dimanche 29 septembre 2024

29 septembre 2024 - GRAY - 26ème dimanche TO - Année B

Nb 11, 25-29 ; Ps 18 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43.45.47-48
 
Chers frères et sœurs,
 
L’évangile nous donne aujourd’hui un enseignement qui convient parfaitement aux jeunes églises naissantes, quand la Bonne Nouvelle se répand de manière un peu anarchique et que se constituent des traditions diverses, qui – par manque de charité entre chrétiens – conduisent parfois à de graves antagonismes.
Nous voyons cela par exemple, dans l’Église de Corinthe, quand Paul doit éteindre le conflit entre les partisans d’Apollos et ses propres partisans. Apollos, qui venait d’Alexandrie, connaissait bien l’Évangile mais ne pratiquait que le baptême de Jean : il ignorait apparemment le baptême au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit. Il avait fallu que Priscille et Aquilas le lui expliquent.
On voit, dans les premières Églises, des communautés judéo-chrétiennes directement issues des Apôtres, composées pour certaines de juifs d’origine palestinienne ou orientale, et pour d’autres de juifs hellénisés, comme à Alexandrie justement, où s’est opéré un premier mélange avec la philosophie et la culture grecque ; et enfin des communautés pagano-chrétiennes, composées de romains ou de grecs directement devenus chrétiens, sans rien connaître au judaïsme malheureusement, ou si peu. Évidemment, tous ces courants ont des difficultés à se comprendre et lisent les évangiles de manière différente. Mais on voit quelle actualité cette situation a toujours aujourd’hui, entre chrétiens de différentes cultures, ou de différentes générations. L’enseignement de Jésus est toujours pertinent.
 
Jésus parle en deux temps. En premier lieu, il jette un regard positif sur la diversité des œuvres inspirées par l’Esprit Saint : « Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après mal parler contre moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous. » Faire un miracle au nom de Jésus doit se comprendre originellement comme « faire quelque chose » au nom de Jésus, c’est-à-dire notamment célébrer un sacrement comme celui du baptême. Cet enseignement a été défendu par saint Augustin : le baptême, célébré par qui que ce soit, pourvu que ce soit « au Nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit » est toujours valide. C’est la pierre angulaire de l’œcuménisme entre les chrétiens.
C’est aussi ainsi que Jésus encourage l’hospitalité entre chrétiens, et même reconnaît que toute personne qui accueille un chrétien – parce qu’il est chrétien – recevra une récompense. Car, « celui qui vous accueille, m’accueille. Et qui m’accueille accueille celui qui m’a envoyé », c’est-à-dire le Père.
Donc Jésus, comme Moïse en son temps, porte un regard positif sur les fruits de l’Esprit Saint répandu dans le monde, et même parfois dans le cœur de non-chrétiens.
 
En revanche – et c’est le second temps – il est extrêmement dur pour celui qui provoque le scandale, qui devient un piège pour « ces petits qui croient en moi », c’est-à-dire les fidèles innocents qui placent naturellement leur confiance dans leurs frères, surtout ceux qui exercent sur eux un magistère spirituel, intellectuel et moral, et qui les trahissent d’une manière ou d’une autre.
L’expression « qu’on le jette à la mer » renvoie directement à la mort des Égyptiens dans la Mer Rouge, au moment de la sortie d’Égypte. C’est donc un rejet total. C’est encore plus vrai pour la suite, quand Jésus évoque la main, le pied et l’œil ? qui peuvent devenir pour chacun une occasion de chute (ou de faire chuter les autres) : plutôt que la vie éternelle, c’est la Géhenne qui est promise, « là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas ».
Cet enseignement mérite quelques explications. D’abord, concernant la Géhenne. C’est une abréviation de l’hébreu « Guei ben Hinnom », qui signifie « Vallée des Fils de Hinnom », laquelle est connue dans l’Ancien Testament pour être le lieu des sacrifices d’enfants au Moloch. C’est le lieu de l’idolâtrie et en même temps de la condamnation de l’idolâtrie : « là où le ver ne meurt pas, et où le feu ne s’éteint pas ». Il s’agit ici de la citation du tout dernier verset du livre d’Isaïe. Par le prophète Isaïe Dieu annonce d’un côté le Ciel nouveau et la Terre nouvelle, pour tous ceux qui aiment le Seigneur et le servent, et de l’autre, je cite : « au-dehors, on verra les dépouilles des hommes qui se sont révoltés contre moi : leur vermine ne mourra pas, leur feu ne s’éteindra pas : ils n’inspireront que répulsion à tout être de chair. » C’est l’enfer… Les damnés sont dévorés intérieurement par leur péché, et éternelle est la culpabilité qui les consume.

