Is
42, 1-4.6-7 ; Ps 28 ; Ac 10, 34-38 ; Mt 3, 13-17
Chers
frères et sœurs,
Le
récit du baptême de Jésus recèle plusieurs leçons très importantes pour nous.
Saint Matthieu l’a ciselé comme un bijou précieux, où presque chaque mot
compte. Je vais me limiter à trois leçons qui me paraissent essentielles.
D’un
point de vue factuel, nous voyons Jésus – dont nous savons qu’il est homme et
Dieu – venir se faire baptiser dans le Jourdain par les mains de Jean Baptiste.
Jean prêchait un baptême de conversion en vue de la venue prochaine du Messie
de Dieu. Aussi bien tout le peuple, des plus grands pécheurs jusqu’aux prêtres
et aux pharisiens, venait se faire baptiser, pour être sanctifié. Ce baptême
d’eau est un baptême de purification.
Mais
alors – et Jean Baptiste s’en offusque lui-même comme nous l’avons vu – quel
sens cela peut-il avoir que Jésus, homme et Dieu, saint et sans péché, veuille
lui-aussi se faire baptiser ? « Il convient que nous
accomplissions ainsi toute justice » lui répond Jésus. La leçon ici
est la suivante : c’est en accomplissant les commandements et les rites de
la Loi de Moïse que Jésus apparaît comme le vrai Messie de Dieu. C’est comme
une serrure et une clé : la Loi est la serrure, Jésus est la clé. L’une ne
peut pas fonctionner sans l’autre. Dans le cas du baptême, de la purification,
il se produit comme un arc électrique : Jésus étant parfaitement saint, le
baptême ne le purifie pas davantage – c’est impossible – mais il révèle qui il
est : le Saint, le Messie de Dieu. Jésus accomplit parfaitement la Loi et
c’est en accomplissant parfaitement la Loi qu’il se révèle celui-là même qui en
est l’origine : la Parole de Dieu.
Justement,
la deuxième leçon nous est donnée dans les événements du baptême lui-même.
Regardons attentivement les étapes. Jésus est immergé dans l’eau du Jourdain.
Il s’agit d’une mort : il est plongé dans le chaos des eaux. Et, quand il
remonte de l’eau – qu’il ressuscite, les cieux s’ouvrent. On pense à
l’Ascension de Jésus, quand il monte au ciel. Mais dans un mouvement inverse,
c’est quand il monte que l’Esprit de Dieu descend. Et quand les cieux
s’ouvrent, quelque chose comme une colombe – l’Esprit de Dieu – vient reposer
sur lui. On pense à la Pentecôte.
Soyez
attentifs, chers frères et sœurs, à deux-trois détails qui n’en sont pas. Le
premier est que « les cieux s’ouvrirent ». Cela veut dire
d’une part que le passage entre la terre et le ciel qui était fermé depuis la
chute d’Adam et Ève est ouvert, et que le ciel nous devient par conséquent
potentiellement accessible. Et d’autre part, puisqu’il n’est pas dit que le
passage s’est refermé, qu’il est donc toujours ouvert, au moins sur Jésus. Pour
Jésus, ou avec lui, le ciel est toujours ouvert.
Le
second détail est que l’Esprit Saint se rend visible sous la forme d’une
colombe. La mention de la colombe renvoie au geste de Noé qui, après le déluge,
envoie une colombe en reconnaissance sur la terre. La colombe signifie en même
temps la paix retrouvée, avec le pardon de Dieu, mais aussi une vie nouvelle,
sur une terre débarrassée du mal antérieur. La colombe est le signe de l’amour
qui renouvelle la vie. Jésus est cette terre nouvelle, cette nouvelle humanité,
le nouvel Adam réconcilié et vivant. « En lui était la Vie »
dit saint Jean, dans son évangile.
Or,
troisième détail, cette forme de colombe ne fait pas que « venir »
sur Jésus, comme dit notre traduction : elle « repose » sur lui,
comme la Présence de Dieu « repose » sur l’Arche d’Alliance dans
le Saint des Saints. On constate, à ce « détail » que Jésus, son
corps humain, est semblable à l’Arche d’Alliance. Sur lui repose l’Esprit du
Seigneur, non pas quelques minutes en remontant de l’eau, mais en permanence,
comme avec lui, le ciel est désormais ouvert en permanence. Avec la voix qui se
fait entendre, révélant la présence d’une troisième personne – le Père – nous
comprenons que dans cet événement du baptême s’est révélée la Sainte
Trinité : le Père, dans la voix, le Fils en Jésus et l’Esprit Saint sous
la forme de la colombe. Et tous trois sont inséparables ; tous trois sont
la Vie ; tous trois accomplissent la Loi de Moïse et les Prophètes, dont
ils sont aussi l’origine ; et tous trois sont pour nous la manifestation
de notre vie, de notre vraie vie.
Alors,
pour finir, troisième et dernière leçon, ce que dit la voix : « Celui-ci
est mon Fils / Bien-aimé, en qui je trouve ma joie » J’ai fait exprès
de couper à un endroit inhabituel. Car c’est bien là qu’il faut couper le
texte. Il y a deux citations : la première, celle du psaume 2 :
« tu es mon fils ; moi aujourd’hui, je t’ai engendré » ;
et celle du prophète Isaïe, que nous avons lue en première lecture :
« Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma
faveur. » - « Mon élu, mon Bien-aimé, qui a toute ma
faveur, en qui je trouve ma joie. » Nous apprenons dans ces deux
citations premièrement que Jésus est le Fils de Dieu : « Tu es mon
Fils » La mention de « aujourd’hui » signifie que
l’engendrement dont il est question est permanent et éternel, il est hors du
temps, et n’est évidemment pas sujet à discussion. Deuxièmement, la mention de
l’élu, du Bien-aimé, montre que la relation entre le Père et le
Fils est celle de l’amour, ce pour quoi elle est une alliance éternelle. Le
Père trouve en son Fils sa joie, en ce que ce Fils lui est totalement
obéissant, qu’il fait entièrement la volonté de son Père, lui manifestant ainsi
sa gratitude et son amour, jusqu’à donner sa vie par amour pour Lui, et pour
nous.
Alors,
chers frères et sœurs, puisque nous avons été baptisés au Nom du Père, et du
Fils et du Saint-Esprit, ne croyez-vous pas que les mystères qui ont été
dévoilés à l’occasion du baptême de Jésus ne valent pas aussi pour nous,
aujourd’hui ?