la Judée, nous sommes alors le troisième jour. Pourquoi saint Jean insiste-t-il autant sur les jours ? Quand Jésus arrivera à Béthanie, nous serons le cinquième jour puisque Lazare sera enterré depuis déjà quatre jours, et qu’il faut un jour pour aller à Béthanie. Hé bien, c’est que ce sont les jours de la création.
N’est-il pas significatif que Jésus ait ces propos un peu obscurs sur celui qui marche de jour ne trébuche pas, alors que celui qui marche la nuit trébuche parce que la lumière n’est pas en lui, tandis qu’il décide d’aller à Béthanie ? Le quatrième jour, c’est celui où Dieu créa les deux grands luminaires, pour commander au jour et pour commander à la nuit.
Les disciples s’étonnent que Jésus veuille aller en Judée, où on lui promettait la mort. Pour sûr : que le Verbe de Dieu décide de se faire chair, c’est choisir la mort ! Le lieu où est Jésus c’est le ciel ; Béthanie en Judée, c’est l’incarnation et la mort. Mais « Lazare notre ami s’est endormi, et je vais aller le tirer de ce sommeil » dit Jésus. Jésus, de Dieu s’est fait homme pour que l’homme endormi dans les ténèbres de la mort ressuscite pour la vie éternelle. Et si Jésus fait cela, dit-il à ses disciples : « c’est pour que vous croyiez. » Attendons un peu pour voir ce qu’il en est du cinquième jour de la création.
 
Voici Jésus arrivé à Béthanie. Les deux sœurs l’attendaient, mais elles se comportent différemment avec lui. Marthe vient au-devant de lui et l’interpelle : « Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort ! » Dans l’araméen, elle ne l’appelle pas « Seigneur ». Elle croit simplement qu’il est un prophète et que ce qu’il demandera à Dieu, Dieu le lui accordera. Jésus, avec tact, la conduit à confesser qu’il est le Christ, le Fils de Dieu. Mais c’est un peu laborieux et, pour ainsi dire, il ne se passe rien pour Lazare. Très différente se fait la rencontre avec Marie.
Marie attend Jésus. Dans cette attente, dans sa prière, elle se tend comme un arc, car elle a foi que Jésus va venir. Lorsque Marthe lui chuchote : « Notre maître est venu, et Il t’appelle », elle bondit littéralement. L’araméen dit qu’« elle sauta », et se précipita vers Jésus. Comprenez : cet instant, elle l’avait tellement attendu ! Devant Jésus, elle se jeta à ses pieds et dit : « Mon Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Et elle pleurait. Marie confesse que Jésus est Dieu et, de toute son âme et de tout son corps elle exprime sa douleur et sa foi. Rien à voir avec l’attitude initiale de Marthe. Cette douleur est telle qu’elle entraîne celle des judéens qui sont avec elle. Ce n’est plus une personne qui pleure, c’est tout un peuple : le peuple de Dieu qui chante le psaume « Des profondeurs, je crie vers toi Seigneur… » Marie, c’est l’Église, et l’Église c’est la communion du peuple de Dieu. Jésus ne peut pas rester insensible : il est bouleversé jusque dans ses entrailles. Avez-vous remarqué, frères et sœurs, qu’à la question de Jésus « où l’avez-vous déposé ? », le peuple lui répond : « Seigneur, viens » : « Marana tha », en araméen, la prière typique des chrétiens qui attendent la venue de Jésus. C’est alors qu’il se met à pleurer. En araméen : « et les larmes de Jésus venaient… » En attendant sa venue, frères et sœurs, nous recevons déjà ses larmes, ses larmes qui sont les premiers dons de l’Esprit Saint.
Cinquième jour, disais-je ? C’est le jour où Dieu crée les êtres vivants, poissons dans la mer, oiseaux dans le ciel. Voilà pourquoi Jésus est auprès de Lazare ce jour : parce qu’il va lui donner la vie. Il va faire de lui un nouvel être vivant. Jésus a attendu deux jours, parce que, pendant l’attente de Marthe très pressée et de Marie très patiente, Jésus a commencé dans le silence et dans les profondeurs de sa divinité la nouvelle création. Comme si la prière silencieuse de Marie avait travaillé de concert avec le travail invisible de Dieu, et quand ils se voient enfin, dans les larmes, alors la vie peut être donnée, rendue à Lazare.
 
Je finis chers frères et sœurs. La prière de Marie : c’est la nôtre. Nous voyons Lazare mourir tous les jours autour de nous ; combien de souffrances voyons-nous ? Mais dans la foi, dans la patience, dans le silence, dans l’attente de la venue de Jésus, nous le laissons préparer, selon la volonté de son Père, et dans les larmes de l’Esprit, le grand jour de la Résurrection. 
 

dimanche 15 mars 2026

15 mars 2026 - CHOYE - 4ème dimanche de Carême - Année A

 1 S 16, 1b.6-7.10-13a ; Ps 22 ; Ep 5, 8-14 ; Jn 9, 1-41

Chers frères et sœurs,

Dans le judaïsme il y a plusieurs courants religieux : les pharisiens, les saducéens, les esséniens, mais aussi les hérodiens, et bientôt les chrétiens. Cependant, d’un point de vue spirituel, on peut distinguer deux courants fondamentaux qui sont toujours en débat : le courant de la Loi et celui des Prophètes. Dans l’évangile d’aujourd’hui, les pharisiens sont clairement du côté de la Loi et Jésus est clairement du côté des Prophètes. 
Or, selon qu’on est d’un côté ou de l’autre, on ne comprend pas l’origine et la responsabilité du mal de la même manière. De ce fait, on ne comprend pas non plus de la même manière quelle rédemption l’homme peut attendre pour être sauvé, pour être délivré du mal et de la mort. Et par conséquent, on ne conçoit pas de la même manière la façon dont l’homme doit vivre dans le monde présent, et en vue de quel monde futur.

Je vais exagérer les positions pour que nous puissions mieux comprendre. Pour les pharisiens, l’aveugle-né est handicapé en raison de son propre péché ou celui de ses parents, de ses ancêtres. En remontant à l’origine de l’homme, ce sont Adam et Ève qui sont responsables de leur désobéissance au commandement de Dieu, raison pour laquelle ils sont condamnés à la chute, à l’aveuglement. 
Mais Dieu fait alliance avec certains hommes, les Patriarches d’Israël, et il leur donne la Loi par l’unique et véritable prophète que fut Moïse, qui vit Dieu face à face. La promesse du salut, de la libération du péché et de la mort, est garantie par la libre élection d’Israël par Dieu et par sa contrepartie : l’obéissance inconditionnelle à la Loi de Moïse. Il n’y a pas de salut en dehors de la Loi.
Le phénomène de la guérison de l’aveugle-né n’est donc compréhensible pour les pharisiens que par deux explications possibles : soit il y a mensonge de l’aveugle ou de ses parents ; soit la guérison provient de Dieu lui-même. Mais alors elle ne devrait pas se faire par un homme un jour de Sabbat, et Jésus, nécessairement pécheur comme tous les hommes, ne peut pas être Dieu. Donc il y a mensonge quelque part ou bien il y a un maléfice. C’est la raison pour laquelle ils excommunient l’aveugle-né.