Pour les premiers chrétiens, ceux qui chutent par la main, le pied et l’œil, sont les injustes, les idolâtres et les fornicateurs, ceux qui font le mal et corrompent les familles, ceux qui ne pratiquent pas les œuvres de justice, ceux qui pervertissent la doctrine de la foi, pour laquelle Jésus a été crucifié, et qui ne gardent pas le sceau du baptême – c’est-à-dire la confession de foi. L’éventail est large, mais il est cohérent.
Plus simplement peut-être pouvons-nous comprendre que la main représente les actions, bonnes ou mauvaises ; le pied représente le désir des choses bonnes ou des choses mauvaises ; et les yeux – qui sont l’expression de l’âme – les pensées bonnes ou mauvaises. Ainsi, par ma pensée je me représente, je vois une plaque de chocolat. Si je n’y résiste pas, je m’empresse, je cours pour en chercher une dans la cuisine. Et si je me laisse emporter par ce désir, finalement je la prends… et je la mange ! On voit ici combien l’œil est plus important que la main ou le pied. Il initie et accompagne tout le mouvement. C’est pourquoi Jésus évoque à propos des yeux « le Royaume de Dieu », tandis qu’il dit seulement « la vie éternelle » pour le pied et la main. La racine du mal est dans le cœur de l’homme, dans ses pensées.
 
Alors, chers frères et sœurs, pour finir, devant la diversité des manières d’être chrétien, Jésus nous renvoie à la pureté de notre cœur, à la qualité de notre foi en lui, à notre disponibilité à l’œuvre de son Esprit Saint en nous. Être bienveillant avec les autres et exigeant pour soi-même, c’est peut-être ce qui est le plus difficile. Un repère universel cependant nous est donné : celui de la confession de foi de notre baptême. Elle est la clé du royaume des cieux : ne l’égarons pas, et surtout, qu’elle guide nos pensées !

dimanche 22 septembre 2024

21-22 septembre 2024 - FRESNE-SAINT-MAMES - VALAY - 25ème dimanche TO - Année B

 Sg 2, 12.17-20 ; Ps 53 ; Jc 3, 16 – 4, 3 ;  Mc 9, 30-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Dimanche dernier, nous avons entendu Jésus annoncer sa passion prochaine, sa mort et sa résurrection. Ce programme n’avait pas vraiment plu à saint Pierre qui s’était rebellé et Jésus avait dû le rembarrer publiquement. On comprend aujourd’hui pourquoi – tandis que Jésus renouvelle ses propos : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera » – cette fois-ci les disciples… « avaient peur de l’interroger ».
En réalité, le malentendu entre les gens et Jésus est profond, et même entre ses disciples et lui : « ils ne comprenaient pas ses paroles. » Pour eux, en effet, Jésus était le Christ, le Messie, envoyé et consacré par Dieu pour être le sauveur d’Israël, qui devait donc faire advenir le royaume du ciel sur la terre.
Et c’est la raison pour laquelle, les disciples discutent – ou plutôt se disputent – pour savoir lequel d’entre eux sera le plus grand dans le futur royaume de Jésus. Ils ne sont certes pas ni les premiers ni les derniers à vouloir faire partie d’un gouvernement ! Mais bon, autant tout à l’heure les disciples n’osaient pas questionner Jésus par peur, autant maintenant ils se taisent, par honte… Jésus va essayer de leur faire comprendre quelque chose.
 
