jeudi 14 décembre 2023

10 décembre 2023 - FRASNE-LE-CHÂTEAU - 2ème dimanche de l'Avent - Année B

Is 40, 1-5.9-11 ; Ps, 84 ; 2P 3,8-14 ; Mc 1,1-8
 
Chers frères et sœurs,
 
L’évangile de Marc se caractérise par sa sobriété : pas un mot de trop, il va à l’essentiel, ici pour comprendre qui est Jean, mais surtout qui est Jésus. Déjà, en trois paragraphes Marc plante le décor : son témoignage annonce la Bonne Nouvelle – l’Évangile – de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Jésus, le Sauveur tant attendu, qui est Dieu (en tant que Fils de Dieu), est lui-même la Bonne Nouvelle. L’Évangile n’est pas un message : c’est une personne ; l’Évangile, la Bonne Nouvelle, c’est Jésus lui-même.
Au second paragraphe, Marc fait intervenir les prophéties de l’Écriture : Isaïe, mais pas seulement, même s’il ne le dit pas : Malachie aussi. L’Évangile a été annoncé par les Écritures – l’Ancien Testament. On ne peut pas comprendre l’Évangile si on ne se réfère pas aux Écritures : elles en sont la clé. Inversement, la réalisation des prophéties des Écritures est bien l’Évangile.
Et d’ailleurs, troisième paragraphe, l’apparition de la figure de Jean comme réalisation des prophéties d’Isaïe et de Malachie, légitime Jean comme prophète authentique, et démontre que les prophéties des Écritures ne sont pas du vent : elles correspondent à une réalité très concrète.
Tout ceci pour dire que ce Jésus qui vient, ne peut se comprendre qu’à la lumière de l’Ancien Testament et à celle de l’histoire de sa vie réelle, historique. Justement, le témoignage de Marc est une exposition de Jésus au croisement de ces deux sources essentielles. Nous sommes prévenus : il faut toujours y revenir.
 
La mission de Jean Baptiste est d’« ouvrir » le chemin du Seigneur. Les traductions sont variables. On peut aussi comprendre qu’il vient « aplanir, réparer, rétablir, restaurer » le chemin du Seigneur. Jean ne vient donc pas apporter du nouveau, il vient plutôt redresser ce qui existe mais qui est déformé. C’est pourquoi il prêche un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Le baptême rappelle deux franchissements de grandes eaux : celui de la Mer Rouge, libération de l’esclavage, et celui du Jourdain, entrée dans la Terre Promise. Dans les deux cas, et dans le cas du baptême de Jean, la bonne nouvelle est que, par ces franchissement, le Seigneur rend une vie nouvelle et sainte possible. Franchir la Mer Rouge ou le Jourdain, ou recevoir le baptême, est un temps de grâce : un rayon de lumière dans une vie obscure. Mais bien sûr, encore fallait-il l’accepter et le vouloir, ce rayon de grâce : les gens de Judée et de Jérusalem descendaient des montagnes et s’abaissaient à reconnaître publiquement leurs péchés. C’est par l’humilité et la reconnaissance de sa pauvreté qu’on est libéré et qu’on reçoit la vie nouvelle. Plus que de se débarrasser de tel ou tel boulet, c’est la conversion du cœur qui est la plus essentielle. Et c’est bien ce que vise la mission de Jean : préparer la voie du Seigneur, c’est préparer le cœur des hommes. Quand le Seigneur chasse l’obscurité de la Maison, c’est pour l’illuminer et la remplir de la lumière de sa Gloire, de son amour et de sa paix.
Jean précise que Jésus est « plus fort » que lui. En effet, si Jean prépare le cœur des hommes à recevoir le Seigneur, Jésus, lui, va préparer l’humanité tout entière et la création tout entière à recevoir l’Esprit Saint, celui qui va les transformer en humanité nouvelle et en création nouvelle : la communion des Saints dans la Gloire de Dieu. Jésus est vraiment « plus fort » que Jean !
 
Un dernier point. Pourquoi Marc s’attarde-t-il à décrire la tenue et le menu de Jean ? Ce n’est pas pour nous distraire – c’est que c’est essentiel !
Jean est habillé comme un chameau – « gamal » en hébreu – ce qui veut dire « réservoir d’eau ». En effet, comme le chameau dans le désert porte en lui l’eau si vitale, Jean porte en lui l’Esprit Saint qui permet tenir dans le désert spirituel et humain du monde présent.
Il porte une ceinture de cuir autour des reins, signe double. D’abord signe de force : Jean mène une vie sainte, parce qu’il est rempli de la force de Dieu et qu’il lui est fidèle. Ensuite, signe de mouvement : celui qui ceint ses reins est celui qui part en voyage. Ainsi, Jean lui-même marche sur la voie du Seigneur avec assurance. Mais plus encore, pour n’importe quel Juif, la tenue de Jean rappelle immédiatement celle du prophète Élie : « C’était un homme portant un vêtement de poils et une ceinture de cuir autour des reins. » lit-on au second Livre des Rois. Jean est le nouvel Élie. Or le retour d’Élie est LE signe de la venue du Messie. On pourrait ajouter encore que la ceinture fait partie des vêtements caractéristiques du Grand prêtre. Jésus se ceint d’un linge au moment de la dernière Cène, avant de laver les pieds de ses disciples et de faire l’offrande. Tout cela n’échappe pas à l’œil averti.
Mais enfin, et pour terminer : le menu – sauterelles et miel sauvage. Les sauterelles agrémentent habituellement les repas des bédouins, comme les crevettes ceux des Bretons – elles sont d’ailleurs pleines de vitamines. Mais surtout, les sauterelles – toujours en multitude – sont synonymes de dévastation des récoltes. Ainsi Jean se nourrit-il avec amertume de ces épreuves infinies que connaissent les hommes. Il les connaît et il les porte, comme Jésus va porter sa croix. C’est son ascèse. Mais Jean mange aussi du miel sauvage. Au contraire des sauterelles, qui est un plat du désert, le lait et le miel sont au menu en Terre promise. Le miel est le signe du réconfort, de la paix et de la fête. Il est une nourriture de joie. Parce que – « Debora » – le miel en hébreu – signifie la Sagesse et la Parole de Dieu. Ainsi donc, Jean-Baptiste mange, amer, les péchés du monde, mais il goûte aussi avec délice à la Parole de Dieu.
 
Voilà donc, chers frères et sœurs, un petit aperçu concernant Jean-Baptiste et, à travers lui, sur celui qui est « plus fort » que lui : le Christ Jésus, notre Dieu et notre Sauveur.

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