Face à cette position, il y a celle de Jésus : l’aveugle-né n’est pas handicapé en raison de son péché ni celui de sa parenté. Parce que fondamentalement, Adam et Ève ne sont pas les premiers responsables de leur chute : ils ont été abusés dans leur innocence par la perversité du Satan. Celui-ci, ange éblouissant, rempli de la connaissance du mystère de Dieu, par son orgueil et sa jalousie des humains, a voulu les instrumentaliser à son profit. Et c’est lui qui a suscité le mal dans le monde. 
Ainsi, quand Jésus condamne les pharisiens qui bénéficient de la connaissance de la Loi pour en faire un usage dévoyé, ou bien qui se comportent comme des hypocrites, il les compare et les assimile au Satan. Inversement pour Jésus un homme défiguré par le péché demeure fondamentalement innocent : il peut être soigné et guéri. Mieux encore, Dieu par sa Parole et par la force de son Esprit peut compléter ce qui lui manque pour lui rendre la connaissance de Dieu qui était sa vocation originelle. Dieu peut faire de lui comme un ange humain, c’est-à-dire un prophète. Le salut de l’homme ici n’est plus dans l’obéissance à la Loi, mais dans l’accueil de l’Esprit de Dieu par la foi. L’opération qui permet de devenir prophète, c’est le baptême par lequel l’homme est rétabli dans son intégrité et reçoit le don de la vision de la gloire de Dieu.
On comprend mieux alors le phénomène de la guérison de l’aveugle-né : Jésus, qui est Dieu lui-même a, non seulement la légitimité d’illuminer un homme le jour du sabbat, mais aussi le pouvoir, par le mélange de sa salive et de la terre – « le Verbe s’est fait chair » dit saint Jean – de créer pour l’homme la possibilité d’une guérison jusqu’alors impossible, puisqu’il est à la racine de toute réalité. L’aveugle-né est baptisé dans l’eau de Siloé et c’est là qu’il trouve la vue et la vision de Jésus « fils de l’homme » – expression typique dans le mouvement prophétique pour dire « Messie » ou… « Fils de Dieu ».

Dans ce conflit entre les pharisiens et l’aveugle-né, qui représente le mouvement prophétique, il est piquant d’entendre de la bouche des premiers : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Ils se moquent de lui. Mais la réponse est encore plus piquante : puisqu’il est devenu prophète, il voit en vérité la situation, et il dit à propos de Jésus : « C’est un prophète ! » Les pharisiens ont dû être furieux !
Le mouvement prophétique, dans le christianisme, se trouve chez saint Jean, particulièrement dans l’Apocalypse, qui est essentiellement une vision ; mais aussi chez saint Luc. C’est d’ailleurs Luc qui rapporte le martyre d’Étienne, mort lapidé pour avoir dit : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » Étienne aurait pu être l’aveugle-né lui-même.
Mais comprenons chers frères et sœurs, que nous sommes nous-mêmes héritiers de ce mouvement prophétique. On ne peut pas comprendre autrement la liturgie et les sacrements de l’Église. Un pharisien verrait sur l’autel du pain et du vin. Un prophète y voit le Corps et le Sang de Jésus.   

dimanche 8 mars 2026

08 mars 2026 - ARC-lès-GRAY - 3ème dimanche de carême - Année A

 Ex 17, 3-7 ; Ps 94 ; Rm 5, 1-2.5-8 ; Jn 4, 5-42

Chers frères et sœurs,

Lorsqu’on organise une élection, on procède par mode de « scrutin ». De quoi s’agit-il ? Un scrutin, c’est l’examen des pensées réelles d’une population et le dévoilement de ce qui est caché. Par exemple, aux municipales, dans un village, le vote permet de « scruter » les villageois et de savoir combien sont pour untel et combien sont pour tel autre. L’examen de la population et le dévoilement de sa volonté ont un effet positif et un effet négatif. Positif pour celui qui est élu, avec la majorité ; et négatif, bien sûr, pour celui qui n’a recueilli que peu de voix. Mais telle est la réalité. 

Il en va de même entre Jésus et la samaritaine. Jésus « scrute » le cœur de la samaritaine, il l’examine et il dévoile ce qui en elle est caché, pour le meilleur et pour le pire. Le pire – c’est-à-dire le côté négatif du scrutin – ce sont les cinq maris et celui qui n’est pas son mari. Elle avait quand même osé confesser à Jésus qu’elle n’avait pas de mari… Comprenons bien que dans la société de l’époque, même en Samarie, cette situation n’était pas très acceptable. Mais – nous verrons pourquoi tout à l’heure – Jésus n’y accorde pas tant d’importance. 
Ce qui l’intéresse, c’est le meilleur de son cœur, le côté positif. Elle est venue au puits pour puiser de l’eau, pour boire. Et l’idéal, c’est qu’elle ait l’eau vive dont parle Jésus. On comprend bien qu’elle ne rêve pas de l’eau potable au robinet, mais qu’il s’agit d’une recherche beaucoup plus profonde. Cette femme, avec ses six bonhommes successifs, n’a pourtant pas trouvé l’eau vive d’un amour inépuisable – et c’est cela qu’elle cherche de tout son cœur, dont elle a soif de tout son cœur. 
Pour comprendre cela, chers frères et sœurs, il faut savoir que, dans l’Ancien Testament, les histoires d’amour commencent très souvent au bord d’un puits. C’est là que les hommes peuvent rencontrer les femmes. Ainsi Rébecca et Isaac, Rachel et Jacob, Cippora et Moïse… ce sont des histoires de puits. En fait, au bord du puits, Jésus devient comme le septième mari de la samaritaine : il est le mari parfait.

On va donc au cœur du sujet : la discussion entre la femme et Jésus porte ensuite sur le lieu où il faut adorer Dieu : sur le mont Garizim, où se trouve le temple des Samaritains ; ou bien sur la montagne de Sion, à Jérusalem où se trouve le Temple des Judéens ? Où est la véritable adoration de Dieu ? Les Samaritains sont des Juifs qui n’ont qu’une partie de l’Ancien Testament : la Loi ; tandis que les Judéens – que nous appelons les Juifs – ont la Loi et les Prophètes. Plus encore, les Samaritains, au fil de leur histoire, se sont alliés avec des nations païennes – ils se sont mariés avec des peuples qui adoraient d’autres dieux. Et voilà nos cinq maris et le bonhomme qui n’est pas un mari. La samaritaine représente tout son peuple, qui s’est allié avec des nations étrangères. Mais ce n’est pas satisfaisant pour elle : la samaritaine, le peuple samaritain, aspirent toujours au seul véritable mari, à son seul et véritable amour : le Seigneur Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, que tout à coup elle reconnaît en Jésus. Et Jésus le lui confirme : « Je le suis, moi qui te parle. » Il rappelle son nom, le nom donné à Moïse : « Je suis. » 

Alors, chers frères et sœurs, à quoi a servi le scrutin ? Pour la samaritaine, il lui a dévoilé qu’au plus profond de son cœur, elle désirait son véritable mari, le Seigneur son Dieu. Jésus lui en a-t-il voulu ou tenu rigueur de ses maris précédents ? Non. Simplement ils ont constaté qu’elle n’était pas heureuse. Il lui a offert sa libération : l’eau vive qui jaillit pour la vie éternelle. De nombreux samaritains ont compris cela eux aussi et sont devenus chrétien. Mais c’est également une leçon pour les Juifs, qui pourrait se targuer eux, d’être restés fidèles, et pour les disciples : dans le cœur de Dieu, dans le cœur de Jésus, il y a toujours de la place pour une samaritaine. Et une place de choix, gagnée au bord d’un puit !

