lundi 4 mars 2024

03 mars 2024 - PESMES - 3ème dimanche de Carême - Année B

 Ex 20, 1-17 ; Ps 18b ; 1Co 1, 22-25 ; Jn 2, 13-25
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous sommes dans le temps du carême. Le premier dimanche, nous avons vu Jésus tenté au désert : il luttait contre des ennemis extérieurs. Le second dimanche – dimanche dernier – nous avons vu Jésus transfiguré en compagnie de Moïse et Elie, et Pierre, Jacques et Jean : si la croix est le chemin qu’emprunte Jésus pour le salut du monde, c’est bien vers la lumière, la gloire de Dieu qui est communion des saints, qu’il veut nous conduire. Aujourd’hui, troisième dimanche, nous voyons Jésus opérer une purification du Temple. Ici Jésus lutte non plus contre des ennemis extérieurs, mais contre des ennemis intérieurs.
En effet, Jésus souhaite que le Temple – la Maison de son Père – soit pur pour la Pâque : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » Et il chasse marchands et changeurs avec un fouet de cordes. C’est typiquement un geste prophétique et c’est la raison pour laquelle les Juifs lui demandent de s’expliquer. Or le motif donné par Jésus est que ce Temple est la préfiguration de son Corps - dont nous savons qu’il est aussi l’Église. À travers son geste prophétique, Jésus souhaite donc que pour la Pâque l’Église en tant que communauté, soit purifiée.
 
Purifiée, c’est-à-dire qu’elle revienne à l’obéissance de son commandement : celui de l’amour de Dieu et celui du prochain, qui lui est semblable. C’est la raison pour laquelle nous avons eu le récit du don de la Loi en première lecture. Jésus demande que la Loi soit non seulement observée, mais qu’elle soit aussi approfondie dans le sens d’un plus grand amour, grâce au don de l’Esprit Saint. En langage chrétien, les questions que l’Église doit se poser en ce temps de carême sont celles de la manière dont elle honore l’adoration de Dieu, par l’Écoute de sa Parole et la prière d’Action de grâce, mais aussi la manière dont elle annonce l’Évangile dans le monde.
Il va de soi que le regard que nous devons poser sur notre vie d’Église, doit aussi et d’abord se porter sur chacun de nous, chacun dans son cœur. En effet, une addition de loups n’a jamais fait un troupeau d’agneaux ! Jésus souhaite donc que nous chassions de notre cœur les marchands et les changeurs, et tous les bestiaux qui n’ont rien à y faire – pour n’y laisser qu’un espace libre et paisible pour l’écoute de la Parole, la prière personnelle et collective, et la charité fraternelle.
 
Si nous identifions assez vite tout ce qui peut nous encombrer intérieurement : nos petits arrangements avec la vérité ; nos petits renoncements à agir, par paresse parfois ; nos petits caprices, dont on ne veut pas se débarrasser ; nos petites addictions dont nous n’arrivons pas à nous dégager et dont finalement on s’arrange bien… bref tout ce qui fait notre petite diplomatie intérieure, en nous disant : « Hof, le Bon Dieu comprendra bien…, n’est-ce pas !? » C’est là qu’on s’aperçoit qu’on n’a pas de plus grand ennemi sur la terre que nous-même : un ennemi avec lequel nous collaborons souvent et devant qui nous capitulons sans trop de honte – surtout quand le crime est caché !
Mais attention, je ne suis pas en train de dire que la lutte contre soi-même soit une chose facile et qu’il suffit de dénoncer les compromissions pour qu’une conversion soit totale et immédiate. Ce serait trop facile et certainement même illusoire : soyons honnêtes et réalistes. Lutter contre soi-même est la chose la plus difficile qui soit. Et on peut se demander : « Mais alors, comment faire ? »
 
Regardons ce qu’il se passe au Temple. Ce ne sont pas les Juifs qui chassent les changeurs, les marchands et leur bétail. Ce ne sont évidemment pas ces encombrants  qui s’en vont d’eux-mêmes. Et ce ne sont pas non plus les disciples de Jésus qui les chassent. C’est Jésus lui-même, avec un fouet de cordes. Autrement dit, si nous voulons purifier notre cœur, il faut demander à Jésus que ce soit lui-même qui le fasse, car lui seul a la force et l’autorité pour le faire. Et il va utiliser pour cela un détail de ce bric-à-brac qui n’a rien à faire dans notre cœur, pour en faire un fouet. Il arrive parfois en effet dans nos vies qu’un événement – peut-être un détail, une rencontre, ou une lecture – arrive à nous bousculer et nous conduit à mener notre vie autrement et mieux. C’est ainsi. Et c’est possible.
 
Aussi bien, frères et sœurs, ce que Jésus nous demande d’abord, c’est d’avoir foi en lui : il a la capacité de nous dégager de tout ce qui nous encombre. Il nous demande d’espérer en lui contre toute espérance : rien ne peut résister à son amour, à la puissance de son Esprit Saint. Il nous demande de l’aimer et d’aimer notre prochain – test de vérification. Si nous sommes unis à lui par l’amour, alors nous n’avons rien à craindre : il pourra nous opérer à cœur ouvert, en vue de la joie, de la paix et de la lumière de Dieu.

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