dimanche 7 janvier 2024

07 janvier 2023 - VALAY - Epiphanie du Seigneur - Année B

 Is 60,1-6 ; Ps 71 ; Ep 3,2-3a.5-6 ; Mt 2,1-2        
 
Chers frères et sœurs,
 
L’histoire des Rois-Mages Melchior, Gaspard et Balthasar, arrivant à la crèche avec l’or, l’encens et la myrrhe nous réjouit toujours. Nous y sommes tellement attachés, en Franche-Comté, depuis que leurs reliques y sont passées en 1164 pour aller de Milan à Cologne, que nous avons même une entreprise spécialisée dans la fabrication des fèves, à Faverney !
Les sceptiques diront : « Ah, quelle belle légende ! » En effet, pour eux saint Matthieu aurait inventé cette histoire pour justifier l’ouverture de l’Évangile à toutes les nations. Et les Rois-Mages de représenter les païens venant adorer l’Enfant-Dieu, pendant qu’Israël à travers la figure du roi Hérode, jaloux et angoissé, se met à bouder. L’interprétation n’est pas totalement fausse, en revanche, il faut bien comprendre qu’il ne s’agit pas du tout d’une légende.
 
La religion de l’Empire perse est le Mazdéisme, fondé par Zoroastre entre 600 et 700 avant J.-C. Les prêtres de cette religion, astrologues et savants, sont les « mobads », que nous appelons, nous, les « mages ». Or Zoroastre avait prophétisé qu’un astre indiquerait la naissance du grand roi qui régnerait dans le monde. Les mages scrutaient donc les astres.
Or, à l’époque de la naissance de Jésus, par trois fois, il y eut conjonction de Saturne et de Jupiter, de sorte à former une étoile éclatante. Cette particularité, déjà calculée par Kepler au XVIIe siècle, a été confirmée par des astronomes réputés en 1981 et en 1994.
D’autre part, nous savons qu’en 66 après J.-C., un mage nommé Tiridate s’est présenté à Rome avec des offrandes qu’il voulait présenter à Néron, récemment divinisé par le Sénat romain. Le mage Tiridate souhaitait devenir roi d’Arménie…
Tout cela pour dire que l’histoire des mages, telle qu’elle est racontée par Mathieu dans son évangile, n’a rien de choquant du point de vue historique, au contraire. Peut-être que ces mages auraient aimé recevoir de Jésus, le grand roi qui venait de naître, une petite promotion dans son royaume ? Mais de fait, ils l’ont eue, car ils sont devenus saints.
 
À Jérusalem, en revanche, c’est la consternation, ou la joie. En effet, les mages sont d’abord arrivés au palais du roi Hérode, pensant sans doute que le futur roi y naîtrait. Ils ne pouvaient pas faire de plus grande gaffe. En effet, depuis toujours la Terre Sainte a été disputée entre l’Orient, Assyriens, Parthes ou Perses, et l’Occident, Égypte, Grèce, Empire Romain… et c’est toujours vrai aujourd’hui. Or, à l’époque, Israël est sous tutelle occidentale, le roi Hérode n’étant qu’un paravent du pouvoir romain. Sa légitimité était d’autant plus fragile qu’il n’était pas judéen, mais de père Iduméen converti et de mère nabatéenne. Les grands prêtres qui l’entouraient étaient également illégitimes : la famille traditionnelle avait été écartée au profit d’une autre, importée d’Égypte, pour conforter le pouvoir d’Hérode.
Cependant, prêtres légitimes ou pas, la réponse à la recherche des Mages se trouve dans les Écritures. Et là, de fait, on trouve les prophéties relatives à la naissance de Jésus, la naissance du chef descendant de David, vrai berger du peuple d’Israël, y compris la prophétie de l’étoile : « Ce héros, je le vois – mais pas pour maintenant – je l’aperçois – mais pas de près : Un astre se lève, issu de Jacob, un sceptre se dresse, issu d’Israël. Il brise les flancs de Moab, il décime tous les fils de Seth. » C’est au livre des Nombres. Les Écritures avaient également prophétisé la venue des mages eux-mêmes, comme nous l’avons entendu au psaume 71 : « Les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront. » C’est en raison de ce psaume qu’on a appelé les mages des « rois mages ».
L’annonce de la naissance du Grand Roi pose évidemment un très gros problème au pouvoir illégitime en place à Jérusalem – et réjouis au contraire ceux qui attendent la libération ! C’est ainsi qu’Hérode missionne les mages pour trouver Jésus afin de pouvoir ensuite le faire disparaître, comme il a déjà fait assassiner ses propres fils et sa femme. Comme ce plan échouera, il n’hésitera pas ensuite à faire tuer dans la région de Bethléem tous les garçons de moins de deux ans : les saints Innocents. C’est la raison pour laquelle Joseph, Marie et Jésus bébé se sont enfuis en Égypte.
 
Vous voyez, chers frères et sœurs comment la réalité historique correspond aux prophéties des Écritures et à l’évangile de saint Mathieu ? Cela veut dire que ce petit Jésus qui est né à Bethléem est vraiment ce Grand Roi attendu aussi bien à l’Orient qu’à l’Occident. Ce n’est pas pour rien que les mages lui offrent de l’or, de l’encens et de la myrrhe : l’or le désigne comme Roi dont le règne n’aura pas de fin, l’encens comme Dieu éternel et tout puissant, et la myrrhe comme homme qui va donner sa vie sur la croix et ressusciter, pour que nous qui sommes mortels, nous puissions recevoir la vie de Dieu. L’or, l’encens et la myrrhe sont comme la carte d’identité de Jésus. Avec sa naissance, l’histoire du monde a basculé dans l’avènement du Royaume des Cieux. Par le baptême, nous en faisons partie. Par la confirmation, nous y sommes configurés. Par la communion eucharistique, nous en vivons.

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