Ex
12, 1-8.11-14 ; Ps 115 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Chers
frères et sœurs,
Le
jeudi saint est un moment important pour nous tous, baptisés, et plus
particulièrement pour les prêtres. Comme vous le savez, lorsque Jésus célèbre
la Cène avec ses Apôtres, il veut célébrer avec eux la Pâque comme font les
Juifs tous les ans depuis la sortie d’Égypte, et encore aujourd’hui bien sûr.
Nous avons entendu dans la première lecture de quoi il s’agit : toute la
famille doit se rassembler pour manger ensemble un agneau avec des pains sans
levain et des herbes amères. Le repas se fait de nuit, tout le monde étant prêt
à partir au lever du jour. Cependant, vous avez entendu qu’il y a en même temps
un rite spécial : on doit marquer du sang de l’agneau les montants des
portes de la maison pour que ses habitants soient protégés du fléau qui va
frapper – cette nuit-là – tous les premiers-nés d’Égypte. C’est cela, la Pâque
du Seigneur.
Donc,
comme font des milliers de Juifs à leur époque, Jésus et ses Apôtres sont
montés en pèlerinage au Temple de Jérusalem pour y célébrer la Pâque.
Cependant, Jésus apporte à son repas pascal trois changements importants, qui
se comprennent ensemble.
En
premier lieu il y a un changement de calendrier. Quand Jésus célèbre le repas
pascal avec ses Apôtres, il le fait deux jours avant la Pâque officielle célébrée
au Temple. Cela pose deux problèmes : d’une part, ils n’ont pas d’agneau –
puisque les agneaux sont sacrifiés le jour de la Pâque ; et d’autre part,
ils ne sont pas au Temple, mais dans une maison particulière. Comment Jésus
va-t-il donc faire pour pouvoir célébrer vraiment la Pâque ?
Deuxième
changement : Jésus va transformer la maison où ils sont en Temple… en
lavant les pieds de ses disciples. La raison est très simple. Pour pouvoir
entrer dans le Temple, il faut que chaque pèlerin soit purifié : qu’il se
soit baigné les jours précédents et que juste avant d’entrer dans le Temple, il
se soit lavé les pieds. C’est ainsi que Jésus et les Apôtres se sont déjà lavés,
mais pas encore les pieds. Or voilà que Jésus dépose son vêtement et se revêt
d’un linge, en tissus de lin précise l’évangile en araméen, et il lave les
pieds de ses disciples au moyen d’un bassin que saint Jean identifie par
l’emploi du même mot au bassin des ablutions des prêtres dans le Temple. Saint
Pierre n’a rien compris : il pense que Jésus s’abaisse comme un esclave
pour lui laver les pieds. Humainement c’est exact, d’autant plus que Jésus est
aussi son Maître et son Dieu ! Mais Pierre n’a pas compris immédiatement
que Jésus, habillé comme un prêtre, lui fait les ablutions réservées aux
prêtres. C’est ainsi que Jésus a fait des Apôtres des prêtres et a transformé
le Cénacle en Temple ; pour qu’ils puissent ensemble célébrer le sacrifice
de la Pâque là où ils sont, deux jours avant la date officielle.
Mais
il manque l’agneau, l’agneau qui doit être sacrifié le jour de Pâque. Ici
Jésus, fait encore plus fort – si je puis dire. C’est le troisième changement. En
prenant le pain, il dit : « Ceci est mon Corps ». Et
prenant le vin, il dit : « Ceci est mon Sang, livré pour vous. »
En disant cela, Jésus a fait que l’Agneau de Pâque, c’est lui. Le corps de
l’agneau c’est son Corps ; le sang de l’agneau c’est son Sang. Et il a dit
cela en prenant du pain et du vin. Mieux encore, il l’a réalisé vraiment,
puisque lui, l’Agneau de Dieu, meurt en croix, au moment même où les agneaux de
Pâque sont sacrifiés au Temple. Donc, les Apôtres, en communiant au pain et au
vin communient en réalité au Corps et au Sang de Jésus, qui est lui-même l’Agneau
de Pâque véritable.
Maintenant
rappelez-vous du rituel de la nuit en Égypte : le sang de l’agneau sert à
protéger la maison contre le fléau de l’ange exterminateur. Hé bien, de la même
manière, le Sang de Jésus protège les Apôtres (et nous aussi) de la
condamnation encourue par nos péchés, et il nous en libère. Ce Sang, c’est
l’Esprit Saint dont l’Église est vivifiée depuis la Pentecôte, ce pour quoi
Jésus a dit que le mal ne prévaudrait pas contre elle. Le Sang de Jésus protège
son Église et lui communique la vie éternelle. L’Église, c’est-à-dire nous,
bien entendu.
Maintenant
vous avez compris ce que nous faisons ce soir. Nous faisons ce que Jésus a
demandé à ses Apôtres de faire après sa résurrection et son ascension au
ciel : nous nous réunissons et le prêtre fait ce que fait Jésus : il
se purifie et purifie l’assemblée avec lui – ce soir avec le lavement des pieds
– pour que tous soient réunis dans le Temple de l’église, prêts à célébrer la
Pâque ; puisque le pain et le vin – devenus selon ses paroles le Corps et
le Sang de Jésus, l’Agneau véritable – soient offerts à son Père et partagés en
communion. Ainsi tous remplis de l’Esprit Saint, nous sommes en même temps
libérés et protégés, pardonnés et vivifiés dans l’amour de notre Dieu.
Chers
frères et sœurs, n’oubliez pas : nous avons tous été baptisés au Nom du
Père, et du Fils et du Saint-Esprit ; nous avons été conformés à Jésus
prêtre, prophète et roi. Dans l’eau du baptême, nous avons été purifiés et
pardonnés pour que nous puissions célébrer l’eucharistie, offrir le sacrifice
comme le fait une assemblée de prêtres, et y communier. Ce mystère est grand.
Puissions-nous comprendre un peu à quelle dignité nous avons été élevés. Et
rendons grâce au Seigneur notre Dieu.