Is
8,23b-9,3 ; Ps 26 ; 1Co 1,10-13.17 ; Mt 4,12-23
Chers
frères et sœurs,
Souvenez-vous :
les disciples d’Emmaüs avaient le cœur lourd en raison de la mort de Jésus.
Mais lui, sur le chemin, leur ouvrit l’intelligence de sa résurrection en leur
interprétant « dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ».
C’est exactement ce que fait pour nous saint Matthieu dans son évangile :
il nous montre comment Jésus a accompli les prophéties qui se trouvent dans
l’Écriture. Ainsi, nous avons aujourd’hui celle d’Isaïe annonçant la venue de
Jésus, la grande lumière qui s’est levée sur ceux qui habitaient dans les
ténèbres.
Essayons
de mieux comprendre ce que veut nous dire saint Matthieu avec cette prophétie.
À l’époque du prophète Isaïe, il s’agissait de l’annonce de la domination du
roi d’Assyrie sur les tribus du nord d’Israël, avec la chute et même la
disparition en tant que telles des tribus de Zabulon et de Nehptali. D’après le
partage des terres fait au temps de Moïse et Josué, Zabulon occupait un
territoire qui s’étendait de la mer de Galilée jusqu’à la mer méditerranée.
Nazareth se situe dans ce territoire. Celui de Nephtali se trouvait juste
au-dessus de celui de Zabulon, à l’ouest et au nord de la mer de Galilée.
Capharnaüm est située en Nephtali, comme probablement Bethsaïde, le village
d’origine de Pierre et André, Jacques et Jean. Bethsaïde est tout au nord du
lac, à l’embouchure du Jourdain. C’est très certainement une ville-frontière
avec le territoire de Manassé, qui est sur la rive Est.
Donc,
à l’époque d’Isaïe, ces territoires du nord furent conquis et disparurent en
tant que tels. Cela signifie que les peuples qui y vivaient étaient désormais sous
domination étrangère, païenne. La citation de l’évangile dit qu’ils « habitaient
dans les ténèbres » ; Isaïe dit qu’ils « marchaient dans
les ténèbres » ; nous devons comprendre qu’ils étaient
découragés, désespérés, et qu’ils n’avaient plus la force de se lever, de
résister. Mais surtout, « ils marchaient dans les ténèbres »,
signifie qu’ils ne pouvaient plus vivre intégralement selon la Loi de Moïse.
C’est la raison pour laquelle ceux qui désormais étaient devenus des
« Galiléens » étaient méprisés par les Judéens. Galilée signifie
« district » : la Galilée, c’est le « district des nations
païennes », le pays sous domination étrangère, le pays où l’on ne peut pas
vivre dans la lumière des commandements de la Loi.
Mais
voilà que la prophétie d’Isaïe annonce au petit reste de Zabulon et de
Nephtali, les juifs galiléens, la venue d’un libérateur, un Messie. La lumière
annoncée est celle de l’espérance du salut, comme une étoile dans la nuit.
700
ans plus tard, l’arrestation et la mort de Jean-Baptiste furent le signal pour
Jésus que sa mission commençait vraiment. Jusqu’alors il résidait manifestement
hors de Galilée. Saint Matthieu nous dit qu’il revint s’y installer, non pas à
Nazareth comme il aurait dû le faire, mais à Capharnaüm. C’est ainsi que
l’ancien pays de Zabulon et l’ancien pays de Nephtali, devenus la Galilée,
bénéficièrent de sa présence : voilà que la lumière s’est levée sur le
pays des ténèbres.
C’est l’accomplissement de la prophétie d’Isaïe… avec toute
l’ambiguïté qui ne cessera de poursuivre Jésus. Il vient comme libérateur du
péché et de la mort pour réouvrir à l’homme la porte du ciel ; et on le
prend pour un homme politique, un libérateur de l’occupant païen, pour rendre
sa liberté et son intégrité politique et religieuse à toutes les tribus
d’Israël, notamment celles qui se trouvaient étouffées en Galilée. « Convertissez-vous,
car le royaume des Cieux est tout proche » disait Jésus, mais les gens
comprenaient autre chose… ce pourquoi beaucoup furent déçus et se retournèrent
finalement contre lui.
Cependant,
Jésus appelle Pierre et André puis Jacques et Jean. Ce sont des pécheurs. Il
est remarquable que Jésus observe leur manière de faire, de pratiquer leur
profession : Pierre et André jettent le filet dans la mer – ce sont des
actifs ; tandis que Jacques et Jean sont assis dans leur barque et y
réparent leur filet.
On a compris que Jésus allait faire des premiers des
missionnaires : « Je vous ferai pêcheurs d’homme ! »
leur dit-il. Il ne précise pas pour les seconds, mais saint Matthieu donne la
clé dans le verbe employé pour dire « réparer » le filet. On retrouve
le même verbe lorsque Jean-Baptiste dit qu’il faut « réparer » les
chemins du Seigneur pour préparer sa venue, ou que Jésus « répare »
la main atrophiée d’un homme dans une synagogue, le jour du sabbat. Jacques et
Jean sont donc des Apôtres qui vont « réparer » le filet du Royaume
des cieux, le filet de la prédication évangélique et de sa mise en pratique.
Ils sont probablement davantage des contemplatifs – même si on nous dit par
ailleurs qu’ils sont les « fils du tonnerre » ! Être
contemplatif n’empêche pas d’avoir du caractère ! N’est-ce pas ?
Jésus, en appelant ses Apôtres, tient compte de leur manière d’être et de faire.
Il ne les voue pas à une mission contre nature. Au contraire, ce qu’ils étaient
et faisaient de manière profane, devient, avec Jésus et l’Esprit Saint, une
mission pour le règne de Dieu. C’est comme si – tout en restant des hommes –
ils recevaient une mission angélique. De fait, ils deviennent porteurs de
l’Évangile, de la Parole de Dieu. Et nous avons vu que pour tous ceux qui sont désespérés
et abandonnés dans les ténèbres, sans pouvoir vivre librement de la Parole de
Dieu, cet Évangile est lumière, guérison et annonce de la vie du ciel.
Aujourd’hui,
nous en sommes les bénéficiaires par la grâce de Dieu, et les serviteurs pour
le salut de notre prochain.