Alors voilà, aujourd’hui Jade vit une nouvelle étape sur le chemin de son baptême. Cette étape s’appelle justement un « scrutin ». La question de Jésus est : « Jade, m’aimes-tu ? » La réponse n’est pas tellement dans des mots : elle est surtout dans le secret de son cœur. Mais aujourd’hui ce secret est rendu visible, à elle-même et à nous tous, par le simple fait que Jade est venue jusqu’ici, aujourd’hui, dans l’église, dans la maison de Jésus. Sa réponse, c’est sa présence qui dit : « Oui, Seigneur, je t’aime, et la preuve, c’est que je suis là. » 
La leçon vaut pour nous tous qui sommes baptisés, parfois de longue date. Avons-nous bien réalisé que nous avons été baptisés sur un baptistère – n’est-ce pas ? Hé bien un baptistère, c’est un puits où nous avons rencontré l’amour de notre vie. L’eau qui a coulé sur nos fronts, « au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit… », c’était justement celle de l’Esprit Saint, vivifiant, rafraîchissant, désaltérant, apaisant... L’Esprit Saint, c’est lui l’eau vive inépuisable promise et donnée par Jésus. Puisque nous avons cette Eau, chers frères et sœurs, rendez-vous compte du bonheur que nous avons d’être chrétiens !


dimanche 1 mars 2026

01 mars 2026 - DELAIN - 2ème dimanche de Carême - Année A

 Gn 12,1-4a ; Ps 32 ; 2tm 1,8b-10 ; Mt 17,1-9
 
Chers frères et sœurs,
 
Le Seigneur demanda à Abraham de quitter son pays pour un autre « que je te montrerai », signe que ce « pays » est très différent d’un pays de ce monde. Dans ce « nouveau pays », le Seigneur fera d’Abraham une grande nation, en laquelle seront bénies toutes les familles de la terre.
Cette promesse d’une bénédiction de toutes les nations en une seule, résidant dans un pays nouveau promis par le Seigneur, est commémorée par les Juifs dans la fête de Soukkot. Soukkot, qui signifie « cabanes », est une fête où chaque famille se construit une cabane en souvenir des quarante ans de l’exode au désert, où le Seigneur lui-même demeurait au milieu de son peuple dans la Tente de la Rencontre. Cependant, ces cabanes annonçaient aussi les demeures dans lesquelles les justes de toutes les nations résideront dans la Terre promise, dans le pays nouveau.
Or l’événement de la Transfiguration de Jésus, où Pierre propose de construire trois tentes, ou plutôt trois cabanes, s’inscrit parfaitement dans la fête de Soukkot. La Transfiguration apparaît ainsi comme la réalisation anticipée de la promesse faite à Abraham. Et c’est d’ailleurs pourquoi Pierre se réjouit : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » Regardons donc cela de plus près.
 
Pour commencer, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean pour les conduire sur une haute montagne, à l’écart. Là il est transfiguré devant eux. La montagne où Jésus se rend visible comme Dieu, est semblable au Mont Sinaï où Moïse vit le Seigneur face à face, et au Mont Horeb où dans une brise légère Élie vit passer devant lui le Seigneur. C’est évidemment pour cette raison que Moïse et Élie apparaissent entourant Jésus sur la montagne de la Transfiguration. Il est très clair que Pierre, Jacques et Jean, éblouis par Jésus transfiguré, font la même expérience de la Révélation de Dieu que Moïse et Élie, figures de la Loi et des Prophètes. Plus encore, ils sont en communion avec eux, qui sont vivants. Dans la communion de Dieu il n’y a que des vivants ; Dieu est le même hier, aujourd’hui et demain. Cela signifie d’ailleurs que si l’Esprit Saint nous est donné, comme à Pierre, Jacques et Jean, nous aussi nous pouvons entrer dans cette communion et bénéficier de la grâce de la Présence lumineuse de Dieu.
Pierre a donc conscience d’être arrivé au « septième ciel », dans le pays nouveau promis à Abraham, la Terre Sainte qui est l’aboutissement de l’exode de quarante ans de vie au désert. Il propose donc d’élever trois cabanes, signe de l’habitation des justes dans la Jérusalem céleste. Eux-mêmes, Pierre, Jacques et Jean, représentent les prémices des 70 nations qui, des confins de la terre, doivent se rassembler à Jérusalem pour résider dans la gloire du Seigneur.
 
Et voilà qu’une nuée lumineuse les couvre de son ombre. Le vocabulaire employé évoque l’Arche d’Alliance qui se trouve dans le Saint des Saints du Temple, Arche dont le propitiatoire, la table, est couverte et protégée par les ailes des chérubins. Cela signifie, lorsque la Gloire du Seigneur s’y manifeste, que le Seigneur est présent. Donc, sur la montagne comme dans le Temple, le Seigneur est présent. C’est sa voix qu’on entend : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Pour les juifs qui ont l’habitude de célébrer Soukkot, cette parole est un choc : parce qu’à Soukkot se termine un cycle des lectures de la Torah, avant d’en recommencer un nouveau. Or, lors de la Transfiguration, le Seigneur dit que la nouvelle Torah à écouter pour le nouveau cycle… c’est Jésus ! Sur la montagne de la Transfiguration, à Pierre, Jacques et Jean, Jésus est donné à écouter et à mettre en pratique comme Loi nouvelle, de la même manière qu’au Mont Sinaï à Moïse, la Loi avait été donnée à écouter et à mettre en pratique. Jésus est l’accomplissement de la Loi de Moïse et la nouvelle Loi, celle du pays promis où demeurent tous les justes de l’Ancien et du Nouveau Testament, les patriarches, les prophètes et les saints.
On comprend pourquoi Pierre, Jacques et Jean sont terrorisés et tombent face contre terre. C’est la réaction typique des humains qui se trouvent en présence de Dieu : on ne peut pas faire autrement. Sauf, si par sa Parole Jésus nous relève et par son Esprit nous donne la force de nous tenir debout pour appeler Dieu « Notre Père ».
 
Hé bien justement. Nous pourrions croire que Pierre, Jacques et Jean ont eu bien de la chance d’avoir eu cette vision, et nous pourrions être un peu jaloux ! Mais pourquoi ?... alors qu’à chaque messe nous avons la même vision : l’Esprit-Saint nous a été donné pour voir, pour comprendre, que l’autel sur ses marches est le sommet de la montagne. Les cierges y diffusent la lumière de la gloire de Dieu. Le prêtre est revêtu du vêtement blanc et de la chasuble colorée qui signifient le corps transfiguré de Jésus. De la montagne est proclamé l’Évangile, la Loi nouvelle de Jésus fils de l’homme et Fils bien-aimé de Dieu. Ce mystère de Jésus transfiguré, à la fois homme et Dieu, n’est-il pas rendu visible dans le pain et le vin, le Corps et le Sang du Christ : il est pain et il est Corps ; il est homme et il est Dieu ; il est vin et il est Sang ; il est homme et il est Dieu. C’est le Saint-Esprit qui fait voir et qui fait comprendre, qui fait croire et qui fait communier. Et il n’est pas nécessaire de construire à Jésus une cabane, puisque c’est lui qui, dans la communion, vient demeurer en chacun de nous.
 
