dimanche 14 janvier 2024

13-14 janvier 2024 - GY - VELLEXON - 2ème dimanche TO - Année B

 1 S 3, 3b-10.19 ; Ps 39 ; 1 Co 6, 13c-15a. 17-20 ; Jn 1, 35-42
 
Chers frères et sœurs,
 
Nous ne pouvons reconnaître Dieu que si lui-même se manifeste et si l’un de ses serviteurs témoigne de lui. L’histoire de Samuel illustre parfaitement cette double condition.
Le jeune Samuel ne connaissait pas Dieu. Quand Dieu s’adresse à lui, il ne reconnaît pas sa voix. Il croit que c’est celle du prêtre Eli. Il faut que ce soit Eli, justement, qui est un serviteur de Dieu, qui apprenne à Samuel que la voix qu’il entend est bien celle de Dieu. Pour que Samuel connaisse Dieu, il y a donc la double condition que Dieu s’adresse à lui et qu’un serviteur de Dieu puisse en témoigner.
Ainsi en va-t-il pour tout homme (à commencer par les enfants du catéchisme). Si Dieu s’adresse à chacun, il faut absolument que des serviteurs de Dieu témoignent de lui pour que chacun puisse le reconnaître. (Pour les enfants du caté, les serviteurs de Dieu sont d’abord les parents et puis les catéchistes. Si les parents ne témoignent pas, si les catéchistes ne témoignent pas, les enfants ne peuvent pas reconnaître la voix de Dieu qui s’adresse à eux, dans leur cœur.)
 
Nous voyons bien, dans l’Évangile, que c’est exactement le même phénomène qui se reproduit. La Parole de Dieu adressée au monde, c’est Jésus, que Jean désigne comme l’« Agneau de Dieu ». S’il n’y avait pas Jean, personne ne pourrait reconnaître que Jésus est bien la Parole de Dieu venue dans le monde.
Ainsi, Jean avait deux disciples, dont l’un des deux est André. André, comme Samuel, rencontre la Parole de Dieu, mais il lui faut la parole de Jean-Baptiste, comme à Samuel celle du prêtre Eli. André s’adresse ensuite à Jésus : « Rabbi, où demeures-tu ? » comme Samuel avait dit : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » Et l’un comme l’autre restent auprès du Seigneur pour se faire enseigner par lui.
C’est ainsi que Samuel et André deviennent à leur tour des serviteurs de Dieu : en venant près de Jésus, en voyant qui il est, et ce qu’il fait, où il habite. En écoutant sa parole. Et ce n’est qu’après ce temps privilégié, près de Jésus, qu’ils peuvent à leur tour témoigner de lui.
 
Dès le lendemain matin, André va trouver son frère Simon pour lui dire : « Nous avons trouvé le Messie. » Il est à son tour devenu serviteur de Dieu. Là, la double condition pour connaître Dieu fonctionne à l’envers : Simon entend d’abord le témoignage, mais il lui manque encore la voix de Dieu : il faut qu’il l’entende ; il faut qu’il rencontre Jésus. C’est pourquoi André conduit aussi son frère à Jésus. Alors seulement Simon comprend qu’il est vraiment en présence de Dieu.
Il se produit ici quelque chose d’étonnant. Jésus dit à Simon : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képhas – ce qui veut dire Pierre. » Lorsqu’un homme rencontre Dieu, ou la Parole de Dieu, ou Jésus – c’est pareil – il reçoit un nom nouveau ; il reçoit sa vocation. Et la vocation de Simon est de devenir Pierre, la pierre sur laquelle Jésus va bâtir son Église. Simon-Pierre est devenu à son tour un serviteur de Dieu, un témoin de Dieu, non seulement pour les gens de son village, mais aussi pour le monde entier. Aujourd’hui le pape est le successeur de Pierre, et sa mission est de témoigner de Dieu.
 
Saint Pierre et les Apôtres comme lui, nous ont montré comment on vivait en serviteurs de Dieu : en servant le Seigneur par la prière quotidienne, par la célébration des sacrements, et en écoutant sa Parole, c’est-à-dire en étudiant les Écritures et l’Évangile, et en les enseignant, en les mettant en pratique, pour les transmettre et faire de nouveaux disciples, de nouveaux serviteurs de Dieu.
 
Pour terminer, j’attire votre attention sur deux points particuliers de ce premier chapitre de l’Évangile de Jean. Depuis le Commencement jusqu’aux Noces de Cana, le texte est rythmé par des références au temps : « le lendemain », « la dixième heure »… il se déploie sur sept jours, comme les sept jours de la Création. Or l’évangile que nous avons entendu correspond au cinquième et au sixième jour où Dieu fit les animaux et l’homme.
Si l’on comprend saint Jean, le pullulement des êtres vivants renvoie à la multitude et à la diversité des hommes et de leurs situations, qui sont en attente de la Parole de Dieu ; et l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, appelé à remplir la terre, mais aussi à gouverner les êtres vivants, est celui qui est conforme à Dieu. André et son compagnon, comme tout homme sur la terre, sont semblables à des êtres vivants en attente de la Parole de Dieu. Et Pierre est semblable à l’homme appelé à organiser, cultiver le monde, selon la vocation que Dieu lui a donné : bâtir l’Église du Christ.
D’ailleurs, si nous pouvons lire le premier chapitre de Jean comme une nouvelle création, où l’Église du monde nouveau se construit à partir du Verbe fait chair, lumière née de la lumière, nous pouvons aussi – et c’est le second point – lire à travers lui les événements de la résurrection – également comme une nouvelle création – où il ne s’agit plus tant d’aller à la rencontre de Jésus au bord du lac de Galilée qu’à retrouver le Ressuscité échappé de son tombeau, à Jérusalem. Vous remarquerez que Pierre ici aussi n’est pas le premier à s’y rendre : il faut que des femmes viennent le chercher, comme André est venu le chercher. Afin qu’il voie et qu’il croie.

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