Il doit répondre à leur deux inquiétudes : d’une part qu’il ne faut pas avoir peur, et d’autre part il faut expliquer qui est grand dans le royaume. Les deux choses vont ensemble. Jésus agit alors comme un prophète : il accomplit un signe tout en l’accompagnant d’une parole.
Le signe est celui de l’enfant. Si on lit cette phrase sans réfléchir : « Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa et leur dit… » alors on ne comprend pas le signe. On voit que Jésus est attentionné et affectueux pour les enfants, et nous nous attendrissons d’avoir un bon pasteur bienveillant et protecteur pour les petits. On en déduit qu’il faut être fragiles et innocents comme des enfants pour être de bons disciples. C’est assez juste, mais si on en reste là, on manque la leçon de Jésus.
Pour comprendre, il faut s’arrêter sur chaque mot. Jésus prend un enfant : il le choisit ; il l’appelle. Ensuite, il le place au milieu des disciples. Quand on colle au texte grec ou hébreu sous-jacent, on doit lire que Jésus « se fait tenir debout » l’enfant, « entre eux », entre les disciples. Ce vocabulaire-là n’est pas du tout innocent : il désigne la pierre d’autel qu’on dresse – qu’on fait se tenir debout – sur laquelle on va offrir un sacrifice d’alliance « entre eux », par exemple entre Jacob et Dieu, sur la pierre dressée à Béthel. Et la suite est parfaitement cohérente. Notre évangile dit que Jésus « embrassa » l’enfant ; la traduction est aussi un peu neutralisée : en fait Jésus soit « regarda en lui » en syriaque – il le scrute, soit il « le prit dans ses bras » en grec, ce qui correspond plus à notre traduction. L’idée qui est derrière est la même : il y a une action de l’Esprit Saint, soit qui vient habiter dans l’enfant, soit qui vient l’envelopper, le protéger. Dans tous les cas, il s’agit d’une bénédiction, d’une onction. On sait qu’une onction d’huile sur une pierre pénètre aussi bien dans la pierre qu’elle ruisselle tout autour.
 
Donc, cet enfant, pour Jésus n’est pas n’importe quel enfant. C’est un enfant qu’il a mis debout – en langage chrétien, qui l’a ressuscité ; il en a fait un autel consacré à Dieu par l’Esprit Saint, au moyen duquel est conclue une alliance entre lui et ses disciples. Comprenez bien : cela veut dire que Jésus a établi une alliance nouvelle entre lui et les hommes, qui sont ses disciples, et que celui qui est ressuscité et qui a reçu l’onction de l’Esprit Saint en est le témoin. Une pierre d’autel est toujours une pierre de témoignage. Et le sacrifice qui sera offert à Dieu sur cet autel, c’est celui de Jésus lui-même.
Voilà pourquoi Jésus dit : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci » - « comme celui-ci », qui est très particulier puisque qu’il est témoin de l’alliance nouvelle – ce n’est pas n’importe quel enfant. C’est un baptisé ; c’est un chrétien.
Aussi bien on comprend ce propos : « Quiconque accueille en mon nom un baptisé, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » - c’est-à-dire le Père. C’est normal puis qu’il y a alliance entre le baptisé et le Père, par l’intermédiaire de Jésus.
 
Par conséquent, Jésus dit à ses disciples que, certes, sa passion, sa mort et sa résurrection se présentent comme un sacrifice qui fait peur. Mais il s’agit du sacrifice de la nouvelle alliance entre Dieu et l’humanité. Les disciples en seront les témoins : ils seront des pierres qui se tiendront debout, consacrées par l’Esprit Saint – comme cet enfant, qui est là au milieu d’eux et que Jésus a béni. Étant devenus les pierres d’autel de la nouvelle alliance, les Apôtres ne seront certainement pas dévalorisés dans le royaume des cieux : au contraire, ils sont les pierres de fondation de l’Église, parce qu’ils sont les pierres d’autel, les pierres du témoignage.
Ainsi nous comprenons, nous qui sommes baptisés et confirmés par le don de l’Esprit, que nous sommes aussi des pierres de témoignage de la nouvelle alliance. Il est certain que Dieu nous voit comme des pierres très précieuses et qu’il veut prendre de nous un soin tout particulier. Il n’y a donc pas lieu d’avoir peur, ni de savoir si on est ou sera petits ou grands. Grands, nous le sommes… avec humilité !

dimanche 15 septembre 2024

15 septembre 2024 - CHAMPLITTE - 4ème dimanche TO - Année B

Is 50, 5-9a ; Ps 114 ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35
 
Chers frères et sœurs,
 
Dans l’évangile de Marc, il y a trois affirmations explicites de Jésus comme « Christ » ou « Messie ». La citation d’aujourd’hui est la seconde, ou plutôt celle du milieu : nous sommes au cœur de l’Évangile de Marc. De fait, il se produit un basculement pour Jésus et les Apôtres.
Jusqu’à présent Jésus était pris par les gens, tantôt comme un messie politique, un homme providentiel qui sauverait Israël de la tutelle des Romains et de l’emprise culturelle grecque ; tantôt comme un prophète d’autrefois – comme Jean-Baptiste ou Élie – homme de Dieu et guérisseur tout à la fois. Avec une pointe d’inquiétude cependant, car Jean-Baptiste annonçait la venue imminente du Royaume des cieux, et tout Israël attendait, et attend encore aujourd’hui, le retour d’Élie comme signe annonciateur de la venue de ce Royaume.
Mais Jésus n’est ni un messie comme l’attendaient les gens, ni un prophète, ni Élie lui-même : il est différent. Il pose la question à ses disciples : « Et vous que dites-vous ? Pour vous, qui je suis ? » Je fais exprès ici de traduire exactement la formulation grecque, qui évoque immédiatement le Nom de Dieu : « Je suis celui qui suit. » Comme toujours, en mathématique, quand un problème est bien formulé, il s’y trouve toujours la solution. Je ne sais pas s’il était bon en maths, mais saint Pierre, bon pêcheur, attrape immédiatement le poisson et répond : « Tu es le Christ. » Même s’il ne sait pas exactement quel Christ ou quel Messie Jésus va être ni comment il va remplir sa mission, il sait qu’il l’est – et c’est le plus important. Sa réponse s’apparente à celle de la Vierge Marie à l’ange de l’Annonciation : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. »
 