Chers frères et sœurs, à chaque messe, nous sommes invités par Jésus à monter avec lui sur la montagne, où il se donne à voir, en communion avec Moïse et Élie, Pierre Jacques et Jean, et tous les saints. Oui il est bon que nous y soyons sur la montagne, car c’est l’avant-goût du ciel promis.

dimanche 22 février 2026

22 février 2026 - AUTREY-lès-GRAY - 1er dimanche de Carême - Année A

 Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a ; Ps 50 ; Rm 5, 12-19 ; Mt 4, 1-11
 
Chers frères et sœurs,
 
Le monde est ainsi fait, que les résultats d’un mouvement dépendent de ses conditions initiales. Par exemple, de la manière avec laquelle un joueur de golf va se positionner et frapper la balle, celle-ci attendra ou n’atteindra pas son but. Ainsi, de la manière dont on décrit les origines de l’humanité, dépend la compréhension de notre condition humaine actuelle et ce qu’elle doit faire ou peut faire pour arriver au but, c’est-à-dire au bonheur. Les Anciens ont écrit le livre de la Genèse pour comprendre et expliquer, à la lumière de leur foi en Dieu, quelles sont nos origines et par conséquent quelle vie bonne nous devons mener aujourd’hui pour retrouver le chemin du bonheur perdu.
 
Ainsi, dans le livre de la Genèse, nous nous apercevons que le mal a une origine complexe. D’abord, Dieu a créé le monde bon et harmonieux, avec sagesse. Si tout le monde écoute sa Parole, tout se passe bien. Mais le serpent vient tout perturber. Dans le monde ancien, le serpent est associé à la figure des séraphins, ces anges flamboyants qui sont les plus beaux et les plus proches de Dieu. Nos anciens ont donc compris que le mal et le désordre du monde provenaient de l’orgueil d’un ange qui a instrumentalisé les hommes. Par ruse, le serpent a séduit la femme et lui a menti, la poussant à commettre l’irréparable. Celle-ci entraîna l’homme dans son erreur, les conduisant tous les deux au péché, à l’exil du Paradis, et finalement à la mort.
Deux remarques. D’abord pour les anciens, Adam et Ève ne font qu’un. Ève est la part la plus faible de leur humanité commune. C’est une manière de dire qu’en tout homme, il y a une part de faiblesse et quand celle-ci est sollicitée, elle peut entraîner tout le reste. Ensuite, deuxième remarque, on peine à trouver le responsable du péché : il semble que Dieu ait créé un monde bien fragile et que le serpent soit l’instigateur, donc le premier responsable du désordre. Mais c’est bien la femme qui commet l’acte, entraînant l’homme avec elle. L’humanité est aussi responsable, à un autre niveau.
En définitive le livre de la Genèse nous dit que c’est fondamentalement la désobéissance à la Parole de Dieu qui déséquilibre le monde. Profitant de la sensibilité de l’homme innocent, le mal qui n’est d’abord qu’une pensée, se transforme en acte mauvais. Ainsi l’homme est aussi responsable d’avoir écouté la voix du serpent plutôt que celle de Dieu : il a ouvert en lui la brèche par laquelle les idées du serpent se sont engouffrées. L’homme n’a pas su la refermer ; il a alors donné une consistance physique au mal : il a étendu le mal à toute la création.
 
Évidemment les circonstances originelles demeurent. Nous comprenons bien qu’aujourd’hui encore une pensée perverse qui titille notre sensibilité peut se transformer assez rapidement en acte mauvais. Et pourtant, si nous pensions à autre chose, par exemple à lire un livre de la Bible, à faire son travail, ou à faire du bien à son prochain, cela ne se passerait-il pas tout autrement ? Et on en serait certainement bien plus heureux.
La question est donc pour nous : comment être victorieux contre le mal ? Comment revenir au bonheur du jardin perdu ? L’expérience commune nous apprend que nous n’avons pas les forces nécessaires, individuellement et collectivement. Il semble que l’humanité soit condamnée à subir cet esclavage du péché. Nous le voyons tous les jours. Mais l’analyse du livre de la Genèse, l’analyse du péché originel, nous donne à comprendre son mécanisme et par là aussi l’espérance d’en sortir, de pouvoir surmonter ce qui est en nous devenu faiblesse et mauvaises habitudes. La Loi de Moïse a agi comme un révélateur et un avertisseur : au-delà de telle limite, si nous nous abandonnons à telle idée, si nous nous comportons de telle manière, nous dérapons. Mais vous le savez, un homme a réalisé plus que l’obéissance à la Loi, montrant la voie de la libération à toute l’humanité : cet homme, c’est Jésus.
 
Les tentations de Jésus au désert sont le miroir des tentations d’Adam et Ève au Paradis. Le fruit de l’arbre était savoureux, agréable à la vue et désirable ? Jésus refuse l’idée même de manger les pierres transformées en pains. Car la vie éternelle et le bonheur ne proviennent pas des fruits de la création mais de la Parole de Dieu. Le serpent trompait et flattait l’innocence et la sensibilité d’Ève ? Au dévoiement pervers des Écritures par le diable, faisant passer le mal pour du bien, Jésus répond par la vérité de la Parole de Dieu. Ève a choisi la parole du serpent contre celle de Dieu ? Jésus a choisi l’adoration de Dieu contre celle du serpent. Il a fait à rebours le chemin parcouru par Ève à l’origine et, par sa dernière réponse, a renvoyé le serpent et sa puissance perverse au néant. Désormais, la voie est libre pour tous ceux qui, par le baptême, font partie de son corps, et par son Esprit sont en communion avec lui. C’est exactement ce qu’enseigne saint Paul dans son épître aux Romains.
 
Nous ne sommes pas meilleurs qu’Adam et Ève. Nous ne sommes pas plus vertueux que Moïse et tous les prophètes. Mais au baptême nous avons reçu l’Esprit de Jésus Christ. Nous lui appartenons. Par le mystère de sa croix, c’est-à-dire par une foi inaltérable en Dieu et le don de notre vie entière par amour pour notre prochain, avec le secours de l’Esprit de Jésus, par l’écoute de sa Parole et sa mise en pratique, nous pouvons faire mieux qu’un homme moyen : nous pouvons faire un petit pas de plus sur le chemin du bien, et, de pas en pas, grandir en force et en sainteté jusqu’à la joie du Paradis retrouvé. L’Esprit nous y pousse, l’Esprit nous y aide, l’Esprit nous y fait renaître.

samedi 21 février 2026

18 février 2026 - CHANCEY - Mercredi des Cendres - Année A

 Jl 2, 12-18 ; Ps 50 ; 2 Co 5, 20 - 6, 2 ; Mt 6,1-6.16-18
 
Chers frères et sœurs,
 
Le Seigneur a besoin de nous pour nous sauver. Il a besoin que nous coopérions à sa grâce pour bénéficier de plus de grâce encore, jusqu’au bonheur suprême : la communion d’amour dans la vie éternelle. Avez-vous observé, dans les textes que nous avons entendus, les deux mouvements qui les animent ?
 
