Is
60, 1-6 ; Ps 71 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
Chers
frères et sœurs,
Nous
aimons particulièrement la fête de l’Épiphanie du Seigneur, surtout en
Franche-Comté, depuis que les reliques des Rois mages y sont passées au xiie siècle, pour être
conduites à la cathédrale de Cologne. « Épiphanie » signifie :
« apparition soudaine, manifestation. » En ce jour béni, dans l’Enfant
Jésus couché dans la mangeoire de la crèche, c’est de la manifestation du Fils
de Dieu, « Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai
Dieu » dont il s’agit.
Cette
épiphanie de Dieu en Jésus appelle les hommes et les anges à l’adoration qui
lui est due. C’est bien ainsi que tout le monde l’a compris à l’époque :
non seulement les mages qui venaient d’Orient, qui apportaient pour ce faire de
l’or, de l’encens et de la myrrhe, mais aussi Hérode lui-même, les grands
prêtres, les scribes et tout le peuple de Jérusalem, même si Hérode nourrissait
déjà dans son cœur de mauvaises intentions.
Il
est juste de voir dans l’adoration des mages la figure de l’adoration de Dieu
par tous les peuples de la terre, réunis en communion dans le temple saint de
son corps : telle est bien en effet la vocation de l’évangélisation, de l’annonce
de la Bonne nouvelle de Jésus né parmi les hommes et premier-né d’entre les
morts, pour que les hommes redeviennent des Vivants. Ainsi les Rois mages sont
réputés, par une tradition tardive, venir de tous les continents du monde. Représentant
tous les hommes, ils nous représentent nous aussi. Inversement, nous pourrions
dire qu’aujourd’hui à Dampierre, c’est nous qui sommes les Rois mages venant
adorer Dieu ici présent sur l’autel, dans son Corps et son Sang eucharistiques.
Nous lui apportons les présents de nos vies, nos soucis et nos espérances. Et
lui nous donne en partage sa Vie éternelle, dans sa communion glorieuse.
J’ai
déjà dit beaucoup de choses importantes. Mais nous pouvons aller encore un peu
plus loin. Voyez-vous, chers frères et sœurs, saint Matthieu a la curieuse
manière d’insister sur le fait que les mages viennent d’Orient. Bien
évidemment, les mages sont des prêtres zoroastriens, astrologues et magiciens,
originaires de Perse – c’est-à-dire d’Iran. Aussi bien saint Matthieu aurait
pu, ou du, préciser qu’ils venaient de Perse ou de Babylone. Mais non, pour
lui, ils viennent d’« Orient ». Qu’est-ce que l’Orient pour un Juif à
l’époque de Jésus ? C’est là que se trouve le Jardin d’Eden, le Paradis.
Les mages de saint Matthieu sont donc des habitants du Jardin : ce sont
des êtres célestes, des anges venus du ciel sur la terre. Et comme à chaque
fois qu’on franchit – dans un sens ou dans l’autre – la porte entre le Ciel et
la terre, il y a un dialogue entre les anges supérieurs et les anges inférieurs :
« Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »
demandent ceux d’Orient ; « À Bethléem en Judée » répondent
ceux de Jérusalem. Lors de l’Ascension de Jésus au Ciel, nous retrouvons un tel
dialogue entre les anges, selon le Psaume 23 : « Portes,
levez vos frontons, élevez-vous, portes éternelles : qu’il entre, le roi
de gloire ! » clament les anges inférieurs. « Qui donc
est ce roi de gloire ? » interrogent les anges supérieurs, qui
gardent la porte. « C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ; c’est
lui, le roi de gloire » répondent les inférieurs. C’est alors, qu’après
l’entrée, commence le combat.
À
Jérusalem les mages se retrouvent confrontés à Hérode, puissance maléfique qui
veut évincer Jésus pour conserver la royauté. Et lorsque Jésus monte au Ciel,
le combat est engagé contre Satan et ses anges qui veulent capter la royauté…
jusqu’à leur chute finale. Hérode ment comme Satan ment, comme aux premiers
jours il mentit à Adam et Ève : « Allez vous renseigner avec
précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour
que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Ben voyons ! Mais,
tels Michel et ses anges, les mages écartent Hérode et se présentent à Bethléem,
le lieu béni.
L’étoile
de Jésus, qu’ils avaient vu à l’Orient, au Jardin, voici qu’ils la retrouvent
là, à Bethléem, indiquant la Maison. Saint Matthieu précise qu’ils se « réjouirent
d’une très grande joie ». La seule mention d’une « très grande
joie » dans les Écritures se trouve dans le livre de Néhémie
à l’occasion de la proclamation de la Loi de Moïse, au Temple de Jérusalem,
lors du retour d’exil à Babylone. Pour fêter cela, et encore aujourd’hui, le
Peuple habite dans des huttes pendant 7 jours : c’est Shavouot, la fête de
la Pentecôte. Nous retrouvons bien sûr cette même joie qui combla Marie et les
disciples réunis, lorsque l’Esprit Saint reposa sur la maison, le Cénacle, où
ils se trouvaient. Vous avez compris, pour saint Matthieu, la Maison de Bethléem, les huttes ou le
Cénacle sont semblables au Temple où repose l’Esprit de Dieu, où réside la Présence
de Dieu.
Or
dans le Temple, la Présence de Dieu repose sur le propitiatoire pur et saint de
l’Arche d’Alliance – n’est-ce pas ? Bien sûr, dans la Maison de Bethléem,
l’enfant Jésus repose dans les bras purs et saints de la Bienheureuse Vierge
Marie : Il est Présence de Dieu ; elle est l’Arche d’Alliance. Alors,
comme le Grand Prêtre dans le Temple, les mages venus d’Orient, ces anges venus
du Ciel, adorent le Seigneur-enfant, leur Dieu, et lui offrent le culte qui lui
est dû par l’offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Puis, ayant
effectué leur mission, ils s’en retournent à l’Orient. Quelle mission ?
Montrer aux hommes, par leur présence et leur adoration, que Jésus ce fils de l’Homme,
enfant couché dans la crèche, est le Fils de Dieu : il est Dieu et Marie
est l’Arche Sainte. Au premier, nous devons adoration, à la seconde notre
vénération. Tel est, chers frères et sœurs, le message de l’Épiphanie.