Gn
12,1-4a ; Ps 32 ; 2tm 1,8b-10 ; Mt 17,1-9
Chers
frères et sœurs,
Le
Seigneur demanda à Abraham de quitter son pays pour un autre « que je
te montrerai », signe que ce « pays » est très différent
d’un pays de ce monde. Dans ce « nouveau pays », le Seigneur fera
d’Abraham une grande nation, en laquelle seront bénies toutes les familles de
la terre.
Cette
promesse d’une bénédiction de toutes les nations en une seule, résidant dans un
pays nouveau promis par le Seigneur, est commémorée par les Juifs dans la fête
de Soukkot. Soukkot, qui signifie « cabanes », est une fête où chaque
famille se construit une cabane en souvenir des quarante ans de l’exode au
désert, où le Seigneur lui-même demeurait au milieu de son peuple dans la Tente
de la Rencontre. Cependant, ces cabanes annonçaient aussi les demeures dans
lesquelles les justes de toutes les nations résideront dans la Terre promise, dans
le pays nouveau.
Or
l’événement de la Transfiguration de Jésus, où Pierre propose de construire
trois tentes, ou plutôt trois cabanes, s’inscrit parfaitement dans la fête de
Soukkot. La Transfiguration apparaît ainsi comme la réalisation anticipée de la
promesse faite à Abraham. Et c’est d’ailleurs pourquoi Pierre se réjouit :
« Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! » Regardons donc
cela de plus près.
Pour
commencer, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean pour les conduire sur
une haute montagne, à l’écart. Là il est transfiguré devant eux. La montagne où
Jésus se rend visible comme Dieu, est semblable au Mont Sinaï où Moïse vit le
Seigneur face à face, et au Mont Horeb où dans une brise légère Élie vit passer
devant lui le Seigneur. C’est évidemment pour cette raison que Moïse et Élie
apparaissent entourant Jésus sur la montagne de la Transfiguration. Il est très
clair que Pierre, Jacques et Jean, éblouis par Jésus transfiguré, font la même
expérience de la Révélation de Dieu que Moïse et Élie, figures de la Loi et des
Prophètes. Plus encore, ils sont en communion avec eux, qui sont vivants. Dans
la communion de Dieu il n’y a que des vivants ; Dieu est le même hier,
aujourd’hui et demain. Cela signifie d’ailleurs que si l’Esprit Saint nous est
donné, comme à Pierre, Jacques et Jean, nous aussi nous pouvons entrer dans
cette communion et bénéficier de la grâce de la Présence lumineuse de Dieu.
Pierre
a donc conscience d’être arrivé au « septième ciel », dans le pays
nouveau promis à Abraham, la Terre Sainte qui est l’aboutissement de l’exode de
quarante ans de vie au désert. Il propose donc d’élever trois cabanes, signe de
l’habitation des justes dans la Jérusalem céleste. Eux-mêmes, Pierre, Jacques
et Jean, représentent les prémices des 70 nations qui, des confins de la terre,
doivent se rassembler à Jérusalem pour résider dans la gloire du Seigneur.
Et
voilà qu’une nuée lumineuse les couvre de son ombre. Le vocabulaire employé évoque
l’Arche d’Alliance qui se trouve dans le Saint des Saints du Temple, Arche dont
le propitiatoire, la table, est couverte et protégée par les ailes des
chérubins. Cela signifie, lorsque la Gloire du Seigneur s’y manifeste, que le
Seigneur est présent. Donc, sur la montagne comme dans le Temple, le Seigneur
est présent. C’est sa voix qu’on entend : « Celui-ci est mon Fils
bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
Pour
les juifs qui ont l’habitude de célébrer Soukkot, cette parole est un
choc : parce qu’à Soukkot se termine un cycle des lectures de la Torah,
avant d’en recommencer un nouveau. Or, lors de la Transfiguration, le Seigneur
dit que la nouvelle Torah à écouter pour le nouveau cycle… c’est Jésus !
Sur la montagne de la Transfiguration, à Pierre, Jacques et Jean, Jésus est
donné à écouter et à mettre en pratique comme Loi nouvelle, de la même manière
qu’au Mont Sinaï à Moïse, la Loi avait été donnée à écouter et à mettre en
pratique. Jésus est l’accomplissement de la Loi de Moïse et la nouvelle Loi,
celle du pays promis où demeurent tous les justes de l’Ancien et du Nouveau
Testament, les patriarches, les prophètes et les saints.
On
comprend pourquoi Pierre, Jacques et Jean sont terrorisés et tombent face
contre terre. C’est la réaction typique des humains qui se trouvent en présence
de Dieu : on ne peut pas faire autrement. Sauf, si par sa Parole Jésus
nous relève et par son Esprit nous donne la force de nous tenir debout pour
appeler Dieu « Notre Père ».
Hé
bien justement. Nous pourrions croire que Pierre, Jacques et Jean ont eu bien de
la chance d’avoir eu cette vision, et nous pourrions être un peu jaloux !
Mais pourquoi ?... alors qu’à chaque messe nous avons la même vision :
l’Esprit-Saint nous a été donné pour voir, pour comprendre, que l’autel sur ses
marches est le sommet de la montagne. Les cierges y diffusent la lumière de la
gloire de Dieu. Le prêtre est revêtu du vêtement blanc et de la chasuble colorée
qui signifient le corps transfiguré de Jésus. De la montagne est proclamé l’Évangile,
la Loi nouvelle de Jésus fils de l’homme et Fils bien-aimé de Dieu. Ce mystère
de Jésus transfiguré, à la fois homme et Dieu, n’est-il pas rendu visible dans
le pain et le vin, le Corps et le Sang du Christ : il est pain et il est
Corps ; il est homme et il est Dieu ; il est vin et il est Sang ; il est homme
et il est Dieu. C’est le Saint-Esprit qui fait voir et qui fait comprendre, qui
fait croire et qui fait communier. Et il n’est pas nécessaire de construire à
Jésus une cabane, puisque c’est lui qui, dans la communion, vient demeurer en
chacun de nous.
Chers
frères et sœurs, à chaque messe, nous sommes invités par Jésus à monter avec
lui sur la montagne, où il se donne à voir, en communion avec Moïse et Élie,
Pierre Jacques et Jean, et tous les saints. Oui il est bon que nous y soyons sur
la montagne, car c’est l’avant-goût du ciel promis.