Le premier mouvement est particulièrement bien exposé dans le psaume : « renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit » ; « ne me reprends pas ton esprit saint » ; « Rends-moi la joie d'être sauvé ». Ici, le priant se souvient de la grâce dont il bénéficiait avant son péché. Il fait mémoire des jours heureux où l’Esprit Saint habitait dans son cœur. De même, le prophète Joël se plaint des insultes des païens : « Où donc est leur Dieu ? », parce qu’il éprouve aujourd’hui l’absence du Seigneur et la faiblesse du peuple en raison de son péché, alors qu’hier, Dieu était présent et protégeait son peuple, lui donnait la force nécessaire pour vivre.
Dans cette situation où le péché a tout détruit : absence de Dieu, de son Esprit Saint, perte de la force de vivre, soumission aux puissances étrangères, l’homme prie et fait pénitence. Pour deux raisons : la première est qu’en se souvenant des jours heureux il espère qu’il pourra les revoir un jour – il croit que le Seigneur peut faire cela pour lui ; et la seconde raison, c’est que l’Esprit Saint lui-même, de manière invisible et pour ainsi dire insensible, le pousse intérieurement à la prière et à la pénitence. Or le Seigneur a besoin, il attend, cette espérance de la réconciliation et cette foi inspirée par l’Esprit Saint, pour accorder sa miséricorde, son pardon – et avec lui la communion retrouvée. Souvenez-vous du fils prodigue : « Père, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils… » ; mais voilà que le père le couvre de baisers et le revêt du plus bel habit : « Tu es mon fils, en toi j’ai mis tout mon amour. »
 
Le second mouvement est évoqué par Jésus. Il n’est pas ici question de souvenir de jours heureux, de péché et de réconciliation, mais de « devenir des justes ». Bien entendu, « devenir juste » suppose qu’on ne l’est pas – qu’on est pécheur – et que l’on souhaite la réconciliation avec Dieu, la « justice de Dieu ». Mais on peut aussi comprendre que – pour des disciples de Jésus qui a priori n’ont pas besoin de réconciliation – il s’agit de « monter plus haut » en désirant devenir des saints. Ainsi Jésus, à ceux qui désirent « devenir des justes », promet-il une « récompense, pour vous, auprès de votre Père qui est aux cieux. » Comprenons que la récompense n’est pas un acquis parce qu’on est disciple de Jésus, mais qu’elle est le fruit d’une prière et d’une vie conformes à l’attente du Seigneur.
Jésus décrit cette prière et cette vie en termes d’aumône, de prière et de jeûne – dans le secret. En effet, l’homme pécheur qui espère une réconciliation n’est généralement pas très orgueilleux quand il mendie son pardon... En revanche, celui qui désire devenir juste risque fort de pécher par orgueil. Il obtiendrait ainsi l’inverse de ce qu’il souhaite : la chute plutôt que la gloire ! L’homme pécheur a cette force en lui qui est celle de l’humilité, laquelle risque fort de manquer à celui qui veut devenir juste.
Le remède à ce risque est donné par Jésus : l’aumône sans calcul ; la prière dans le secret ; le jeûne caché. L’aumône est un acte extérieur, qui engage nos moyens, nos richesses, petites ou grandes, à notre mesure. La prière est un acte intérieur qui engage notre âme, notre esprit et notre intelligence. Elle est mémoire des dons reçus de Dieu et espérance de ses promesses. Et le jeûne est un don de tout nous-mêmes : corps et âme. Sommes-nous prêts à tout donner – jusqu’à nous-mêmes, toute notre vie – au Seigneur notre Dieu ? Ce n’est pas si évident, à bien y réfléchir.
Cependant le Seigneur n’attend pas que nous fassions de grandes choses en matière d’aumône, de prière et de jeûne : qui serait assez fou d’orgueil pour prétendre acheter les dons de Dieu avec des moyens humains ? Mais le Seigneur voit les intentions du cœur. Le roi David a voulu construire un Temple pour le Seigneur ; le Seigneur lui a donné bien plus en récompense : une royauté éternelle. Sainte Thérèse de Lisieux enseignait la petite voie de Jésus, où un petit acte ordinaire fait avec amour, obtient de la part du Seigneur une réponse extraordinaire – pas tant pour soi que pour le monde pour lequel nous prions.
 
On mesure donc, chers frères et sœurs, combien le Seigneur a besoin de nous, que ce soit pour nous accorder son pardon si nous sommes pécheurs, ou que ce soit pour nous donner, et donner au monde, des grâces extraordinaires, la justice, si nous avons le désir d’une sainteté plus grande. Dans les deux cas, c’est l’œuvre de l’Esprit Saint en nous qui nous pousse à monter vers la maison de notre Père qui est aux cieux, et nous fait ressembler à Jésus qui donne tout et sa vie même pour le salut du monde. Puissions-nous, durant ce temps de carême, être attentifs et réceptifs à l’action de l’Esprit Saint dans nos cœurs, pour mieux aimer Dieu et nos frères. 

dimanche 15 février 2026

15 février 2026 - SAINT-GAND - 6ème dimanche TO - Année A

 Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1 Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Saint Paul oppose la sagesse de ceux qui dirigent ce monde à la sagesse du mystère de Dieu. Peut-on d’ailleurs encore parler de « sagesse » pour les dirigeants de ce monde, quand on en voit les résultats pratiques ? C’est catastrophique... Mais saint Paul nous rappelle que l’Évangile est la proclamation de la sagesse du mystère de Dieu et – dit-il – « c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. » L’Esprit Saint nous donne accès à la sagesse du mystère de Dieu. Et saint Paul assoie son affirmation sur une citation de l’Écriture, une citation du prophète Isaïe, pour nous rappeler également que l’Écriture – la Loi et les prophètes – sont empreinte et rayonnement de cette sagesse.
 