Après leur avoir expressément interdit de le dévoiler, Jésus peut donner à ses disciples et à eux seuls, le programme prévu : « Il commença à leur enseigner. » En fait, il s’agit d’un condensé des Écritures. En trois phrases, il y a trois références : « que le Fils de l’homme souffre beaucoup » - Isaïe chapitre 53 qui annonce le Serviteur soufrant pour la rédemption des hommes pécheurs : « Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira » ; ensuite « qu’il soit rejeté par les anciens, les prêtres et les scribes » - Psaume 117 : « La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle » - car Jésus est la pierre angulaire sur laquelle est bâtie l’Église, la nouvelle création ; et enfin : « qu’il soit tué, et que, trois jours après, il ressuscite » - Osée chapitre 6 : « Après deux jours, il nous rendra la vie ; il nous relèvera le troisième jour : alors, nous vivrons devant sa face. »
Il est donc très clair que le programme annoncé par Jésus, d’une part, est fait de souffrance – c’est sa Passion ; d’un jugement qui se retournera contre ses juges – c’est sa mort et sa résurrection ; et d’un renouveau autant pour lui-même que pour ses disciples – les apparitions et le don de l’Esprit saint, l’Esprit de Vie éternelle ; et d’autre part que ce programme est prophétisé par les Écritures : il est le programme caché, voilé, du Messie sauveur d’Israël et de toute l’humanité, que Jésus vient dévoiler et réaliser par lui-même.
 
Évidemment, le menu n’est pas tout à fait au goût de Pierre, qui s’attendait plutôt à la libération de Paris ou à un triomphe d’Empereur à Rome. Sa réaction est intéressante. Dans notre texte, nous avons un Pierre qui prend Jésus à part et lui passe un savon – pour être poli. Mais dans les vieilles versions syriaques de l’Évangile, Pierre au contraire a pitié de Jésus et prie que tout cela, cette Passion, ce jugement et cette mort, lui soient épargnés.
Cependant dans les deux cas, Jésus lui répond publiquement – car il sait bien que Pierre dit tout haut ce que les autres pensent tout bas : « Passe derrière moi, Satan ! » Cette exclamation n’est pas simple à traduire, car on peut penser que Jésus dit aussi : « va ! marche derrière moi, Satan ! », comme si d’un côté il rejetait Pierre violemment, et de l’autre il l’appelait à marcher à sa suite, à lui obéir. Peut-être est-ce en deux mots un appel à se convertir : renoncer au mal pour choisir le bien. C’est tout à fait possible.
Mais Jésus traite aussi saint Pierre de « Satan ». « Satan » est un verbe ou un mot hébreu qui signifient « attaquer, accuser » ou « adversaire, ennemi, accusateur ». On a le choix, mais on voit bien ce que Jésus veut dire : il reproche à Pierre de se faire la voix du tentateur, que ce soit par une opposition orgueilleuse au programme annoncé, soit par une pitié déplacée qui invite au découragement, au renoncement. Au contraire, Jésus ne s’oppose pas à la volonté du Père et ne se décourage pas devant l’épreuve : car il a foi. En réalité, ce que Jésus reproche au Satan, ici à Pierre, c’est de ne pas avoir la foi, de désobéir et de distiller la peur.
 
