Is
49, 3.5-6 ; Ps 39 ; 1 Co 1, 1-3 ; Jn 1, 29-34
Chers
frères et sœurs,
Dans
sa lettre aux chrétiens de Corinthe, saint Paul leur rappelle qu’ils « sont
appelés à être saints, avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de
notre Seigneur Jésus-Christ. » Cela veut dire que notre vocation à
tous à devenir des saints est inséparable de notre vocation à être en communion
les uns avec les autres. Parce que la sainteté, c’est l’amour, et il n’y a
qu’un seul Amour éternel et vivifiant : le Seigneur notre Dieu.
Pour
entrer dans cet Amour divin, saint Paul explique qu’il faut être « sanctifiés
dans le Christ Jésus », c’est-à-dire être baptisé dans l’eau et
l’Esprit Saint, au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Le baptême est la
porte d’entrée du ciel.
Le
prophète Isaïe nous explique quel est l’effet du baptême. Le baptisé est rendu
semblable à Jésus : « Tu es mon serviteur ; en toi je
manifesterai ma splendeur. » La « splendeur », c’est la
lumière de la résurrection, la gloire de Dieu. Quand le serviteur, c’est-à-dire
Jésus ou le baptisé, se rend compte qu’il est dans la lumière de la gloire de
Dieu, il dit : « Oui, j’ai de la valeur aux yeux du
Seigneur : c’est mon Dieu qui est ma force. » Comprenez bien :
on a de la valeur aux yeux de quelqu’un quand on est aimé par lui ; alors
on est heureux, on est rempli de lumière et de force pour vivre. La preuve que
Dieu nous aime infiniment, c’est qu’il nous donne la force de son Esprit Saint
au baptême et à la confirmation.
Et
comme le Seigneur notre Dieu ne fait jamais les choses à moitié et qu’il donne
largement, en abondance, il ajoute : « C’est trop peu que tu sois
mon serviteur pour relever les tribus de Jacob… Je fais de toi la lumière des
nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »
La vocation de Jésus n’est pas de sauver seulement le peuple d’Israël, mais
elle devient – parce qu’il est rempli de la force de l’Esprit Saint – de sauver
toute l’humanité jusqu’au bout du monde : il devient la « lumière
des nations ». Mais il en va aussi pour nous. Par notre baptême,
l’amour de Dieu ne nous est pas réservé à nous tout seul, ni même seulement à
notre entourage : notre vie est consacrée à rayonner l’amour de Dieu pour
le monde entier. Prenez par exemple sainte Thérèse de Lisieux, ou sainte
Bernadette, ou saint Pierre, ou le saint curé d’Ars, qui étaient des gens si
humbles et si simples : leur baptême a rayonné dans le monde entier. Il en
va de même pour nous : l’amour dont Dieu nous aime, qui nous rend forts
par l’Esprit Saint, est un amour qui, à travers nous, est donné pour le monde
entier. C’est très puissant le baptême, si on y réfléchit bien.
Justement,
dans son évangile, saint Jean nous dévoile encore d’autres perspectives, que
l’on peut méditer chacun à notre mesure, tellement elles sont impressionnantes.
Quand saint Jean écrit le début de son évangile, il débute par « Au
commencement le Verbe était Dieu… » puis, à travers le témoignage de
Jean-Baptiste, le baptême de Jésus et l’appel des premiers disciples, il nous
conduit aux noces de Cana, où Jésus commence véritablement sa mission. Or ce
déroulement est construit par saint Jean comme si il se déroulait en huit
jours.
Au
premier jour : le Commencement, où il dit que c’est par le Verbe –
c’est-à-dire par Jésus – que « tout est venu à l’existence »
et qu’« en Lui était la vie, et la vie était la lumière des
hommes ». En fait, c’est le premier jour de la création, comme dans le
livre de la Genèse. Ensuite, saint Jean rythme son évangile en
disant : « le lendemain », puis un peu plus loin « le
lendemain »… et à la fin, « le troisième jour, il y eut un
mariage à Cana. » Or, à bien compter, ce troisième jour est le
huitième par rapport au premier. Donc, pour saint Jean, la naissance de Jésus,
son baptême, l’appel des disciples correspond à une nouvelle création, qui se
dévoile à tous au moment des noces de Cana.
Dans
l’évangile d’aujourd’hui, nous serions donc au troisième jour de la création
dans la Genèse, celui qui correspond à la distinction entre la mer et la
terre et à l’apparition de la végétation, notamment les arbres fruitiers. Ce
n’est donc pas pour rien que, ce jour, Jean-Baptiste voit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe sur Jésus et demeurer sur lui. On a déjà vu une
semblable colombe envoyée par Noé se reposer sur la terre ferme après que les
eaux du déluge se soient retirées. Jésus est donc la terre ferme, la nouvelle
terre, le royaume de Dieu, sur lequel repose l’Esprit de Dieu. Et la mer et les
ténèbres, et le mal et le chaos, sont écartés, repoussés vers le néant. Le
baptême de Jésus, notre baptême, fait de nous une terre ferme, une terre
fertile, où l’Esprit de Dieu peut faire germer la vie, une vie qui donne du
fruit.
Justement,
Jean-Baptiste dit de Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève
le péché du monde. » Il annonce que Jésus, lui qui est innocent comme
un agneau, va être condamné injustement à la place des coupables, des
pécheurs ; et qu’il va donner sa vie à leur place pour leur obtenir le
pardon de Dieu. Or nous savons que Jésus va obtenir cela en donnant sa vie sur la
croix. Voilà l’arbre : c’est la croix. Et voilà son fruit : le pardon
des péchés pour les pécheurs.
Voyez
comme saint Jean a fait du troisième jour de la genèse du monde, un nouveau
troisième jour de la genèse du Royaume des cieux. Dieu recrée le monde, un
monde nouveau, par Jésus et par son Esprit Saint. Et nous aussi, qui sommes nés
humains et pécheurs, par le baptême de Jésus dans l’eau et l’Esprit, nous
sommes re-nés saints et divins. Comme à Cana, ce monde nouveau se rend visible
dans la communion, ici-bas par le Sacrement dans l’assemblée de l’Église, et au
ciel, dans la gloire lumineuse de l’assemblée de tous les saints. C’est la même
chose. Amen.