Dans l’Écriture, on trouvera par exemple le livre de Ben Sira le Sage, dont nous avons lu un extrait en première lecture. Celui-ci nous enseigne que pour trouver la sagesse cachée, il faut commencer par faire un choix : « Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » Cela signifie que la recherche et la connaissance de la sagesse de Dieu ne sont pas matière à option : c’est toute notre vie, à 100%, qui doit y être engagée. Pas de demi-mesure possible. Ben Sira le Sage parle comme Jésus : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’. Ce qui est en plus vient du Mauvais. » L’un et l’autre parlent bien de la même sagesse.
Cependant ce choix est une réponse à un appel préalable venant du Seigneur. L’appel se trouve déjà dans notre existence même : le simple fait que nous soyons nés, que nous existions. Nous avons été créés pour Dieu, pour vivre de sa sagesse, qui est notre vrai bonheur. Ensuite l’appel se trouve dans le témoignage d’Israël, dépositaire des Promesses, de la Loi de Moïse et des témoignages prophétiques. Tous ces signes de Dieu nous sont adressés à nous aussi. Plus encore, l’appel se trouve à la suite de la proclamation de l’Évangile de Jésus-Christ, dans notre baptême. Il est déjà participation, communion, à la gloire de Dieu, et avec ce baptême nous avons reçu l’Esprit Saint qui nous permet d’en avoir connaissance. Enfin, il est réservé à chacun d’entre nous tel ou tel don de l’Esprit, qui est sa vocation particulière, où le Seigneur l’appelle au plus profond de son cœur. Ainsi donc, par ces appels plus ou moins personnels, plus ou moins profonds, le Seigneur nous attire et il attend notre réponse : « veux-tu, avec l’aide de l’Esprit Saint, marcher sur le chemin de ma sagesse, oui ou non ? »
 
Ben Sira le Sage qualifie de « ceux qui le craignent » - « ceux qui craignent le Seigneur », tous ceux qui répondent « oui » à l’appel du Seigneur. Il ne faut pas se tromper : la plupart du temps dans l’Écriture, la « crainte de Dieu » ne doit pas être comprise comme une « peur de Dieu », mais plutôt comme un esprit d’humilité et de gratitude à l’égard de Dieu qui nous a fait un don exceptionnel. Celui qui « craint Dieu », c’est celui qui a déjà eu connaissance de la bonté et de la miséricorde de Dieu à son égard et qui veut lui rendre grâce. C’est aussi celui qui a entendu l’appel de Dieu au plus profond de lui-même, dans son cœur et son intelligence, et qui veut le connaître davantage. Celui qui « craint Dieu », dans l’Écriture, est déjà un sage : ses yeux sont ouverts et ses oreilles entendent.
 
Nous arrivons à l’Évangile, où nous retrouvons Jésus, assis sur la montagne entouré de ses disciples. Il n’est pas là pour leur donner un cours de morale, mais il leur dévoile la sagesse de Dieu. Autrement dit, pour comprendre, on ne peut pas, on ne doit pas se contenter d’une lecture superficielle : Jésus parle de la sagesse du mystère de Dieu, sagesse tenue cachée, ignorée par les dirigeants de ce monde.
En première lecture, cette sagesse de Dieu est particulièrement exigeante, comme Jésus le montre à propos des commandements sur le meurtre, l’adultère et les serments. D’ailleurs il le dit : « Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. » À moins d’être spécialement soutenus par l’Esprit Saint, il nous semble impossible de répondre parfaitement à ces commandements. Jésus demande-t-il des choses inaccessibles ?

Comme je ne peux pas parler pendant 15 jours, je vais me limiter au passage qui concerne le commandement sur l’adultère. Lisons l’Évangile avec sagesse, c’est-à-dire pour commencer, en nous appuyant sur l’Écriture. On n’y trouve mention de convoitise, d’œil et de bras que dans le livre du prophète Zacharie. Il s’agit du mauvais berger qui ne se préoccupe pas des brebis blessées, égarées et épuisées, mais qui préfère dévorer « la chair des bêtes grasses », pour assouvir sa convoitise. Malheur à ce berger dit le Seigneur : « Que l’épée s’en prenne à son bras et à son œil droit ! » 
Jésus donc, dans son enseignement à ses disciples, dit en réalité deux choses. Premièrement, que le bon berger – qui est Dieu – n’exerce pas de convoitise sur ses brebis, mais il vient à leur secours. Son œil est juste et bienveillant ; sa main – qui est l’Esprit Saint – est une main de bénédiction. Et bien sûr, le bon Berger, c’est aussi Jésus lui-même. Et deuxièmement, cet enseignement vaut pour ses disciples appelés à être apôtres, à être des "bergers". Si par grâce, ils ont reçu la connaissance de la sagesse de Dieu, l’accès au mystère tenu caché, alors non seulement leur esprit doit en être illuminé mais aussi toute leur vie doit en rayonner, comme de bons bergers qui « craignent Dieu ».
 
Saint Séraphim de Sarov disait : « le vrai but de la vie chrétienne consiste en l’acquisition du Saint-Esprit de Dieu. » Combien avait-il raison, car avec l’Esprit de Dieu, tout est possible.

dimanche 8 février 2026

08 février 2026 - CHAMPLITTE - 5ème dimanche TO - Année A

 Is 58, 7-10 ; Ps 111 ; 1 Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16
 
Chers frères et sœurs,
 
Dimanche dernier nous avons entendu Jésus enseigner à ses disciples qu’ils seraient persécutés en raison de leur attachement à lui. Cependant en regard de ces épreuves, il leur enseigne aussi d’être pour les hommes, à leur égard, des sources de bonté. Pour Jésus, la bonne réponse à l’insulte, c’est la bénédiction. Dans l’évangile d’aujourd’hui, il nous explique pourquoi.
 
En premier lieu, il apparaît que les hommes sont particulièrement sensibles à la bonté des disciples. Si les disciples sont bons et font des actes bons, alors – dit Jésus – ils sont « salés ». Le sel, dans l’Antiquité n’a que des vertus positives : il permet de purifier et de conserver. C’est ainsi que le sel est devenu un signe d’alliance. Comme il n’y a que Dieu qui soit véritablement bon, tous ceux qui font des actes de bonté, ou qui sont bons par eux-mêmes, expriment à travers eux ou leurs œuvres quelque chose de la bonté de Dieu. C’est bien pourquoi Jésus dit : « Voyant ce que vous faites de bon, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Les hommes identifient donc parfaitement la véritable source de la bonté, qui est Dieu. En revanche, un disciple de Jésus – ou quelqu’un qui se prétendrait serviteur de Dieu – qui ne serait ni bon, ni charitable, serait aussitôt rejeté et « piétiné par les gens », dit Jésus. Cet homme rendrait en effet un contre-témoignage, puisque Dieu est la bonté même.
Donc, un disciple de Jésus doit être « salé » ; il doit émaner la bonté, pour n’être pas rejeté mais au contraire pour que les hommes rendent gloire à la seule source véritable de toute bonté : notre Père qui est aux cieux.
 
Par expérience, nous savons qu’il est parfois bien difficile de rayonner la bonté, d’être bon, en toutes circonstances. Mais Jésus enseigne à ses disciples qu’ils sont « la lumière du monde ». Ils sont, ils ont en eux, la lumière qui est le canal de la bonté : une lumière qu’on ne peut pas éteindre ; une lumière puissance de vie éternelle et d’amour intarissable. C’est la lumière de la création, la lumière de la Transfiguration, la lumière de la résurrection, la lumière de la Présence de Dieu.
Regardons attentivement comment Jésus en parle : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. » Dès qu’on parle d’une maison, dans l’Évangile, on doit penser au Temple ; et dès qu’on parle d’une ville – surtout si elle est située sur une montagne – on doit penser à Jérusalem. Donc, la lumière qui est sur le lampadaire, dans la maison qui se trouve dans la ville sur la montagne, c’est la lumière qui se trouve sur le chandelier à sept branches qui éclaire l’intérieur du sanctuaire, lequel rayonne sur Jérusalem et de Jérusalem sur le monde entier. Or, la lumière du chandelier à sept branches, c’est la lumière du Buisson Ardent, c’est la lumière de Pentecôte : c’est le rayonnement de l’Esprit Saint.
Jésus a donc enseigné à ses disciples – et à nous-mêmes – qu’étant illuminés par l’Esprit Saint, forts de sa puissance et de son rayonnement, ils sont capables de bonté en eux-mêmes et dans leurs actes. Et que cette bonté, qui est en partage celle de Dieu, a la capacité de toucher le cœur des hommes au point que, l’ayant perçue, ils sont amenés à rendre gloire à Dieu. Au contraire, il ne mérite effectivement que le mépris, celui qui, ayant reçu le talent précieux de l’Esprit Saint, en vient à l’enfouir dans la boue de sa méchanceté et de ses œuvres mauvaises.
 