Ainsi, Jésus après avoir parlé à ses disciples, appelle maintenant la foule à marcher à sa suite et à renoncer à soi-même, c’est-à-dire justement à faire la volonté du Père, comme lui, en y mettant tout son courage, en se dépassant soi-même avec l’aide de l’Esprit Saint, comme lui.
Bien évidemment, l’épreuve annoncée pour Jésus est aussi celle de ses disciples – Pierre l’avait bien compris, intuitivement – mais ceux qui perdront leur vie à cause de Jésus seront sauvés par lui.
Ainsi, nous comprenons que si le programme du Messie nous fait un peu peur, il demeure cependant lui-même notre protecteur, pourvu que nous placions en lui notre foi, que nous obéissions à ses commandements et que nous ne nous abandonnions pas à la peur. Et nous pouvons dire, avec le papa de l’enfant malade, qui vient voir Jésus pour le guérir : « Seigneur, je crois ! Viens au secours de mon manque de foi ! »

dimanche 8 septembre 2024

08 septembre 2024 - ANGIREY - 80ème anniversaire de la bataille d'Angirey

 Angirey, 80ème anniversaire de la bataille
 
Chers frères et sœurs, chers amis,
 
Lorsqu’on entend un évangile bien connu, on passe facilement à côté de sa véritable signification. De la même manière qu’on passe rapidement en voiture dans un village sans prêter attention à ses maisons, ses monuments et ses symboles : on ignore et on finit par oublier son histoire. De la même manière, on peut venir ici dans cette église, comme chaque année depuis 80 ans, avec les drapeaux, sans plus vraiment comprendre, au fond, pourquoi on est là. Nous sommes ici, dans l’église d’Angirey, pour y célébrer un rituel, qui est une messe, en mémoire de ceux qui ont donné leur vie, certains pour leurs actes de résistance, d’autres en toute innocence, et pour le village martyrisé.
 
En effet, il est dans la nature de l’homme que faire mémoire de quelqu’un ou d’un événement, en célébrant un rituel, est nécessaire à la construction et la préservation de son identité dans le temps. Ceux qui n’ont pas de rituels, n’ont pas de mémoire et perdent leur identité. Au contraire, ceux qui veulent transmettre leur identité à leur jeunesse, doivent lui apprendre leur mémoire au moyen de rituels. Mémoire, rituel et identité sont inséparables : ils vont toujours ensemble.
Ainsi, par exemple, un homme se souvient de son origine, de sa naissance, par la fête de son anniversaire. À la Toussaint, il va au cimetière, fleurir la tombe de ses ancêtres. Il se souvient des grands moments de sa vie, par des objets qu’il conserve, qui lui ont été offert en souvenir, à telle date anniversaire. Sa médaille de baptême, son alliance, ou ses décorations, par exemple. Et au final, tous ces objets, ces anniversaires, ces lieux de pèlerinage, disent quelque chose de son identité : « tout cela, c’est lui ».
Il en va de même pour une société, une communauté. On ne peut pas séparer Angirey de l’événement du 10 septembre 1944. Il explique l’architecture si particulière des maisons et bien sûr, le monument au souvenir de ceux qui ont été assassinés. Et cette date du 10 septembre est inséparable du rituel de la messe célébrée ici et de la cérémonie qui suivra. C’est la mémoire et l’identité d’Angirey. C’est tout un.
 
Mais pourquoi une messe ? Après-tout, peut-être que la cérémonie au monument aurait pu suffire pour constituer le rituel nécessaire à la mémoire ? Mais non, on vient d’abord à l’église. Et plus encore à l’église pour y célébrer une messe. Qu’y a-t-il donc dans la messe pour qu’elle soit nécessaire à la mémoire des événements d’Angirey ?
La messe, chers frères et sœurs, chers amis, c’est le sacrifice de Jésus : c’est la vie qu’il a donné librement sur la croix pour la liberté et la vie éternelle, la paix et la joie, de toute l’humanité. Souvenez-vous de cette parole qui est le cœur de la messe : « Ceci est mon corps, livré pour vous. » Jésus dit en quelque mots cet enseignement qu’il a donné ailleurs : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » Et vous le savez bien, Jésus qui a été condamné par Pilate et les Grands prêtres, était innocent. Voilà pourquoi il faut célébrer la messe pour comprendre les événements d’Angirey : parce que des résistants et des innocents ont donné leur vie pour leurs familles, leurs amis, et leurs compatriotes, dans l’espoir qu’il seraient épargnés ou libres et puissent vivre heureux, paisiblement dans leur maison, dans leur pays.
 
Mais cela ne suffit pas pour comprendre jusqu’au bout. Et c’est le plus secret, le plus caché, le plus difficile aussi. Vous le savez comme moi. Les événements d’Angirey ne se limitent pas seulement au sacrifice de ceux qui ont été fusillés. Tout le village, pris dans la bataille, a été martyrisé. Il en a été ainsi pour Jésus, qui fut mis en croix, mais aussi pour tous ses apôtres : les Douze eux aussi sont morts martyrs. Et même les premiers chrétiens, jusqu’à Rome, ont payé le prix du sang d’avoir été des disciples du Christ, par vengeance.
Et voilà le secret de la messe : en donnant sa vie par amour pour ses amis, Jésus a dit à propos de ses ennemis, en s’adressant à son Père : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » La messe n’est pas seulement la mémoire du sacrifice d’un innocent par lequel on est sauvé, libéré : on l’est parce qu’il s’agit d’un grand pardon : le pardon de Dieu pour tous les péchés du monde. Ne doit-on pas considérer ainsi ceux qui ont fusillé sur ordre, puis qui ont brûlé sur ordre, comme les soldats romains ont crucifié Jésus sur ordre et ont martyrisés des centaines d’innocents sur ordre ? Jésus savait, les martyrs savaient, et nous tous aussi nous savons, qu’il n’y a de vraie vie possible, de vraie paix possible, que si ceux-ci sont pardonnés. Et de laisser le juste juge, notre Père, qui connaît les cœurs et les reins de tous, de rendre à chacun à la fin, la justice qui lui est due.
 
Chers frères et sœurs, chers amis, je crois qu’on a été aussi loin que possible pour comprendre pourquoi nous sommes ici aujourd’hui. Le rituel de la messe rappelle à notre mémoire le sacrifice des résistants et des innocents, et le pardon secret qui est nécessaire à la vie nouvelle. Cela participe à l’identité d’Angirey, village qu’on peut vraiment appeler martyr s’il n’oublie pas son rituel et sa mémoire.
On comprendra, pour finir, que tout homme qui donne sa vie pour ses amis, tout en ne maudissant pas ses ennemis, de quelque manière qu’il la donne (mais on pense particulièrement à nos soldats) trouve dans le rituel de la messe la mémoire de son propre sacrifice et du pardon secret qui lui est associé. Pour un homme chrétien, il n’y a rien de plus sacré que la messe, parce qu’il y trouve sa véritable mémoire et sa véritable identité, à l’image de Jésus-Christ, son Seigneur et son Dieu.

07 septembre 2024 - VEZET - 23ème dimanche TO - Année B

Is 35, 4-7a ; Ps 145 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous retrouvons Jésus quittant la région de Tyr et de Sidon – villes qui se situent au sud de Beyrouth, pour se rendre en Décapole, région située à l’est du Jourdain peuplée de colonies grecques, aujourd’hui en Syrie. Dans les deux cas, ce sont des territoires païens, où il guérit, là-bas, la fille d’une Cananéenne, et ici, un sourd-muet. Le message de saint Marc est assez clair : Jésus est venu d’abord pour les juifs, mais aussi pour les païens. L’Évangile a une portée universelle.
Mais enfin, pour les juifs qui apprennent cette nouveauté du Messie universel, il ne suffit pas de le dire, il faut aussi le prouver par la seule autorité qui fait foi : la Loi et les prophètes. Alors, conformément à l’enseignement des Apôtres dont il est le porte-parole, saint Marc montre comment ces guérisons accomplissent les Écritures.
 
Pour le sourd-muet, il s’appuie sur le Livre d’Isaïe, au chapitre 35, que nous avons lu en première lecture, justement. Il y a deux références très claires : d’abord, la mention du sourd-muet lui-même, avec un terme qu’on ne retrouve dans toutes les Écritures que dans ce chapitre ; et ensuite cette parole : « il fait entendre les sourds et parler les muets » qui rappelle ces versets du même chapitre : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie. »
Isaïe répète : « Alors », c’est-à-dire quand le Seigneur viendra sauver son Peuple ; qu’une « voie sacrée » sera tracée, sur laquelle ceux qui sont rachetés et libérés marcheront jusqu’à Sion, avec des cris de fête, et où ils seront couronnés d’éternelle joie. Pour les disciples de Jésus, la prophétie est très claire : les païens, sourds à la Parole de Dieu, incapables de chanter les louanges de Dieu, et d’annoncer sa Bonne Nouvelle, seront sauvés par Dieu. La « voie sacrée » du Christ et de ses commandements d’amour, leur sera accessible puisqu’ils auront été rachetés par sa mort et sa résurrection et libérés de leurs péchés par les eaux du baptême. Dès lors, ils pourront monter au ciel en chantant les louanges de Dieu, pour y recevoir la couronne de la sainteté, qui est en même temps la vie et la joie éternelles.
Voilà pourquoi, les gens sont « extrêmement frappés » et disent que Jésus a « bien fait toutes choses », parce qu’ils comprennent que la sainteté du Peuple de Dieu est offerte aux païens, et que c’est un acte divin créateur, car seul Dieu peut faire bien ou « de manière bonne » toute chose nouvelle, car seul Dieu est bon.
 