Nous avons donc compris, chers frères et sœurs, que rendu semblables à Jésus par le don de l’Esprit Saint, par l’illumination de notre cœur, qui nous donne de rayonner de la bonté de Dieu, nous n’avons pas à craindre, ni les persécutions, ni les persécuteurs. Mais au contraire, à la méchanceté ou à la bêtise, nous devons répondre par la bonté et la générosité – le pardon étant la plus grande marque de bonté.
Mais comment pouvons-nous être vraiment bons comme Dieu est bon ? Relisons le début de la prophétie d’Isaïe : « Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Qui est celui qui a faim sinon l’homme affamé et assoiffé de justice, affamé de vie et assoiffé d’amour, auquel Dieu répond en lui partageant son fils, Jésus, pain et vin de la vie éternelle ? Qui est le pauvre sans abri sinon Adam déchu, errant dans les enfers, auxquels Dieu offre le refuge de sa propre maison, l’Église, en Paradis ? Qui est celui qui est sans vêtement, sinon l’homme pécheur, ce même Adam trouvé nu, auquel Dieu donne, par le pardon obtenu par la croix de Jésus et le baptême, d’être revêtu du vêtement blanc et immaculé des saints ?
Oui, dit Dieu à son serviteur par la bouche du prophète Isaïe : « ne te dérobe pas à ton semblable », car ce que le Seigneur te suggère n’est rien d’autre que ce qu’il a déjà fait pour toi en te donnant son Fils : Dieu ne s’est pas dérobé, il s’est donné jusqu’au bout. « Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. » Assurément puisqu’il s’agit de l’aurore de la résurrection et des forces de l’Esprit Saint. C’est-à-dire que, plus on est bon et généreux à l’image de Dieu, plus on devient lumineux et forts de la force de son Esprit, et plus on ressemble à Jésus. C’est un cercle vertueux. Alors bienheureux sommes-nous !

dimanche 1 février 2026

01 février 2026 - BUCEY-lès-GY - 4ème dimanche TO - Année A

 So 2, 3 ; 3, 12-13 ; Ps 145 ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12a
 
Chers frères et sœurs,
 
Lorsque saint Matthieu rédige ce chapitre de son évangile, tout est pesé. Non pas seulement le vocabulaire choisi, mais aussi l’ordre des versets, et même la mise en scène. Car, ce qu’il veut nous dire dépasse les mots eux-mêmes : il veut rejoindre et parler à la pointe de notre âme. Ou plutôt que notre âme entende et reconnaisse à travers ses mots la Parole de Dieu, la Parole de la Vie.
 
D’abord la mise en scène : Jésus est entouré par des foules nombreuses – pas « une » foule, mais « des » foules – c’est dire s’il y a du monde ! En fait, il y a tout le monde, toute l’humanité, et nous avec. Si Jésus monte sur la montagne et enseigne les Béatitudes à ses disciples, c’est pour que ceux-ci puissent ensuite porter sa Parole à toutes ces foules, à toute l’humanité, de tous les lieux et de toutes les générations.
Jésus monte sur la montagne comme Moïse était monté sur le Mont Sinaï. L’enseignement de Jésus est en rapport avec la Loi ; il en est le cœur, l’accomplissement. Cet enseignement est réservé à ses disciples. Jésus ne parle pas directement à toutes les foules, mais il le fait par l’intermédiaire de ses disciples. Pourquoi ? Parce que son enseignement est inséparable du témoignage des disciples : témoignage sur Jésus et sa vie ; et aussi témoignage de vie des disciples eux-mêmes. La Parole n’est pas que des mots : la Parole est vivante et elle produit du fruit : vivante, elle est Jésus lui-même. Et quand on la met en pratique, on devient disciple, on devient Apôtre : la Parole produit du fruit. Donc, Jésus qui enseigne les Béatitudes, c’est Jésus qui dit qui il est, ce qu’est être son disciple, et il donne l’Esprit de vie qui est toujours avec lui : Esprit qui fait de ses disciples non pas des serviteurs mais des amis, non pas des étrangers mais des fils de Dieu.
 
Observons maintenant les Béatitudes, comment Jésus nous les enseigne. Il y en a dix, même si la dernière est différente des précédentes. De plus, les huit premières concernent tous les hommes, et les deux dernières ne concernent que les disciples : « Heureux êtes-vous… » ; « Réjouissez-vous… »
Avez-vous remarqué que la première béatitude « Heureux les pauvres de cœur » et la huitième « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice » correspondent à la même promesse : « le royaume des cieux est à eux » ? C’est un procédé de style typique dans les textes bibliques pour indiquer que la première béatitude correspond à la huitième, la seconde avec la septième, la troisième avec la sixième, etc. ; et que la ou les plus importantes se trouvent au milieu. Ici nous avons : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés » et « Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde ». On y retrouve les deux commandements principaux de la Loi : d’abord « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu » – en ayant faim et soif de Lui – avec la promesse de la communion : l’amour de Dieu est communion. Et nous savons, nous chrétiens, que la communion se mange et se boit dans l’Eucharistie. Et ensuite : « Tu aimeras ton prochain », en étant miséricordieux à son égard, avec la promesse de la miséricorde aussi pour nous. Cette miséricorde, c’est le pardon des péchés et l’entrée au ciel, pour la vie éternelle.
Il me paraît important de souligner ici une chose qui appelle réflexion. Jésus n’ignore pas que le monde dans lequel les hommes vivent est un monde imparfait : il y a des aspérités. Chaque Béatitude souligne ou épouse ces aspérités, ces souffrances, mais il met en regard l’enseignement des Béatitudes qui est construit comme une sagesse, comme nous l’avons vu : deux fois quatre béatitudes qui se répondent l’une à l’autre, avec le commandement de l’amour de Dieu et du prochain au centre. Mais il ne s’agit pas seulement d’une sagesse humaine – comme si on mettait une compresse sur des blessures – il s’agit d’une sagesse qui est Esprit de Vie : cette sagesse dit qui est Jésus et quel Esprit il veut nous partager, nous donner à travers elle, pourvu qu’elle soit une sagesse vécue : les huit béatitudes délimitent, dessinent le visage de Jésus en lequel se trouve l’Esprit de Vie.
 