Cependant, il faut bien comprendre que le prophète Isaïe lui-même se faisait commentateur d’un des cinq livres de la Torah, de la Loi, qui est la référence première, la « constitution » donnée par Dieu au peuple de Dieu. Quand Isaïe évoque « l’eau qui jaillira dans le désert, les torrents dans le pays aride. La terre brûlante qui se changera en lac, et la région de la soif, en eaux jaillissantes », il fait référence au Livre de l’Exode, plus particulièrement à l’épisode de Massa et Mériba, quand affamé et assoiffé le peuple récrimine et se plaint à Dieu de l’avoir mené au désert. Alors Dieu fait pleuvoir la Manne et Moïse frappe de son bâton le rocher pour y faire sortir de l’eau vive.
Si on met bout à bout cet épisode, la prophétie d’Isaïe et la guérison du sourd-muet, on comprend d’une part que Dieu condamne tous ceux qui récriminent et se plaignent de leur liberté parce qu’ils manquent de foi en Dieu, et de l’autre que lui-même Dieu demeure toujours la vraie source de la vie, non seulement pour son peuple, mais aussi pour toute l’humanité. Et cela, les juifs attachés à la Torah, pouvaient aussi le comprendre et l’accepter.
 
Mais on peut faire un pas de plus. Comment Jésus a-t-il guéri l’homme sourd-muet, l’homme païen ? Jésus l’emmène d’abord à l’écart. Il lui fait quitter son monde ancien, renoncer à ses idoles. Puis il met ses doigts dans ses oreilles : il les débouche ! C’est par son doigt que Dieu a écrit sur les Tables de la Loi. Ainsi, cet homme conduit au désert, Dieu le « débouche » et écrit dans son cœur sa Loi. Il lui reste à pouvoir la mettre en pratique. Mais Jésus lui touche aussi la langue : il libère sa parole, pour le rendre capable de louer Dieu.
Maintenant que la mécanique est prête, il ne manque plus qu’à la mettre en mouvement : Jésus lève les yeux au ciel : il prie son Père. En fait, à travers ce regard, c’est de sa mort, de sa résurrection et de son ascension qu’il est question. Car, il se met à soupirer : il donne et envoie son Esprit saint, la vie qui manquait à cet homme pour être en mouvement. Alors, pour pouvoir accueillir en lui ce souffle de vie, Jésus lui dit : « ouvre-toi ! » Alors seulement l’homme peut écouter la Parole de Dieu, la mettre en pratique, et chanter les louanges de Dieu : il est devenu vivant et membre de la communion des saints.
 
Vous voyez, chers frères et sœurs, comment un événement historique, vécu quelque part en Décapole par Jésus et ses disciples, peut-être compris à la lumière de la Loi et des prophètes, mais aussi de la vie de Jésus. Toute la Bible doit se lire de cette manière. Et c’est merveilleux !

lundi 2 septembre 2024

01 septembre 2024 - PESMES - 22ème dimanche TO - Année B

Dt 4, 1-2.6-8 ; Ps 14 ; Jc 1, 17-18.21b-22.27 ; Mc 7, 1-8.14-15.21-23
 
Chers frères et sœurs,
 
Jésus a montré ces derniers temps, qu’il ne revendiquait aucune activité politique, mais qu’il se plaçait clairement sur le plan religieux. Il apparaît donc aux gens comme un prophète du Royaume des cieux, un homme de Dieu. Du coup, les religieux d’Israël s’intéressent davantage à lui, qui commence à devenir un peu gênant. Première étape : prendre en faute ses disciples, sur une question d’observance rituelle – c’est assez facile – et décrédibiliser par ricochet l’enseignement et donc l’autorité du Maître : « tes disciples prennent leur repas avec des mains impures ! »
Jésus va leur répondre en deux temps, en donnant un enseignement très important pour les Juifs et, par conséquent, pour nous aussi, les chrétiens.
 