Quand on a compris cela – que les Béatitudes sont le portrait de Jésus et qu’on est chacun et chacune appelés à en vivre, en totalité ou en partie – alors on est devenus disciples. La neuvième béatitude s’adresse donc à nous : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi. » Il y a deux choses à en dire : la première est que l’homme des Béatitudes est devenu comme Jésus, et la seconde qu’il est devenu comme Jésus en sa Passion, qui offre sa vie à son Père pour le salut du monde. Que voulez-vous, l’Esprit Saint ne sait pas faire autre chose que de transformer toute personne qui le reçoit à la ressemblance de Jésus ! Mais pas un Jésus béni-oui-oui… ; le vrai Jésus qui donne sa vie par amour pour ses amis !
Alors, les disciples, ayant passé par là où lui Jésus est passé, peuvent se réjouir, car « leur récompense est grande dans les cieux » : ils ont dès ici-bas – s’ils ont encore un pied sur terre – déjà un pied au ciel. Nous sommes ici au cœur de l’enseignement de Jésus : le but ultime des Béatitudes, c’est la vie éternelle qui est déjà donnée maintenant dans la joie profonde qu’un disciple éprouve – quoi qu’il arrive – à la simple pensée, dans un acte de foi en Jésus vivant, qu’en communion avec lui le ciel lui est déjà ouvert.
 
 

dimanche 25 janvier 2026

25 janvier 2026 - ARC-lès-GRAY - 3ème dimanche TO - Année A

Is 8,23b-9,3 ; Ps 26 ; 1Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23
 
Chers frères et sœurs,
 
Souvenez-vous : les disciples d’Emmaüs avaient le cœur lourd en raison de la mort de Jésus. Mais lui, sur le chemin, leur ouvrit l’intelligence de sa résurrection en leur interprétant « dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ». C’est exactement ce que fait pour nous saint Matthieu dans son évangile : il nous montre comment Jésus a accompli les prophéties qui se trouvent dans l’Écriture. Ainsi, nous avons aujourd’hui celle d’Isaïe annonçant la venue de Jésus, la grande lumière qui s’est levée sur ceux qui habitaient dans les ténèbres.
 
Essayons de mieux comprendre ce que veut nous dire saint Matthieu avec cette prophétie. À l’époque du prophète Isaïe, il s’agissait de l’annonce de la domination du roi d’Assyrie sur les tribus du nord d’Israël, avec la chute et même la disparition en tant que telles des tribus de Zabulon et de Nehptali. D’après le partage des terres fait au temps de Moïse et Josué, Zabulon occupait un territoire qui s’étendait de la mer de Galilée jusqu’à la mer méditerranée. Nazareth se situe dans ce territoire. Celui de Nephtali se trouvait juste au-dessus de celui de Zabulon, à l’ouest et au nord de la mer de Galilée. Capharnaüm est située en Nephtali, comme probablement Bethsaïde, le village d’origine de Pierre et André, Jacques et Jean. Bethsaïde est tout au nord du lac, à l’embouchure du Jourdain. C’est très certainement une ville-frontière avec le territoire de Manassé, qui est sur la rive Est.
 
Donc, à l’époque d’Isaïe, ces territoires du nord furent conquis et disparurent en tant que tels. Cela signifie que les peuples qui y vivaient étaient désormais sous domination étrangère, païenne. La citation de l’évangile dit qu’ils « habitaient dans les ténèbres » ; Isaïe dit qu’ils « marchaient dans les ténèbres » ; nous devons comprendre qu’ils étaient découragés, désespérés, et qu’ils n’avaient plus la force de se lever, de résister. Mais surtout, « ils marchaient dans les ténèbres », signifie qu’ils ne pouvaient plus vivre intégralement selon la Loi de Moïse. C’est la raison pour laquelle ceux qui désormais étaient devenus des « Galiléens » étaient méprisés par les Judéens. Galilée signifie « district » : la Galilée, c’est le « district des nations païennes », le pays sous domination étrangère, le pays où l’on ne peut pas vivre dans la lumière des commandements de la Loi.
Mais voilà que la prophétie d’Isaïe annonce au petit reste de Zabulon et de Nephtali, les juifs galiléens, la venue d’un libérateur, un Messie. La lumière annoncée est celle de l’espérance du salut, comme une étoile dans la nuit.
 
700 ans plus tard, l’arrestation et la mort de Jean-Baptiste furent le signal pour Jésus que sa mission commençait vraiment. Jusqu’alors il résidait manifestement hors de Galilée. Saint Matthieu nous dit qu’il revint s’y installer, non pas à Nazareth comme il aurait dû le faire, mais à Capharnaüm. C’est ainsi que l’ancien pays de Zabulon et l’ancien pays de Nephtali, devenus la Galilée, bénéficièrent de sa présence : voilà que la lumière s’est levée sur le pays des ténèbres. 
C’est l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe… avec toute l’ambiguïté qui ne cessera de poursuivre Jésus. Il vient comme libérateur du péché et de la mort pour réouvrir à l’homme la porte du ciel ; et on le prend pour un homme politique, un libérateur de l’occupant païen, pour rendre sa liberté et son intégrité politique et religieuse à toutes les tribus d’Israël, notamment celles qui se trouvaient étouffées en Galilée. « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » disait Jésus, mais les gens comprenaient autre chose… ce pourquoi beaucoup furent déçus et se retournèrent finalement contre lui.
 
Cependant, Jésus appelle Pierre et André puis Jacques et Jean. Ce sont des pécheurs. Il est remarquable que Jésus observe leur manière de faire, de pratiquer leur profession : Pierre et André jettent le filet dans la mer – ce sont des actifs ; tandis que Jacques et Jean sont assis dans leur barque et y réparent leur filet. 
On a compris que Jésus allait faire des premiers des missionnaires : « Je vous ferai pêcheurs d’homme ! » leur dit-il. Il ne précise pas pour les seconds, mais saint Matthieu donne la clé dans le verbe employé pour dire « réparer » le filet. On retrouve le même verbe lorsque Jean-Baptiste dit qu’il faut « réparer » les chemins du Seigneur pour préparer sa venue, ou que Jésus « répare » la main atrophiée d’un homme dans une synagogue, le jour du sabbat. Jacques et Jean sont donc des Apôtres qui vont « réparer » le filet du Royaume des cieux, le filet de la prédication évangélique et de sa mise en pratique. Ils sont probablement davantage des contemplatifs – même si on nous dit par ailleurs qu’ils sont les « fils du tonnerre » ! Être contemplatif n’empêche pas d’avoir du caractère ! N’est-ce pas ? 
Jésus, en appelant ses Apôtres, tient compte de leur manière d’être et de faire. Il ne les voue pas à une mission contre nature. Au contraire, ce qu’ils étaient et faisaient de manière profane, devient, avec Jésus et l’Esprit Saint, une mission pour le règne de Dieu. C’est comme si – tout en restant des hommes – ils recevaient une mission angélique. De fait, ils deviennent porteurs de l’Évangile, de la Parole de Dieu. Et nous avons vu que pour tous ceux qui sont désespérés et abandonnés dans les ténèbres, sans pouvoir vivre librement de la Parole de Dieu, cet Évangile est lumière, guérison et annonce de la vie du ciel.
Aujourd’hui, nous en sommes les bénéficiaires par la grâce de Dieu, et les serviteurs pour le salut de notre prochain. 
 

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