En premier lieu, Jésus explique que l’homme religieux est toujours porté à noyer l’observance principale qui est due à Dieu, dans une multitude d’observances secondaires, sans doute instaurées par un désir de perfectionnement ou de dévotion au départ, mais qui finissent par étouffer et faire disparaître dans un fatras de détails, l’observance principale. Ce sont les ronces qui étouffent la bonne semence.
Pour conférer à son propos une autorité indiscutable, Jésus s’appuie sur la parole de Dieu proclamée par prophète Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. » Et Jésus de préciser : « Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu (c’est-à-dire l’observance principale) pour vous attacher à la tradition des hommes (c’est-à-dire les observances secondaires) », tout en faisant une distinction essentielle entre « le commandement de Dieu » – au singulier – et « les préceptes humains » – au pluriel – dont parle le prophète Isaïe.
Jésus explique donc aux pharisiens que leur reproche concernant les disciples est fragile, pour ne pas dire mesquin, car il ne porte que sur une des multiples observances secondaires, et non pas sur l’unique observance principale, qui est celle de la Loi de Moïse.
 
Cependant Jésus n’a pas répondu au fond du problème : est-ce que ce qui souille l’homme provient de l’extérieur de l’homme ? comme des aliments impurs qu’on mangerait, par exemple ; ou une pratique incomplète des observances secondaires ? Comme sa réponse est très importante et s’adresse, non pas seulement à ses disciples et aux pharisiens, mais à tous, Jésus sort de la maison pour s’adresser à la foule.
 
Conformément à son premier enseignement, à savoir que la Loi de Moïse indique l’observance principale, il se réfère à un des cinq livres de la Torah, qui sont la Genèse, l’Exode, le Lévitique, le Livre des Nombres et celui du Deutéronome. Ici il se réfère au livre de la Genèse. Quand il dit : « Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur », Jésus fait ici un commentaire du verset 5 du chapitre 6 de la Genèse, qui donne le motif du déluge, dont seul Noé va échapper parce qu’il est le seul homme juste : « Le Seigneur vit que la méchanceté de l’homme était grande sur la terre, et que toutes les pensées de son cœur se portaient uniquement vers le mal à longueur de journée. »
Ce n’est pas en raison d’une impureté supposée de la création que Dieu provoque le déluge ; car on l’a vu, quand Dieu crée par sa Parole, il vit que « cela était bon » : la création est donc bonne. Mais c’est en raison des pensées du cœur de l’homme, qui se portent vers le mal, que Dieu se repent d’avoir créé l’homme sur la terre, et qu’il décide du déluge pour l’effacer et recommencer à partir de Noé, le seul qui a trouvé grâce à ses yeux, le seul qui soit pur. Le mal vient donc des mauvaises pensées qui viennent du cœur de l’homme. Le cœur, pour les Hébreux ; pour nous c’est le cerveau !
Donc Jésus rappelle l’enseignement de la Torah aux pharisiens : ce n’est ni la nourriture, ni les plats, ni même la non-observance de rituels secondaires qui souillent l’homme, mais ce sont les mauvaises pensées qui surgissent de son cerveau. Et les pharisiens ne peuvent qu’être d’accord avec Jésus. C’est pourquoi la controverse s’arrête là. 1/0 pour Jésus.
Nous avons deux leçons à tirer de cet épisode.
 
La première est que les cinq premiers livres de la Bible – ce que les Juifs appellent donc la Torah – correspondent parfaitement à la Parole de Jésus, à la Parole de Dieu. Et Dieu n’a qu’une seule et même parole, que ce soit pour les Juifs ou pour les chrétiens. Quand, dans les évangiles, Jésus parle des Écritures ou de l’Écriture, par exemple avec les disciples d’Emmaüs, ou de la Loi de Moïse, c’est à la Torah qu’il fait référence : aux cinq premiers livres de la Bible. Ils sont toujours « valables », si je puis dire, même si nous les lisons, nous les chrétiens, à la lumière de la résurrection de Jésus et du don de l’Esprit Saint.
 
La seconde leçon porte sur la notion d’impureté ou de ce qui souille l’homme. Nous avons vu que la souillure provient du cœur ou du cerveau de l’homme, porté à avoir des pensées mauvaises. Cette déformation, qui est liée à notre absolue liberté à l’image de Dieu, de pouvoir choisir entre le bien et le mal, est à la racine du péché, de tous les péchés. Or ce sont justement les effets de cette souillure, les péchés, que lave le bain du baptême et c’est la souillure elle-même que vient dissoudre le don de l’Esprit Saint, par la confirmation notamment. Jésus sait que, quand par la Loi de Moïse il rappelle à l’homme sa faiblesse, il ne l’abandonne pas pour autant à son errance ; bien au contraire, il lui apporte le remède : le baptême dans sa mort et sa résurrection, et le don de son Esprit.

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